Archives de Tag: Histoire de la pensée

Fondements macro de la micro et modélisation

En réponse à un billet de Chris Auld sur 18 mauvaises critiques de la science économique , John Quiggin fait remarquer que la microéconomie standard (ou tout du moins "néoclassique" – la nuance peut avoir une certaine importance) repose sur une théorie macroéconomique dans la mesure où le modèle walrassien (ou Arrow-Debreu) de l’équilibre général dépend d’une hypothèse de plein emploi. Cela a inspiré à Paul Krugman un billet très intéressant sur le fait que la microéconomie a des fondements macro et que, en conséquence, séparer d’un côté la "bonne" microéconomie de la "mauvaise" macroéconomie n’a guère de sens :

Quiggin points out, rightly, that almost all microeconomics depends crucially on the assumption that the economy is at full employment; this assumption is false, but what makes it not too false in normal times is the existence of stabilization policies, monetary and fiscal, that usually produce fairly quick recoveries from slumps. Macro is what makes micro work, to the extent that it does.

Krugman fait ensuite un lien très intéressant entre la mathématisation de l’économie, et plus exactement sa constitution comme science basée sur la modélisation dans les années 1930-1950, et le développement de la macroéconomie keynésienne :

So why did model-oriented, math-heavy economics triumph? It wasn’t because general-equilibrium models of perfect competition had overwhelming empirical success. What happened, I’d argue, was Keynesian macroeconomics.

Think about it: In the 1930s you had a catastrophe, and if you were a public official or even just a layman looking for guidance and understanding, what did you get from institutionalists? Caricaturing, but only slightly, you got long, elliptical explanations that it all had deep historical roots and clearly there was no quick fix. Meanwhile, along came the Keynesians, who were model-oriented, and who basically said “Push this button”– increase G, and all will be well. And the experience of the wartime boom seemed to demonstrate that demand-side expansion did indeed work the way the Keynesians said it did.

Krugman termine par une petite pique contre les microéconomistes : basiquement, ce que vous faites n’intéresse pas grand monde, la seule raison pour laquelle les gens accordent une attention aux économistes est pour ce qu’ils ont à dire concernant les questions macroéconomiques :

Oh, and economists who are upset that the public seems to judge the profession by its success at macro diagnosis and prediction are missing the point: it has always been thus, and purists who disdain macro are making mock of the only reason anyone takes them at all seriously.

The academic enterprise of economics as we know it, in other words, rests on a macro foundation, and in fact a Keynesian foundation — and economists who denounce all of that as witchcraft are busily sawing off the branch they’re sitting on.

On peut aisément balayer ce dernier point d’un revers de la main, mais les deux autres sont plus intéressants. Sur les fondements macro de la micro, il est dommage que ni Quiggin ni Krugman ne citent d’exemples spéficiques. J’avoue que c’est quelque chose auquel je n’avais jamais pensé. Maintenant, il est clair que la très grande majorité de la microéconomie moderne, et notamment lorsqu’elle repose sur la théorie des jeux (pléonasme), est constituée d’analyses en équilibre partiel. Par définition, ces analyses n’incorporent donc aucune hypothèse explicite sur le niveau d’emploi dans l’économie. Est-ce que leur validité dépend tacitement de cette hypothèse ? A brûle-pourpoint, je peux penser à beaucoup de modèles qui semblent complètement indépendant d’une telle hypothèse (mechanism design, modèle de duopole). Il y a probablement des contre-exemples, aussi si des lecteurs ont quelques idées, qu’ils n’hésitent pas à les partager. Quoiqu’il en soit, de nombreuses extensions de la microéconomie sont totalement indépendantes de toute hypothèse macro (pensez à la théorie du choix social par exemple).

