A propos du mouvement de grève dans les Universités

Je pense que même les non-universitaires ne sont pas sans savoir que la tension commence à monter en ce moment dans les Universités suite à un projet de décret prévoyant de modifier le statut des enseignants-chercheurs (qui date de 1984). La principale mesure de ce décret est de permettre une modulation des services des enseignants-chercheurs, lesquels étaient jusqu’à présent astreints (pour les Maîtres de conférence) à 192 heures de cours (équivalent TD – 1h de cours magistral comptant pour 1h30 de TD) annuels. Si le décret passe, c’est maintenant le Président de l’Université qui décidera qui doit faire combien d’heures. Inutile de dire que ce décret rencontre une vive opposition, exacerbée en plus par la masterisation des IUFM et les problèmes budgétaires (savez-vous que dans mon labo les colloques ne sont plus financés depuis un an et qu’il nous est impossible d’avoir du papier pour imprimer ?!).

Je me garderai de prendre position et de disserter longuement sur l’opportunité ou non de modifier le statut des enseignants-chercheurs, pour plusieurs raisons (notamment parce que  je ne suis pas enseignant-chercheur titulaire et je ne le serai peut-être jamais). Par contre, je veux juste rappeler le billet que j’avais fait il y a quelques mois de cela sur l’effet d’éviction en terme de motivation que peut avoir le dispositif « incitatif » que met en place le décret. Qu’on le veuille ou non, ce décret présente clairement l’enseignement comme une sanction : vous publiez, vous n’enseignez pas ; vous ne publiez pas, vous enseignez. Mais, outre le problème que pose la mesure quantitative de la recherche (mesurer n’est pas évaluer), c’est qu’au-delà, la modulation des services risque de se faire selon des critères budgétaires et stratégiques. Je travaille dans une université de province, de taille moyenne et qui est pluridisciplinaire. Vu les problèmes budgétaires, inutile de dire que la modulation des services va servir à économiser des (couteûses) heures complémentaires dans les domaines pour lesquels la recherche n’est pas perçue comme « stratégique » par l’Université.

Depuis que je suis inséré dans le milieu de la recherche (soit 4-5 ans), j’ai à ma petite échelle ressentie une claire évolution. Pour le dire tout net, il est pour moi évident qu’il s’agit aujourd’hui de tuer les petites équipes de recherche et de favoriser la constitution de grands pôles de recherche spécialisés. A terme, c’est la mort de la majorité des Universités. Evidemment, les décideurs politiques ne présenteront jamais les choses sous cet angle, mais c’est bien ce qui est en train de se passer. On peut certainement trouver de bonnes raisons à ce type de politique nationale de recherche, même si pour ma part je pense que c’est une erreur. Mais je pense qu’il est temps de jouer cartes sur tables : la réforme des statuts des enseignants-chercheurs, comme la loi LRU il y a un an, n’est qu’une étape supplémentaire dans ce processus.

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6 Commentaires

Classé dans Divers

6 réponses à “A propos du mouvement de grève dans les Universités

  1. Oui, bien d’accord sur le fond… malheureusement, il va être difficile de faire changer d’avis le gouvernement avec les faibles moyens d’action dont disposent les enseignants-chercheurs, surtout en cette période de début de semestre.

  2. OS

    En quoi le fait de n’avoir que de grosses structures de recherche est une chose négatif ? J’aurais plutôt tendance à penser que plus la structure est grosse plus les gens peuvent discuter avec des gens différents et partant plus la probabilité de faire des découvertes « novatrices » s’élève (mais je ne suis pas chercheur donc peut-être que je me trompe).

  3. sans pseudo fixe

    OS> oui mais non
    « plus la structure est grosse plus les gens peuvent discuter avec des gens différents »

    En pratique, ce n’est forcement pas le cas. Dans certains labos, les gens ne se parlent même pas d’un étage à l’autre, alors, sur tout un campus…

    La taille pertinente, c’est « l’équipe », c’est à dire un groupe de doctorants, jeunes chercheurs… autour d’un ou plusieurs chercheurs seniors qui ont une vue d’ensemble d’un domaine. Ce qui n’empêche pas les structures plus « free lance », genre un chercheur – un ou deux thésards etc…Et tout le monde étant dans un labo. Au delà de la centaine de personne, ça devient trop lourd, la belle vision synergique meurt.

    Après, pour communiquer, il y a les colloques, régionaux, nationaux, internationaux…Le fonctionnement en réseau, ça marche très bien aussi.

    Les grosses structures de recherche ne se justifient qu’en cas d’investissements lourds, genres gros équipements scientifiques.

  4. Akumu

    Actuellement en 3ème année de licence d’économie et gestion et ayant pour ambition de m’orienter vers la recherche (macro), je suis pleinement solidaire avec les enseignants-chercheurs (les miens, et les autres) qui sont en majorité des personnes très compétentes et motivés (du moins de ceux que j’ai eu en cours).

    Certes, il semble tout à fait logique de revoir le décret de 1984, mais comment un gouvernement peut-il définir unilatéralement les modalités de cette réforme!?

    Il parait tout de même complètement fou que l’on refuse le dialogue avec des personnes si avisés!! Que l’on écoute pas les syndicats ouvriers populistes, soit, on pourrait éventuellement le comprendre, mais quand l’élite intellectuelle se retrouve à manifester, comment peut-on ne pas les écouter!
    Arrêtez moi si je me trompe, je suis très humble vis-à-vis de nos chers enseigants-chercheurs, et je ne prétend pas comprendre l’ensemble de cette réforme.
    Evaluer les chercheurs, voilà l’idée toute neuve pondue par nos décideurs politiques (enfin…politiques plus que décideurs). Comme si depuis toujours, la recherche se faisait sans aucun contrôle, comme si un mauvais chercheur se voyait reconduire ses financements….N’ont-ils jamais entendu parler de « l’évaluation par les pairs? ». Chaque laboratoire ne travaille pas de manière autarcique, mais s’incrit dans un réseau de recherche, où les articles de chacun sont enrichis et critiqués par des personnes travaillant dans la même branche.

