Des bulles inoffensives

10 novembre, 2009

Intéressant article de Frederic Mishkin dans le Financial Times. Mishkin considère que la politique monétaire à taux 0 aux Etats-Unis peut l’état actuel être maintenu en dépit du fait que cela met en place des conditions favorables à l’émergence d’une nouvelle bulle d’actifs. La raison ? Il faut distinguer selon l’auteur les “bulles d’expansion de crédit” (credit boom bubble), dangereuses pour l’économie car elles induisent une montée excessive de l’endettement y compris chez les institutions financières, des “bulles d’exubérance irrationnelle” (pure irrational exuberance bubble) qui seraient moins dangereuses car elles n’impliquent pas des effets de levier importants. La bulle internet aurait été de ce dernier genre. Pour Mishkin, en Europe comme aux Etats-Unis, nous sommes encore dans une phase de réduction de l’endettement, de sorte qu’une nouvelle bulle ne pourrait être que du second type.


Anarchie du succès ou succès de l’anarchie ?

4 novembre, 2009

C.H.

Intéressant échange entre William Easterly et Ha-Joon Chang au sujet de l’ouvrage de ce dernier, Bad Samaritans. Cet échange fait suite à un premier commentaire très critique d’Easterly qui n’est malheureusement plus librement accessible. L’argumentaire d’Easterly souligne le danger d’une lecture et d’une interprétation très sélective des données. C’est d’ailleurs toujours un peu le problème des arguments empiriques : on pourrait débattre à l’infini de la pertinence des données, de la manière dont elles sont traitées, etc., sans jamais savoir si au final on peut réellement tirer des conclusions générales (réflexion hors-sujet : c’est tout le problème, à une micro-échelle, des études à partir d’expériences randomisées qui prolifèrent en économie du développement). Un peu de réflexion théorique ne fait pas de mal… même si en l’occurence des points obscurs persistent. On dispose quand même de quelques éléments, comme le rappelle cet article de John Kay sur les vertus du marché comme processus de découverte et d’expérimentation. L’argument est simple : si on accepte l’idée que les individus ne sont pas omniscients (je ne parle même pas des problèmes d’incitation), on a tout simplement plus de chances de trouver les “bonnes” idées en mettant en place un processus d’expérimentation décentralisé à grande échelle (le marché) plutôt qu’en se reposant sur l’intelligence de quelques uns.

Je mettrais toutefois un bémol aux arguments d’Easterly (et à l’article de Kay) : le marché, ça ne pousse pas tout seul comme des champignons (contrairement à ce qu’a pu affirmer un certain prix Nobel masculin de cette année). L’un des enseignements de l’économie institutionnelle c’est que le marché est une institution dont la mise en place n’est pas nécessairement spontanée au sens hayékien du terme. Ce qui me fait dire qu’une fois de plus, le débat marché/Etat n’a pas trop de sens. Mais ça, les lecteurs du blog le savait déjà


La lecture du début de semaine

26 octobre, 2009

C.H.

Très intéressant working paper de l’économiste David Levine sur les relations entre théorie économique et les expérimentations en laboratoire. Spécialiste de théorie des jeux et très bon connaisseur des travaux en économie comportementale, Levine défend une thèse équilibrée : les expérimentations n’ont pas réfuté la théorie mais plutôt soulignées que dans certains cas spécifiques (par exemple, dans le cadre de comparaisons interpersonnelles impliquant l’altruisme ou le ressentiment des individus) la théorie n’était pas en l’état utile. Cependant, l’auteur souligne que ces expérimentations ont surtout permis d’amender la théorie pour la rendre plus pertinente, ou plus exactement pour l’appliquer de manière plus pertinente, par exemple en spécifiant mieux les préférences des individus.   


Education et revenu

24 octobre, 2009

Très intéressant billet de l’économiste Edward Glaeser sur Economix. Glaeser s’intéresse à la relation entre niveau d’éducation et niveau de revenu au sein d’un pays mais surtout entre pays. Il propose notamment un graphique sur la relation entre le taux de scolarisation en 1900 et le niveau de revenu par tête en 2000 :