Le lien que fait Krugman entre modélisation/mathématisation et macroéconomie keynésienne est très intéressant. Il y a peut être effectivement une relation. Cependant, il me semble qu’un facteur autrement plus déterminant a été l’influence très importante, notamment dans les ays anglo-saxons, du positivisme logique. Le positivisme logique a notamment défendu la thèse selon laquelle une proposition n’est scientifique que si elle est significative, autrement dit si elle dépend d’éléments observables (et, donc, mesurables). Krugman cite Samuelson et cela est approprié : Samuelson, qui à l’origine de l’économie mathématique moderne, a été largement influencé par le positivisme logique. D’ailleurs, sa théorie des préférences révélées, dont le concept primitif est celui de choix observables, est élaborée dans le plus pur esprit du positivisme logique. De manière plus générale, Samuelson a initié la démarche axiomatique en économie, c’est à dire une approche consistant à définir une théorie ou un modèle à partir d’un ensemble d’axiomes qui, pour la plupart, doivent être empiriquement significatifs (c’est à dire qu’ils doivent avoir une traduction directe en termes de comportement des agents).

Le positivisme logique ne saurait évidemment expliquer complétement la constitution de l’économie comme science reposant sur l’axiomatisation et la modélisation. Cela est d’autant plus vrai que la tendance s’était amorcée dès la fin du 19ème siècle. Mais j’inverserais la causalité suggérée par Krugman : si la macroéconomie keynésienne a pu se développer (et par là j’entend surtout la macroéconomie à partir de Hicks avec ISLM), c’est parce que les économistes avaient déjà accepté le point de vue positiviste sur le rôle de la mesure et de l’observation, ouvrant ainsi  la voie à la modélisation et à l’axiomatisation dans leur discipline.

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Le (nouvel) esprit du capitalisme

C.H.

Le titre de ce billet ne m’est pas inspiré de l’ouvrage de Boltanski et Chiapello mais plutôt de ce récent article de The Economist qui propose une intéressant analyse des mouvements de contestation « anti-capitalisme » qui se multiplient dans le monde. La lecture de cet article m’a tout de suite fait penser à l’ouvrage de Karl Polanyi, La grande transformation, et à sa fameuse thèse du double mouvement. Polanyi suggère qu’à partir du moment où le fonctionnement des économies occidentales a commencé à être fondé sur des mécanismes marchands (avec, comme principales incitations, l’appât du gain et la peur de la faim), le corps social a été amené à réagir de façon plus ou moins violente à la dissolution des institutions traditionnelles soutenant la société. Lire la suite

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Medema sur le théorème de Coase

C.H.

Nouvelle interview vidéo sur le site de l’INET. L’historien de la pensée Steve Medema discute du théorème de Coase et notamment de la manière particulière dont il a été présenté dans les textbooks. Il est assez ironique que ce "théorème", dont l’auteur est l’un des plus farouches opposants à ce qu’il appelle la "blackboard economics", ait été approprié par le courant de la Law & Economics version école de Chicago pour défendre les vertus de l’autorégulation. L’idée de Coase était au contraire de souligner que ce théorème – qui n’en est pas un – ne fonctionne que dans un monde sans coûts de transaction qui n’existe pas. Selon Medema, les membres de l’école de Chicago ont utilisé le théorème de Coase pour suggérer que les institutions sont secondaires dans une économie. En fait, l’enseignement est exactement inverse : précisément parce qu’il y a des coûts de transaction, la distribution initiale des droits de propriété n’est pas neutre.

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Complexité et coopération : la "bulle tit-for-tat" (1/2)

C.H.

La publication en 1981 d’un article co-écrit par le biologiste William Hamilton et le politiste Robert Axelrod intitulé « The Evolution of Cooperation », suivi, trois ans plus tard, de la parution sous le même titre du livre de Robert Axelrod sont deux moments clés dans la chronologie des travaux portant sur l’évolution de la coopération. C’est dans ces deux publications que Robert Axelrod va populariser la règle du « tit-for-tat » (donnant-donnant) en suggérant, simulations informatiques à l’appui, que cette simple règle de réciprocité est évolutionnairement viable et qu’elle permet ainsi l’évolution de la coopération dans le cadre d’un dilemme du prisonnier. Le succès des travaux d’Axelrod a été tel que la plupart des affirmations de ce dernier sur les propriétés du tit-for-tat (TFT) ont été reprises sans discussion critique, à tel point qu’un auteur comme Ken Binmore a pu parler à ce sujet de « tit-for-tat bubble ». Dans ce billet en deux parties, je vais revenir sur cette supposée « bulle » d’une part pour son intérêt intrinsèque, et d’autre part pour les enseignements qu’elle permet de tirer sur les différentes formes de modélisation. Lire la suite

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Pourquoi il faut lire les travaux de Robert Sugden

C.H.