    Finalement, avec cette réforme, qui visiblement n’a pour seul but que de diminuer le nombre d’heures complémentaires en les basculant sur les « mauvais » chercheurs (il faut reconnaitre que certains n’aiment pas chercher et préfère gagner plus en heures sup), n’en arrive-t-on pas à la logique : « IL VAUT MIEUX UN MAUVAIS CHERCHEUR QUI PUBLIE BEAUCOUP QU’UN BON QUI PUBLIE QUAND IL EST EN MESURE DE LE FAIRE »!!

    Et, comment et qui évaluera les travaux de quelqu’un qui fait des recherches en antropologie par exemple, ou sur un sujet dans lequel seule une poignée de personnes dans le monde est réellement spécialité?

    Bref, je commence à me demander si je ne vais pas tout simplement m’arrêter en fin de master…finalement, je gagnerais plus! (c’est ca le comble).

  5. txomin

    @akumu

    « Il parait tout de même complètement fou que l’on refuse le dialogue avec des personnes si avisés!!  »

    En démocratie, c’est la majorité élue qui décide,

    On ne peut pas demander à des fonctionnaires de décider car ils défendent ce qui est bon pour eux, qui peut ^tre très différent de ce qui est bon pour nous(électeurs/contribuables).

  6. France : les artistes doivent-ils rejoindre le mouvement de grève des chercheurs et des universités?

    Ce qui attend la recherche et les chercheurs existe depuis longtemps dans l’art contemporain avec les directions dans les institutions ou administrations culturelles et artistiques (Drac, Frac, musées d’art contemporain, centres d’art contemporain, ministère de la culture et pire encore le création par Nicolas Sarkozy de ce conseil pour la création artistique avec un président, le président de la république lui-même qui est un avocat), des institutions totalement incompétentes pour gérer et accompagner la création contemporaine en France. S’il est évident qu’un chercheur en droit nommé directeur ne peut pas évaluer un chercheur en physique sur les particules, nous, nous connaissons avec les institutions culturelles et artistiques ce grave problème depuis longtemps qui a exclu en France des milliers d’artistes des espaces de diffusion, des aides à la créations, des expositions, écartant la représentativité des artistes dans les pouvoirs décisionnelles, etc. J’ai moi-même fait déjà avec les Apea deux lettres ouvertes sur la gestion des Frac (fonds régionaux d’art contemporain) et notamment le Frac aquitaine lors des élections présidentielles en proposant d’autres solutions, mais elles sont restées lettre morte. Aujourd’hui, nous artistes dans l’art contemporain parlons de dissidence comme ce fut le cas dans les pays de l’est car malgré toutes les pétitions d’origines artistiques différentes, les articles dans la presse spécialisée d’art contemporain, rien y fait, rien a changé que se soit sous un gouvernement de droite ou dans les régions gérée par la gauche, pire avec l’exposition Jeff Koons au Château de Versailles que j’ai parodié avec une guillotine rose, une exposition où l’on parle de conflits d’intérêts, comme ça sera certainement le cas avec la recherche et les chercheurs dans les années futures. Devons-nous nous associer avec eux, et est-ce que la dissidence est la seule réponse pour faire bouger aussi bien le gouvernement que l’opposition, est-elle la seule solution car les méthodes de gouvernances sous cette 5eme république sont des méthodes d’une époque révolue contraire à l’évolution démocratique de notre civilisation et exige la création immédiate du 6eme république. lili-oto

    Il est étonnant de voir un chef de l’état dans un pays démocratique ce nommer « président » de ce conseil pour la création artistique qu’il a créé et associé avec Karmitz, ça nous rappelle dans l’histoire l’attitude de certains états totalitaires vis à vis de la création et des artistes, Staline, Mao, Hitler, Mussolini , Louis XIV, Franco, etc??? Sarkozy dit, je le cite :  » c’est à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses… » Est-ce des menaces contre les artistes??? Quelle compétence à ce monsieur avocat de formation en création contemporaine ??? L’année dernière la presse américaine titrait en première page « la mort de la culture française », ça avait fait un scandale en France, mais le weekend même Sarkozy avec Bruni étaient à Dysneyland! Sarkozy a de nouveau fustiger les gens qui comme moi ont parodié ou contesté contre cette exposition de l’artiste américain Jeff Koons au Château de Versailles. Aujourd’hui 95% des artistes plasticiens vivent en France en dessous du seuil de pauvreté, l’état et les collectivités territoriales via les institutions culturelles et artistiques ont le quasi monopole des espaces de diffusion ou d’exposition en France, musées ou centres d’art contemporain, j’avoue que je pense que les paroles de ce monsieur Sarkozy sont de véritables menaces contre nous, des menaces sérieuses dans un pays où nous voyons tous les jours des dérives autoritaires, l’omniprésence du chef de l’état aux informations politiques à la Télévision… Vas-t-on avec Sarkozy en plus de la pauvreté vivre dans la peur voir dans la terreur, la frayeur et la répression??? Je suis très très inquiet pour notre devenir et notre avenir, est-ce que Sarkozy si il perd gravement les élections européennes, commence déjà par viser aujourd’hui les artistes, la justice, l’école, les médias, la recherche ? Nous dénoncions les travers depuis longtemps de l’art contemporain en citant la recherche et les chercheurs, car nous savions que les chercheurs allaient un jour ou l’autre vivre ce que nous vivons, nous artistes, depuis 25 ans.

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