Les modèles ne sont pas le problème

Alexandre Delaigue rebondit ce matin sur un article de Nassim Taleb:

« Supposez que je vous propose le produit suivant : chaque année, si le PSG n’est pas champion de France de Ligue 1, je vous paie 20 000 euros. Par contre, si une année, le PSG est champion de France de Ligue 1, vous me payez 10 millions d’euros. Seriez-vous prêt à prendre ce produit? Probablement pas (après tout, pour qu’il soit en moyenne rentable, il faudrait que le PSG ne soit pas champion de France pendant 500 ans). Le problème de la crise financière, c’est que les banques ont acheté, à haute dose, des produits que leurs propres modèles décrivaient comme celui-ci. Pourquoi l’ont-ils fait? La réponse est beaucoup plus probablement à chercher chez les sociologues, les psychologues, ou chez des économistes qui prendront le temps d’aller étudier les motivations des agents et le fonctionnement interne des banques. S’il y a un reproche à formuler aux quants, ce n’est pas tellement d’avoir développé et utilisé des modèles: c’est de n’avoir pas compris comment ceux-ci seraient utilisés ».

Clairement, il y a eu dans l’usage fait par les banques des modèles d’évaluation des risques un élément d’irrationalité. La question que je me pose est de savoir si le détournement des modèles (parce que c’est bien de ça qu’il s’agit) résulte d’une mauvaise compréhension de ces derniers (c’est peu probable), d’éléments incitatifs qui ont objectivement conduit les acteurs à prendre des risques en dépit de ce que disaient les modèles ou bien s’il y a vraiment eu une illusion collective portée par la propagation d’une croyance relative à l’augmentation infinie du prix de certains actifs.

Nassim Taleb pense que les acteurs sur les marchés financiers ont trop cru dans ces modèles et les ont utiliser de manière aberrante à des fins prédictives. D’autres pensent plutôt que ces modèles donnaient des informations indiquant objectivement l’existence d’un risque mais qu’ils n’ont pas été pris en compte. Je ne sais pas laquelle de ces deux interprétations contradictoires est la bonne, mais dans les deux cas on a besoin d’un modèle d’explication nous permettant de comprendre comment les agents utilisent ce genre d’informations. Ce qui est sûr, c’est que les modèles d’évaluation des risques sont des points focaux : tous les acteurs y ont accès et partagent donc une même information. Paradoxalement, j’ai l’intuition que ces points focaux sont plus sources d’instabilité que de stabilité, peu importe l’interprétation retenue. Si les agents croient trop dans ces modèles, ils ne peuvent anticiper l’inévitable mais imprévisible retournement. Si, au contraire, ces modèles servent « d’ancre » aux individus pour ajuster leurs croyances à un niveau plus optimiste en période d’euphorie, ils ne font que renforcer le processus cumulatif.

En fait, les modèles ne sont pas le problème. C’est plutôt la nature même des marchés financiers dont les processus sont par nature cumulatifs : la demande d’actifs y est fonction croissante de leur prix. Dans ces conditions, modèles d’évaluation des risques ou pas, les réajustement sont toujours violents.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Trouvé ailleurs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s