La revue International Review of Economics a proposé en début d’année un numéro spécial consacré aux travaux de Robert Sugden. Les lecteurs réguliers auront certainement remarqué que je fais souvent référence à Sugden, et pas seulement parce qu’ils travaillent sur des questions qui m’intéressent.

Les travaux de Sugden tournent autour de la question de l’orde spontané : comment des règles et des conventions instaurant une certaine harmonie entre les individus peuvent-elles émerger sans que les individus s’entendent autour d’un contrat social à la Hobbes ou à la Rousseau. C’est une question typiquement hayékienne mais c’est essentiellement chez David Hume que Sugden trouve des éléments de réponse. Son ouvrage The Economics of Rights, Welfare, and Cooperation, bien que datant de 1986, reste à ce jour l’une des tentatives les plus convaincantes de la part d’un économiste d’analyse de l’émergence des normes et des conventions. C’est aussi le premier ouvrage où un économiste fait un usage systématique de la théorie des jeux évolutionnaires, qui était alors l’apanage des biologistes (Robert Axelrod est une exception antérieure à Sugden, mais Axelrod est politiste).

L’un des points les plus appréciables des travaux de Sugden est sa capacité à faire un usage éclairé des modèles, ce que tous les économistes devraient faire (mais ne font pas, loin s’en faut) : un bon modèle est un modèle simple mais éclairant pour mieux comprendre certains faits empiriques "surprenants". Les modèles contenu dans ERWC sont un excellent exemple. Certains d’entre-eux (comme le modèle du ‘good-standing’) ont même été repris dans d’autres disciplines comme la biologie. Sugden a d’ailleurs proposé une intéressante réflexion épistémologique sur le statut des modèles comme mondes crédibles (voir ici et ). De manière plus générale, Sugden est à l’origine de plusieurs critiques méthodologiques et théoriques dévastatrices de l’économie standard. Il faut notamment lire sa réflexion sur l’usage de la théorie des jeux évolutionnaires par les économistes et, surtout, son article de 1991 "Rational Choice: A Survey of Contributions from Economics and Philosophy" qui est encore largement valable à ce jour et qui est la critique de la théorie du choix rationnel la plus clairvoyante que j’ai pu lire. Chose remarquable : Sugden a publié cet article dans le très mainstream Economic Journal. Il y a là certainement une leçon que les économistes hétérodoxes devraient méditer.

Outre Hume, Sugden a aussi été beaucoup influencé par les travaux de Thomas Schelling et de David Lewis. En tant que théoricien des jeux, Sugden avoue d’ailleurs se sentir beaucoup plus proche d’un Thomas Schelling que d’un Robert Aumann, notamment dans sa volonté de mener des réflexions théoriques qui ont une connexion directe avec la réalité empirique. Cet article de Sugden co-écrit avec Ignacio Zamarron propose une intéressante reconstruction de l’analyse des points focaux développée par Schelling. Cet article co-écrit avec Robin Cubitt est quant à lui une élégante reconstruction de la théorie du common knowledge de David Lewis. Avant de lire cet article, je crois que je n’avais jamais vraiment compris ce que voulait dire Lewis.