DESCRIPTION

Ce graph tend à indiquer qu’il y a une certaine dépendance au sentier liée au niveau d’éducation : un pays bénéficie ou est pénalisé durablement par son niveau d’éducation à un moment donné. L’explication que fournit Glaeser est la suivante : le niveau de d’éducation tend à se transmettre de parents à enfants (les parents qui ont été à l’école ou ont fait des études supérieurs ont tendance à avoir des enfants qui font de même) et il y a donc un certain effet cumulatif à travers le temps. Or, de nombreux travaux ont montré qu’il y a une corrélation positive entre la durée moyenne de scolarisation et le revenu par tête (cf. le second graphique dans le billet de Glaeser) à une époque donnée. Mais le plus intéressant est que la relation éducation/revenu est plus forte (d’un facteur trois selon Glaeser) lorsque l’on fait des comparaisons entre pays qu’au sein d’un même pays. Une explication se suggère d’elle-même : l’éducation est génératrice d’externalités positives. Cela signifie que le fait de vivre dans un pays qui bénéficie d’un taux d’éducation élevé décuple le rendement de son propre investissement en capital humain. C’est aussi un phénomène que l’on peut observer au sein d’un même pays lorsque l’on fait des comparaisons entre des zones urbaines à forte densité de population et des zones moins densément peuplés. L’importance des externalités positives dans l’investissement en capital et des mécanismes d’apprentissage et de transmission des connaissances pour expliquer la croissance économique ont déjà été souligné par les théories de la croissance endogène (cf. notamment le modèle de Romer dans un article de 1986 ou un autre de 1990 et bien sûr le modèle de Lucas).

Glaeser suggère toutefois également une autre explication (complémentaire) qui rend également compte des effets économiques durables du niveau d’éducation à un moment donné : le niveau d’éducation à un moment donné détermine la stabilité politique et la qualité des politiques publiques que l’on pourra observer plusieurs années plus tard.


Esprit de contradiction

22 octobre, 2009

C.H.

Ceux qui me connaissent s’accorderont pour dire que j’ai l’esprit de contradiction. A dire vrai, j’aime bien des fois défendre des thèses dans lesquelles je ne crois pas trop juste par plaisir de contredire mon interlocuteur (oui, c’est pas bien je sais). Jeff Ely sur Cheap Talk donne une explication à l’esprit de contradiction :

“The thing about being really smart is that it means you are talking to people who aren’t as smart as you. So they can’t verify whether what you are saying is really true (especially when we are talking about climate change policies where if we ever do find out who was right, it will be well past the time that punditry is a profitable enterprise.) But one thing the audience knows is that smart pundits can figure out things that lesser pundits cannot. That means that the only way a smart pundit can demonstrate to his not-so-smart audience that he is smart is by saying things different than what his lesser colleagues are saying, i.e. to be a contrarian“.

Ce qui est intéressant, c’est que Ely met en lien dans son billet un papier qui montre qu’esprit de contradiction (exagération et distortion de son propos pour aller contre le sens commun) et conservatisme sont logiquement liés. Je ne suis pas sûr que le lien soit systématique (mon esprit de contradiction sûrement) mais pourquoi pas.

J’ai une autre explication, différente de la précédente, à l’esprit de contradiction et que je relierai à l’ego (j’ai d’ailleurs suggéré le terme d’homo egonomicus a quelques collègues hier) : le fait d’avoir raison ou d’avoir le dernier mot est en soi source d’utilité pour les individus à l’ego sur-dimensionné, de telle sorte qu’ils sont prêts à défendre des thèses originales ou qui rentrent systématiquement en contradiction avec le sens commun pour avoir raison. La question est alors pourquoi des individus ont un ego hyper-développé ? Une explication évolutionnaire plausible que je vois est que le fait d’être egocentrique augmente à la fois les chances d’avoir effectivement raison (les individus egocentriques sont “programmés” pour défendre de nouvelles positions et ont plus de probabilités de finir par “innover” avec succès) et celles d’être suivies par les autres (soit parce que l’on a effectivement raison soit parce que l’egocentrisme va souvent de paire avec le charisme [?!]). Autrement dit, un individu egocentrique a peut être plus de probabilité d’avoir du succès sur le plan social, ce qui peut expliquer l’avantage évolutionnaire du “gène” de l’égocentrisme et du mème de l’esprit de contradiction (le premier favorisant l’adoption du second).

