Tous propriétaires ?

Via la chatbox d’Econoclaste, je tombe sur cet article dans Le Monde où l’on apprend qu’un rapport du Conseil d’Analyse Economique préconise de développer le crédit hypothécaire en France. Il s’agit évidemment par là de faciliter l’accès à la propriété pour tous les ménages. Objectif tout à fait louable en soi. Relevons quand même que faire une telle préconisation à ce moment alors même que c’est de ce type de crédits qu’est partie la crise financière aux Etats-Unis est très courageux. Bon, soyons franc, ce ne sont pas les subprimes en tant que telle qui ont causé la crise, mais l’illusion de richesse créée par la bulle immobilière associée à la dispersion des actifs liés à ces crédits dans des titres ultra complexes dont plus personne ne savait trop ce qu’il y avait dedans.

On peut néanmoins formuler une seconde objection : vouloir rendre tout le monde propriétaire, c’est bien, sauf qu’ainsi que le rappelait Tim Harford l’an passé, le fait d’être propriétaire de son logement a des incidences sur sa mobilité professionnelle. Il faisait notamment référence aux travaux de l’économiste Andrew Oswald indiquant l’existence d’une corrélation aux Etats-Unis et en Europe, entre le taux de personnes propriétaires de leur logement et le taux de chômage. J’en vois déjà venir avec leurs gros sabots : « salaud d’économistes, pour eux y’a que les riches qui ont le droit d’être proprio, aux pauvres les locations pourries ». Outre le fait que la location ça a aussi des avantages (et c’est un locataire, pour encore de longues années probablement, qui vous le dit), il ne s’agit évidement pas de condamner l’ambition (légitime – après tout, on vit dans une société capitaliste !) de chacun à devenir propriétaire. Mais le rôle des économistes c’est avant tout de souligner l’existence d’arbitrage à faire : en l’occurence, généraliser l’accès à la propriété pourquoi pas, mais 1) attention aux canaux financiers utilisés et 2) attention aux conséquences en terme de mobilité et d’emploi.

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6 Commentaires

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6 réponses à “Tous propriétaires ?

  1. > Tres courageux

    ??
    C’est plus qu’un euphémisme ça !
    J’aurai dit Tres maladroit dans le contexte actuel.

    Le crédit hypothécaire et la crise de 1873.

  2. C.H.

    Je ne voulait pas être trop méchant 😉

  3. Nathalex

    Les travaux d’Oswald sont très largement atténués par l’examen de données micro ! On peut aussi montrer que les femmes participent plus au marché du traval lorsqu’elles sont propriétaires : cela fait monter le taux d’emploi. il faut aussi différencier les cas où les ménages sont propriétaires de plein droit de leur logement ou s’ils paient encore un emprunt dessus, etc… La relation propriété/marché du travail est en tout cas bien plus complexe que ce qu’envisage Oswald.

  4. C’est pas le moment de parler tout ça. les conditions d’une réflexion sereine ne sont pas réunies (et ça, pour le coup, c’est pas très courageux comme approche !).

  5. d099

    Remarque peut-être un peu hors sujet, mais j’ai lu quelque part que la cherté des logements empêchent certaines professions de s’installer. Par exemple je pense aux infirmières, puéricultrices.
    Entre un job en province et en IdF, à salaire plus ou moins égal, le choix est vite fait.

  6. Gu Si Fang

    Il y a quelques points positifs dans le rapport, comme le fait de revoir la fiscalité, plus lourde pour les propriétaires bailleurs que pour les résidences principales, revoir la protection du locataire, débloquer du foncier, arrêter les plans Périssol-Robien-Borloo etc, réduire les coûts de transaction.

    Autoriser le crédit hypothécaire serait normal si nous n’avions pas les problèmes monétaires et immobiliers actuels. Avec une offre de logement artificiellement rigide et des taux qui font le yoyo, les crédits hypothécaires sont plus risqués qu’ils ne devraient être (pour le prêteur comme pour l’emprunteur).

    Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est la proposition d’adopter un « Community Reinvestment Act » à la française : « Enfin, pour encourager les investissements dans les zones défavorisées, les auteurs proposent d’adopter un « Community Reinvestment Act » à la française, c’est-à dire d’obliger les institutions financières collectant de l’épargne à en réinvestir une partie dans ces zones. » Ils trouvent que l’urbanisme des années 60-70 n’a pas fait assez de dégâts???

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