Enfin, Sugden est avec d’autres économistes et philosophes à l’origine d’une littérature intéressante sur le raisonnement d’équipe. Cet article, paru dans Economics and Philosophy en 2000, est l’illustration d’une démarche dont je suis à titre personnel féru : prendre un outil théorique (ici la théorie du choix rationnel), et pousser cet outil jusqu’au bout de sa logique pour en démontrer les implications surprenantes : ici, en l’occurence, que la théorie du choix rationnel s’accomode très bien d’une hypothèse de "group agency", c’est à dire où c’est le groupe qui devient une unité de décision. Plus dans une optique de philosophie morale, les travaux récents de Sugden cherchent à construire un nouveau mode d’appréhension des relations marchandes comme recherche d’avantage mutuel, recherche qui elle-même s’insère dans le cadre d’un raisonnement collectif. Voir notamment cet article et celui-ci.

Il y a encore d’autres points que j’aurais pu évoquer, comme les réflexions de Sugden sur les rapports entre économie et psychologie et les apports de l’économie comportementale mais c’est déjà pas mal. A mon sens, pour un économiste, lire les travaux de Sugden est un moyen très efficace pour mieux comprendre sa propre discipline et les enjeux théoriques, méthodologiques et philosophiques dont elle est porteuse.

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Ce que la biologie et l’économie ont en commun… ou pas

C.H.

Pour ceux qui s’intéressent aux relations interdisciplinaires entre l’économie et la biologie et surtout à la manière dont la modélisation est utilisée dans ces deux disciplines, je conseille ce récent article (working paper ici) de Till Grüne-Yanoff au sujet des modèles de jeux évolutionnaires. L’auteur propose une histoire en deux temps : tout d’abord, comment les biologistes ont construit la théorie des jeux évolutionnaires en important des concepts de la théorie des jeux classiques ; ensuite, comment les économistes ont à leur tour, à partir des années 80, importés la théorie des jeux évolutionnaire dans leur discipline.

Grüne-Yanoff met en avant deux choses intéressantes : d’une part, tandis que les biologistes ont pris de très grandes libertés avec la théorie des jeux lorsqu’ils l’ont importé dans leur discipline (par exemple, en inventant de nouveaux concepts de solution), les économistes ont eu tendance quant à eux à reprendre de manière très stricte l’appareillage mathématique développé par les biologistes, souvent pour l’appliquer sans discernement à des problèmes socioéconomiques. La principale raison est que les économistes ont trouvé dans la théorie des jeux évolutionnaire un moyen de réinterpréter et de justifier le concept d’équilibre de Nash (notamment parce que tout les points stables dans à peu près n’importe quel type de dynamique sont des équilibres de Nash) sans recourir à des hypothèses épistémiques invraisemblables. Il est intéressant de se demander quels présupposés ontologiques un tel transfert nécessite. D’autre part, l’auteur montre que biologistes et économistes n’ont pas utilisé les mêmes modèles pour la même chose : chez les biologistes, l’usage des modèles évolutionnaires se fait toujours en référence à des problèmes empiriques bien identifié ; chez les économistes, leur utilisation se fait essentiellement dans une optique théorique et axiomatique (prouver des théorèmes).

Sur des thèmes similaires on peut lire cet article de Robert Sugden ou encore ce papier de moi-même (qui est toujours en cours de soumission).  

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L’institutionnalisme en économie

C.H.

Pour information, j’ai rédigé une notice pour le "Dictionnaire de théorie politique" (ou Dicopo) portant sur l’institutionnalisme en économie. Je fais le tour de la diversité des approches institutionnalistes, même si j’ai du faire certains choix pour ne pas alourdir excessivement l’article.

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Le marché comme communauté

C.H.

Je ressors d’une série de lectures autour du concept de communauté en économie (voir ici, , ici et encore ). Avec le « prix Nobel » d’économie reçu par Elinor Ostrom en 2009, le concept de communauté connait un certain renouveau tant il est central dans les travaux de cette dernière. Cela dit, cela fait un certain temps déjà que des auteurs comme Bowles, Gintis ou Aoki ont intégré ce concept dans la boîte à outils de l’économiste.

