"Prioritarisme" et taxation optimale

Parmi les résultats de la théorie de la taxation optimale initiée par James Mirrlees dans les années 70 (pour un survey récent, voir ici), l’un des plus solides est celui selon lequel un système d’imposition optimal requiert de taxer les individus en fonction de caractéristiques qui leurs sont exogènes, autrement dit qui ne dépendent pas de leurs choix. Le sexe, l’âge ou, de manière plus surprenante, la taille, sont ainsi des caractéristiques qui, dès lors qu’il est établi qu’elles sont corrélées ave le niveau d’habileté des agents (lequel est typiquement non observable), peuvent servir de « proxy » pour déterminer le niveau de taxation auquel le revenu de chaque individu doit être soumis. La raison tient au fait que ces caractéristiques étant indépendantes des choix des agents, leur taxation n’induit aucune distorsion au niveau des incitations et donc aucune perte en termes d’efficience. On peut même penser que l’argument pour de telles taxes est d’autant plus fort que l’on confère au système d’imposition une fonction redistributrice. Je donne ci-dessous quelques éléments. Lire la suite

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Changement climatique et préférences sociales

« De plus, les générations présentes ne supporteront qu’une toute petite partie des dommages climatiques qu’elles généreront à travers leurs émissions, l’essentiel étant porté par les générations futures. Et, comme on le voit dans les dossiers des retraites, de la dette publique ou de l’emploi des jeunes par exemple, la génération au pouvoir aujourd’hui se moque bien du devenir de celles qui les suivront !  L’attentisme des gouvernements nationaux n’est donc que le reflet du manque d’altruisme de leurs électeurs. »

 Il s’agit d’un extrait de l’interview de Christian Gollier (économiste à la TSE) dans Atlantico, au sujet du réchauffement climatique. Dans le paragraphe cité, Gollier émet donc l’idée que la non-action des gouvernements est le reflet des préférences égoïstes des électeurs, et plus particulièrement d’une absence d’altruisme intergénérationnel. Est-ce nécessairement le cas ? Lire la suite

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Review of Behavioral Economics

Une nouvelle revue, dénommée Review of Behavioral Economics, a récemment vu le jour. Comme son nom l’indique, elle est essentiellement consacrée à l’économie expérimentale et comportementale :

The Review of Behavioral Economics (ROBE) seeks to extend and develop the study of behavioral economics. The journal encourages a transdisciplinary and pluralistic perspective in the tradition of the late Herbert A. Simon, long recognized as the founder of modern behavioral economics, for whom the concepts of bounded rationality and satisficing were based on psychological, cognitive, and computational limits of human knowledge and behavior, the decision-making environment, and the evolutionary capabilities of the human being. ROBE sees behavioral economics embedded in a broader behavioral science that includes most of the social sciences, as well as aspects of the natural and mathematical sciences.

The journal is open to a variety of approaches and methods, both mainstream and non-orthodox, as well as theoretical, empirical, and narrative. While empirical work may rely on laboratory or field experiments, published data, case studies, surveys, or simulations, we encourage authors to emphasize the strength and importance of relationships observed and statistically analyzed in their data. Discussion of policy implications of any findings is encouraged.

Le premier (double) numéro comporte, entre autre, un article de Vernon Smith et Bart Wilson sur le spectateur impartial smithien et un article de Robert Frank, Adam Seth Levine et Oege Dijk sur les "cascades de dépenses". Ce dernier article apporte un nouvel argument à la thèse selon laquelle les inégalités, en générant des déséquilibres en termes d’épargne, ont contribué de manière significative à l’émergence de la crise financière.

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Une analogie entre prix et règles

Dans mon billet précédent, j’ai poursuivi la  critique de ce que j’appelle la conception éliminativiste des règles et des institutions en économie, et en particulier en théorie des jeux, laquelle ne conçoit les institutions que comme le simple reflet d’un pattern comportemental. On peut trouver dans récent ouvrage de Kartik Athreya, Big Ideas in Macroeconomics, une discussion sur la notion de prix dans la théorie économique qui est parfaitement analogue à l’idée que j’essaye de développer concernant les institutions. Il est donc intéressant de revenir un instant sur la manière dont les économistes conçoivent les prix. Je profite au passage pour recommander chaudement l’ouvrage d’Athreya qui, comme son titre l’indique, présente les idées majeures développées dans la macroéconomie contemporaine. Athreya présente la démarche méthodologique suivie par les macroéconomistes standards ainsi que le contenu des fameux modèles DSGE si décriés aujourd’hui, et ceci sans la moindre équation. Le tout es trait clair et globalement intéressant, même si la tentative de l’auteur de démontrer que le monde walrassien des agents preneurs de prix et des marchés complets est pertinent pour étudier le fonctionnement des économies modernes semble de toute façon vouée à l’échec. Lire la suite

