De l’efficacité du quantitative easing

Paul Krugman fait écho à une étude de Goldman Sachs (non disponible en ligne mais voir ici et ) qui indique l’inefficacité relative d’une politique monétaire non conventionnelle (ou quantitative easing) dans le contexte économique actuel aux Etats-Unis. En résumé, l’étude suggère qu’il faudrait que la Fed gonfle son bilan pour un montant allant de mille milliard à 1.600 milliard de dollars sous la forme d’achat d’actifs auprès des banques pour générer l’équivalent d’une baisse des taux d’intérêt de 1 point. Quand on sait que, si l’on suit la règle de Taylor, les taux pratiqués par la Fed devrait être de… -6% et que, par définition, ils ne peuvent descendre en-dessous de 0, on peut être sceptique sur le potentiel de cet instrument monétaire.

Il est intéressant de lire la réponse de Scott Sumner qui reproche à cette étude d’aller un peu vite en besogne. Il se plaint que l’une de ses propositions n’a pas été prise en compte avec suffisament de sérieux : infliger un taux de pénalité sur les réserves détenues en excès par les banques à la banque centrale. Une telle pénalité serait en effet de nature à inciter les banques à ne pas conserver leurs liquidités. Par ailleurs, il critique l’étude pour ne pas prendre en compte l’effet des anticipations et de la crédibilité des annonces de la Fed : si la Fed annonce une cible d’inflation relativement élevée (du genre 5% comme le recommandait Greg Mankiw) et qu’elle engage effectivement plusieurs milliards sous la forme de quantitative easing, il n’est effectivement pas exclu que la relation entre la création monétaire et l’anticipation d’inflation ne reste pas  linéaire : on peut arriver à un point où les agents deviendront convaincu de l’effet de la politique monétaire et, anticipant une remontée de l’inflation, s’empresseront de faire usage de leurs liquidités.

La réalité du phénomène de trappe à liquidité continue de poser question. Comme souvent, tout est un problème d’anticipation. Un raisonnement en terme de théorie des jeux indique qu’à partir du moment où les agents commencent chacun à penser de leur côté que les autres vont faire usage de la monnaie nouvellement « imprimée » par la banque centrale, alors ils sont chacun amenés à faire de même (c’est le « real balance effect« ). En d’autres termes, en toute logique, une politique monétaire suffisament expansionniste doit permettre de sortir d’une situation de trappe à liquidité. Maintenant, tout est une question de calcul coûts/avantages. Face à une récession économique et en situation de soi-disant trappe à liquidité, vous avez trois solutions : ne rien faire, mettre en oeuvre un plan de relance budgétaire, mettre en oeuvre une politique monétaire expansionniste par des moyens non conventionnels. Chacune de ces trois solutions a des inconvénients (respectivement chômage de masse et désorganisation complète de l’économie qui peut durer longtemps ; déficit budgétaire ; risque de l’explosion de l’inflation et même risque au niveau du change) et, très sincèrement, des « avantages » dont personne n’est véritablement capable de mesurer la réalité.

3 Commentaires

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3 réponses à “De l’efficacité du quantitative easing

  1. excellent billet, merci

  2. ons'enfout

    COquille : « pour un montant allant de 1 milliard à 1,6 milliards de dollars » Faux, c’est 1 à 1,6 trillions (mille milliards) de dollars.

  3. MacroPED

    Bien dit…

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