Traditionnellement, les économistes ont eu tendance à opposer deux modes de coordination, entre autre pour résoudre les problèmes de financement des biens publics mais pas seulement : le marché et l’Etat. Les travaux d’Ostrom (entre autres) permettent de montrer qu’il existe en réalité une multitude d’autres modalités de coordination qui permettent de résoudre les problèmes de régulation de l’action collective : comment faire en sorte que les actions de chacun contribuent au bien être de tous. Ces autres modalités de coordination vont souvent dans la littérature être subsumés sous le concept de communauté. Bowles et Gintis  proposent la définition suivante de la communauté : Lire la suite

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L’économie selon Carl Menger

C.H.

A l’occasion de la parution de la traduction française de l’ouvrage de Carl Menger sur la méthodologie de l’économie, Recherches sur la méthode dans les sciences sociales et en écoomie politique en particulier, j’ai rédigé pour La Vie des Idées un court essai sur l’économiste autrichien. J’aborde dans un premier temps sa conception philosophique de l’économie théorique comme recherche de lois exactes, je discute ensuite des explications en termes de main invisible dont Menger a été l’un des précurseurs, notamment dans son analyse de l’émergence de la monnaie. Je termine enfin par sa postérité. Petit extrait :

"À sa façon, Menger reprend à son compte l’analyse développée par les philosophes des « lumières écossaises », à commencer par David Hume et Adam Smith. Les institutions organiques sont en effet le produit d’une « main invisible ». Par rapport à Hume et Smith, l’économiste autrichien va s’employer à préciser les mécanismes sous-jacents à l’émergence de ces institutions. Dans son article « On the Origins of Money » (1892), Menger s’attache ainsi à remettre en cause l’idée reçue (et très populaire à l’époque au sein de l’école historique allemande) selon laquelle la monnaie est un pur produit de la loi, elle-même résultant de la volonté des gouvernements. D’après cette dernière, la monnaie ne devrait son existence qu’au fait que les États garantissent sa valeur d’échange. Menger oppose à cette théorie une explication « génétique » (que l’on qualifierait aujourd’hui « d’évolutionnaire ») consistant à montrer comment la monnaie, en tant que moyen d’échange universellement accepté au sein d’une communauté, a pu progressivement émerger au travers de la recherche par chaque individu de son intérêt personnel.

Menger décrit ainsi comment, en partant d’une situation de troc et de division du travail, chaque individu est amené à progressivement identifier les marchandises s’échangeant le plus facilement. À partir du moment où l’on considère que toutes les marchandises n’ont pas les mêmes caractéristiques (certaines sont plus durables ou plus transportables que d’autres), que ces caractéristiques peuvent affecter la probabilité d’une marchandise de trouver un acquéreur dans un laps de temps donné, que la conservation d’une marchandise le temps de trouver un acquéreur est coûteuse et enfin que les individus recherchent leur intérêt économique en diminuant les coûts inhérents aux transactions économiques, alors chaque individu a intérêt à identifier les marchandises s’échangeant le plus facilement. Menger pense que certains individus remarqueront plus rapidement que d’autres quelles sont ces marchandises mais, progressivement, au travers d’un processus d’imitation, c’est l’ensemble des membres de la communauté qui apprendra à connaître les marchandises pouvant servir de moyen d’échange. À cela s’ajoute le fait qu’une fois qu’une marchandise est reconnue par une fraction suffisamment importante de la communauté comme « échangeable », il devient alors intéressant pour les individus restant d’adopter la même convention, indépendamment des qualités intrinsèques de ladite marchandise. C’est ainsi, au terme d’un processus incrémental et évolutif, que va émerger un moyen d’échange accepté conventionnellement et universellement au sein d’une population, sans la moindre intervention d’un pouvoir politique centralisé. Pour autant, dans le cas de la monnaie comme dans celui des autres institutions organiques, Menger ne nie pas que l’intervention des pouvoirs publics ait joué un rôle dans l’émergence des institutions monétaires modernes. Il s’agissait pour l’économiste autrichien d’abord de montrer qu’au moins une partie des institutions humaines peuvent avoir une origine totalement spontanée".

