Certes, on est tous mort à long terme, mais quand même…

Voici une interview de Paul Krugman où ce dernier défend à nouveau sa position selon laquelle une relance budgétaire massive aux Etats-Unis est indispensable :

Dans la même lignée keynésienne, voir aussi ce billet de Dani Rodrik. L’argument défendu me gêne un peu : l’efficacité d’une relance budgétaire est fonction de la valeur du multiplicateur keynésien. Cette dernière dépend notamment de la propension marginale à consommer et de la propension marginale à importer. Plus cette dernière est forte, moins le multiplicateur sera important (puisque une partie de la relance budgétaire ira alimenter les économies étrangères). Une « arythmétique keynésienne » de base conduit donc à penser que la mise en oeuvre de tarifs douaniers peut donc être positif.

Bon, si on lit sérieusement, on voit bien que Rodrik ne défend pas de mesures protectionnistes, bien entendu. Il souligne au contraire, avec raison, les dangers d’un raisonnement trop purement keynésien. La solution passe plutôt par une coordination des relances budgétaires, dans les pays développés mais aussi dans les pays en voie de développement, ce qui n’a rien d’évident pour ces derniers qui n’ont aucune marge de manoeuvre. Cela dit, ce qui me fait un peu peur dans tous ces débats là, ce que l’on ignore le long terme. Certes, comme dit Rodrik : « Exceptional times, exceptional measures« . Mais il ne faudrait pas que les mesures prises aujourd’hui, sous prétexte de relancer rapidement les économies, en viennent ensuite à perdurer. Je ne suis par exemple pas sûr qu’accroître artificiellement les liquidités disponibles à destination des pays en voie de développement soit sur le long terme une bonne chose en terme d’incitation. Cela est également valable dans les pays industrialisés : les ressources qui vont être consacrées au sauvetage de certains secteurs (comme l’automobile aux Etats-Unis et en Europe) peuvent potentiellement ralentir leur restructuration ce qui, in fine, ne sera profitable à personne (sauf peut-être à ceux qui sont directement sauvés… et encore).

Il y a incontestablement un arbitrage difficile à faire. D’un côté, ne rien faire n’est pas envisageable. Ce n’est pas envisageable sur le plan politique (les pouvoirs publics peuvent difficilement justifier de laisser un secteur s’écrouler après avoir sauvés les banques) et pas souhaitable sur le plan économique : laisser l’économie s’enfoncer dans la récession au prétexte qu’un réajustement des prix relatifs est nécessaire peut engendrer un effet d’hystérèse faisant que, même après le réajustement, elle se trouvera durablement dans un équilibre de faible croissance. D’un autre côté, toute relance conjoncturelle aura également un impact structurel sur le long terme. Le problème n’est pas tant l’accroissement de l’endettement, n’en déplaise aux hystériques de la dette. Le danger réside plutôt dans les tentations protectionnistes (pour l’instant, on semble à l’abri de cette lubie), l’instauration d’un aléa moral, le ralentissement de l’ajustement de l’économie ou encore la mise en place de règles contreproductives (ça, c’est essentiellement concernant le secteur financier).

Cette tension est également aussi un petit peu celle entre raison et hubris. Dire, comme Russ Roberts, qu’au prétexte qu’on ne peut être absolument sûr des conséquences de l’engineering social (prenant notamment la forme de politiques cojoncturelles), qu’il ne faut rien faire n’est pas tenable. En même temps, la vitesse à laquelle l’ensemble des pouvoirs publics des pays développés ont abandonné les règles qu’ils s’étaient fixés (comme le Pacte de stabilité et de croissance), qu’elles soient bonnes ou mauvaises, appelle aussi à se poser des questions.

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2 Commentaires

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2 réponses à “Certes, on est tous mort à long terme, mais quand même…

  1. Shrat

    Bonjour tous le monde!

    Est-ce que quelqu’un ici saurait par hasard comment la relance sera financée aux Etats-Unis?

  2. Pingback: blogring.org

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