Le rôle des agences de notation financière dans un contexte de connaissance imparfaite

Article extrêmement intéressant de Roman Frydman, Michael Goldberg et Edmund Phelps dans le Financial Times. Frydman et Goldberg sont notamment les auteurs d’un ouvrage intitulé Imperfect Knowledge Economics dans lequel ils proposent de repenser la macroéconomie en dehors de l’hypothèse d’anticipations rationnelles. Dans cet article, les trois auteurs situent l’origine de la crise dans le fait que les acteurs et les pouvoirs publics ont une connaissance imparfaite des mécanismes régissant l’évolution du prix des actifs. En fait, sont accusés, les modèles d’évaluation des risques et surtout ceux qui les utilisent sans précaution en partant du principe que tous les agents sont rationnels et disposent d’une connaissance parfaite des mécanismes économiques. Tous ces modèles, à partir desquels est transmise une information sur laquelle s’appuient l’ensemble des acteurs, ont en commun de projeter vers l’avenir les tendances longues observées dans le passé. Autrement dit, pour être concret, la plupart des modèles d’évaluation des risques ont pris pour hypothèse que le prix de l’immobilier continuerait de grimper.

Le gros reproche que font les auteurs aux agences de notation est de ne pas avoir été assez explicite dans leurs rapports sur les hypothèses sous-jacentes à leurs évaluations. La nature même de la dynamique capitaliste est l’innovation, et qui dit innovation dit rupture dans les patterns caractérisant un système dans le passé. Ils recommandent donc que les agences aient l’obligation d’établir leurs évaluations selon deux scénarios : un scénario partant de l’hypothèse que les tendances passées continueront et un scénario anticipant un renversement des tendances passées : « This leads to a simple proposal. When assessing an asset, agencies should be required to report at least two ratings and the methodology used to arrive at each: one assuming that historical patterns will continue and at least one other assuming reversals in the trends of major variables« .

Bon, tout ça est très intéressant, mais je me demande si la cause principale de la crise financière réside ici. A mon avis non. Tous les acteurs devaient être bien conscients d’une manière ou d’une autre que la situation était ancrée sur la hausse du prix de l’immobilier. Ou peut-être pas.

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10 Commentaires

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10 réponses à “Le rôle des agences de notation financière dans un contexte de connaissance imparfaite

  1. > je me demande si la cause principale de la crise financière réside ici.

    C’est quoi la ’cause principale’ dans un effet domino ? Le premier domino qui tombe ou la disposition particulière de ces domino entre eux ? Je pense que les simulations d’ordinateur peuvent nous aider pour mieux appréhender ce qui peut se passer avec un système donné et des conditions initiales. L’informatique est un outil puissant pour faire varier ces conditions initiales et voir ce qui se produit itérativement au bout de 10, 100, 1000 itérations. Le système est instable ou difficilement prévisible si une très légère variation de ces conditions initiales entrainent des variations considérables.

  2. Hors-sujet
    Lien vers une interview de Naomi Klein par JP Lepers sur latélélibre :
    http://latelelibre.fr/index.php/2008/10/naomi-klein-et-la-crise-financiere-13/
    Elle s’exprime notamment sur la crise actuelle, qui serait une conséquence directe du néo-libéralisme financier hérité des années 70-80 qui crée des bulles spéculatives, en profite, puis, lorsqu’elles éclatent, appellent à l’aide l’Etat pour nationaliser les dettes.
    Que pensez-vous de cette analyse historique des crises financières et économiques?

  3. folbec

    @Zelittle : le gros défaut de Naomi Klein est qu’elle croit, en exagérant à peine, au « complot mondial » et à la « méchanceté intrinsèque du vilain capitaliste », alors que la simple bêtise du comportement moutonnier standard suffit :
    – la crise immobilière était annoncée depuis longtemps par divers économistes, MAIS, psychologiquement :
    => avoir raison avant tout le monde est dangereux tant que la catastrophe prévisible ne s’est pas produite : les collègues /concurrents continuent à faire de beau bonus et a être promus aussi longtemps que ça monte, tandis que vous, pauvre idiot, êtes blâmés pour ne pas assez ramené d’argent.
    => avoir tort en même temps que tout le monde permet d’être perdu dans la masse et de se justifier en disant que c’est le destin, que c’était imprévisible…
    => il y a en plus toujours l’espoir d’avoir changé de domaine / de métier / d’avoir pris sa retraite juste à temps avant que le système s’effondre… surtout dans les grands groupes qui pratiquent des politiques de mutations rapides tous les 2 ou 3 ans
    : une infime minorité de pessimistes le seront juste au bon moment (et seront portés aux nues, mais ce sera en fait un heureux hasard), une majorité des pessimistes aura été virée avant la catastrophe et les optimistes auront minimisé leur risque personnel en étant noyés dans la masse des échecs ou en étant partis avant que les ennuis retombent.

