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Sur le rapport Hautcoeur

Pierre-Cyrille Hautcoeur a remis il y a quelques jours à Genviève Fioraso le rapport rédigé par la commission qu’il a dirigé sur "l’avenir des sciences économiques à l’université en France". Olivier Bouba-Olga fait une synthèse des principales idées et propositions défendues dans le rapport. De mon point de vue, le rapport reprend très largement des idées qui, à défaut de s’imposer (pour l’instant ?), sont largement partagées par une partie au moins de la profession , concernant par exemple l’agrégation ou l’enseignement de l’économie en licence. Sans rentrer dans les détails, quelques remarques sur certains points sensibles du rapport :

1) Le rapport reprend à son compte les critiques concernant l’enseignement de l’économie en premier cycle universitaire. Ces critiques ne sont pas nouvelles (elles remontent à au moins 15 ans) mais elles sont revenues sur le devant de la scène depuis peu suite à la publication par 44 associations d’un "manifeste" pour un enseignement plus pluraliste de l’économie. Plus que le pluralisme, ce que préconise le rapport Hautcoeur c’est surtout un enseignement pluridisciplinaire dans les premières années, avec une spécialisation progressive. Le rapport préconise également d’accorder une "plus grande place à l’histoire, aux faits et au institution dans l’enseignement de l’économie".

On peut difficilement être en désaccord avec ces propositions (même si on peut regretter – de mon point de vue – que le rapport ne mette pas explictement l’accent sur l’importance des enseignements de l’histoire des idées économiques mais aussi de l’épistémologie de la discipline) qui, du reste, ne sont pas nouvelles. Le seul problème est qu’elles ont peu de chance d’avoir un quelconque impact dès lors qu’elles ne s’accompagnent pas de suggestions précises concernant les maquettes qui pourraient être mises en oeuvre. Les économistes le savent bien : dans un contexte de rareté, il faut des choix d’allocation des ressources. Or, si on accentue le caractère pluridisciplinaire du premier cycle, cela implique nécessairement que certains enseignements (techniques ?) vont disparaitre. Lesquels ? Dans quelles proportions ? Dire qu’il faut insérer des enseignements de sociologie ou de philosophie dans le cursus n’a aucun intérêt si on ne dit pas précisément à la place de quels enseignements d’économie (comptabilité nationale ? monnaie et financement ? probabilités et statistiques ?) cela doit se faire.

2) Concernant l’agrégation, bien que je ne sois peut-être pas le mieux placé pour en parler (en tout cas, peut-être pas le plus objectif), la position que le rapport reprend à son compte me semble hypocrite et inefficace. Ce que propose le rapport, c’est en substance le contenu d’un decret qui pourrait (ou pas) sortir dans les prochaines semaines, et qui consisterait à instaurer aux côtés de l’agrégation une "voie normale" comparable à ce qui existe dans les disciplines sans agrégation (soit l’écrasante majorité). Deux points importants : cela entrainerait la suppression du second concours d’agrégation (l’agrégation "interne") et  surtout, les universités auraient dorénavant la liberté de choisir le mode de recrutement de leurs professeurs d’économie (agrégation ou voie normale), alors qu’il existe aujourd’hui un contingentement.

Cette proposition est hypocrite : vu le peu d’entrain avec lequel les universités mettent des postes de professeur à l’agrégation, cette réforme impliquerait la mort effective de ce concours. Quel enseignant-chercheur consentirait à passer un an à préparer un concours offrant un nombre ridicule de postes, qui plus est probablement localisés dans des universités de petite taille et excentrée ? Si l’objectif est de normaliser le recrutement des professeurs de sciences éconmiques (et il y a des arguments pour cela), autant aller jusqu’au bout.

Cette proposition est aussi douteuse sur le plan de l’efficacité : il est vrai que l’agrégation est une drôle d’exception en économie et gestion (concernant le droit, c’est une autre histoire). Il faut néanmoins noter que la vocation initiale de ce concours est tout à fait louable : s’assurer que les professeurs de la discipline ne sont pas seulement des spécialistes de "haut niveau" dans leur champ de recherche, mais aussi qu’ils ont une culture scientifique généraliste minimum concernant leur discipline. Etant donné les fonctions de direction de recherche (thèse, direction de labo, etc.) qu’est appelé à exercer un professeur, cette exigence ne semble pas gratuite. Et les autres disciplines me direz-vous ? Il faut remarquer que pour certaines disciplines de lettres comme l’histoire ou la philosophie, la même exigence s’exerce au niveau du recrutement des maitres de conférences puisque, dans ces discplines, avoir l’agrégation du secondaire (d’un niveau très élevé dans ces matières) est quasiment une obligation de fait pour être recruté. Alors oui, l’agrégation de sciences économiques a plein de défauts, à commencer par son mode d’affectation des lauréats, elle favorise aussi probablement une forme d’endogamie (mais n’est-ce pas le cas aussi de la voie normale, mais à un niveau plus local ?), mais son existence n’est pas si absurde que ce que l’on entend parfois.

