Archives de Catégorie: Non classé

La philosophie de l’économie, c’est quoi au juste ?

Comme certains des lecteurs de ce blog (qui n’est pas mort, contrairement aux apparences) le savent peut être, il existe depuis maintenant près de deux ans un « réseau Philosophie-Economie » réunissant quelques 400 chercheurs français et étrangers dont les travaux relèvent, totalement ou partiellement, de la philosophie de l’économie. Une des questions au cœur de la création de ce réseau (question qui a d’ailleurs fait l’objet d’un débat – peu alimenté – sur le site du réseau) est celle de savoir à quoi correspond véritablement la philosophie de l’économie. La diversité des travaux des chercheurs membres atteste que les frontières de cette sous-discipline à la frontière de la philosophie et de l’économie sont floues et mouvantes. La sortie récente de l’ouvrage Philosophy of Economics de l’économiste Don Ross vient à point nommer pour approfondir cette question.
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Nouveau working paper : "Epistemic Basis for Collective Intentions in Games"

C’est un doux euphémisme que de dire que le blog n’est pas très actif depuis un mois ! En attendant de retrouver un peu de temps pour écrire ici, voici un nouveau working paper que je dois présenter le mois prochain au colloque de l’European Society for the History of Economic Thought qui se tiendra à Lausanne du 29 au 21 mai. Le papier est sobrement intitulé "Epistemic Basis for Collective Intentions in Games". Comme d’habitude, tous les commentaires sont les bienvenus.

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L’équilibre de Nash dans la pensée économique : un retour à von Neumann ?

Dans le précédent billet, j’ai expliqué pourquoi l’utilisation du concept d’équilibre de Nash s’imposait presque naturellement dès lors que l’on prend en compte la dimension réflexive des phénomènes économiques et sociaux. En complément, je voudrais brièvement revenir ici sur la manière dont ce concept est progressivement devenu le pilier central de l’analyse économique moderne et sur le fait que ce statut tend à s’amenuiser aujourd’hui. Lire la suite

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Réflexivité et équilibre de Nash

En 1928, l’économiste autrichien Oskar Morgenstern, s’intéressant aux capacités prédictives de la science économique dans un contexte où les agents peuvent modifier leur comportement en fonction des prédictions réalisées, discute un problème de décision ayant Sherlock Holmes et Moriarty comme protagonistes : poursuivi par Moriarty, Holmes monte dans un train en direction de Douvres. Il sait que Moriarty l’a vu et anticipe que ce dernier va l’attendre à la gare de Douvres. Holmes envisage alors la possibilité de descendre avant l’arrivée à Douvres, à la gare de Canterbury. Cependant, Holmes sait que Moriarty est quelqu’un d’intelligent, et par conséquent envisage sérieusement la possibilité que ce dernier ait anticipé son raisonnement. Holmes envisage alors finalement d’aller jusque Douvres, mais considère à nouveau sérieusement la possibilité que Moriarty raisonne de la même manière.

Ce problème ne semble pas avoir de solution, ce qui amena Morgenstern à conclure avec pessimisme sur les capacités prédictives de la science économique : dès lors que les agents sont dotés d’une capacité de réflexivité, autrement dit d’anticiper les effets de leurs décisions sur le comportement des autres et plus largement sur le système auquel ils appartiennent, alors il semble qu’une forme d’indécidabilité soit inévitable. La réflexion de Morgenstern n’est pas isolée. Quelques années plus tard, Keynes semble proposer une réflexion similaire au travers de son concours de beauté : le choix optimal de chaque participant dépend non pas de son évaluation de la beauté « objective » des visages, mais de sa croyance sur les évaluations des autres participants. Mais comme il en va de même pour chacun des autres participants, le choix optimal dépend de la croyance concernant la croyance des autres sur les évaluations de chacun, etc. Ici encore, le problème de décision est marquée par une dimension réflexive : les conséquences des décisions de chaque agent dépendent des décisions des autres agents, et chaque agent sait cela de telle sorte qu’il est capable d’anticiper mentalement le jeu des interdépendances croisées entre les décisions de chacun. Le problème que la réflexivité est supposée présenter pour la science économique est l’objet principal de la contribution de George Soros dans un numéro spécial du Journal of Economic Methodology, dont tous les articles sont librement accessibles. Lire la suite

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Coordination, anticipations et macroéconomie