  4. C.H.

    @Zelittle :
    Je n’ai jamais lu ce qu’a écrit Naomi Klein. Toutefois, ce que j’ai pu en entendre ne me plait guère. Comme le dit folbec, on a l’impression d’une sorte de « théorie du complot », comme si on avait mis en place le « néo-libéralisme » (terme qui n’a pas beaucoup de sens au passage, il y a un libéralisme, le libéralisme, point) avec l’idée plus ou moins intentionnelle de « créer » des bulles spéculatives. Il y a une chose qui est évidente, c’est que l’intégration financière (i.e. le développement d’un système financier globalisé) a accentué la dimension systémique des crises. Mais je ne pense pas que cette instabilité systémique relève d’un quelconque acte intentionnel pour la bonne et simple raison qu’elle ne profite à personne (sauf à quelques petits malins ayant eu le nez fin).

  5. @ C.H. et folbec,
    Je n’ai pas non plus lu Naomi Klein et ne suis pas là pour défendre ce qu’elle pense, mais à mon avis, de ce que j’ai écouté, elle ne parle pas vraiment d’une théorie du « complot néolibéral » (avec des acteurs ayant intérêt à créer des crises) mais plutôt d’une logique du libéralisme (néolibéralisme me plait plus, mais bon, ce n’est pas très important) qui veut que des phases de formation de bulles spéculatives finissent toujours par une crise financière puis économique : l’économie réelle serait ainsi prise en otage par le libéralisme financier.
    C’est ce que je retiens de son message.
    Cette vision là, si c’est bien celle qu’elle propose, ne me parait finalement pas si éloignée de la votre, lorsque vous expliquez que les crises financières sont inévitables, qu’elles auront toujouts lieu, car les acteurs n’ont pas toutes les informations, et qu’en plus, ils ne sont pas incités à suivre un comportement prudent mais plutot à profiter au maximum de la phase d’expansion, sans se soucier de la chute.
    Vous êtes plus d’accord ?
    J’en profite pour vous signaler la suite de l’interview de Klein, je vais la regarder bientôt… espérons qu’elle ne me contredise pas complétement :
    http://latelelibre.fr/index.php/2008/10/naomi-klein-et-la-crise-financiere-23/

  6. C.H.

    Ok, je comprend mieux.
    Disons qu’il y a une idée commune sauf que moi je ne dirais pas que l’économie réelle est prise « en otage » (peut être qu’elle n’utilise pas ce terme) par la finance : l’économie réelle *profite* de la finance. Je suis intimement persuadé qu’il y a un arbitrage à faire entre risque de crise financière et gains issus du système financier pour l’économie réelle. Ce que je veux dire, c’est que si l’on veut des économies innovantes et dynamiques, alors il faut un système financier globalisé et libéralisé. la contrepartie, c’est qu’il faut accepter le risque de crises financières. Cette idée va dans le sens de certains travaux qui tendent à montrer que les économies les plus dynamiques sont aussi celles qui connaissent le plus souvent des soubresauts financiers. Donc là où Naomi Klein va dire « à mort le capitalisme financier », d’autres (dont moi) diront attention à ce que le remède ne soit pas pire que le mal.

  7. http://www.la-chronique-agora.com/articles/20081021-1280.html
    A ce propos, le prix médian des maisons vendues le mois dernier en Californie est tombé à 308 500 $, au plus bas depuis le printemps 2003 (contre 475 000 $ deux ans auparavant). La surprise vient du nombre de transactions, lequel aurait augmenté de 65% par rapport à septembre 2007… Hélas, la moitié de ce total provient de ventes aux enchères de maisons saisies par les banques créancières
    J’imagine que ces acheteurs sont très content du « rabais » de 40% dans ces ventes aux enchères. Est ce qu’il devrait attendre le « rabais » 50% ? Probablement.

    Je suis content que la bulle immobilière explose en Californie.
    Et à Paris ?

  8. @ C.H.
    Je suis parfaitement d’accord : attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais bon, je ne sais pas encore si c’est vraiment ce que propose Naomi Klein.
    Sur le débat « l’économie réelle est-elle prise en otage ou tire-t-elle profit de la finane? », on pourrait certainement dire que l’économie réelle profite de la finance (en obtenant des moyens d’investir et de consommer plus notamment) mais que la finance profite aussi de l’économie réelle (par les produits qu’elle vend, les dividences qu’elle retire, etc) : une relation où chaque partie (la finance, et l’économie réelle) a intérêt à ce que l’autre réussisse et soit prospère : un schéma de partenariat assez éloigné de l’image véhiculée (souvent par la gauche mais aussi par différents démagogues ou sophistes de tous bords) qui oppose le grand Capital avide de profits à la masse des soumis.
    A bientot,
    Zelittle.

  9. « La nature même de la dynamique capitaliste est l’innovation, et qui dit innovation (etc) »

    A mon avis, la nature même de la dynamique capitaliste est la recherche de rentes.

    Quant à Naomi Klein, on peut essayer de la déconsidérer par une « théorie du complot », mais ce n’est pas du tout ce qu’elle écrit.

  10. C.H.

    Citez moi un mode d’organisation économique où il n’y est pas de recherche de rentes… Par contre moi, je peux vous en citer pas mal où l’innovation est un phénomène rare.

    Au passage, la recherche de rentes n’est pas forcément une mauvaise chose. Quand une entreprise innove, elle est incitée par l’obtention d’une forme de rente de monopole.

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