Impuretés et contingences

« Success is fragile but foster competing cultures based on clusters of talent motivated by rivalry and emulation.  Don’t filter out the eccentrics or the risk takers« .

C’est de Tyler Cowen dans ce billet où le ratio « choses pertinentes/lignes écrites » est très élevé. Il y a deux choses particulièrement intéressantes dans ce que raconte Cowen. La première, qui est liée avec la phrase du dessus, c’est l’idée que la survie et le développement trouvent leurs origines dans la variété et l’hétérogénéité. C’est un point fondamental mis en avant par la théorie darwinienne de l’évolution : le processus de sélection naturelle n’a de sens que dans la mesure où il existe une variété de phénotypes, puisque ce sont ces derniers qui sont sélectionnés. Le moyen le plus sûr pour une espèce de survivre et de se développer est d’être composée d’organismes les plus divers possibles. C’est un principe qui a une application en économie : plus une économie est spécialisée, plus elle est vulnérable. Cet élément renvoie également à ce que certains appellent le « principe d’impureté« . Ce principe nous dit qu’il faut se focaliser sur les « impuretés » d’un système ou d’un organisme pour comprendre son évolution. Par exemple, vous voulez comprendre comment les économies capitalistes vont évoluer et se développer, et bien il faut se focaliser sur ce qui les différencient (la notion de variété de capitalismes) et non sur leurs points communs.

Le second point intéressant concerne la notion de contingence. A partir du moment où l’on adopte une perspective diachronique, historique, on est confronté à un problème : comment discriminer parmis l’infinité du matériau historique ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas ? Tout phénomène ou individu historiques est le produit d’une multitude de contingences, comme Cowen le montre avec l’exemple de Beethoven. On est donc obligé d’avoir une théorie de « sélection des contingences » qui, nécessairement, précède l’analyse scientifique elle-même. Max Weber est connu pour avoir proposé un critère axiologique à ce problème de sélection : le critère de la « pertinence par rapport aux valeurs » (value-relevance). En gros, le scientifique construit son objet d’étude et sélectionne les contingences qu’il juge digne d’intérêt par rapport à ses intérêts théoriques mais aussi culturels et idéologiques. On a souvent accusé Weber d’être relativiste sur ce point, mais il n’empêche que son point de vue me parle.

Ce qui est ironique c’est que, du point de vue wébérien, ces deux points sont contradictoires. Chez Weber, le concept de pertinence par rapport aux valeurs mène directement à celui d’idéaltype (on ne peut pas comprendre le second sans comprendre le premier). Mais le principe d’impureté remet directement en cause la pertinence de procéder par idéaltype, ou en tout cas souligne les limites de la démarche. 

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1 commentaire

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Une réponse à “Impuretés et contingences

  1. Right on! As a risk-taker autonome, lecteur impénitent d’auteurs infréquentables comme von Mises ou Nassim Taleb — et pas trop loser malgré la crise, je vous capte 5 sur 5. C’est jubilatoire de vous lire.

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