Evidemment, la proportion d’individus égocentriques et ayant l’esprit de contradiction dans la population ne peut pas dépasser un certain seuil. C’est un peu comme dans le le jeu hawk-dove où l’équilibre évolutionnairement stable voit cohabiter des individus agressifs avec des individus pacifiques. C’est le même principe : les individus égocentriques, lorsqu’ils sont trop nombreux, finissent par se nuire mutuellement et le mème de l’esprit de contradiction conduit finalement à défendre des positions trop aberrantes. On peut donc s’attendre à ce qu’il y est une certaine stabilité dans la proportion d’individus ayant l’esprit de contradiction dans une population (à condition constante bien sûr) mais aussi (peut être) à leur relative dispersion dans les réseaux sociaux. Autrement dit, la même proportion devrait se retrouver dans les groupes d’individus qui composent la population.


Levitt n’est pas un spécialiste du réchauffement climatique…

20 octobre, 2009

C.H.

… mais par contre il a toujours le don de rédiger des papiers très intéressants sur des sujets marginaux. Le dernier en date est un article co-rédigé par lui et Kenneth Kovash sur la sous-optimalité des choix stratégiques dans les sport US (baseball et Foot US). Un court résumé est accessible ici. Etant loin d’être un spécialiste de baseball, je ne peux guère commenter. En revanche, concernant le foot US, les résultats ne m’étonne pas trop. J’avais déjà souligné (ici et ) que les coachs au football américains ont une tendance excessive à opter pour un coup de pied de dégagement en 4ème tentative. Levitt et Kovash retrouvent également cette attitude conservatrice mais cette fois-ci au niveau de la répartition entre jeu de course et jeu de passe. Pour faire simple, les équipes du championnat NFL optent de manière excessive pour le jeu de course (plus sûr mais qui gagne en moyenne moins de terrain) que le jeu de passe (plus risqué mais qui gagne plus de terrain). Ayant parcouru l’article de manière très rapide, je n’ai pas vérifié si les auteurs prennent le soin de répondre à un contre-argument possible : le jeu de passe est d’autant plus efficace que l’on s’appuie sur le jeu de course (i.e. l’efficacité marginale du jeu de passe est décroissante), pour la bonne et simple raison qu ‘il est plus facile de passer la balle face à une équipe qui ne sait pas trop à quoi s’attendre (course ou passe) plutôt que face à une qui sait à coup sûr qu’elle va devoir défendre sur une passe (bon je viens de regarder : page 20 cette objection est mentionnée mais pas étudiée…). 

Via Free Exchange


Maskin sur la crise financière et la théorie économique

15 octobre, 2009

C.H.

Le prix Nobel d’économie Eric Maskin répond à une interview dans laquelle il présente un certain nombre d’articles académiques de référence qui auraient pu permettre aux pouvoirs publics, s’ils les avaient lus, d’anticiper et d’atténuer la crise financière. Son propos est intéressant car il va à contre-courant de la tendance qui consiste à mettre la crise sur le compte de l’incapacité des économistes et de leurs théories à rendre compte des problèmes financiers. Point à remarquer : Maskin n’est pas un macroéconomiste (c’est un spécialiste du mechanism design) et les papiers qu’il cite ne sont pas des travaux de macroéconomies mais bien de microéconomie.

J’aurais toutefois deux remarques à faire. D’une part, Maskin laisse entendre plus ou moins que les économistes avaient la réponse et que la faute incombe aux pouvoirs publics de ne pas avoir suffisament prêtés attention à leurs travaux. Peut être. Cela dit, les microéconomistes spécialistes des marchés financiers ont aussi leur part de responsabilité, notamment quant à leur incapacité à faire passer leurs idées auprès d’un public plus généraliste (dont les politiques font partie – Maskin le reconnait à demi-mot quand il dit : “Perhaps theorists deserve some blame here”). Sans leur demander d’être aussi médiatique que Paul Krugman ou Robert Barro, il serait peut être bon qu’un effort soit fait dans ce sens. L’interview de Maskin est elle-même un bon début. D’autre part, à le lire, on a l’impression que la crise n’est que le résultat d’une méconnaissance par les pouvoirs publics de la théorie économique, ce qui recoupe ce qu’à pu écrire quelqu’un comme Gilles Saint-Paul par exemple. Cela laisse entendre que la régulation publique peut être plus ou moins infaillible si elle écoute les bonnes personnes. Comme le souligne Arnold Kling, le problème est quand même peut être un peu plus profond que cela et a certainement avoir avec une défaillance des institutions.


Un problème d’asymétrie d’information… et de compétences

15 octobre, 2009

C.H.

