Economie et évolution : une interview de Peyton Young

Je suis tombé un peu par hasard sur une interview de Peyton Young au sujet de la théorie des jeux qui rentre très bien dans le cadre de la série « Economie et évolution » (les deux premiers billets de la série sont ici et ). Je ne disserterai pas longuement dessus ; je me contente de souligner deux points intéressants que développe Young :

* Selon lui, les développements de la théorie des jeux appliquée aux sciences sociales sont sur le point de rentrer dans une nouvelle ère : la période des raffinements toujours plus subtils du concept d’équilibre de Nash ouverte dans les années 70 avec les travaux de John Harsanyi est sur le point de finir. Young estime aujourd’hui que l’avenir de la théorie des jeux est du côté des modélisations évolutionnaires déjà appliquées avec un certain succès en biologie et en sciences sociales. Ce type de modélisation a pour particularité de reposer sur des hypothèses beaucoup moins exigeantes concernant la rationalité des individus et laisse la possibilité de modéliser des situations où les agents ont des préférences extrêmement hétérogènes.

* Young donne un exemple d’application des modèles évolutionnistes aux sciences sociales : celui de l’explication de l’émergence des normes sociales et surtout de la manière dont elles en viennent à être considérées comme « justes » par les individus. A ma connaissance, c’est Robert Sugden qui a été l’un des tout premier à utiliser les jeux évolutionnaires pour traiter de ce sujet. En substance, il s’agit de montrer que l’émergence de normes sociales spécifiques est souvent le résultat d’un « accident » historique. Certaines interactions font incidemment émerger un point focal que les individus apprennent progressivement à respecter car cela va dans leur intérêt. Ce point focal, bien que totalement arbitraire initialement, est progressivement rationalisé par les individus qui vont finir par le considérer comme « juste » afin de justifier son existence. La norme sociale en vient alors à être intégré en tant que telle dans les préférences des agents au titre qu’elle est juste (fair). Ce type de modélisation est un moyen de formaliser un aspect essentiel de la coordination sociale mis en avant en son temps par David Hume.

Suite très bientôt de la série où j’aborderai la question spécifique de l’évolution des institutions et de la manière dont celles-ci sont sélectionnées par l’environnement.

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