A quel type de crise a-t-on à faire ?

Toutes les crises financières ne se ressemblent pas. Notamment, il est important de distinguer une crise de liquidité d’une crise de solvabilité. On peut déjà trouver des éléments sur ce problème ici et surtout . L’enjeu est considérable : suivant le type de crise auquel on à faire, les solutions à apporter ne sont pas les mêmes.

Note : attention, « modélisation » un peu expérimentale, pardon d’avance pour les erreurs ou l’éventuel manque de pertinence.

La plupart du temps, une crise financière va s’amorcer sous la forme d’une crise de liquidité, c’est à dire une situation dans laquelle les banques et les autres institutions financières vont rechigner à se prêter des fonds, alors qu’en temps normal, elles le font quotidiennement. De manière simplifiée, on peut se représenter un marché interbancaire où se confronte une demande et une offre de liquidités. A l’équilibre, ces liquidités se prêtent dans une certaine quantité et à un certain taux d’intérêt.

Pourquoi une banque consent-elle à prêter des liquidités à une autre ? Parce qu’elle en attend un bénéfice sous la forme du paiement des intérêts, soit l.i, avec l la quantité de liquidités prêtée et i le taux auquel a été consentie le prêt. Cependant, le bénéfice escompté doit prendre en compte la possibilité que la banque emprunteuse ne puisse rembourser. Notons & un paramètre mesurant la confiance que le prêteur a dans la capacité de remboursement de l’emprunteur, avec 0<&<1. On peut estimer que ce paramètre dépend de plusieurs éléments comme la valeur estimée des actifs détenus par la banque emprunteuse, le niveau de ses fonds propres ou encore la probabilité qu’elle soit confrontée à un bank run. On ajoute également un coût    normalisé (0<c<1) qui correspond à une forme de coût d’opportunité pour la banque prêteuse et dont on considère par souci de simplicité qu’il est constant.

L’espérance de gain d’un banque prêteuse B en fonction de la quantité prêtée l est alors : l.i.& – l(1-&)-l.c. Il est évident qu’une banque ne prêtera que si elle escompte un rendement positif de son prêt, soit  l.i.& – l(1-&)-l.c >0.

En situation « normale », le paramètre & tend vers 1. On peut donc considérer que l’espérance de gain de la banque est B(l) = l.i-l.c et qu’elle prêtera quand l.i>l.c, soit i>c. On voit donc que la décision de prêter est fonction du taux d’intérêt et du coût d’opportunité propre à chaque banque. Au niveau macro, soit L l’offre de liquidités provenant de n banques. Elle est croissante avec i puisque pour un ensemble continu de banques avec un coût d’opportunité de prêt compris entre 0 et 1, plus le taux est élevé, plus il y a de banques prêtent à offrir des liquidités. On obtient ainsi une courbe d’offre qui croise la courbe de demande à un certain niveau de taux d’intérêt.

La situation est un peu différente en cas de crise de liquidité. Ici, les banques hésitent à se prêter des liquidités car elles ont des doutes sur la capacité des acteurs à rembourser. Une crise de liquidité est une crise de confiance des institutions financières les unes envers les autres. Le paramètre & n’est donc plus égal à 1. Il faut alors reprendre nos équations. L’espérance de gain des banques prêteuses est donc l.i.& – l(1-&)-l.c. On peut voir qu’une banque prêtera quand &.l.i>l(1-&)+l.c, soit &>(c+1)/(i+1).  L’offre L n’est donc plus seulement fonction du taux d’intérêt i (et du coût c) mais aussi de la valeur du paramètre &. Plus & est faible (plus la crise de confiance est grande), plus les banques vont rechigner à prêter des liquidités à un taux d’intérêt donné. Graphiquement, cela se traduit par un déplacement de la courbe d’offre vers la gauche.

Ce déplacement entraîne un nouveau point d’équilibre correspondant à un taux d’intêrêt supérieur au point précédent et à une quantité de liquidités prêtées plus faible. On se situe dans une situation de crise de liquidité qui va affecter les banques en les privant de la possibilité d’obtenir temporairement des liquidités pour palier à une dépréciation temporaire de leurs actifs ou à des retraits de dépôts par leurs clients. Ce type de crise est connu et la réponse adéquate également : la banque centrale va se substituer aux banques privées et prêter les fonds nécessaires aux banques en besoin de financement à un taux plus faible (grosso modo l’ancien taux d’équilibre). En d’autres termes, la banque centrale intervient pour combler le déficit temporaire de l’offre, en attendant que la situation s’améliore (i.e, que & retourne aux alentours de 1).

D’une certaine manière, le plan Paulson est dans une optique proche. Comme il est expliqué dans ce texte, le plan Paulson part du principe que certaines banques sont insolvables (le montant de leurs actifs est inférieur à leur dette) mais uniquement parce que les marchés ne parviennent pas pour l’heure à mettre un prix certain sur ces actifs. Le prix actuel est en dessous du prix futur supposé (d’où l’insolvabilité) et donc il s’agit de racheter ces actifs à leur supposé prix futurs. Le plan Paulson est un moyen de restaurer la confiance (ramener le paramètre & proche de 1) en évacuant toute incertitude sur les actifs toxiques. En rachetant ces actifs, le Trésor soulage les bilans des banques et les transferts de liquidités peuvent reprendre.

Toutefois, le problème subsistera dans le cas où l’on se trouve dans une crise de solvabilité authentique, c’est à dire si les actifs ne valent véritablement pas plus que leur prix actuel. Dans ce cas, le plan de rachat des actifs à leur prix futur ne suffira peut-être pas à restaurer la solvabilité de certains établissements (ou bien cela coûtera très cher au contribuable). Dans l’hypothèse où cela est le cas, non seulement cela ne résoudra pas nécessairement le problème de liquidité : si l’on sait que certaines banques sont encore mal en point mais que l’on ne sait pas lesquels, c’est un problème de sélection adverse classique auquel on est confronté et la crise de confiance perdurera. De plus, si certaines banques restent insolvables, elles courent le risque de faillite et alors d’entrainer d’autres établissement avec elles. La solution préconisée semble alors plutôt être la recapitalisation des établissements concernés, éventuellement via une nationalisation partielle. En remontant ainsi le niveau des fonds propres, il est possible de restaurer la confiance. C’est manifestement la voie suivie par le Royaume-Uni.

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1 commentaire

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Une réponse à “A quel type de crise a-t-on à faire ?

  1. Je préfère écrire les formules en lettres majuscules car c’est plus lisible à l’écran. Je garde le montant m en minuscule pour le différencier des Taux.

    mIR – m(1-R) – mC ) > 0 soit R > (C+1) / (I+1)

    C’est une crise de solvabilité (« subprimes », endettements des ménages US, …) qui a entrainé une crise de « liquidité ». Le plan ne traite pas la crise économique qui s’en vient mais limite la casse financière. Comme vous devez le savoir une économie a besoin d’un système financier en bon état de marche.

    Merci pour le lien de cet article clair et pédagogique crise de liquidite ou de solvabilite
    « la politique économique se doit d’être (et est en réalité) plus pragmatique qu’idéologique. »

    il me plait ce Cédric Tille. 🙂

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