De l’impact des (mauvaises) nouvelles

Tim Harford se pose la question du rôle des médias dans le renforcement de la récession économique. L’idée est qu’en annonçant l’apparition de difficultés économiques, les médias auraient pu orienter les anticipations des individus (entreprises et ménages) vers un pessimisme auto-réalisateur : anticipant une récession, les ménages auraient ralenti leur consommation et les entreprises renoncé à des investissements, ce qui aurait effectivement contribué à faire émerger la récession.

Harford ce montre sceptique envers cette explication. Le seul cas selon lui où de telles prophéties peuvent s’avérer auto-réalisatrices est celui du banque run : le fait pour les médias d’annoncer que telle banque est en difficulté peut effectivement induire les clients à venir fermer leurs comptes et récupérer leurs dépôts, mettant effectivement la banque en difficulté. Hormis ce cas de figure, Harford estime que les actions des individus sont essentiellement fondées sur leur situation (financière) personnelle et non sur les informations propagées par les médias.

Il s’agit d’une question importante et passionante. Elle est réminiscente de certains débats en économie comportementale. Il y a quelques semaines, j’avais notamment parlé de la thèse de Robert Shiller au sujet de la manière dont se serait propagée l’idée que les prix de l’immobilier continueraient de monter. Selon Shiller, c’est par le biais d’un mécanisme de contagion, notamment relayé par les médias, qu’une croyance se serait développée et aurait convaincu les individus, y compris les pouvoirs publics, que l’immobilier monterait indéfiniment. Cette question des prophéties auto-réalisatrices est également liée au phénomène des cascades informationnelles : lorsque l’information privée à votre disposition est insuffisante ou peu fiable, votre décision va s’appuyer sur une information publique qui renvoie à ce que font ou disent les autres individus. Il peut alors émerger des effets cumulatifs : si A a fait/dit cela, B va avoir tendance à faire de même, ce qui incite d’autant plus C à faire la même chose, etc. Ces phénomènes existent, mais il est difficile de déterminer leur importance réelle. Ce qui est sûr, comme le souligne Harford, c’est qu’ils ne peuvent suffire à tout expliquer : pour que des ménages s’arrêtent de consommer, il faut d’abord et surtout que leur endettement soit suffisament important pour les inciter à prendre cette décision. Maintenant, en situation d’incertitude, les anticipations des agents sont clairement orientées par de telles informations publiques. La crise n’a sûrement pas était provoqué par les médias, mais il n’en reste pas moins que les croyances des individus jouent un rôle essentiel dans la manière dont se développe un phénomène comme une crise financière ou économique.

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1 commentaire

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Une réponse à “De l’impact des (mauvaises) nouvelles

  1. Sinclair

    Les croyances collectives me semblent un élément essentiel pour expliquer les phénomènes de bulle. Les médias ne sont pas les créateurs de ce phénomène, mais en sont un maillon important, une sorte d’amplificateur. Comment mesurer cet impact ? Ce serait intéressant d’étudier statistiquement le contenu des journaux d’opinion et d’essayer de détecter des corrélations avec l’évolution des prix. Y a-t-il déjà eu ce genre d’approche en économie ?

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