 L’intégralité est à lire sur le site de La Vie des Idées. A noter que la traduction française est l’oeuvre de Gilles Campagnolo, le spécialiste de Menger en France, qui propose par ailleurs en guise d’introduction de cet ouvrage une très complète présentation de l’oeuvre de l’économiste autrichien.

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Le mythe de l’éco-efficience à travers l’histoire de la pensée économique 1/3

R.D.

A l’heure où nous entendons parler des incommensurables possibilités de réduire l’exploitation intensive des ressources naturelles comme les voitures hybrides ou les ampoules économiques, au nom du développement durable, on va dans ce billet tenter de discuter de cette idée. Après tout, augmenter l’éco-efficience ne peut t-il pas être une tentation pour épuiser d’autant plus nos ressources? C’est là un paradoxe mis en avant par Jevons dans "the Coal Questions" écrit en 1865. Cette question a également été traité dans l’ouvrage The Jevons paradox and the myth of resource efficiency improvements de John M.Polimeni, Kozo Mayumi, et Mario Giampietro en 2008. Il s’agit d’une véritable mine d’or. Leur travail est décomposé en trois chapitres que mériteront chacun trois billets. Celui-ci fera l’office d’un condensé du premier chapitre. Lire la suite

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Auto-promo : dans le dernier numéro du "Journal of Economic Issues"

C.H.

Le dernier numéro du Journal of Economic Issues vient de paraître. Vous pouvez y trouver (entre autre) une contribution de ma part, "Did Veblen Generalize Darwinism (and Why Does it Matter)?". J’en profite pour remercier à nouveau plusieurs lecteurs du blog qui m’ont donné un coup de main pour réviser l’anglais du papier. Cela s’est avéré très efficace ! Si cela vous intéresse et que vous n’avez pas accès à l’article, vous avez juste à me demander par mail.

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Ce que biologie et économie ont en commun

C.H.

Je suis tombé récemment sur cet intéressant petit article de Peter Hammerstein et Edward Hagen. On retrouve les mêmes idées, développées plus longuement, dans ce chapitre d’ouvrage écrit par le même Hammerstein et Samuel Bowles. Les deux textes mettent en avant la convergence de la biologie et de l’économie à la fois au niveau des thèmes de recherche que des méthodes utilisées. On peut par exemple mesurer l’importance de la métaphore du marché en biologie avec le paradoxe que ce sont les biologistes qui ont anticipé certains développements contemporains de l’analyse économique des marchés. Par exemple, les biologistes ont remarqué avant les économistes que les marchés à l’équilibre n’étaient pas nécessairement "nettoyés". C’est maintenant quelque chose d’évident pour les économistes lorsqu’ils s’intéressent au marché du travail ou au marché du crédit par exemple.

Hammerstein et ses coauteurs soulignent un autre commun fondamental entre économie et biologie : l’étude des phénomènes de signalement. Il est notamment intéressant de constater qu’à l’époque où Michael Spence développait sa fameuse théorie du signal sur le marché éducatif au début des années 70, les biologistes commençaient à s’intéresser aux stratégies de signalement chez certains animaux (voir le fameux exemple  de la queue du paon et, plus généralement, le principe du handicap développé par Zahavi). Ce n’est toutefois que bien plus tard que les biologistes utiliseront une formalisation proche de celle de Spence pour préciser les mécanismes sous-jacents à ces phénomènes. Un dernier point de jonction, mis en avant par le premier texte, est constitué par l’économie comportementale et notamment toutes les études portant sur l’existence d’une préférence pour l’équité ou pour l’altruisme. Ici, la biologie va chercher à expliquer l’origine évolutionnaire de ces préférences mis en avant par les économistes.

