Archives de Tag: philosophie des sciences

Tautologies, infalsifiabilité et trivialité

La lecture de ce (au demeurant intéressant) billet de Kevin Bryan sur l’infalsifiabilité du théorème d’impossibilité d’Arrow me fait me rappeler d’une réflexion que je mettais faite suite à une discussion sur le caractère tautologique d’une proposition défendue dans un de mes papiers. Il me semble que, dans l’esprit de beaucoup de personnes, dire qu’une proposition est « tautologique » est plus ou moins équivalent avec l’idée qu’elle est infalsifiable. Par ailleurs, lorsqu’une proposition est qualifiée de tautologique, c’est le plus souvent dans une perspective critique, avec parfois le sous-entendu que ce qui est tautologique est trivial (i.e. évident) et donc, inintéressant d’un point de vue scientifique. Il faut néanmoins noter que la relation d’équivalence entre tautologies, infalsifiabilité et trivialité n’est pas transitive car je n’ai jamais entendu ou lu que l’infalsifiabilité implique une forme de trivialité ou l’inverse. Lire la suite

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Rosenberg sur la « philosophie de l’économie » de Krugman et sur la réflexivité des systèmes économiques

Le philosophe des sciences Alex Rosenberg propose un article plutôt intéressant sur la « philosophie de l’économie » de Paul Krugman et sur ses contradictions internes. Les trois premières sections de l’article sont limpides et plutôt convaincantes. C’est moins le cas de la quatrième, qui porte sur la nature radicalement incertaine et réflexive des systèmes économiques. Lire la suite

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La théorie des préférences révélées : redondante et inutile ?

Sur son blog, l’économiste Lars Syll revient sur la place de la théorie des préférences révélées (TPR), développée par Paul Samuelson dans les années 1930 et 1940, au sein de l’analyse économique contemporaine. Syll développe trois critiques qui sont supposées être complémentaires :

1) La TPR aboutit ultimement à une simple reformulation, logiquement équivalente, de la théorie de l’utilité ordinale, alors que l’objectif initial de Samuelson (comme il l’indique explicitement dans son article de 1938) était de débarrasser la théorie du consommateur du concept d’utilité et autres concepts « psychologisants ».

2) Les axiomes de la TPR sont régulièrement violés sur le plan expérimental.

3) La TPR (comme la théorie de l’utilité ordinale) est infalsifiable et est donc empiriquement non-informative.
On peut noter qu’il est difficile de voir comment on peut réconcilier les points 2 et 3 dans la mesure où la violation des axiomes de la TPR (tel que l’axiome faible des préférences révélées) implique forcement que cette dernière soit testable. Si on ignore ce « détail », il me semble que ces trois éléments de critique sont discutables, voir fragiles. Lire la suite

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La philosophie de l’économie, c’est quoi au juste ?

Comme certains des lecteurs de ce blog (qui n’est pas mort, contrairement aux apparences) le savent peut être, il existe depuis maintenant près de deux ans un « réseau Philosophie-Economie » réunissant quelques 400 chercheurs français et étrangers dont les travaux relèvent, totalement ou partiellement, de la philosophie de l’économie. Une des questions au cœur de la création de ce réseau (question qui a d’ailleurs fait l’objet d’un débat – peu alimenté – sur le site du réseau) est celle de savoir à quoi correspond véritablement la philosophie de l’économie. La diversité des travaux des chercheurs membres atteste que les frontières de cette sous-discipline à la frontière de la philosophie et de l’économie sont floues et mouvantes. La sortie récente de l’ouvrage Philosophy of Economics de l’économiste Don Ross vient à point nommer pour approfondir cette question.
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Les économistes et leurs modèles

Pour ceux qui sont intéressés par la manière dont les économistes utilisent leurs modèles, je signale la parution d’un nouvel ouvrage de la philosophe des sciences Mary Morgan, The World in the Model: How Economists Work and Think. Le premier chapitre est intégralement accessible ici.