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Qu’est ce que suivre une règle (en théorie des jeux) ?

J’ai déjà écrit ici un certain nombre de billets sur la notion de règles et sur la manière dont cette dernière peut être appréhendée dans un cadre de théorie des jeux. La lecture d’un récent papier de Giacomo Sillari m’amène à revenir sur le sujet. Comme je l’ai expliqué récemment, les économistes, en particulier lorsqu’ils utilisent la théorie des jeux, ont tendance à développer une approche « éliminativiste » des institutions et plus généralement des règles. L’idée est simple : la règle est assimilée à une simple régularité comportementale auto-renforçante, autrement dit à un équilibre dans un jeu. Le point notable est que la règle n’existe qu’au travers du regard du théoricien mais pas des agents eux-mêmes. Lire la suite

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Economie des bonnes résolutions

Tout d’abord, bonne année à tous. Comme de coutume, nous sommes nombreux à avoir formulé pour cette nouvelle année quelques bonnes résolutions. Et, très probablement, il n’y a pas grand monde qui s’attende àce que nous les respections. Vous trouverez néanmoins ci-dessous quelques conseils pur faie mieux que les années précédentes.

Première chose à noter, notre incapacité à respecter les résolutions prises en début d’année relève d’un phénomène que les économistes qualifient d’incohérence temporelle : notre comportement à travers le temps (nos choix et notre attitude de manière générale) révèle des préférences et des intentions qui sont contradictoires. L’incohérence temporelle ne relève pas nécessairement de l’irrationalité ou de la faiblesse d’esprit (akrasia chez les grecs). Il faut en effet distinguer deux formes d’incohérences temporelles en fonction du type de mécanisme sur lequel elles reposent :

* L’incohérence stratégique : l’individu i annonce un plan P en temps t0 selon lequel il doit adopter l’action a(t+n, k) en temps t+n dans un scénario k mais ne respecte pas P et adopte a’(t+n, k) parce que a’ est meilleur pour lui que a (selon ses préférences), et ceci était vrai en t0.

* L’incohérence psychologique : l’individu i annonce un plan P en temps t0 selon lequel il doit adopter l’action a(t+n, k) en temps t+n dans un scénario k mais ne respecte pas P et adopte a’(t+n, k) parce que a’ est meilleur pour lui que a en t+n (selon ses préférences), alors que a était meilleur que a’ en t0 (toujours selon ses préférences).

L’incohérence stratégique relève du phénomène des engagements non crédibles bien connus des théoriciens des jeux. L’exemple typique est celui de la menace non crédible : un gouvernement qui annonce aux banques qu’il ne fera rien pour les sauver si ces dernières sont en difficulté ne sera généralement pas crédible ex ante dans la mesure où, dans l’éventualité où les banques se retrouvaient effectivement en difficulté, il serait dans l’intérêt du gouvernement de faire quelque chose. L’incohérence stratégique n’est pas nécessairement irrationnelle toutefois lorsque l’information est incomplète (i.e. les préférences des joueurs ne sont pas connues avec certitude) car dans ce cas faire une annonce objectivement non crédible peut relever d’une stratégie de signalement optimale. Un exemple classique est donné par le modèle de la chaine de magasins de Selten dans un cadre d’information incomplète : un monopole qui combat l’entrée d’un concurrent sur un marché signale un comportement agressif aux futurs conurrents potentiels ce qui peut être dissuasif si les caractéristiques du monopole ne sont pas connues.