J’ajouterai un dernier point de rencontre qui n’est pas explicitement mis en avant dans les textes (mais qui est lié au point précédent), c’est l’étude des phénomènes de sélection hiérarchique ou multi-niveaux et notamment de la sélection de groupe. C’est un sujet qui a fait controverse en biologie et auquel les économistes commencent seulement à s’intéresser. Il est pourtant temps car, s’il s’avère que la sélection de groupe est un hypothèse théoriquement plausible mais empiriquement peu probable au niveau biologique, il y a tout lieu de penser qu’elle a joué un rôle fondamental au niveau culturel.

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« The Missing Motivation in Macroeconomics », ou quand Akerlof fait du Schmoller

C.H.

Venant de finir de lire Identity Economics de George Akerlof et Rachel Kranton (note de lecture à venir prochainement), j’ai entrepris de creuser un peu plus ce programme de recherche en allant voir de plus près ce que Akerlof et Kranton ont raconté dans leurs articles académiques (lesquels proposent souvent une version formalisée des arguments présentés dans l’ouvrage). Ce matin, j’ai notamment lu attentivement un article d’Akerlof datant de 2007, « The Missing Motivation in Macroeconomics », qui renvoie en fait à sa conférence donnée en janvier 2007 en tant que président de l’American Economic Association. Akerlof y discute de l’état de la recherche en macroéconomie et plus précisément tente de montrer que les travaux actuels ignorent un élément crucial, induisant un biais dans leurs conclusions : le rôle des normes dans les comportements et leur impact macroéconomique. Lire la suite

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La sociologie wébérienne : une sociologie de l’ordre spontané ?

C.H.

Brian Pitt, du blog "The Sociological imagination", suggère un intéressant parallèle entre la sociologie de Max Weber et les analyses en termes d’ordre spontané. J’ai moi-même eu l’occasion de consacrer quelques pages à cette question dans ma thèse et, globalement, j’avais plus ou moins vu la même chose. Ainsi, à propos de la conception générale de l’évolution socio-économique chez Weber (mais aussi chez Hayek et chez Veblen), j’écrivais :

Outre le fait que l’évolution y est conçue de manière purement contingente (…), elle est représentée comme le résultat de l’influence d’un ensemble de forces impersonnelles, éventuellement identifiables, mais qui ne sont contrôlables par aucun individu ou entité sur le long terme. Au-delà, le sentier suivi par l’évolution n’est conçu par aucun esprit en particulier ; il s’agit d’un effet émergent produit par un ensemble d’activités entreprises de manière décentralisée et répondant à des contraintes spécifiques. (…) L’analyse wébérienne du processus de rationalisation et de l’émergence du capitalisme (…) relève également pour partie de cette conception spontanée de l’évolution sociale. Si Weber identifie les facteurs ayant permis ou, au contraire, freiné le développement des institutions du capitalisme, il décrit l’émergence de ce dernier comme le résultat de la combinaison fortuite et non intentionnelle d’un ensemble d’éléments historiquement plus ou moins indépendants. Lire la suite

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Working papers in progress

C.H.

Je vais avoir l’occasion aux mois d’avril et de mai de participer à quelques séminaires et colloques. Voici deux papiers sur lesquels je travaille en ce moment et que je compte présenter à cette occasion :

Comment évoluent les institutions : Veblen et la généralisation du darwinisme

Generalized Darwinism and evolutionary game theory as a unified project

Le premier papier est une variante en français de celui que de sympathiques lecteurs m’ont aidé à corriger récemment et qui va être publié dans le Journal of Economic Issues. Normalement, je devrais le présenter au prochain colloque Charles Gide. Le second papier est une version enrichie et élaborée d’un premier papier que j’avais mis en ligne ici au mois de novembre je crois.

Pour l’instant, les deux articles ne me satisfont pas totalement. Le premier car il passe un peu vite sur certains points (notamment sur le concept d’émergence) et le second car je ne suis pas sûr que mon argumentation soit totalement convaincante. Une lecture en cours me fait quelque peu douter. Quoiqu’il en soit, j’ai jusque avril pour travailler ces papiers et si certains lecteurs ont des commentaires, ce sera avec plaisir que l’on pourra en discuter, ici ou par mails privés. 

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