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Réductionnisme et individualisme méthodologique

Daniel Little propose un nouveau billet sur l’individualisme méthodologique. J’ajouterai trois points qui complètent le propos de Little :

* Le principe – ontologique – selon lequel tous les phénomènes sociaux (institutions, relations entre agrégats, etc.) trouvent leur origine dans les croyances, préférences et actions des individus n’implique pas logiquement que l’explication en sciences sociales doivent nécessairement se réduire à ces croyances, préférences et actions. On a en effet à faire à un cas particulier de la thèse "survenance-implique-explication-réductionniste" dont j’ai noté l’autre jour qu’elle est fausse.

* La plupart des explications en sciences sociales sont des explications causales. Quand on regarde les théories de la causalité, une grande partie d’entre-elles repose sur une variante ou une autre de l’approche contrefactuelle. C’est par exemple le cas de la théorie de la causalité comme intervention développé depuis quelques années par James Woodward et qui tend de plus en plus à faire consensus. Dans ce cadre, les explications causales "macro" sont totalement légitimes dès lors qu’elles satisfont à un certain nombre de critères. En quelques mots, on dira que la variable X cause la variable Y si, et seulement si, pour au moins certaines valeurs de X = x, suite à une intervention I (répondant à certains critères) modifiant X tel que X = x’, la valeur de Y change de y à y’. Cette définition de la causalité (qui correspond largement à la pratique scientifique effective, en particulier dans les sciences de la nature) rend ainsi tout à fait légitime de parler de relations causales entre agrégats. Bien entendu, la critique de Lucas et la nécessité de prendre en compte les anticipations (rationnelles) des agents sont toujours valables, et doivent être pris en compte lorsque l’on définit le bon niveau d’explication à adopter.

* Comme j’ai essayé de le montrer ailleurs (auto-promo), les explications des phénomènes institutionnels qui reposent sur une approche en termes de théorie des jeux ne peuvent, ni en pratique ni en principe, réduire l’explication aux propriétés des agents. Non seulement, les institutions (conventions, normes, règles juridiques) sont nécessaires comme input dans l’explication pour surmonter le problème de la multiplicité des équilibres, et de plus il faut prendre en compte le fait qu’une institution est interprétée par les agents en fonction du contexte institutionnel plus large dans lequel elle s’insère. On ne peut faire abstraction des "macro-structures" dans lesquelles s’insère l’action des agents. On retrouve une idée similaire chez John Searle, avec son concept de Background.

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‘Market in everything’… même dans le cerveau

Via Marginal Revolution, je suis tombé sur ce récent article à propos de la neuroéconomie et de ses développements. L’article explique que la neuroéconomie est une discipline en expansion, comme en atteste le fait qu’aux Etats-Unis notamment, de plus en plus de projets décrochent des financements publics. De même, un nombre croissant d’universités dans le monde se dotent d’un centre de recherche en neuroéconomie. Tout en décrivant certaines des recherches du domaine, l’article revient aussi sur la difficulté qu’ont les "neuroéconomistes" à se faire accepter par les économistes, lesquels tendent à ignorer ou à minorer l’importance des résultats produits par la discipline.

Il y a là une question de fond qui dépasse le seul blocage institutionnel qui fait que, presque par nécessité, les membres d’une discipline sont toujours méfiants envers des méthodes et des pratiques différentes qui s’exportent sur leur terrain (plus la neuroéconomie s’étend, plus sera les compétences "traditionnelles" des économistes obsolètes et plus cela réduit les financements accordés à la recherche en économie "standard"). Notons déjà que, comme cela est très bien expliqué dans l’article, la neuroéconomie c’est finalement beaucoup d’économie et finalement encore assez peu de neurologie. Les travaux de Paul Glimcher, le pionnier de l’une des deux branches principales de la neuroéconomie (la seconde consistant à scanner le cerveau des individus pendant qu’ils prennent une décision, afin de localiser les zones du cerveau correspondant à telle ou telle attitude ou comportement), fait par exemple un usage extensif de la théorie économique standard pour étudier l’activité neuronale. Le rejet relatif de la neuroéconomie par les économistes standards ne s’expliquent donc pas fondamentalement par un problème de méthode. Le vrai problème porte plutôt sur l’utilité des résultats produits par cette discipline. Lire la suite

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