3) Concernant la création d’une nouvelle section CNU "Economie et société", proposition défendue notamment par l’AFEP, le rapport prend une position résolument contre. Les arguments proposés me semblent extrêmement convaincants. Il y aurait beaucoup à dire sur ce projet, mais la création d’une nouvelle section CNU me semble une mauvaise idée à plusieurs points de vue :

* Sur un plan strictement scientifique et disciplinaire, la création d’une nouvelle section ne peut se justifier que s’il existe un corpus épistémologique, méthodologique et théorique a peu près identifié qui se distingue de ce qui existe dans d’autres sections. Or, le corpus de cette potentielle section est clairement un condensé de ce que l’on trouve dans d’autres sections (économie, sociologie, sciences politiques, etc.).

* Il y a un danger pour les membres de cette nouvelle section de passer pour des "sous-économistes". Quelle audience et influence pourront-ils prétendre avoir, notamment auprès des décideurs politiques. Je ne parle même pas des doctorants qui s’engageraient dans une thèse "Economie et société". Le signal envoyé leur fermerai à coup sûr grand nombre des postes d’économistes (section 05) ouverts aux concours.

* Combien de postes "Economie et société" seraient ouverts par les universités ? Le risque est que ces postes ne soient ouverts que dans les universités où est présente la minorité des économistes qui défendent la mise en place de la section.

* Même si quelques sociologues appuient la création de la section, il est sûr et certain que la sociologie et d’autres disciplines connexes ne verront pas la création d’une telle section d’un bon oeil. Je n’ose même pas imaginer le foutoir au niveau des créations de postes et de la composition des comités de sélection.

Je pourrai continuer comme ça pendant des pages, mais je m’arrêterai là pour aujourd’hui.

 

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Règles, théorie des jeux et ontologie sociale

La semaine prochaine, j’aurai le plaisir de présenter au séminaire "Philosophie-Economie-Droit" du GREQAM mon article "Against the Eliminativist View of Institutions in Economics: Rule-Following and Game Theory". Ce post n’a néanmoins pas pour objet de faire ma promo (enfin, de fait un peu quand même) mais d’évoquer un récent working paper de Francesco Guala et Frank Hindriks que l’on a porté à ma connaissance la semaine dernière. Il se trouve que le papier de Guala et Hindriks a à peu près le même objectif que le mien, à savoir caractériser le concept de règle dans un cadre de théorie des jeux. Il recoupe également partiellement mon propos, mais en diverge aussi à certains endroits.

Pour le recoupement, Guala et Hindriks caractérisent également les règles (plus exactement, les conventions) comme des équilibres corrélés, c’est à dire des équilibres de Nash où les joueurs ont à leur disposition des stratégies qui sont conditionnelles à un signal public émis par un "chorégraphe". Cette approche, qui a d’abord été proposée par Herbert Gintis, permet de saisir le fait qu’une règle consiste à coordonner les actions (et aussi les croyances) des agents sur un espace d’états du monde sans que pour autant ces derniers aient une connaissance parfaite de ce chacun sait ou fait. Les auteurs considèrent que cette conceptualisation permet de réunir les deux conceptions des règles en théorie des jeux (les règles comme formes de jeux et les règles comme équilibres) que j’évoque dans mon papier. Ce dernier point est discutable mais est largement secondaire.

Pour les divergences, les auteurs rejettent dans leur papier le concept de règles constitutives de Searle que je retiens pour ma part de manière essentiellement tacite. Ils proposent à la place une approche consistant à décomposer les règles constitutives au travers de l’articulation de "règles de statut" et de "règles de base". L’idée est que l’on peut alors toujours réduire une règle constitutive à un ensemble de règles régulatives. Sur un plan ontologique, les règles constitutives n’existent donc pas. Ce débat sur l’existence des règles constitutives (concept que l’on trouve chez Wittgenstein et Rawls) est assez ancien et je l’ai déjà évoqué à plusieurs reprises ici. Formellement, son objet n’est pas essentiel pour la question de la conceptualisation des règles en théorie des jeux. Plus intéressant peut-être est la question de la prise en compte de la normativité de la règle, que les auteurs discutent dans la dernière section de leur papier. Bien que ce soit un point que je n’aborde pas dans mon article, il est possible de la prendre en compte à partir de la "theorie des jeux psychologiques" où préférences et croyances sont rendues interdépendantes. Incidemment, comme je l’explique dans cet autre papier, cette approche est précisément un autre moyen de rendre compte du caractère constitutif de certaines règles.

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Economie, psychologie et "multiple selves" : un programme de Nash intra-personnel ?

En théorie des jeux, le Nash program renvoie à l’ensemble de la littérature de ces 40 dernières années visant à reformuler les solutions axiomatiques dans les jeux coopératifs (en particulier, dans le bargaining game) en termes de solutions dans le cadre de jeux non-coopératifs. La caractéristique des jeux coopératifs est qu’il est supposé que les joueurs peuvent former des coalitions au travers d’accords contraignants. Cette possibilité n’existe pas dans les jeux non-coopératifs. Plus exactement, l’ensemble de la négociation qui précède tacitement le jeu coopératif doit être explicitement modélisé dans un jeu non-coopératif en forme extensive. L’objectif est de s’assurer que la solution axiomatique du jeu coopératif peut être « implémentée » dans le cadre d’un jeu non-coopératif en tant qu’équilibre parfait en sous-jeux (ou équilibre séquentiel si l’information est incomplète/imparfaite). En particulier, cela suppose que les promesses ou les menaces des joueurs soient crédibles. Une bonne illustration de ce programme est fournie par le modèle de Rubinstein qui montre que, dans le cadre d’un jeu séquentiel à chaque joueur fait une offre à l’autre à tour de rôle, les joueurs implémenterons la solution de Nash sous certaines conditions concernant leurs préférences et la procédure de négociation.