On peut lire sur la blogosphère américaine plusieurs billets à propos du récent ouvrage de Kartik Athreya, Big Ideas in Macroeconomics. Athreya avait fait parler de lui il y a quelques années pour avoir commis un texte très critique envers les blogs économiques expliquant, pour simplifier (à peine), que la macroéconomie est une chose trop sérieuse et trop difficile pour que quelqu’un d’autre que les spécialistes du domaine puisse en parler. Son ouvrage s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité de ce texte : Athreya a l’ambition d’expliquer au grand public (l’ouvrage vise explicitement les journalistes et les décideurs publics) la manière dont travaille les macroéconomistes, ce qu’ils cherchent à faire, ainsi que le bien fondé des hypothèses sur lesquelles ils s’appuient. Pour autant que je puisse en juger étant donné mon avancement dans l’ouvrage (il me reste deux chapitres à lire), le pari est plutôt réussi. Un point frappant est qu’il n’est quasiment pas question dans l’ouvrage des thèmes macroéconomiques traditionnels comme le chômage, l’inflation, la politique monétaire, la politique budgétaire, etc. Il y est davantage question du théorème d’Arrow-Debreu-McKenzie, d’anticipations rationnelles, d’agent représentatif, d’économie du bien-être et même de mechanism design. De ce point de vue, une des vertus de l’ouvrage est de bien montrer que la macroéconomie n’est aujourd’hui rien de plus que de la microéconomie, mais avec des hypothèses supplémentaires très (trop ?) fortes. Lire la suite

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Instabilité des préférences en économie positive et normative

Il est bien connu que le concept de préférence est absolument central dans l’analyse économique moderne, c’est-à-dire depuis au moins Pareto. Tous les modèles micro- et macroéconomiques reposent sur une spécification des préférences des agents (le plus souvent représentées par une fonction d’utilité) à partir de laquelle les économistes dérivent des conclusions sur le problème qui les intéressent. La plupart du temps, l’économiste ne prend pas la peine de justifier la spécification particulière qu’il utilise et, surtout, fait l’hypothèse implicite ou explicite que ces préférences sont stables. On dit ainsi souvent qu’en économie, les préférences sont « données », c’est-à-dire exogènes. Dans un récent billet, Noah Smith s’inquiète : que se passe-t-il si, comme semblent l’indiquer tout un ensemble de travaux expérimentaux, les préférences des agents sont en réalité instables et changent à travers le temps de manière a priori plus ou moins aléatoire ? La conclusion de Smith est assez radicale (dans bien des cas, cela rend l’analyse économique non pertinente), et je voudrais la tempérer un peu, notamment en distinguant les conséquences de l’instabilité des préférences en économie positive d’une part, en économie normative d’autre part. Lire la suite

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Pourquoi les économistes ont parfois raison (ou pas toujours tort)

L’économiste Steve Keen explique dans un article pourquoi… les économistes se trompent presque tout le temps. Ce genre de propos est à la mode (et Keen est depuis longtemps à la pointe de l’économiste-bashing) et peut parfois s’avérer pertinent. Malheureusement, Keen se concentre dans son article sur un aspect de la théorie économique qui me semble loin d’être le plus approprié pour ce genre de critique : la théorie du choix rationnel. Plus précisément, Keen affirme que la théorie des préférences révélées élaborées par Samuelson vers le milieu du siècle précédent est un parfait exemple de théorie démentie par les faits mais à laquelle les économistes s’accrochent quoiqu’il en coûte. Lire la suite

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Interpréter l’environnement comme une bulle spéculative ?

Parmi ses nombreuses contributions à la théorie économique, Paul Samuelson est à l’origine du développement des modèles à génération imbriqués qui sont aujourd’hui largement utilisés en macroéconomie et en économie de l’environnement. Plutôt que de postuler un monde où les mêmes agents vivent éternellement, un modèle à génération imbriquée comporte au minimum deux générations d’agents qui vivent au minimum deux périodes. Le fait qu’un agent vive plusieurs périodes l’amène à faire des choix d’allocation intertemporels des ressources à sa disposition et, éventuellement, à réaliser des transactions avec des agents d’une autre génération que la sienne. Un certain nombre de travaux utilisent des versions sophistiqués de ces modèles pour étudier les politiques de lutte contre le réchauffement climatique. Je vais me contenter ici d’utiliser l’une des versions basiques proposées initialement par Samuelson pour montrer comment on peut assimiler l’environnement à un actif qui est l’objet d’une forme de bulle spéculative. Ceux qui sont intéressés par les modèles à génération imbriqués de manière générale peuvent aller lire ce très clair et passionnant article de Philippe Weil dans le Journal of Economic Perspective. Lire la suite