James Kwak revient sur des facteurs explicatifs de la crise financière qui, à mon sens, a été un peu trop sous-estimé : l’asymétrie d’information, et on devrait même dire de compétences, entre les employés des institutions financières et ceux qui les dirigeaient. J’en avais déjà un peu parlé ici. Kwak tire notamment un graphique assez édifiant d’un papier de Thomas Philippon et Ariell Reshef :

relativeeducation

Ce grapique montre l’évolution des salaires et du niveau d’éducation des employés dans l’industrie financière. L’évolution des salaires est assez connue. Après un creux dans les années 70, leur niveau est remonté à un point tel que certains économistes n’ont pas hésité à évoquer l’existence d’une “bulle” salariale dans le secteur financier. Au-delà des problèmes en termes d’équité que cela peut poser, la conséquence de cette augmentation salariale est surtout d’être de nature à attirer de manière excessive les “talents” et à en déposséder d’autres secteurs d’activités tout aussi utiles. Il est intéressant de constater que l’évolution suivi par le niveau d’éducation est la même. Il y a peut être un lien entre les deux (de meilleurs salaires attirent les gens diplômés et des individus diplômés sont mieux rémunérés que des individus non diplômés) mais dans leur papier Philippon et Reshef montrent surtout que l’augmentation des salaires et du niveau d’éducation est significativement liée à la déréglementation financière. Une explication causale se suggère presque d’elle-même : la déréglementation a ouvert la voie à la création de produits financiers de plus en plus complexes (dérivés, etc.) qui ont requis le recrutement d’un personnel ayant des compétences pointues, surtout en mathématiques. Comme le souligne Kwak, cela a très rapidement créé un problème : les dirigeants des institutions financières, plus âgés, sont arrivés dans l’industrie à une époque où les activités étaient beaucoup moins complexes. Leur niveau de formation et de compétence technique ne leur permet pas ainsi de contrôler, et même de comprendre, ce que font leurs employés. Ce n’est pas un problème spécifique à la finance (Veblen, en son temps, voyant même dans ce problème d’agence l’une des causes du futur déclin du capitalisme) mais il se présente ici avec une acuité particulière du fait de la nature systémique du système financier.

Le pire dans tout ça est qu’il s’agit d’une difficulté qu’il n’est pas pas facile de surmonter. En effet, il ne s’agit pas d’un problème d’agence classique où le principal ne peut observer l’effort réel de son agent. Dans ce dernier cas, l’asymétrie d’information peut être surmontée en mettant les incitations adéquates en place. La difficulté est plus grande ici car, plus qu’un problème d’observation, c’est un problème de compréhension qu’ont les principaux. Et, quand vous ne comprenez pas une activité, il est difficile de définir les bonnes incitations surtout si l’on considère que les traders et autres quants sont eux-mêmes de leur côté bien conscient de cette asymétrie. De ce point de vue, on peut presque considérer que certains employés de l’industrie financière détiennent un fort pouvoir organisationnel au sens de Crozier. Ajoutez à tout cela le fait que l’asymétrie entre le régulateur public et les agents privés est du même type (rien de surprenant vu l’écart au niveau des salaires), et vous n’obtenez pas un tableau très réjouissant pour les années à venir… 


Un peu d’analyse économique du crime pour commencer la semaine

5 octobre, 2009

Robert Frank nous propose un intéressant article sur le meilleur moyen de dissuader les actes criminels : publier une liste des “criminels prioritaires”. Le raisonnement est simple : si vous publiez une telle liste, les criminels concernés sauront qu’ils sont étroitement surveillés et auront tendance à se tenir à carreau. Cela laisse plus de temps à la police et à la justice pour traiter les actes des autres criminels qui, sachant cela, seront eux-mêmes dissuadés. L’idée est d’atteindre un seuil critique de telle sorte que la dissuasion devienne “auto-opérante”, à l’instar de ce que l’on peut trouver dans les phénomènes de ségrégation ou d’émeute tels qu’ils sont décrits par Schelling et Granovetter où par une sorte d’effet domino la ségrégation devient universelle ou l’émeute émerge alors même qu’il ne s’agit pas du but poursuivi par chaque individu.  


Les 5 principes d’unification des sciences comportementales

4 octobre, 2009

C.H.

L’économiste Herbert Gintis présente les cinq principes d’unification des sciences comportementales qu’il développe plus largement dans son récent livre.  Les slides de l’intervention sont disponibles ici. Beaucoup de choses intéressantes sur la séparation des disciplines, sur la pertinence du concept de la rationalité, sur la théorie des jeux (“life is game theory” !). Il est juste dommage que des questions de temps aient obligé Gintis à plus ou moins zapper la fin de son intervention…


Markets in everything…

2 octobre, 2009

C.H.

