William Easterly et les leçons à tirer de la crise pour le développement économique

J’aime beaucoup William Easterly, tant pour ses analyses de fond que pour sa condamnation de l’hubris des experts. Il publie aujourd’hui une tribune dans le Wall Street Journal où il réitère le propos qu’il défend de longue date : le développement économique est le fait de la créativité des individus, de leur capacité à trouver des solutions de manière décentralisée, pas d’un plan de développement conçu de manière centralisé par quelques experts illuminés et mis en oeuvre par une bureaucratie pléthorique. Easterly fait justement remarquer que l’économie du développement (et pas seulement) est encore marquée par le spectre de la grande dépression et l’idée que le rétablissement de la croissance doit absolument passer par un Etat omnipotent.

On peut trouver que Easterly a tendance à forcer le trait de manière excessive, donnant parfois l’impression que les pouvoirs publics n’ont aucun rôle à jouer dans le développement économique. C’est excessif mais cela découle probablement de sa volonté de produire une sorte « d’électrochoc ». La tribune d’Easterly est d’autant plus importante ici qu’actuellement les pays en développement ou nouvellement développés tirent prétexte de la crise pour remettre en cause l’économie de marché et pour justifier un accroissement de l’intervention de l’Etat. Comme le reconnait Easterly lui-même dans ses écrits, chaque économie a ses spécificités, et chaque spécificité appelle à des mesures et des solutions différentes. L’intervention des pouvoirs publics est de ce fait parfaitement justifiable. Mais se servir de la crise pour remettre l’économie de marché dans son ensemble en cause est une erreur, comme le souligne Easterly. Je me permettrai d’apporter un complément à son propos : clairement, il y a des choses qui n’ont pas tourné rond et qui ont causé directement ou indirectement le chaos financier actuel. Il faudra trouver des solutions (lesquelles ?) pour que l’histoire ne se répète pas. Mais cela ne doit pas faire oublier les réussites des économies de marché. Et, attention, quand je dis économie de marché, je n’entend pas forcément « free-market economy« , autrement dit une économie de marché totalement libérale. Plusieurs arrangements institutionnels sont possibles au sein d’une économie de marché, appelant parfois les pouvoirs publics à jouer un rôle. Mais toutes les économies de marché sont fondées sur un principe fondateur : la présomption qu’il est préférable de laisser la créativité des acteurs et l’initiative individuelle s’exprimer plutôt que de recourir à des plans ambitieux conçus par quelques uns. Conclusion : réflechir à une manière d’atténuer les crises financières oui, renoncer à cette présomption, non.  

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10 Commentaires

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10 réponses à “William Easterly et les leçons à tirer de la crise pour le développement économique

  1. > un principe fondateur : la présomption qu’il est préférable de laisser la créativité des acteurs et l’initiative individuelle s’exprimer plutôt que de recourir à des plans ambitieux conçus par quelques uns.

    😀
    Comme souvent, ce principe fondateur est une vue de l’esprit qui ne recouvre que partiellement la réalité.
    préférable pour qui ? les entrepreneurs, les capitalistes ou le public.

    Ça vaut pas grand chose une présomption en sciences.

  2. Dans la même citation : n’est ce pas uen arlternative très très simpliste ?

    En outre, la créativité des acteurs et l’initiative individuelle ne se réduit-elle point dans votre schéma à l’initiative profitable ?

    « Greed is good », telle est la devise fondatrice, non ?

  3. Je reviens après avoir lu Easterly. Décidément, les économistes sont décevants. Le développement ne nécessite pas de Big governement : bien sûr !Il suffit d’un seul renard libre pour tout un poulailler !

    Mais surtout, cela me sidère que l’on continue d’étendre sans aucune preuve l’efficacité des marchés (à la quelle je crois) à d’autre domaines que ceux, minuscules, dans lesquels les marchés sont réellement efficients et efficaces !

    Si pas de Big governement signifie que l’ordre public, la justice, l’équité, l’égal accès aux biens publics, etc etc, ne sont garantis par personne, ni issus de choix collectifs… bon d’accord : c’est un développement ; mais pas celui que je préfère.

  4. C.H.

    Les « entrepreneurs », les « capitalistes » ou le « public » sont des catégories qui n’ont pas grand sens dans une société ouverte, où n’importe qui peut potentiellement devenir entrepreneur ou capitaliste. C’est la grosse différence entre une économie de marché, même lorsqu’il y a une forme de régulation étatique, et la plupart des autres formes d’organisations économiques et sociales : les positions ne sont pas figées. C’est forcément mieux qu’une société où une caste composée d’une « élite » décide unilatéralement qui mérite de quoi.

    Quant à la science, elle repose toujours sur des présomptions. Son rôle est précisément de les remettre constamment en cause. Pour l’instant, la science économique n’a pas véritablement réussi à réfuter celle-ci, dans les grandes lignes tout du moins (il y a des exceptions : défaillances de marché, etc.).

  5. MacroPED

    Je partage très souvent l’avis de W.Easterly…Et là je suis d’accord avec vous

  6. Elias

    « Les “entrepreneurs”, les “capitalistes” ou le “public” sont des catégories qui n’ont pas grand sens dans une société ouverte, où n’importe qui peut potentiellement devenir entrepreneur ou capitaliste. C’est la grosse différence entre une économie de marché, même lorsqu’il y a une forme de régulation étatique, et la plupart des autres formes d’organisations économiques et sociales : les positions ne sont pas figées. »

    Naïveté typique d’un économiste vous dirait un sociologue.

  7. C.H.

    Cela n’a rien d’une naïveté. Il ne faut jamais raisonner dans l’absolu, mais en relatif. Non, une économie de marché ne garantit pas une mobilité parfaite ni l’égalité des chances. Mais citez moi un autre type de système économique qui fasse mieux… J’ai beau chercher, je ne vois pas.

  8. C.H.
    > n’importe qui peut potentiellement devenir entrepreneur ou capitaliste.

    Oui et ce sont donc des groupes qui peuvent potentiellement changer d’éléments (individus).

    > une économie de marché ne garantit pas une mobilité parfaite ni l’égalité des chances. citez moi un autre type de système économique qui fasse mieux…

    Nous sommes très loin du parfait et de l’égalité des chances mais n’en demandons pas autant. Il faut juste que le système ne soit pas autodestructeur. Le système économique est lui-même en concurrence. Je pense que ce dérapage financier est trop important pour en rester là et indique probablement une prochaine mutation qui tient mieux compte de notre contexte actuel.

    Bonne fin de semaine. 🙂

  9. Bin continuez à chercher ! Mais cherchez vraiment, cad hors de catégories binaires : ya le bon système, et puis ya le mauvais en face –ça, c’est une pensée qui doit dater des années 50, en gros !

    N’existe-t-il point quelques économistes montrant les variations infinies de ce que vous appelez « l’économie de marché » ?

    Et vous ne vous posez jamais la question de savoir si les « défaillances » de marché (et ses « imperfections », comme on dit dans votre langage –comme s’il existait une « perfection » des marchés) ne sont pas intrinsèques à telle ou telle forme ?

  10. C.H.

    @Yves Duel : si vous lisez mon blog, vous verrai que j’aborde très régulièrement le sujet des variétés de capitalisme, sujet que j’enseigne et sur lequel je travaille (en partie). D’ailleurs, je mentionne clairement dans mon billet qu’il existe une multitude d’arrangements institutionnels au sein d’une économie de marché. Lisez-moi bien avant de me faire des procès d’intention.

    Sinon, je constate que vous non plus vous n’avez pas trouvé. Continuez à chercher vous aussi.

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