La lecture du jour

C’est un article des économistes Roman Frydman et Michael Goldberg, qui sont à l’origine d’un nouveau paradigme en macroéconomie connu sous le nom de « Imperfect Knowledge Economics » (voir leur ouvrage sur le sujet). L’idée de base est relativement simple : aucun individu, pas plus l’économiste que n’importe quel agent, ne peut connaître par avance les résultats (prix des actifs notamment) qui résultéront des processus de marché. Cela s’explique par le fait que les individus acquièrent en permanence de nouvelles informations et de nouvelles connaissances, dont on ne peut connaître ex ante l’existence, et qui les conduisent à modifier leurs stratégies et comportements. La prise en compte de cet élément (qui renvoie en partie à ce que certains appellent le « paradoxe épistémologique des sciences sociales« ) implique notamment que la fluctuation (parfois violente) dans le prix des actifs est inhérente aux processus de marché et qu’elle n’implique aucune déviation par rapport à certains fondamentaux. Essayer de « neutraliser » les  bulles comme cela a été suggéré à certains endroits n’aurait donc aucun sens.

Sur cette base, les auteurs développent une attaque contre les modèles fondés sur l’hypothèse d’anticipations rationnelles (Goldberg était d’ailleurs l’un des co-auteurs du papier dont il est question dans le billet précédent) mais aussi, et c’est plus original, des modèles « behavioristes » à la Kahneman ou Shiller. Ces deux approches sont en effet accusées de développer une vision mécanique du marché, où les individus se comporteraient suivant une règle fixée à l’avance par l’économiste. Elles reposent aussi toutes deux sur l’idée que chaque actif aurait un « vrai prix », un prix fondamental dont il serait possible de s’écarter, mais seulement temporairement.

Le papier est à lire. Il est un peu long mais pas du tout formalisé et donne matière à réfléchir. 

2 Commentaires

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2 réponses à “La lecture du jour

  1. Gu Si Fang

    Merci pour le lien, et pour ce tour d’horizon des débats méthodologiques actuels en éco!

  2. J-E

    J’ai lu Imperfect Knowledge Economics qui est un excellent livre, avec une très bonne critique de l’hypothèse d’anticipations rationnelles et de son absence de microfondations. En revanche l’alternative que proposent les auteurs ne me paraît pas forcément convaincante (mais intéressante quand même) puisqu’il s’agit d’abandonner une modélisation quantitative des anticipations des agents pour une modélisation qualitative (« ça va baisser » ou « ça va monter », en gros). En plus la modélisation est tout de même assez compliquée. Or dans l’exemple des dynamiques de taux de change qu’ils examinent les gros acteurs utilisent justement des modèles quantitatifs pour faire des prédictions, on se prive donc de la compréhension d’une dynamique entre comportement des agents sur la base des modèles qu’ils utilisent et adoption des modèles selon leurs performances. Ce à quoi l’hypothèse d’anticipations rationnelles invitait un tout petit peu à réfléchir, en supposant que ce processus existait mais était déjà parvenu à son terme. Faudra que je fasse une note sur le livre un jour quand même.

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