En vrac

Plusieurs choses intéressantes ce matin qui méritent d’être discutées.

On en sait un peu plus depuis hier sur le fameux « fonds souverain » à la française. En fait, il ne s’agit pas d’un authentique fonds souverain : doté de seulement 6 milliards d’euros de cash, il aura pour vocation de prendre « des participations dans des PME « qui portent la croissance française » ou pour « sécuriser le capital d’entreprises stratégiques » menacées d’OPA hostiles par la chute des cours boursiers », selon N. Sarkozy. Il s’agit d’un nouvel avatar du patriotisme économique à la française… dont le fondement n’est pas tant économique qu’émotionnel. Ce fond souverain est quand même fondé sur un préjugé : les capitaux étrangers seraient « dangereux » et il faudrait protéger les « secteurs stratégiques » des investissements étrangers prédateurs. Il s’agit là essentiellement d’une vue de l’esprit car, comme le rappelle cet éditorial équilibré des Echos, aucune étude n’a objectivement montré l’existence d’effets néfastes en terme d’emploi  ou d’investissement liés à la détention par des propriétaires étrangers de parts dans les entreprises françaises. Sur un plan purement économique, l’idée même d’un « fonds souverain défensif » n’est en fait qu’une forme dégénérée de politique industrielle et se trouve de fait confrontée aux mêmes limites : l’Etat est-il le mieux placé pour décider d’une allocation optimale des ressources en repérant les secteurs clés ? Le risque est plutôt de voir ce fonds servir de béquille de soutien à des secteurs en difficulté mais disposant d’un pouvoir d’influence auprès des pouvoirs publics. Dani Rodrik ne voit quant à lui ce genre de fonds non pas tant comme une forme de protectionnisme mais comme la réaction naturelle à des marchés financiers hypertrophiés. Réaction naturelle peut-être, mais réaction optimale probablement pas.

Dani Rodrik toujours fait écho à cette étude de la Commision pour la croissance et le développement qui remarque que les pays en voie de développement ce sont engagés de manière insistante dans le processus d’intégration financière alors même qu’aucune étude n’a formellement démontré l’effet bénéfique d’une telle intégration. L’étude suggère que l’ouverture financière est une conséquence du développement économique plutôt qu’une cause. Rodrik suggère plutôt que l’ouverture financière pratiquée par les pays en développement est le produit d’une croyance et d’un comportement conventionnel.

Cet article sur Vox vient rappeler qu’il est important de ne pas diaboliser le marché, la globalisation et les marchés financiers. Ce sont des instruments qui appellent toutefois à des formes de régulation publique. La thèse de l’auteur est intéressante : la crise financière est bien liée à une défaillance des gouvernements, mais pas une défaillance résultant d’un trop plein de réglementation, mais plutôt de l’inaction.

Enfin, ce billet de Chris Dillow est troublant et tend à indiquer que l’hypothèse d’anticipations rationnelles n’est peut être pas aussi irréaliste que ça. On y voit que les consommateurs semblent se comporter comme s’ils anticipaient l’évolution future de l’économie. Par exemple, pendant la période de la bulle immobilière où l’appréciation des actifs rendait les ménages plus riches, la consommation n’a pas véritablement augmenté. A l’inverse, on constate aujourd’hui que la crise ne semble pas affecter tant que ça les comportements des consommateurs. En fait, les consommateurs semblent anticiper les retournements économiques. Les consommateurs seraient-ils donc plus rationnels (ou clairvoyants) que les gouvernements et les banques ? En tout cas, en l’état actuel des choses, cela suggère également qu’un plan de relance centré sur la demande ne serait peut être pas si efficace. Conclusion à prendre avec des pincettes puisque, avec la montée du chômage, un choc sur la demande est quasiment inévitable.

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2 Commentaires

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2 réponses à “En vrac

  1. Shrat

    Je comprends bien que l’Etat n’est pas forcément le meilleur quand il s’agit d’allouer les ressources à des secteurs en particulier. Néanmoins, je crois que plus que de planifier l’économie, Sarko avait dans l’idée d’éviter les délocalisations. Ok, cela introduira de toute façon une distortion mais c’est pas forcément idiot dans cette perspective. Non?

    J’admet tout de même que c’est une démarche un peu ridicule et que les entreprises n’auront plus une contrainte budgétaire molle à ce stade mais plutôt un flamby.

    J’aime beaucoup ce blog! Ce serait quand même sympa si vous étiez parfois un peu plus pédagogue (cf. darwin). Je suis parfois un peu perdu au milieu de tout ces concepts. Merci beaucoup en tout cas!

  2. C.H.

    Merci pour vos compliments. Concernant le côté « manque de pédagogie » de certains billets, j’en ai bien conscience et je suis perpétuellement à la recherche du bon équilibre pédagogie/complexité. Dans certains billets assez longs (comme celui sur Darwin), je reconnais que l’aspect pédagogique est un peu sacrifié afin de conserver un format de taille raisonnable. mais promis, je vais essayer de faire un effort !

    Concernant le fonds souverain et les délocalisations : le problème, c’est que le danger des délocalisations est lui-même largement exagéré. Bien sûr, il y a régulièrement des délocalisations, mais celles-ci ne représentent qu’une part infime dans les destructions d’emplois dans l’économie française. Je vous conseille d’aller jeter un oeil au blog d’Olivier Bouba-Olga (cf. la blogroll) qui aborde souvent ce sujet et qui est bien mieux placé que moi pour en parler.

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