Keynes is back… really ?!

J’entends et je lis un peu partout (par exemple ici ou ) que Keynes est de retour avec la crise économique. Il est vrai qu’avec la suspension (disparition ?) du Pacte de stabilité et de croissance et les plans de relance budgétaire annoncés aux Etats-Unis et en Europe, il semble que l’on assiste à un retour en grâce des politiques économiques conjoncturelles dont on nous dit que Keynes a été le grand architecte. Mais de quel Keynes parle-t-on ? Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il y a un débat qui oppose les keynésiens de plusieurs bords concernant l’héritage du maître. D’un côté, il y a ceux qui ont retenu de Keynes la synthèse qui a été faite d’une partie de ses idées dans le cadre théorique néoclassique à partir des années 40 et qui a donné naissance au modèle IS/LM. Ce sont les keynésiens du « fine-tuning », ceux qui pensent que l’économie de marché peut être stabilisée à la condition d’actionner les bons leviers de la politique économique. Ce Keynes là est incontestablement de retour… si tant est qu’il nous ait déjà quitté.

Mais d’autres, qu’on a coutume d’appeler les post-keynésiens, vous diront que Keynes était un « structuraliste ». Ce Keynes là, c’est celui de l’incertitude radicale, celui qui souligne l’importance des anticipations et qui met en avant l’endogénéité de la monnaie et l’instabilité chronique des marchés financiers. C’est celui qui est mis à jour par les travaux d’Hyman Minsky notamment. Le Keynes structuraliste met en avant que l’économie de marché ne peut jamais être en équilibre de plein emploi et qu’une politique économique de « fine-tuning » ne peut remédier à ce problème. Dans cette perspective, les préconisations de Keynes sont beaucoup plus radicales : contrôle des mouvements de capitaux, contrôle des changes, « Big Government » pratiquant une forme de planification.

Depuis des décennies, les néo-keynésiens et les post-keynésiens se battent pour savoir qui était le « vrai » Keynes. Ce papier met bien en perspective cette opposition, tout en défendant l’idée que Keynes était fondamentalement un structuraliste. Le fait est que si Keynes était vraiment de retour, les mesures prises par les pouvoirs publics ne s’arrêteraient pas à des politiques économiques d’extrême urgence. Elles s’accompagneraient de réformes plus structurelles ne concernant pas uniquement les marchés financiers d’ailleurs. L’avenir nous dira si c’est le cas, pour le meilleur… et le pire.

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2 Commentaires

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2 réponses à “Keynes is back… really ?!

  1. « Ce Keynes là est incontestablement de retour… si tant est qu’il nous ait déjà quitté. »

    Oui, crier le retour de Keynes à chaque phase descendante du cycle est idiot. Ce Keynes là n’a « plus aucun intérêt », il est devenu dentiste.
    Par contre, l’autre cache encore des choses.

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