Sauver le Big Three ?

Aux Etats-Unis, les trois gros constructeurs automobiles General Motors, Ford et Chrysler sont mal en point, tellement qu’ils demandent à bénéficier d’aides publiques. Après le sauvetage du système financier (qui d’ailleurs est temporairement suspendu aux EU), va-t-on vers un nouveau bail-out ?

En tout cas, c’est réclamé par certains et, très honnêtement, il semble difficile de voir comment les pouvoirs publics américains pourraient justifier de ne pas sauver les fleurons de l’industrie automobile américaine alors qu’ils l’ont fait pour des financiers perçus comme « cupides ». Toutefois, sur un plan strictement économique, un bail-out parait peu justifié. Déjà, s’il faut admettre que la chute de l’un des membres du Big Three aurait inévitablement un effet très négatif sur l’économie américaine, en entrainant à sa suite tout un tas de fournisseurs, celui-ci n’aurait probablement rien de comparable avec le choc systémique qui aurait pu se propager si on avait laissé le système financier s’effondrer (et dont on a eu un aperçu avec la faillite de la seule banque Lehman Brothers). Ensuite, tandis que toutes les banques ont connu de très grosses difficultés avec la crise financière, on peut voir que tous les constructeurs automobiles ne sont pas dans la même situation. Certes, GM va mal, mais Toyota va bien. Ce n’est pas tant le secteur qui est en difficulté que certaines entreprises qui payent probablement ici en partie leurs erreurs de management et de stratégie. Du coup, et c’est le troisième argument, un sauvetage aurait pour effet de conforter GM and Co dans leurs erreurs, et ceci au détriment du consommateur.

L’essence de l’économie de marché repose sur un processus d’essais-erreurs où les erreurs sont sanctionnées de manière à envoyer un signal à ceux qui sont concernés pour qu’ils s’adaptent. Supprimer ce signal, c’est priver le marché concurrentiel de sa raison d’être. Sans compter qu’un sauvetage serait ni plus ni moins qu’une forme de concurrence déloyale, dont malheureusement cette dernière risque d’être une conséquence indue de la crise dans le secteur financier. Le sauvetage des banques se justifiait en raison des risques systémiques, même si ceux-ci ont peut être été présenté de manière exagérée par les lobbies financiers. Gageons que le lobby des constructeurs automobiles saura lui aussi faire preuve de persuasion de ce point de vue (la theorie du public choice a encore de beaux jours devant elle). Le problème d’un tel sauvetage n’est pas tant qu’il engendrerait un phénomène d’aléa moral (difficile d’imaginer des actionnaires ou des dirigeants indifférents aux difficultés financières de leur entreprise même si, à la fin, celle-ci est sauvée), qui est à mon sens beaucoup plus problématique dans le domaine financier, mais tout simplement qu’il serait contraire au principe même de la destruction créatrice qui est à la base de la dynamique capitaliste. Si le système financier était tombé, il aurait été bien difficile à quiconque de pouvoir emprunter pour investir ou consommer. La chute de GM n’empêchera par contre personne d’acheter une voiture. Bien sûr, reste le problème des salariés qui ne sont pour rien dans cette histoire (Gary Becker ne serait pas d’accord avec cela). Cela ne fait que rappeler l’importance de la formation professionnelle. Si l’Etat a un rôle à jouer, c’est à ce niveau, pas ailleurs… 

Publicités

9 Commentaires

Classé dans Divers

9 réponses à “Sauver le Big Three ?

  1. En tout cas, cette affaire sera un bon indicateur sur la doctrine économique dominant à Washington : protectionnisme en faveur de l’industrie nationale ou acceptation des lois naturelles du libéralisme ?
    Je parie sur une intervention massive du pouvoir US, socialiste, sinon plus, pour le coup.

  2. Real

    tout a fait de votre avis.
    Une nuance tout de meme sur les salaries dont vous dites qu’ils n »y sont pour rien.
    C’est oublier le role tres nefaste du syndicat de l’automobile UAW qui a fait de la surenchere irresponsable en matiere de salaires et d’avantages sociaux depuis tres longtemps alors que les concurrents japonais s’implantaient sans syndicat sur le territoire US. Le pire est que les managements successifs ont cedes et cela tant que les benefices sur les ventes de SUV ( vehicules utilitaires de sport) leur permettaient de payer la facture, jusqu’a la fin de l’histoire que nous vivons maintenant. On pourrait carricaturer et dire que GM et consorts sont des exemples parfaits de compagnies qui ont ete gerees pour leurs employes (dirigeants compris) et pas pour leurs actionnaires.

