Minsky vs les autrichiens vs la macroéconomie mainstream

Un texte plutôt intéressant comparant la pertinence respective de la théorie autrichienne du cycle (que j’ai abordé ici) et l’approche post-keynésienne de Hyman Minsky dans l’explication de la crise financière. L’auteur indique que, globalement, les deux approches sont toutes deux relativement pertinentes : dans la perspective à la Minsky, on comprend que la banque centrale américaine n’a pas fait son travail pour prévenir une bulle spéculative qui est un phénomène naturel de la dynamique capitaliste. Dans la perspetive autrichienne, la banque centrale a fait un peu n’importe quoi ce qui a engendré une bulle spéculative. Les deux scénarios sont plausibles et racontent une histoire qui a du sens.

Quid de la macroéconomie standard ? Depuis quelques semaines, Arnold Kling se plaint de sa totale incapacité à expliquer la crise financière. L’auteur de ce texte est lui moins sévère et indique que la macroéconomie standard a été construite dans un contexte de fonctionnement « normal » de l’économie et pour expliquer ce fonctionnement. Ce qui risque d’arriver, en revanche, c’est que les événements économiques et financiers pourraient bien induire une évolution de la théorie macroéconomique standard qui, progressivement, va être amendée pour pouvoir expliquer de manière plus satisfaisante une crise comme celle qui a lieu actuellement. Comme l’intégration d’une explication à la crise financière dans l’une des deux grandes branches de la macroéconomie standard (croissance de long terme et fluctuations de court terme) n’est pas évidente, l’auteur conjecture la naissance d’une troisième sous-branche. A voir.

De mon point de vue, la crise financière et économique actuelle souligne l’importance, y compris d’un point de vue macroéconomique, des asymétries d’information (voir ce qu’en dit Kling), des comportements stratégiques et mimétiques des acteurs et du rôle de la confiance, des éléments typiquement (néo- et post-)keynésiens. Je ne sais pas dans quelle mesure la macro standard est d’ores et déjà outillée pour prendre en compte ces éléments.   

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2 Commentaires

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2 réponses à “Minsky vs les autrichiens vs la macroéconomie mainstream

  1. Aeriscor

    « pour expliquer ce fonctionnement ». Cela me semble dans un sens assez vrai et pour tout dire plutot une des causes de mon malaise vis a vis de la macro standard. Comme la psychanalyse, bien que de maniere moins marquee elle est principalement « explicative ». Elle est difficilement falsifiable car toute falsification peut etre consideree comme une condition anormale, bref elle ne remplit pas le critere de Popper.
    Personnellement j’aurais tendance a voir dans la crise actuelle une confirmation de la rationalite limitee des acteurs ( avalanche informationnelle en particulier ) qui me parait insuffisamment traitee par la theorie neoclassique voire meme incompatible avec le corpus theorique ( ce n’est rien de le dire ).
    L’article en question me parait interressant mais se focalise trop sur une relation de causalite simple qui modelise de maniere imparfaite les relations complexes entre les deux acteurs cites ( banques centrales et investisseurs ). Si les deux visions me paraissent acceptables c’est principalement parce que les deux acteurs influent sur le marche directement mais aussi parce qu’ils ont une influence sur la vision que les autres ont du marche.
    Avec une intervention ideale de la FED la crise aurait eu lieu mais aurait ete plus benigne, de meme avec des investisseurs parfaits elle n’aurait quasiment pas eu lieu.
    Je comparerais volontiers la situation a une dispute ou chaque personne hausse peu a peu le ton : difficile de donner la responsabilite de l’escalade a l’un plus qu’a l’autre et pourtant leurs actions conjuguees provoquent cette dispute violente.

  2. Yannick

    Il existe toute une branche de la théorie standard consacrée à la question de l’émergence des crises financières et des bulles spéculatives qui s’appuie sur la théorie des jeux appliquée à la finance et aux foules.

    On montre par exemple qu’il n’est pas nécessaire de faire appel aux concepts de rationalité limitée pour modéliser des bulles spéculatives (je ne suis malheureusement pas un spécialiste de la finance).

    Il est extrêmement intéressant d’étudier le comportement des foules sous hypothèse de rationalité parfaite. On se rend compte qu’en fonction des situations, on obtient des résultats parfois contre-intuitif (voir à ce sujet l’excellent rational herds d’un auteur dont j’ai oublié le nom).

    A propos des questions de finance et rationalité, un chapitre entier de « 27 questions d’économie contemporaine » y est consacré (écrit par André Orléan).

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