Le marché est un bien public

Je viens de voir que j’avais loupé un billet de Chris Dillow sur le blog Stumbling and Mumbling qui développe une idée similaire à celle que j’ai exposé dans ce billet. Dillow explique que le marché est un bien public et, comme tous les biens publics, la quantité produite spontanément a tendance à être sous-optimale. Sa conclusion est similaire à la mienne :

« All this suggests that the promotion of markets and state intervention can go hand-in-hand. We need – sometimes – the state to help promote markets. (…) The key point is that, sometimes, the state-market dichotomy is a false one« .

Le marché n’est pas spontané et l’opposition marché versus Etat est trompeuse. Bien souvent, l’un va avec l’autre. Parler d’un retour de l’Etat au détriment du marché au sujet de la crise financière est définitivement faux. C’est plutôt une reconsidération des modalités d’intervention de l’Etat dans le cadre d’un soutien au marché.

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6 Commentaires

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6 réponses à “Le marché est un bien public

  1. Gu Si Fang

    « 1. A well-functioning liquid interbank market is a public good, in the sense that it benefits everyone, by allowing credit to flow. »

    On reproche aux banques d’avoir prêté à tort et à travers à des ménages non solvables, et simultanément on leur reproche de ne pas suffisamment se prêter entre elles. Il faudrait savoir!

    La situation actuelle est pleine d’incertitude pour une banque :
    – l’emprunteur est-il solvable?
    – vaut-il mieux placer mon argent ou attendre une meilleure opportunité?
    – vaut-il mieux accepter l’aide de l’Etat maintenant ou bien continuer à prendre des risques en espérant que l’aide sera encore plus abondante après?
    – etc.

    Dans ces conditions, qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les taux montent entre les banques? Elles indiquent simplement qu’elles n’ont pas de visibilité et freinent donc leur opérations. Tout le monde considère que c’est mauvais. Mais quelle est l’alternative? Leur dire : il y a du brouillard? votre GPS est en panne? le vent se lève et il y a de la houle? C’est pas grave, avancez à toute vapeur! Continuez de gaspiller du capital en l’investissant n’importe où du moment que vous l’investissez!

    En résumé, l’auteur croit savoir ce qu’est un marché qui fonctionne. Comme il a l’habitude de voir un certain volume de transactions, si ce volume baisse il considère que rien ne va plus. Comme rien ne va plus, l’Etat doit intervenir.

    Même pas un mot sur l’alea moral. Si Fannie Mae et Freddie Mac ont contribué comme on sait à l’alea moral dans la relation banques-ménages, imaginez un peu ce que peut donner une garantie illimitée de l’Etat sur un marché interbancaire à court terme!

  2. C.H.

    Le problème n’est pas tant de savoir si le marché fonctionne ou pas correctement mais de voir l’impact de son fonctionnement (bon ou mauvais) sur les autres secteurs de l’économie. En l’occurence, un marché interbancaire où les banques ne se prêtent plus, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ça affecte beaucoup de monde, à commencer par les ménages ou les entreprises. Doit-on dire alors : on ne fait rien, on attend que les choses se corrigent d’elles-mêmes parce qu’un marché qui fonctionne bien c’est, *par définition*, un marché que l’on laisse fonctionner. La réponse ne peut être que négative, et pour au moins deux raisons :

    1) ne rien faire aurait trop d’effets délétères sur le reste de l’économie et, vous le savez bien, l’état des finances publiques est très dépendant de la bonne santé d’une économie. Une économie en récession, c’est du chômage et moins de recettes fiscales.
    2) la situation actuelle sur le marché interbancaire est pour partie un effet émergent qu’aucun acteur ne désire, pas même les banques. Vous dites que les banques freinent leurs opérations parce qu’elles n’ont pas de visibilité. Chaucune de leur côté, elles se comportent donc rationnellement. Mais au final, le résultat est une situation que les banques sont certainement les premières à regretter. Dans le cas où il s’agit d’une crise de liquidité, ce n’est pas tant des conditions objectives que subjectives qui jouent, à savoir le manque de confiance.