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"Prioritarisme" et taxation optimale

Parmi les résultats de la théorie de la taxation optimale initiée par James Mirrlees dans les années 70 (pour un survey récent, voir ici), l’un des plus solides est celui selon lequel un système d’imposition optimal requiert de taxer les individus en fonction de caractéristiques qui leurs sont exogènes, autrement dit qui ne dépendent pas de leurs choix. Le sexe, l’âge ou, de manière plus surprenante, la taille, sont ainsi des caractéristiques qui, dès lors qu’il est établi qu’elles sont corrélées ave le niveau d’habileté des agents (lequel est typiquement non observable), peuvent servir de « proxy » pour déterminer le niveau de taxation auquel le revenu de chaque individu doit être soumis. La raison tient au fait que ces caractéristiques étant indépendantes des choix des agents, leur taxation n’induit aucune distorsion au niveau des incitations et donc aucune perte en termes d’efficience. On peut même penser que l’argument pour de telles taxes est d’autant plus fort que l’on confère au système d’imposition une fonction redistributrice. Je donne ci-dessous quelques éléments. Lire la suite

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Changement climatique et préférences sociales

« De plus, les générations présentes ne supporteront qu’une toute petite partie des dommages climatiques qu’elles généreront à travers leurs émissions, l’essentiel étant porté par les générations futures. Et, comme on le voit dans les dossiers des retraites, de la dette publique ou de l’emploi des jeunes par exemple, la génération au pouvoir aujourd’hui se moque bien du devenir de celles qui les suivront !  L’attentisme des gouvernements nationaux n’est donc que le reflet du manque d’altruisme de leurs électeurs. »

 Il s’agit d’un extrait de l’interview de Christian Gollier (économiste à la TSE) dans Atlantico, au sujet du réchauffement climatique. Dans le paragraphe cité, Gollier émet donc l’idée que la non-action des gouvernements est le reflet des préférences égoïstes des électeurs, et plus particulièrement d’une absence d’altruisme intergénérationnel. Est-ce nécessairement le cas ? Lire la suite

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Review of Behavioral Economics

Une nouvelle revue, dénommée Review of Behavioral Economics, a récemment vu le jour. Comme son nom l’indique, elle est essentiellement consacrée à l’économie expérimentale et comportementale :

The Review of Behavioral Economics (ROBE) seeks to extend and develop the study of behavioral economics. The journal encourages a transdisciplinary and pluralistic perspective in the tradition of the late Herbert A. Simon, long recognized as the founder of modern behavioral economics, for whom the concepts of bounded rationality and satisficing were based on psychological, cognitive, and computational limits of human knowledge and behavior, the decision-making environment, and the evolutionary capabilities of the human being. ROBE sees behavioral economics embedded in a broader behavioral science that includes most of the social sciences, as well as aspects of the natural and mathematical sciences.

The journal is open to a variety of approaches and methods, both mainstream and non-orthodox, as well as theoretical, empirical, and narrative. While empirical work may rely on laboratory or field experiments, published data, case studies, surveys, or simulations, we encourage authors to emphasize the strength and importance of relationships observed and statistically analyzed in their data. Discussion of policy implications of any findings is encouraged.

Le premier (double) numéro comporte, entre autre, un article de Vernon Smith et Bart Wilson sur le spectateur impartial smithien et un article de Robert Frank, Adam Seth Levine et Oege Dijk sur les "cascades de dépenses". Ce dernier article apporte un nouvel argument à la thèse selon laquelle les inégalités, en générant des déséquilibres en termes d’épargne, ont contribué de manière significative à l’émergence de la crise financière.

