En vrac

Beaucoup de choses à lire ici et là.

Pour commencer par le plus anecdotique (encore que…), on apprend que le premier ministre chinois Wen Jiabao est un grand connaisseur des « Lumières écossaises » et en particulier d’Adam Smith. Il parait qu’il voyage toujours avec un exemplaire de la Théorie des sentiments moraux dans ses bagages. Je ne sais pas ce qui est le plus surprenant : qu’un représentant de l’ex-dernier temple du communisme lise le premier théoricien de l’économie de marché alors que l’économie mondiale connait une crise financière sans précédent, ou qu’Adam Smith, l’un des pères fondateurs du libéralisme classique, soit lu par le représentant d’un Etat autoritaire…

Très intéressant débat entre Tyler Cowen et Paul Krugman sur les mérites comparés d’une augmentation temporaire ou permanente des dépenses publiques. Krugman a  ouvert le bal dans ce billet. Ironie du sort, il s’appuie sur un argument très « anticipations rationnelles » : si l’augmentation des dépenses publiques est temporaire – et que les consommateurs le savent – alors l’effet d’éviction affectant la demande privée sera plus faible que si l’augmentation des dépenses publiques est perçue comme permanente. Tyler Cowen formule une première réponse et indique que l’argument de Krugman (qui s’appuie, comme on l’aura reconnu, sur la fameuse équivalence ricardienne ressuscitée par Robert Barro) est contredit par un papier de Aiyagari, Christiano et Eichenbaum. Selon Cowen, il est difficile de se prononcer sur cette question, aussi le mieux est-il de rester agnostique. Krugman réplique – avec une certaine condescendance dont il a le secret – en indiquant que la réponse de Cowen est hors-sujet. Cowen reprécise les choses de manière un peu plus convaicante je trouve en indiquant que l’on est dans une situation à équilibre multiple. Tout dépend en fait dans quelle mesure la détention par les agents privés de bons du Trésor (dont l’achat finance les dépenses publiques) est ou non une richesse et est perçue comme telle par les agents. Dans un cadre standard, ces titres ne sont pas de la richesse mais les agents peuvent être trompés de manière temporaire, ce qui peut rendre efficace une augmentation temporaire des dépenses publiques. Dans un cadre keynésien, où ces titres sont considérés comme une richesse au moins à moyen terme, une augmentation permanente des dépenses publiques n’induira normalement pas une baisse de la demande privée. Comme le dit Cowen, entre ces deux extrêmes, de multiples solutions intermédiaires sont possibles et il est difficile d’anticiper laquelle émergera : « This analysis has more variations than does the Poisoned Pawn Sicilian » (pour info, la sicilienne du pion empoisonné est une variante de la défense sicilienne aux Echecs, variante connue pour sa complexité extrême et ses multiples ramifications ; Kasparov était un spécialiste de cette variante).

Nouvelle réponse – toujours un peu condescendante – de Krugman qui indique que la stimulation de l’économie  ne vient pas du fait que les agents privés sont « trompés », mais est liée au fait que les dépenses publiques servent à construire quelque chose d’utile (obvious !). Entre construire une fois pour toute un pont et en construire une fois par an pendant 10 ans, on peut effectivement s’attendre dans le second cas à un effet d’éviction plus important. Le mot de la fin revient pour l’instant à Cowen qui indique fort justement qu’il faut prendre en compte les externalités positives induites par les nouvelles infrastructures construites et qui peuvent plus que surcompenser l’effet d’éviction. L’ironie de ce débat est que c’est Krugman qui est dans une perspective macroéconomique classique, alors que Cowen est plus sur une ligne keynésienne. Mais, de toutes façons, l’argument décisif contre une hausse permanente est le fait qu’il est improbable que les pouvoirs publics soient en mesure d’allouer de manière optimale leurs ressources à des endroits utiles en permanence. Cela est valable également pour une hausse temporaire, mais à un degré moindre bien sûr.

Sinon, James Surowiecki relativise la portée empirique réelle de l’aléa moral. Je le rejoins largement : lorsqu’il s’agit du sauvetage d’institutions financières, l’aléa moral est un problème secondaire (pas inexistant toutefois). Le problème de l’argument de l’aléa moral est qu’il appréhende les institutions financières comme des entités singulières, alors qu’en fait il faut adopter un regard beaucoup plus micro. Il peut y avoir de l’aléa moral, mais c’est d’abord un problème organisationnel de gouvernance d’entreprise, pas un problème macroéconomique.

Enfin, Russ Roberts considère que les économistes en savent beaucoup moins qu’ils ne le font croire sur l’effet des diverses formes de politiques conjoncturelles. Je crois que le débat entre Cowen et Krugman illustre à merveille le point de Roberts. L’économie (d’un pays ou mondiale) est un système extrêmement complexe dont il est impossible de saisir toutes les subtilités. Bien sûr, les économistes ne peuvent pas s’arrêter là et construisent donc des modèles pour se représenter cette complexité. Mais, in fine, quand il s’agit de trancher, on s’aperçoit que l’on est plus dans la science au sens positiviste mais dans l’idéologie (au sens noble du terme). J’avais souligné ce point concernant la crise financière. Cela démontre encore une fois l’importance de la rhétorique au sens large, celui de McCloskey. Mais attention, selon moi, cette dimension rhétorique fait partie intégrante du débat scientifique. Elle comble le vide laissé par l’indécidabilité de la connaissance.

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