Histoire de boîte à outils

Dans les commentaires à ce billet, un fidèle lecteur met en lien une charge relativement violente d’Yves Smith, bloggeuse sur « Naked Capitalism », contre les économistes et l’économie. En gros, les économistes étaient à côté de la plaque concernant la crise financière et pourtant il ne semble pas y avoir la trace chez eux d’une quelconque repentance ou remise en cause. L’économie semble incapable de reconnaitre ses erreurs. Elle regrette notamment que ne figure à la grand messe de l’American Economic Association aucun atelier ou même communication questionnant la pertinence des paradigmes actuellement en vigueur au sein de la discipline.

Certes, les économistes ont été globalement mauvais sur le coup, mais pas plus que n’importe qui d’autre. Et à l’impossible nul n’est tenu : prévoir l’ampleur exacte de la crise était impossible. Mais, en reprochant à l’économie d’être incapable de reconnaître ses erreurs, je pense que Smith manque en partie sa cible. Il est fort possible que les outils théoriques, notamment macroéconomiques, actuellement privilégiés dans la profession n’étaient pas adaptés pour anticiper l’implosion financière et ses « dommages collatéraux ». Peut être même ne sont-ils pas non plus adaptés pour expliquer, maintenant qu’elle est passée, la crise financière. A vrai dire, je n’en sais trop rien, faute de m’y connaître suffisament en macroéconomie. Je remarque juste que lorsque que l’on discute des plans de stabilisation, la tendance est à mobiliser les bon vieux modèles macro de base, du type ISLM ou quasi-offre/quasi-demande. Je ne suis pas sûr non plus que les outils standards soient les plus pertinents pour comprendre la formation de bulles spéculatives. Peut être vaudrait-il mieux avoir un regard plus microéconomique, davantage centré sur les problèmes de relations d’agence et d’asymétries d’informations non seulement entre mais aussi au sein des établissements financiers. Peut-être… 

Mais il y a une chose dont je suis sûr : il existe aujourd’hui, au sein de l’analyse économique, des outils qui permettent d’expliquer la crise financière et de ne pas être a posteriori surpris par son occurence. Et, jusqu’à preuve du contraire, les différents outils conceptuels sont connaissance commune et sont similaires à des biens publics : tout le monde peut les utiliser, les améliorer, éventuellement les combiner. Oui, il y a des théories économiques qui aujourd’hui peuvent expliquer, au moins en partie, comment on en est arrivé là. Autrement dit, le problème n’est pas tant l’absence d’outils que le choix malheureux de leur (non) utilisation. Bien sûr, ces outils ne demandent qu’à être améliorés. Encore faut-il ne pas les rejeter au prétexte qu’ils ne répondent pas aux supposés « canons scientifiques » de la science positiviste. Je ne sais pas dans quelle mesure la communauté des économistes est « responsable » de la crise financière ; ce qui est sûr, c’est qu’elle a l’outillage nécessaire pour la comprendre. Il faut juste regarder au bon endroit…

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4 Commentaires

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4 réponses à “Histoire de boîte à outils

  1. J-E

    Une idée : si pour comprendre les crises financières on cherchait des idées du côté de l’économie de la finance et non de la macroéconomie ? On trouverait peut-être des dizaines de modèles qui depuis 20 ans parlent de contagion, de paralysie du marché interbancaire etc. Il est vrai que les spécialistes de ce champ passent moins de temps à publier des tribunes que les macroéconomistes et n’ont donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes si personne ne les connaît.

  2. Skav

    Yves Smith est une « elle » !

  3. C.H.

    Oups ! Merci pour l’info, je corrige !

  4. JLS

    « Certes, les économistes ont été globalement mauvais sur le coup, mais pas plus que n’importe qui d’autre »

    Beaucoup d’économiste avait prévu la crise et plusieurs mêmes son ampleur.
    Nouriel Roubini,
    Dean Baker,
    Stefan Karlsson
    http://stefanmikarlsson.blogspot.com/
    Loic Abadie
    http://tropicalbear.over-blog.com/
    Peter Schiff , il ne doit pas être économiste mais financier
    http://www.europac.net/#

    Ces économistes sont aussi bien de droite comme de gauche (pas trop quand même , Keynésien ou de l’école Autrichienne (Karlsson, Schiff je pense).

    Grâce à eux on pouvait savoir ce qui allait ce passer.
    De toute manière quand on suit les fondamentaux des économies on voit que les chiffres sont historiquement apocalyptique, pour les Etats-Unis les chiffres sont bien pire qu’en 1929, par contre l’avantage est qu’on réagit beaucoup plus vite (je ne sais pas si on réagit dans le bon sens).

    En France il ya aussi Pierre Leconte qui à fait un bon livre, ainsi que Jean-Marc Daniel , un livre génial que je recommande, « le taureau face aux tigres ».

    Bref « tout le monde savait » sauf évidement les traditionnels trisomiques de la pensée que sont les « politiques », les « chroniqueurs » de BFM avec leur happy talk à l’américaine (tout va très bien madame la marquise…), ou de la presse financière et économiques ainsi que les inénarrable économistes de banques d’affaires qui proposent comme sempiternelle solution de baisser les taux pour relancer la demande.

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