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Une analogie entre prix et règles

Dans mon billet précédent, j’ai poursuivi la  critique de ce que j’appelle la conception éliminativiste des règles et des institutions en économie, et en particulier en théorie des jeux, laquelle ne conçoit les institutions que comme le simple reflet d’un pattern comportemental. On peut trouver dans récent ouvrage de Kartik Athreya, Big Ideas in Macroeconomics, une discussion sur la notion de prix dans la théorie économique qui est parfaitement analogue à l’idée que j’essaye de développer concernant les institutions. Il est donc intéressant de revenir un instant sur la manière dont les économistes conçoivent les prix. Je profite au passage pour recommander chaudement l’ouvrage d’Athreya qui, comme son titre l’indique, présente les idées majeures développées dans la macroéconomie contemporaine. Athreya présente la démarche méthodologique suivie par les macroéconomistes standards ainsi que le contenu des fameux modèles DSGE si décriés aujourd’hui, et ceci sans la moindre équation. Le tout es trait clair et globalement intéressant, même si la tentative de l’auteur de démontrer que le monde walrassien des agents preneurs de prix et des marchés complets est pertinent pour étudier le fonctionnement des économies modernes semble de toute façon vouée à l’échec. Lire la suite

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Qu’est ce que suivre une règle (en théorie des jeux) ?

J’ai déjà écrit ici un certain nombre de billets sur la notion de règles et sur la manière dont cette dernière peut être appréhendée dans un cadre de théorie des jeux. La lecture d’un récent papier de Giacomo Sillari m’amène à revenir sur le sujet. Comme je l’ai expliqué récemment, les économistes, en particulier lorsqu’ils utilisent la théorie des jeux, ont tendance à développer une approche « éliminativiste » des institutions et plus généralement des règles. L’idée est simple : la règle est assimilée à une simple régularité comportementale auto-renforçante, autrement dit à un équilibre dans un jeu. Le point notable est que la règle n’existe qu’au travers du regard du théoricien mais pas des agents eux-mêmes. Lire la suite

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Economie des bonnes résolutions

Tout d’abord, bonne année à tous. Comme de coutume, nous sommes nombreux à avoir formulé pour cette nouvelle année quelques bonnes résolutions. Et, très probablement, il n’y a pas grand monde qui s’attende àce que nous les respections. Vous trouverez néanmoins ci-dessous quelques conseils pur faie mieux que les années précédentes.

Première chose à noter, notre incapacité à respecter les résolutions prises en début d’année relève d’un phénomène que les économistes qualifient d’incohérence temporelle : notre comportement à travers le temps (nos choix et notre attitude de manière générale) révèle des préférences et des intentions qui sont contradictoires. L’incohérence temporelle ne relève pas nécessairement de l’irrationalité ou de la faiblesse d’esprit (akrasia chez les grecs). Il faut en effet distinguer deux formes d’incohérences temporelles en fonction du type de mécanisme sur lequel elles reposent :

* L’incohérence stratégique : l’individu i annonce un plan P en temps t0 selon lequel il doit adopter l’action a(t+n, k) en temps t+n dans un scénario k mais ne respecte pas P et adopte a’(t+n, k) parce que a’ est meilleur pour lui que a (selon ses préférences), et ceci était vrai en t0.

* L’incohérence psychologique : l’individu i annonce un plan P en temps t0 selon lequel il doit adopter l’action a(t+n, k) en temps t+n dans un scénario k mais ne respecte pas P et adopte a’(t+n, k) parce que a’ est meilleur pour lui que a en t+n (selon ses préférences), alors que a était meilleur que a’ en t0 (toujours selon ses préférences).

L’incohérence stratégique relève du phénomène des engagements non crédibles bien connus des théoriciens des jeux. L’exemple typique est celui de la menace non crédible : un gouvernement qui annonce aux banques qu’il ne fera rien pour les sauver si ces dernières sont en difficulté ne sera généralement pas crédible ex ante dans la mesure où, dans l’éventualité où les banques se retrouvaient effectivement en difficulté, il serait dans l’intérêt du gouvernement de faire quelque chose. L’incohérence stratégique n’est pas nécessairement irrationnelle toutefois lorsque l’information est incomplète (i.e. les préférences des joueurs ne sont pas connues avec certitude) car dans ce cas faire une annonce objectivement non crédible peut relever d’une stratégie de signalement optimale. Un exemple classique est donné par le modèle de la chaine de magasins de Selten dans un cadre d’information incomplète : un monopole qui combat l’entrée d’un concurrent sur un marché signale un comportement agressif aux futurs conurrents potentiels ce qui peut être dissuasif si les caractéristiques du monopole ne sont pas connues.

