Barro vs Krugman : The Sequel

J’avais indiqué il y a quelques jours que le débat sur le plan de relance aux Etats-Unis commençait à prendre une tournure de mascarade idéologique, personnifiée au travers du « débat » Krugman/Barro. Visiblement, je n’étais pas le seul puisque Clive Crook s’est fendu d’un article assez cinglant qui a été assez largement repris sur la toile. Outre la bataille de chiffonnier entre Barro et Krugman, Crook a visiblement été irrité par le billet assez ambivalent de Krugman sur le protectionnisme et dont j’avais également parlé. L’article de Crook a beaucoup fait réagir. Stéphane sur Econoclaste estime (probablement à raison) que Crook a probablement eu tord d’appuyer toute sa thèse sur l’échange entre Barro et Krugman, alors qu’en plus le billet de Krugman ne visait pas à recommander le protectionnisme (comme l’intéressé l’indique lui-même ici).

L’article de Crook a aussi fait réagir Barro et Krugman themselves : Krugman sur son blog et Robert Barro dans un échange de mails avec Crook (voir ici). Les appréciations sont divergentes : Megan Mcardle considère que seul Barro apporte des arguments scientifiques pendant que Krugman reste dans l’invective, tandis que Crooked Timber le point de vue de krugman est plutôt défendu. En fait, les réponses de Barro et Krugman n’apportent pas grand chose de plus. Notamment, comme je le supposais, Barro s’appuie sur les travaux de Valerie Ramsey qui a essayé d’estimer la valeur du multiplicateur à partir des dépenses militaires. J’avoue ne pas comprendre l’intérêt de l’argument…

Ce que l’on peut dire, c’est que l’on assiste depuis quelques semaines dans le débat public américain (en France, le débat est beaucoup moins passionné – notamment, la blogosphère économique n’a pas encore une taille suffisante pour produire un flux continu d’analyses) à une radicalisation des positions concernant le plan de relance. Il y a deux niveaux d’analyse à soigneusement distinguer. Le premier est celui que met en avant Tyler Cowen et à trait au caractère non représentatif sur les plans idéologiques et théoriques de la blogosphère économique américaine : sur-représentation des libéraux et libertariens d’un côté, influence écrasante de Krugman de l’autre. Le second niveau d’analyse est celui que souligne Kling, à savoir que la macroéconomie est probablement le champs de l’analyse économique où les connaissances sont les moins stables et où le consensus est le plus rare.

Au final, je rejoindrais la position de Stéphane : il ne faut pas s’arrêter au style quelque peu provocateur de Krugman ou aux tentatives grossières d’estimation de la valeur du multiplicateur des uns et des autres. La blogosphère économique a produit, lors de la crise financière et maintenant avec les plans de relance, une quantité massive d’analyses très utiles et pertinentes. Mais on parle d’une question complexe et porteuse d’un enjeu idéologique. Sur un plan strictement scientifique, la seule position honnête concernant l’efficacité des plans de relance est celle de l’agnostique. Mais la science « au sens stricte » ça n’existe pas. L’idéologie et la rhétorique sont toujours de la partie. Il faut l’accepter et séparer, tant que faire ce peut, le bon grain de l’ivraie.    

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1 commentaire

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Une réponse à “Barro vs Krugman : The Sequel

  1. MacroPED

    Et pourtant dans des salles d’auditoire, les maitres ne cessent de prétendre à une uniformisation du savoir, bref une réalisation d’une boîte à outil standard

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