    Pour moi, ne rien faire au prétexte qu’il faut laisser le marché se rétablir naturellement, c’est comme si on disait qu’il faut laisser un incendie ravager une forêt au prétexte que les arbres repousseront naturellement.

  3. Gu Si Fang

    Mais elles se prêtent! Et ces prêts ont un certain taux. Qui peut dire qu’il est trop élevé? Annuler la prime de risque a des effets économiques prévisibles : moins d’incitations à bien identifier le risque, donc une moins bonne utilisation du capital. En quoi cela est-il favorable à la sortie de crise?

    Ensuite il y a un point que vous n’avez pas relevé dans mon commentaire : l’attentisme des banques. Quelques grosses banques politiquement influentes ont réussi à souffler un vent de panique à l’oreille de nos politiques, tous pays confondus. Depuis quelques temps on assiste à une surenchère des plans de sauvetage. De plus, des rachats de banques ont lieu, mais sous influence politique. Dans un tel climat, la stratégie des banques sur le marché interbancaire est perturbé, mais comment?

    Enfin, le vent de panique actuel me semble exagéré. En-dehors de la finance et de l’immobilier – ce qui n’est pas rien -, le reste des économies ne marchait pas trop mal jusqu’à maintenant. On aurait pu imaginer une liquidation des mauvais investissement, qui dans nos économies riches aurait conduit à un retour rapide à la normale. Mais grâce aux kyrielles de mesures comme celle-ci qui sont annoncées en ce moment, ça ne devrait pas durer…

  4. C.H.

    Elles se prêtent certes mais à un taux élevé. On dispose quand même d’indicateurs pour évaluer l’évolution dans le temps de la situation du marché interbancaire, du genre TED spread. Evidemment que la garantie des prêts interbancaires annule la prime de risque… mais temporairement seulement. Je ne pense pas que dans la situation actuelle les banques s’amusent tout de suite à reprendre de grands risques.

    Bon je vous rejoins sur le fait que les plans de sauvetage sont pour partie le produit d’un catastrophisme peut être exagéré et probablement en partie entretenu par les acteurs eux-mêmes, tout content que l’on viennent leur sauver la mise. Mais la vérité c’est que personne ne sait vraiment ce qui se serait passé si on avait rien fait, si on avait laissé AIG s’écraser, si le plan Paulson n’avait pas été mis sur pied. Peut-être que les plans de sauvetage étaient indispensables, peut être pas, c’est objectivement impossible à dire.

    Mais, globalement, le facteur aléa moral me parait assez modeste : que l’on ait laissé tout l’édifice se casser la figure ou pas, je ne pense pas que c’est ça qui empêchera de nouvelles crises de survenir dans l’avenir. Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment se préparer à ce qui est à la fois inévitable et imprévisible. Et là, je pense que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, par pour empêcher les crises financières, mais pour trouver des moyens pour en atténuer l’ampleur et les effets.

  5. les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, par pour empêcher les crises financières, mais pour trouver des moyens pour en atténuer l’ampleur et les effets.

    Oui dans l’idéal.
    Je ne sais pas pourquoi j’en suis à espérer avec les responsables en place qu’ils en amplifient pas les dégâts pour les simples citoyens que nous sommes.
    Sans doute la lecture de ces articles m’a rendu pessimiste.
    Récession, inflation… la crise du crédit n’a pas dit son dernier mot
    Le plan de renflouement coûtera bien plus de 1 800 milliards

  6. Gu Si Fang

    Exemple : la faillite de Lehman

    Pendant la liquidation de Lehman, il est logique que personne ne veuille lui prête sur le marché interbancaire. Est-ce la fin du Monde? Il semble que non. Au final, la plupart des positions prises par Lehman sur des CDS se compensent les unes les autres (netting). Il reste des incertitudes, et le capital est bien sûr perdu, les porteurs d’obligations sont rincés, etc. Je suis surpris de la rapidité avec laquelle cette opération a été débouclée.

    http://www.nakedcapitalism.com/2008/10/good-and-bad-news-on-lehman-credit.html

    C’est moi qui vois tout en rose, ou quoi?
    😉

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