L’incohérence psychologique est en revanche généralement associée à un comportement irrationnel par les économistes. La plupart du temps, elle est générée par le fait que les individus escomptent leurs gains futurs de manière (quasi-) hyperbolique. La conséquence est une inversion des préférences : en t0, je peux préférer avoir l’option A en t+2 plutôt que l’option B en t+1, mais arrivé en t+1, ma préférence peut s’inverser. Les phénomènes comme la procrastination ou l’acrasie sont généralement modélisés par les économistes sur la base de l’hypothèse que les agents escomptent leurs gains de manière hyperbolique. On peut toutefois appréhender l’incohérence psychologique comme une incohérence stratégique où un même individu est composé de "personnalités multiples" impliquées dans une interaction stratégique de type dilemme du prisonnier. Il est clair que notre incapacité à respecter nos résolutions relève le plus souvent de ce deuxième type d’incohérence.

Quelles sont les stratégiques à disposition pour remédier aux incohérences temporelles ? Voici quelques éléments :

* Une stratégie bien connues, notamment dans le cadre de l’incohérence stratégique, est celle consistant à "brûler le pont", autrement dit à restreindre volontairement l’ensemble d’alternatives à sa disposition : vous voulez convaincre votre ennemi de la crédibilité de votre menance nucléaire ? Vous construisez une "doomsday machine" qui réplique automatiquement en cas d’attaque adverse. Le problème de ce type de stratégie est double : 1) la mise en place du pré-engagement peut en elle-même être non-crédible si l’incohérence est stratégique, 2) pour ce qui concerne nos bonnes résolutions, une telle stratégie extrême est rarement disponible.

* Une variante de la stratégie précédente est toutefois possible sur la base de notre propension à succomber au biais psychologique connu sous le nom de "sunk cost fallacy" : engager des dépenses dès aujourd’hui qui vont vous contraindre psychologiquement pour le futur. Exemple : si votre bonne résolution est de courir régulièrement, achetez dès aujourd’hui un couteux cardio-fréquencemètre ou tout autre objet permettant de mesurer vos performances. Si vous étiez rationnel, cela ne changerait rien à votre comportement futur, lequel doit uniquement se baser sur la comparaison de l’utilité marginale et du coût marginal d’une action (aller courir en l’occurrence). Mais si vous êtes victimes du biais des coûts irrécupérables, le fait d’avoir dépensé au préalable des ressources pour cette activité peut suffir pour vous motiver.

* Annoncer publiquement votre résolution. Comme je l’avais expliqué dans un billet, l’incohérence temporelle peut signaler aux autres votre incapacité à tenir vos engagements dans le cadre de problème de coopération. Les conséquences négatives que cela peut engendrer en termes de pertes d’opportunités de coopération peuvent être suffisants pour vous inciter à tenir vos résolutions. Attention, cette stratégie est potentiellement très risquée !

* Lisez Derek Parfit est concevez l’incohérence temporelle non comme un problème (personnel) de rationalité mais comme un problème de moralité : après tout, en ne respectant pas vos résolutions, vous faites du mal à vos "moi futurs". En vous représentant le problème de décision de cette manière, vous pouvez stimuler les préférences altruistes ou morales de vos différents "moi" et transformer ce qui est un dilemme du prisonnier en un jeu de coordination. Une autre possibilité, qui est liée, est d’amener vos moi multiples à raisonner collectivement (voir aussi cette vidéo).

Voilà, vous n’aurez maintenant plus d’excuse pour ne pas respecter vos résolutions !

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Top 10 des billets 2013

Juste par curiosité, j’ai regardé quels ont été les billets publiés en 2013 les plus consultés. Voici ce que ça donne :

1. "Rationalité et théorie de l’utilité espérée" (748 vues)

2. "Le coût social de l’émulation socioéconomique" (521 vues)

3. "Reinhart et Rogoff : une courte remarque" (469 vues)

4. "Depardieu et l’économie des superstars" (459 vues)

5. "Est-il rationnel d’être cohérent ?" (443 vues)

6. "Shutdown, théorie de la négociation et information incomplète" (429 vues)

7. "Incomplétude et théorie de l’utilité espérée : un "théorème d’impossibilité"" (418 vues)

8.  "Le paternalisme est-il réellement inévitable ?" (395 vues)

9. "Peut-on avoir des raisons d’agir contradictoires et être rationnel ?" (379 vues)

10. "Elster et la crise des sciences sociales" (377 vues)

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