Pourquoi de nouvelles revues académiques continuent-elles de paraître ?

J’ai découvert hier l’existence d’une nouvelle revue en ligne nommée Studies in Emergent Order. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une revue interdisciplinaire consacrée à l’étude des systèmes complexes. Très intéressant a priori, donc, et je me suis dit qu’à terme (une fois la thèse terminée…), il pourrait être intéressant d’essayer d’y publier quelque chose. Puis je me suis dit : « ce n’est pas une bonne idée, quitte à se fatiguer à écrire un papier académique, autant essayer de le publier dans une revue répertoriée par les économistes dans les divers classements (CNRS, AERES) ».

En effet, même si en France on commence seulement à y venir, dans d’autres pays et surtout aux Etats-Unis cela fait depuis longtemps que la devise est « publish or perish ». L’idée est simple : si vous voulez faire carrière (ou ne pas vous retrouver avec 350 heures de cours annuelles en France), vous avez intérêt à publier. Mais, attention, pas n’importe où : dans les revues qui figurent dans les divers classements existants. Par exemple, en France et en économie, dorénavant pour être considéré comme « chercheur publiant » il faudra publier minimum 2 articles dans des revues classées rang A ou B par l’AERES en 4 ans. En soi, ce n’est pas un objectif inacessible sauf que cela conduit à renoncer à essayer de publier dans des revues un peu « exotiques », notamment les revues interdisciplinaires qui ne sont reconnues par personne… Eh oui, le monde académique a du mal avec tout ce qui ne peut pas se mettre facilement dans une case.

Mais cela ne concerne pas seulement les revues interdisciplinaires mais toute nouvelle revue qui viendrait à se créer. Etant données les incitations en vigueur, quel peut être l’intérêt pour un économiste de publier dans une toute nouvelle revue ? A priori, un économiste aura toujours intérêt à essayer de publier dans des revues existantes et reconnues. Sachant cela, par un raisonnement par induction à rebours, personne ne devrait même prendre l’initiative de créer un nouveau journal. Bien sûr, on peut toujours compter sur le fait que la revue sera rapidement reconnue et classée, mais il s’agit là d’une prise de risque. Malgré tout, quelques revues continuent de se créer. Plusieurs explications sont possibles :

* Les nouvelles revues ont des critères de publication moindres, ce qui fait que c’est l’opportunité de caser un papier qu’on ne parvient pas à placer ailleurs. Cette hypothèse est plausible, mais elle est atténuée par le fait qu’il existe déjà une quantité assez considérable de revues (classées et non classées) ;

* Les chercheurs se fichent des classements. En France et en économie, c’est encore relativement vrai, mais plus pour très longtemps…

* Les revues qui se créent sont souvent rattachées à un programme de recherche bien identifié : c’est effectivement souvent le cas et, de ce point de vue, elles sont un moyen pour certaines approches de pouvoir s’exprimer.

Pour ma part, et contrairement à l’opinion dominante, je pense que la prolifération des revues académiques est une excellente chose car elles se crées toujours en réponse à un besoin d’expression de nouvelles théories et idées. Et, comme je l’ai déjà dit, on ne peut juger ex ante de la valeur d’une théorie avant qu’elle ait été développé. Qu’il faille ensuite établir des classements ou une hiérarchisation des journaux académiques peut se défendre et est même certainement nécessaire. Mais l’obsession de la bibliométrie qui commence à pointer le bout de son nez risque d’avoir des effets pervers… Finalement, je crois que je vais m’abstenir de faire dans l’exotisme… 

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2 Commentaires

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2 réponses à “Pourquoi de nouvelles revues académiques continuent-elles de paraître ?

  1. Erik

    Je ne pense pas que les trois nouveaux « journals » de l’American Economic Association rentre dans ce cadre – et elles me semblent representative du type de journal apparu ces derniers temps.

  2. C.H.

    Oui mais il s’agit d’un cas particulier je pense. Si j’ai bien compris, il s’agit de revues qui vont se substituer partiellement à l’AER. En clair, il s’agit d’AER bis, leur réputation n’est donc pas à faire.

    Parmi de jeunes revues créées récemment, je pensais par exemple au « Journal of Institutional Economics » ou à la « Revue de la régulation » (exclusivement en ligne). Toutes deux sont d’ores et déjà dans le classement CNRS d’ailleurs (AERES je ne sais pas). Bon j’ai bien une explication : c’est plutôt des revues « hétérodoxes » (enfin pour le JOIE ça se discute), donc leurs créateurs ne font pas de théorie des jeux (c’est le maaal!) et d’induction à rebours 😉

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