Mallaby, Galbraith et Franck sur les causes de la crise financière

Trois articles défendant des points de vue très différents sur les causes de la crise financière sont parus ces derniers jours. Le premier de James Galbraith, sans surprise, accuse l’Etat prédateur et la déréglementation initiée lors des années Reagan. En clair, l’Etat ne joue plus son rôle depuis trop longtemps, depuis qu’il s’est vendu aux lobbies, allant même jusqu’à trahir, paradoxalement, l’idéologie conservatrice. L’article de Sebastian Mallaby prend le contre-pied total de celui de Galbraith. Mallaby estime que la crise n’est pas liée à la déréglementation des marchés financiers mais plutôt à l’intervention perturbatrice des pouvoirs publics, soit au travers d’entités telles que Fannie Mae ou Freddie Mac, soit via la politique monétaire et ses taux d’intérêt très faibles menée pendant plusieurs années. Mallaby souligne également que ce sont finalement les acteurs financiers les moins réglementés, les hedge funds, qui finalement ont pris le moins de risques en récupérant peu ou pas d’actifs « toxiques ».

L’article le plus intéressant selon moi reste celui de Robert Franck. Franck rappel qu’accuser, à la manière de John McCain, la cupidité des financiers est particulièrement mal vu. L’avidité, la cupidité, sont présentes sur tous les marchés et ne sont pas propres au secteur financier. La cause de la crise est à chercher ailleurs : selon Franck, elle réside dans une défaillance particulière du marché qui se produit lorsque 1) les acteurs ont la possibilité de gagner avec une forte certitude de petits gains mais avec une faible probabilité de perdre très gros ; et 2) la performance des agents est relative à celle des autres agents. Franck fait remarquer que sur les marchés financiers, dès lors que certains acteurs ont commencé à prendre des risques, les autres (notamment les dirigeants des banques d’investissements ou d’autres institutions) ont été obligé de les imiter pour garder un rendement suffisant pour attirer de nouveaux fonds. Franck fait l’analogie avec le dopage chez les sportifs : à partir du moment où quelques uns commencent à prendre des produits, les autres sont amenés à faire de même. Les performances relatives des athlètes ne changent pas, mais par contre tous encours un risque (infime mais non nul) pour leur santé. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec les subprimes.

Quand il y a défaillance du marché, on ne peut laisser ce dernier fonctionner seul. Que faire ? Franck ne croit pas en la solution du « plus de transparence » qui ne changerait pas fondamentalement le problème. Selon lui, de la même manière qu’en sport il s’agit de renforcer les règles sur la prise de produits dopants, il faut limiter les investissements faits via des sommes empruntées, autrement dit les possibilités en terme d’effet de levier à disposition des acteurs.

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3 Commentaires

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3 réponses à “Mallaby, Galbraith et Franck sur les causes de la crise financière

  1. L’analyse de Franck n’est ni plus ni moins que l’analyse de la déréglementation financière et du désarroi (tout relatif) des banques quand celle-ci a été mise en place. Elle a bercé ma vie d’étudiant dans les années 90. Et, après Eichnegreen sur Vox (http://www.voxeu.org/index.php?q=node/1684), c’est le second que je rencontre en quelques jours qui la met en avant. A tout seigneur, tout honneur, les gens de Paris X l’avaient largement médiatisée en France à l’époque.
    Elle est très utile pour comprendre avec un point de vue global.

  2. C.H.

    J’avais loupé le papier de Eichengreen. Merci pour le lien.

  3. Amadou SYLLA

    J’ai pu lire de manière analytique la majorité des textes soumis à l’appréciation des lecteurs, textes relatifs à la crsie financière.Mais dans tous les cas critiques que j’ai pu lire, le constat que j’ai pu faire est que tout le monde a parlé d’une manière superficielle en reprenant des théories d’économie politique typiques sans partir des conséquences directes que cette crise a pu créer. Oui il faut se l’avouer bein qu’en étant à l’origine une crise financière elle a engendrée avec elle une crise économique avec le renforcement des endettements et la baisse du pouvoir d’achat via la chereté actuelle du niveau de la vie. selon un bonne analyse de cette crise financière devrait être acccompagnée avec une analyse aussi infime soit elle d’une crise économique qui touche même le secteur politique avec une dilemmatique capacité e décision vu la mésentente des hommes de tête qui ne savent plus de quel pied danser, car les enjeux sont devenus énormes. Comme exemple tout le monde a pu resentir la forte influence qu’ eu l’éléction présidentielle des états unis d’Amérique entre autres exemples.
    Selon moi quoi que l’on dise les systèmes financiers et écoconomiques ne sont pas aussi bien structurés qu’ils en ont l’air. La dépendance des systèmes est trop évidente.
    proposons nous plutot des systèmes a double echellon une partie dépendante une autre indépendante ce qui permettrais de palier meme momentanément aux crises eventuelles

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