L’incohérence psychologique est en revanche généralement associée à un comportement irrationnel par les économistes. La plupart du temps, elle est générée par le fait que les individus escomptent leurs gains futurs de manière (quasi-) hyperbolique. La conséquence est une inversion des préférences : en t0, je peux préférer avoir l’option A en t+2 plutôt que l’option B en t+1, mais arrivé en t+1, ma préférence peut s’inverser. Les phénomènes comme la procrastination ou l’acrasie sont généralement modélisés par les économistes sur la base de l’hypothèse que les agents escomptent leurs gains de manière hyperbolique. On peut toutefois appréhender l’incohérence psychologique comme une incohérence stratégique où un même individu est composé de "personnalités multiples" impliquées dans une interaction stratégique de type dilemme du prisonnier. Il est clair que notre incapacité à respecter nos résolutions relève le plus souvent de ce deuxième type d’incohérence.

Quelles sont les stratégiques à disposition pour remédier aux incohérences temporelles ? Voici quelques éléments :

* Une stratégie bien connues, notamment dans le cadre de l’incohérence stratégique, est celle consistant à "brûler le pont", autrement dit à restreindre volontairement l’ensemble d’alternatives à sa disposition : vous voulez convaincre votre ennemi de la crédibilité de votre menance nucléaire ? Vous construisez une "doomsday machine" qui réplique automatiquement en cas d’attaque adverse. Le problème de ce type de stratégie est double : 1) la mise en place du pré-engagement peut en elle-même être non-crédible si l’incohérence est stratégique, 2) pour ce qui concerne nos bonnes résolutions, une telle stratégie extrême est rarement disponible.

* Une variante de la stratégie précédente est toutefois possible sur la base de notre propension à succomber au biais psychologique connu sous le nom de "sunk cost fallacy" : engager des dépenses dès aujourd’hui qui vont vous contraindre psychologiquement pour le futur. Exemple : si votre bonne résolution est de courir régulièrement, achetez dès aujourd’hui un couteux cardio-fréquencemètre ou tout autre objet permettant de mesurer vos performances. Si vous étiez rationnel, cela ne changerait rien à votre comportement futur, lequel doit uniquement se baser sur la comparaison de l’utilité marginale et du coût marginal d’une action (aller courir en l’occurrence). Mais si vous êtes victimes du biais des coûts irrécupérables, le fait d’avoir dépensé au préalable des ressources pour cette activité peut suffir pour vous motiver.

* Annoncer publiquement votre résolution. Comme je l’avais expliqué dans un billet, l’incohérence temporelle peut signaler aux autres votre incapacité à tenir vos engagements dans le cadre de problème de coopération. Les conséquences négatives que cela peut engendrer en termes de pertes d’opportunités de coopération peuvent être suffisants pour vous inciter à tenir vos résolutions. Attention, cette stratégie est potentiellement très risquée !

* Lisez Derek Parfit est concevez l’incohérence temporelle non comme un problème (personnel) de rationalité mais comme un problème de moralité : après tout, en ne respectant pas vos résolutions, vous faites du mal à vos "moi futurs". En vous représentant le problème de décision de cette manière, vous pouvez stimuler les préférences altruistes ou morales de vos différents "moi" et transformer ce qui est un dilemme du prisonnier en un jeu de coordination. Une autre possibilité, qui est liée, est d’amener vos moi multiples à raisonner collectivement (voir aussi cette vidéo).

Voilà, vous n’aurez maintenant plus d’excuse pour ne pas respecter vos résolutions !

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Top 10 des billets 2013

Juste par curiosité, j’ai regardé quels ont été les billets publiés en 2013 les plus consultés. Voici ce que ça donne :

1. "Rationalité et théorie de l’utilité espérée" (748 vues)

2. "Le coût social de l’émulation socioéconomique" (521 vues)

3. "Reinhart et Rogoff : une courte remarque" (469 vues)

4. "Depardieu et l’économie des superstars" (459 vues)

5. "Est-il rationnel d’être cohérent ?" (443 vues)

6. "Shutdown, théorie de la négociation et information incomplète" (429 vues)

7. "Incomplétude et théorie de l’utilité espérée : un "théorème d’impossibilité"" (418 vues)

8.  "Le paternalisme est-il réellement inévitable ?" (395 vues)

9. "Peut-on avoir des raisons d’agir contradictoires et être rationnel ?" (379 vues)

10. "Elster et la crise des sciences sociales" (377 vues)

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