La propension à imiter et ses conséquences

Je suis tombé sur un intéressant article dans le dernier numéro de la revue Games and Economic Behavior. Les auteurs, Andrew Schotter et Theo Offerman, ont mené deux expérimentations pour évaluer la propension des individus à imiter le comportement de ceux qui réussissent le mieux, même lorsque cette réussite est davantage liée à la chance qu’à l’effort ou au talent. Voici le résumé :

« In this paper, we present the results of two experiments on social sampling, where people make a risky decision after they have sampled the behavior of others who have done exactly the same problem before them. In an individual decision making problem as well as in the takeover game, the simple behavioral rule of imitating the best appears to be a robust description of behavior despite the fact that it is not optimal in any of the experimental tasks. Social sampling makes people look more risk seeking than the people who do not have the opportunity to sample« .

Les auteurs ont découvert que les individus ont tendance à systématiquement reproduire les stratégies qui ont affiché la meilleure performance même si ces stratégies ne sont pas celles qui ont l’espérance de gain la plus élevée. Plus surprenant, l’attitude face au risque tend à être fortement déterminée par la propension à imiter : en fait, l’attitude face au risque des individus est variable et ne joue aucun rôle dans le choix des stratégies qui seront imitées. En d’autres termes, si les individus ayant eu le plus de succès sont ceux qui ont adopté des stratégies extrêmement risquées, même si elles étaient inférieures dans l’absolue, alors tous les autres individus auront tendance à copier ces stratégies, aversion au risque ou pas.

Trois implications majeures sont relevées :

« The consequences of imitation myopia may be far ranging. First, it is no surprise that a substantial majority of all new businesses fail if entrepreneurs insist on only sampling those businesses in the population who chose risky plans and were lucky.1 That percentage might possibly be cut dramatically if business owners sampled for information in a more intelligent way. Put differently, if people imitate the successful but fail to realize that those are exactly the lucky in society, then those decision makers are suffering from a type of winner’s curse in their inability to adjust their behavior for the fact that they are sampling only the highest order statistics of success.
Second, it is often observed that people are schizophrenic in their relationship to risk. While some are apparently risk averse in one realm of their life (for instance, when they buy insurance against bike theft), they may appear to be highly risk seeking in others (for instance, when they decide about their stock portfolio). Our paper offers an explanation for this which we test experimentally. The explanation is simple. If people imitate success and if those who are successful are exactly those who have made the most risky choices and were lucky with them, then imitation is very likely to lead to what appears to be a population of risk seekers despite the fact that these same people exhibit a large degree of risk aversion when tested or in other contexts where there is no possibility to sample others. Imitation leads them to act as risk seekers since it masks the riskiness of the choices they are following.
Finally, as stated above, our results have evolutionary consequences. If imitators copy the successful and only those that have taken big risks are the successful ones, then sooner or later those choosing optimally will fail to exist and hence fail to be available for imitation. Those that remain will look exceedingly risk seeking and we can expect to continue to observe a large fraction of businesses failing since only high variance businesses will be imitated
« .

La dernière implication me parait importante surtout quand on la met en connexion avec la crise financière et les stratégies développées par les institutions financières. Sur les marchés financiers, les performances affichées sont extrêmement liées au hasard. Si vraiment les acteurs tendent à imiter systématiquement les meilleures stratégies selon leurs performances affichées, c’est à dire souvent celles qui sont les plus risquées, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une forme d’instabilité endogène. Après l’homoeconomicus, place à l’homo imitatus

1 commentaire

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Une réponse à “La propension à imiter et ses conséquences

  1. Axonn

    Moi j’ai eu un livre de microéco honnête : dès l’intro, ils avouaient qu’en réalité, on trouve des gens avec des préférences en papier-caillou-ciseaux (ce qui montre bien que la fonction d’utilité est encore plus utopique qu’un gaz parfait).

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