… y compris au lycée :

L’académie de Créteil a décidé de lancer une formule inédite dans trois lycées professionnels pour lutter contre l’absentéisme scolaire, en donnant en fin d’année une cagnotte de 10000 euros maximum aux classes dont les élèves auront été scrupuleusement présents en cours, rapporte vendredi Le Parisien. Déjà présente en Angleterre et fonctionnant plutôt bien, cette mesure donnant donnant vise selon le recteur de l’académie de Créteil, Jean-Michel Blanquer, à “responsabiliser les élèves”. En revanche, le chercheur en sciences de l’éducation, Phillipe Meirieu, évoque lui une “pente dangereuse” qu’il trouve trop “facile” pour ramener les élèves dans le giron de l’école”.

Certes, on peut y voir un risque d’effet d’éviction où une motivation extrinsèque (incitation monétaire) va venir se substituer à une motivation intrinsèque… encore qu’il faudrait que cette dernière existe. 


Génétique et aversion au risque

27 septembre, 2009

Isaac

Un article, tout droit sorti du Quarterly Journal of Economics, a récemment attiré mon attention : “Genetic Variation in Preferences for Giving and Risk Taking” (disponible ici). Ses auteurs se sont donnés comme objectif de déterminer les places respectives de l’acquis et de l’inné dans la détermination des préférences des individus relatives à l’aversion au risque et à l’altruisme (au don).  Pour ce faire, on effectue un ensemble de tests sur deux échantillons de jumeaux : un premier échantillon se compose de monozygotes, un second de dizygotes. Le but est de regarder la correspondance entre les résultats de chaque paire de jumeaux.

Deux types de tests sont effectués :

- Pour tester la propension à l’altruisme, un jeu du dictateur « modifié » : les agents doivent partager une certaine somme d’argent entre eux-mêmes et une œuvre de charité

-Pour tester l’aversion au risque, deux expériences : un système de pari et une simple question : « imaginons que vous gagniez 1 million de couronnes (l’étude est réalisée en Suède) et que l’on vous donne l’occasion (avec une certaine probabilité) de doubler une partie de la somme, combien risquez-vous ? »

Le raisonnement est alors le suivant : si l’on trouve des différences significatives de correspondance entre les deux groupes de jumeaux (monozygotes et dizygotes), alors il est possible d’en conclure une importance certaine de la génétique dans la variation des préférences.

La conclusion des auteurs est la suivante :

« We document a significant genetic effect on risk taking and giving, with genes explaining approximately 20 % of phenotypic variation in the best fitting models. The estimated effect of common environment, by contrast, is smaller. »

Ils complètent toutefois cette sentence en soulignant que l’héritabilité des caractères acquis comme innés peut-être propre à chaque population (ici, les jumeaux sont sélectionnés au sein d’une même population).

J’ai personnellement du mal avec ce type de travaux, premièrement parce qu’opposer inné et acquis me semble réducteur. Comme si on pouvait découper un individus en deux parties : une partie sociale, une partie génétique… Je pense que c’est plus complexe que cela. Secondement, est-ce le rôle de la science économique de chercher l’origine génétique des préférences des individus ? En tant que science sociale, ne doit-on pas se concentrer sur ce qui est social ? Ce sur quoi l’économiste et l’homme à une emprise ?

Je n’ai pas de réponse définitive à cette question.


Menace crédible, guerre froide et auto-contrôle

26 septembre, 2009

Très intéressant article dans le magazine Wired qui relate la mise en place dans les années 80 par l’Union Soviétique d’une “doomsday machine“, une arme de destruction massive susceptible de détruire toute vie sur terre (via). Nommée “Périmètre”, cette arme était programmée pour lancer quasi-automatiquement une attaque nucléaire massive dans le cas où elle détecterait des explosions nucléaires sur le sol soviétique. Ceux qui sont familiers avec la théorie des jeux verront ici tout de suite l’intérêt d’un tel dispositif : en rendant la réplique automatique, les soviétiques ont mis en place une menace crédible de telle sorte que les américains auraient su qu’un engagement des hostilités de leur part aurait débouche sur l’apocalypse. Rien de tel pour dissuader… sauf que l’article nous raconte que les soviétiques ont sciemment cherché à maintenir secret leur arme. En fait, il apparait que le but n’était pas de dissuader les américains mais plutôt de calmer les ardeurs des leaders politiques et des militaires soviétiques :

“So why was the US not informed about Perimeter? Kremlinologists have long noted the Soviet military’s extreme penchant for secrecy, but surely that couldn’t fully explain what appears to be a self-defeating strategic error of extraordinary magnitude.

