The not-so-black swan

Intéressante interview de Nassim Taleb au sujet de son livre, de la crise financière et de l’avenir du capitalisme. J’avoue avoir du mal à être convaincu par ce qu’il raconte, surtout quand il se met à lire dans sa boule de cristal pour nous expliquer ce que sera le capitalisme de demain. On peut lire ici une bonne critique des préconisations de Taleb relatives à la crise financière. En deux mots, ses préconisations sont impraticables ou ne ciblent pas les problèmes fondamentaux. J’ajouterai que l’une des recommandations de Taleb – mettre 80% de son argent dans des placements sûrs du genre bons du Trésor – est, en plus d’être économiquement contestable, est auto-contradictoire : s’il y a bien un Black Swan qui pourrait faire mal, c’est la faillite des Etats. Certes, la probabilité de l’occurence d’un tel événement est infinitésimale, mais c’est le principe même du Black Swan.

Dans le même billet, on peut lire ceci en conclusion :

« Ultimately, no matter how imperfect our models are, the problem lies in our failure to use our brain. Only “using our brain” does not mean buying Treasuries. It means identifying investments that are productive and viable, improve our quality of life and create jobs. It also means knowing what our models are designed to capture and what they are not–in which case overriding our models is the appropriate response« .

Indeed. C’est ce que j’ai essayé de dire dans les commentaires de ce billet. En fait, il me semble qu’il serait utile de revenir au problème de la causalité chez Hume. Hume a montré que l’on ne peut rien inférer de l’observation répétée A–>B. Ce n’est pas parce que B a suivi A dans le passé que l’on peut affirmer avec certitude que ce sera toujours le cas. C’est le problème de l’induction et c’est ce qui a poussé Hume vers une forme de scepticisme. Mais qui dit scepticisme ne dit pas nihilisme. Taleb a raison : tous les modèles qui se fondent sur des données passées sont impuissants pour prédire l’avenir. Mais, de toutes façons, sauf à élaborer un modèle déductif-nomologique prenant en compte la totalité des variables pertinentes (autant dire, une modélisation totale de toute activité humaine et non-humaine), aucune méthode, aucun outil ne permettra d’anticiper l’avenir. Doit-on pour autant s’arrêter de vivre ? Non, et Hume avait trouvé la solution : ce sont les conventions, les normes, les coutumes, les institutions. Les modèles financiers servent à l’élaboration de telles conventions. Ni plus, ni moins.

Si on ne se sert pas de modèles, on s’appuiera sur autre chose. Mais en tout état de cause, l’individu a besoin de repères pour agir, tout en sachant que l’incertitude est irréductible. Peut être qu’il y a eu un problème avec les modèles (à vrai dire je n’en sais rien), mais ce qui est sûr c’est que les causes fondamentales du bazar ambiant sont à chercher ailleurs.

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