  3. isaac

    Bonjour,

    Sur le « reste le problème des salariés », je ne suis pas trop d’accord, je tente de vous expliquez pourquoi :

    Le problème principal est celui des salariés. Ces derniers sont uniquement dépendants de leurs salaires, leur en priver revient ni plus ni moins que leur supprimer un droit à exister dans une société (et pourtant je suis loin d’être un hippie) où le salaire devient l’unique moyen de vie. Je pense que la vraie question émergente de la situation de crise est celle-ci : comment faire en sorte qu’une crise financière, une crise économique soit ralentie et n’affecte finalement que peu le niveau de vie des gens, car s’il y a bien un point qui devrait intéresser les économistes c’est bien les personnes. C’est le rôle de la protection de l’emploi, d’une assurance-chômage par exemple. Si, à la suite d’une déréglementation excessive une crise financière entraîne des bouleversements sociaux gravissimes il me semble que les pouvoirs publiques, et donc nous…, ont comme devoir de protéger les individus de cette catastrophe, si cela passe par une aide massive aux entreprises pourquoi pas. Trouver le moyen le plus efficace pour cela relève bien d’un débat mais il me semble que celui-ci devrait partir d’une inquiétude vis-à-vis de l’individu et peut m’importe qui est le responsable : cette question relève de la modalité de l’aide (question primordiale et légitime – mais que je subordonnerait à autre chose de plus important – que vous soulignez d’ailleurs à juste titre CH) et pas de l’aide en elle même. Entendons nous bien je ne m’oppose pas à l’argumentation développé, je me pose juste une question sur le sens d’aborder le pb

    La chute de GM n’empêchera personne de consommer à part les employés de GM, cela ne peut-il pas ralentir l’économie également?

    Sur la formation je vous suis à 100%.

    Bonne nuit

  4. La réponse me semble évidente.

    * 700G$ pour le système financier et presque autant pour la guerre en Irak et Afghanistan.
    * Un déficit public record de 10.000G$
    * 2,3 et 3 millions d’emplois directs et indirects

    Ces pertes d’emplois se traduiraient par un manque à gagner de 100 à 150 milliards de dollars américains en recettes fiscales.

    et sans parler des mauvaises créances supplémentaires.

    ils ont déjà obtenu 25G$ et ils veulent une rallonge de 25G$ que le gouvernement républicain ne souhaite pas vraiment avancer d’après :
    Aide du gouvernement américain – Le frein ou l’accélérateur?

    Obama semble décider a soutenir cette industrie automobile et il s’est entouré de bons conseillers économiques.

  5. C.H.

    @isaac :
    Je comprends votre point de vue. Je suis moi-même de l’avis que l’urgence majeure est de trouver pour l’avenir des dispositifs empêchant non l’occurence de crises financières (c’est impossible à mon sens) mais plutôt isolant l’économie « réelle » des externalités négatives générées par ces crises. Maintenant, sur le cas qui nous occupe, évidement les salariés des entreprises concernées sont touchés. Mais il faut voir qu’un plan de sauvetage pour GM, Ford et Chrysler ne sauvera probablement pas ces entreprises (et donc leurs salariés) sur le long terme pour la bonne et simple raison que leurs difficultés sont liées à des facteurs plus structurels que la seule crise financière. Cette dernière est un peu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le problème, c’est que ces firmes ont probablement été mal dirigé. C’est clairement malheureux pour les salariés mais il est impossible aux pouvoirs publics de porter assitance à toutes les entreprises en difficulté au motif (certes bien réel) que les salariés n’ont que leur salaire pour vivre.

    Il y a des destructions d’emplois quotidiennement dans une économie de marché. Qu’est ce qui justifie que l’on en sauve certains et pas d’autres ? Hormis, le cas du choc systémique, rien. Dans le cas de l’automobile, je ne pense pas que ce choc systémique menace. Préserver l’emploi coûte que coûte en mettant sous perfusion des entreprises mal structurée n’est ni efficace économiquement, ni équitable en terme de justice sociale dans la mesure où ce genre de remède n’est pas universalisable.

  6. Je trouve l’avis de Posner (http://www.becker-posner-blog.com/archives/2008/11/bail_out_the_de.html )(comme toujours) nettement plus intéressant sur les conséquences économiques.

    D’autre part le plus important est sans doute le « coût politique » : abandonner Detroit en début de mandat peut se révéler catastrophique pour Obama et compromettre toute chance de mener une politique économique efficace ultérieurement.

  7. Clairement, depuis quelques jours, on s’oriente vers un « dépoussiérage » des lois sur la faillitte (Chapter 11, etc.). Dans ce cas de figure, le gouvernement fédéral (le contribuable) deviendrait créancier de 1er rang de ces firmes mises en liquidation pour mieux se restructurer. En somme: version « Canada Dry » d’une socialisation des pertes.

  8. Peu importe que ces entreprises vont couler à long terme. il faut éviter qu’elles coulent maintenant et participer à amplifier l’onde de choc.

    La gestion n’est pas probablement si mauvaise puisque 3 marques sont concernés. C’est le secteur qui est davantage en cause. Après la crise, les entreprises automobiles qui auront survécu, rafleront la mise.

    Le dollar s’est apprécié alourdissant d’autant le poids de la dette publique US. Dans ce contexte, il faudrait regarder finement le bilan des avantages pour l’importation avec les inconvénients liés aux prix des produits exportés et a l’appréciation de la dette.

  9. Industrie automobile – Plan d’aide au Sénat américain

    Rebond à Wall Street :

    La Bourse de New York affiche d’importants gains après que des sénateurs eurent annoncé être parvenus à un accord sur un plan d’aide à l’industrie automobile.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s