The silence can be attributed partly to fears that the US would figure out how to disable the system. But the principal reason is more complicated and surprising. According to both Yarynich and Zheleznyakov, Perimeter was never meant as a traditional doomsday machine. The Soviets had taken game theory one step further than Kubrick, Szilard, and everyone else: They built a system to deter themselves.

By guaranteeing that Moscow could hit back, Perimeter was actually designed to keep an overeager Soviet military or civilian leader from launching prematurely during a crisis. The point, Zheleznyakov says, was “to cool down all these hotheads and extremists. No matter what was going to happen, there still would be revenge. Those who attack us will be punished.”"

De l’auto-contrôle digne de Thomas Schelling


De l’avantage évolutionnaire de l’excès de confiance

25 septembre, 2009

Il est relativement bien connu que lorsque l’on interroge des automobilistes, la très grande majorité se considére comme étant un meilleur conducteur que le conducteur moyen… ce qui est statistiquement impossible. Ce résultat et bien d’autres corroborent l’idée qu’en général les individus ont tendance à faire preuve d’un excès de confiance dans leurs propres capacités. Les chercheurs Dominic Johnson et James Fowler ont construit un modèle évolutionnaire dans cet article qui montre qu’un biais cognitif conduisant les individus à surestimer leurs propres capacités est avantageux sur un plan évolutionnaire lorsque l’incertitude est prononcée et plus les ressources en jeu sont en quantité importante. On peut également trouver un résumé accessible de l’article ici.

Le résultat est évidemment très intéressant pour l’économiste dans la mesure où il est aisé de voir les risques systémiques liés à une population composée d’individus dont le comportement est biaisé par un excès de confiance. Le point le plus important est que l’excès de confiance est lié sur le plan évolutionnaire à l’incertitude. Si l’on considère que l’environnement économique (notamment sur les marchés financiers) est de plus en plus complexe et que cette complexité est de nature à accroitre l’incertitude, les implications ne sont pas très réjouissantes.  


REH under attack

24 septembre, 2009

Les économistes Roman Frydman et Michael Goldberg portent un nouveau coup aux modèles macro standards et à l’hypothèse d’anticipations rationnelles (Rational Expectations Hypothesis – REH) sur laquelle ils s’appuient. Les deux auteurs sont des récidivistes. Par ailleurs, et à l’encontre de la tendance actuelle, ils ne semblent pas voir non plus la salut dans l’approche comportementale. La thèse des auteurs est que la nture même des processus de marché fait qu’il est aberrant que les agents puissent former des anticipations rationnelles et qu’en conséquence construire des modèles sensés décrire le fonctionnement de l’économie en faisant l’hypothèse que les agents connaissent ces modèles est vain. Tout cela invalide de fait l’hypothèse d’efficience des marchés.

La position des auteurs est séduisante mais il y a au moins un point que me fait tiquer au niveau de leurs prescriptions. A la suite de la critique qu’ils développent, Frydman et Goldberg indique que les prix sur les marchés financiers peuvent énormément fluctuer sans qu’il soit possible de dire s’ils s’écartent ou non de leur “bon” niveau. En règle générale, lorsque ces fluctuations sont peu importantes, l’Etat n’a pas à intervenir ; en revanche, quand elles deviennent trop fortes, il faut que le régulateur mette en place des mesures pour les limiter ces fluctuations. Je me pose alors une question : comment fait-on pour déterminer que les fluctuations sont trop importantes si l’on ne dispose pas d’un étalon de mesure ou d’un point de repère permettant de penser qu’une bulle spéculative peut se former (ce que fournie par exemple l’approche comportementale) ? A l’hypothèse d’anticipations rationnelles, Frydman et Goldberg me semblent avoir substitué celle de super-régulateur omniscient. Pas sûr que l’on gagne en réalisme.

Bon sinon, ça n’a rien à voir (quoique…) mais je ne peux pas m’empêcher de pointer ce magnifique article de Richard Posner qui se découvre sur le tard des affinités keynésiennes. Notez notamment comment Posner questionne la théorie du choix rationnel, celle sur laquelle est bâtie toute la Law&Economics dont il est l’une des têtes d’affiche.