Dans son difficile mais important livre On What Matters, le philosophe Derek Parfit revient brièvement sur un débat entre lui et David Gauthier relatif à la question de la rationalité des engagements non-crédibles. Dans son ouvrage Morals by Agreement ainsi que dans une série d’articles, Gauthier défend en effet la thèse que s’il est rationnel pour un agent d’acquérir une certaine disposition D en termes de comportement, que selon D l’agent doive entreprendre une action A dans une situation S, mais qu’il existe une action alternative A’ qui est objectivement et de manière transparente meilleure pour l’agent, il est malgré tout rationnel pour ce dernier de suivre A. Sans suivre spécifiquement la critique que développe Parfit contre cette idée, je vais revenir brièvement sur les difficultés soulevées par la thèse de Gauthier. Lire la suite
Archives de Tag: Gauthier
Gauthier et la maximisation contrainte, ou pourquoi il est rationnel de payer ses impôts (surtout) quand on est riche (2/2)
Une littérature très abondante discute de la théorie de la moralité de Gauthier et en particulier de son concept de maximisation contrainte et de son proviso. Je ne peux bien sûr ici prétendre en faire un compte-rendu exhaustif. Mes commentaires seront ainsi basés essentiellement sur les analyses de Gilbert Harman et Ken Binmore. Je vais aborder trois points bien distincts : la pertinence de la solution de K-S comme caractérisation de la maximisation contrainte, le fondement rationnel de la moralité telle que définie par Gauthier, et enfin la justification rationnelle et morale du proviso. Lire la suite
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Gauthier et la maximisation contrainte, ou pourquoi il est rationnel de payer ses impôts (surtout) quand on est riche (1/2)
Le philosophe canadien David Gauthier est l’auteur d’un important ouvrage sur la moralité et le contrat social dans lequel il développe une approche néo-hobbesienne du contrat social à partir des outils de la microéconomie, en particulier la théorie des jeux. Gauthier y défend une forme d’égalitarisme se rapprochant de celui de Rawls. Le plus intriguant dans l’approche de Gauthier est toutefois ailleurs : vouloir dériver la moralité de la rationalité. Plus exactement, l’objectif de Gauthier est de montrer que l’on peut concevoir la moralité comme le produit d’un accord entre des individus rationnels. Dans cette série de deux billets, je vais me concentrer sur un point particulier de la thèse de Gauthier : le type d’accord moral auquel des individus rationnels doivent parvenir. Ce billet présente la thèse proposée par Gauthier, le billet suivant en proposera une discussion critique. Lire la suite
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Chamberlain, Gretzky et Ibrahimovic sont dans un bateau…
Après quelques semaines de rodage, il semble que les centaines de millions d’euros investis par le PSG commencent à porter leur fruit. C’est notamment le cas en ce qui concerne Zlatan Ibrahimovic, l’attaquant suédois, dont les 14 millions d’euros de salaire annuel ont pas mal fait parlé, indignant certains pendant que d’autres adoptaient une forme de « pragmatisme fiscal ». La rémunération des sportifs de haut niveau est souvent un sujet à polémique car elle semble disproportionnée par rapport à « l’utilité sociale » moyenne son bénéficiaire. En même temps, le cas des sportifs de haut-niveau est intéressant d’un point de vue économique et philosophique car elle nous expose à ce qui semble être la logique d’une économie de marché poussée à son extrême. De ce point de vue, le fait que les réactions soient souvent à ce point indignées en dit long sur les conceptions de la justice qui tendent à prévaloir dans nos sociétés. Lire la suite
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Harsanyi et l’observateur impartial (2/2)
(Suite et fin du billet précédent)
Harsanyi semble donc avoir démontré l’existence d’un observateur impartial unique. Cerise sur le gâteau, cet observateur impartial serait utilitariste. Toutefois, n’est-ce pas trop « beau » pour être vrai ? Évidemment, il y a une vaste littérature (que je n’ai pas la prétention de connaître) qui examine les diverses facettes de la théorie d’Harsanyi. Les objections sont souvent très techniques, portant par exemple sur le fait qu’Harsanyi mélange préférences et utilité. C’est notamment une critique faite à l’ensemble de la théorie utilitariste d’Harsanyi : si l’utilité n’est qu’une représentation des préférences, il n’y a aucune raison de considérer uniquement des fonctions d’utilité satisfaisant les axiomes de von Neumann et Morgenstern. Mais si l’on accepte d’autres fonctions d’utilité, alors les conclusions utilitaristes ne sont plus valables. Or, Harsanyi ne donne aucune justification à son choix restrictif concernant les fonctions d’utilité considérées. Il faudrait alors adopter une interprétation « old school » des fonctions d’utilité, en termes d’état psychologique, pour sauver les conclusions utilitaristes, ce qui n’est évidemment pas satisfaisant. Lire la suite
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