Dans un jeu, les joueurs sont des agents. Ces derniers sont identifiés par le fait qu’ils peuvent choisir la stratégie à adopter (un agent est une unité de décision) et par leurs préférences, lesquelles sont représentées par une fonction d’utilité associant à chaque profil stratégique (un vecteur de stratégies jouées, une par joueur) un nombre réel. Un point essentiel est que cette approche présuppose que les joueurs sont rationnels dans un sens bien précis : leurs préférences sont cohérentes, c’est-à-dire notamment qu’elles satisfont l’axiome de transitivité. Cela est vrai pour les jeux statiques, mais aussi pour les jeux répétés où il est généralement supposé que les joueurs actualisent leurs gains futurs de manière exponentielle. Cette dernière hypothèse revient à supposer que les préférences temporelles des agents sont stables et cohérentes. Autrement dit, dans la cadre d’un jeu, on fait toujours l’hypothèse que les joueurs sont des entités bien identifiées et unifiées, dans le sens où on peut les modéliser comme des centres de décision indépendants les uns des autres et dont la structure est stable à travers le temps. Cela est vrai quelque soit l’identité des agents : individus, ménages, entreprises ou Etats.

L’économie comportementale contribue évidemment à remettre en cause la conception de l’individu comme un agent, dans le sens évoqué au-dessus. Les individus auraient ainsi tendance à révéler des préférences incohérentes, notamment dans le cadre de problèmes de décision intertemporelle. Dans ce dernier cas, les individus actualiseraient leurs gains futurs non pas de manière exponentielle, mais de manière hyperbolique, ce qui peut engendrer des inversions de préférences. L’identification des individus à des agents dotés de préférences stables et cohérentes dans le cadre d’un jeu peut donc s’avérer discutable. En parallèle, les économistes ont développé depuis plusieurs années maintenant des modèles « multiple selves » visant à rendre compte des biais comportementaux des individus (un exemple, un autre). L’idée basique est la suivante : les individus peuvent en fait s’appréhender comme une communauté d’agents interagissant d’une manière spécifique. L’interaction de ces agents produit alors, au niveau individuel, un comportement individuel observable et plus ou moins cohérent. Dans ces modèles, les agents sont des « selves », c’est-à-dire des personnalités qui peuvent être identifiées sur le plan diachronique (la personnalité d’aujourd’hui, celle de demain, etc.) ou sur le plan synchronique (la personnalité consumériste, la personnalité éthique, etc.). En tant qu’agents, ces personnalités sont dotés de préférences cohérentes et stables, et peuvent donc s’appréhender comme des centres de décision. Sur le plan philosophique, à la fois ontologique et éthique, l’ouvrage Reasons and Persons de Derek Parfit fournit un ensemble d’arguments pouvant permettre de justifier ce type de modélisation.

Il y a un aspect intéressant concernant cette stratégie de modélisation que je mettrai de côté ici, mais qui est significatif sur la nature de l’économie comme science distincte de la psychologie : même si ces modèles permettent de modéliser des mécanismes au moins partiellement psychologiques, ils sont surtout pour les économistes un moyen de réaffirmer la spécificité méthodologique et théorique de leur discipline : l’économie, c’est d’abord la science qui étudie les interactions entre des agents dans un cadre « institutionnel » donné. Loin de rapprocher l’économie et la psychologie, il me semble que ces modèles sont au contraire un moyen de réaffirmer l’autonomie de l’économie (et même sa domination). L’autre aspect qui m’intéresse plus dans ce billet est que l’on peut voir ces modèles comme les prémices d’une sorte de Nash program au niveau intra-individuel. Finalement, en supposant que l’individu est un agent, la théorie des jeux non-coopératifs présuppose que les différents selves d’un individu se sont d’ores et déjà entendus pour se coordonner et coopérer. Un jeu non-coopératif modélise ainsi les interactions entre des communautés de selves en faisant l’hypothèse que chaque communauté poursuit un objectif stable et identifié et agit de manière cohérente. Mais, de la même manière que le Nash program a consisté à ouvrir la boîte noire des coalitions d’individus et de leur formation, on peut imaginer à terme un programme en théorie des jeux visant à ouvrir la boîte noire qu’est l’individu et à insérer les interactions entre selves d’un même individu dans les interactions plus larges entre individus.

Cela peut paraître être tiré par les cheveux mais à la réflexion ça ne l’est pas tant que ça. D’une part, c’est le prolongement logique des modèles multiple selves à partir du moment où l’on prend ces derniers au sérieux. Comme je l’ai dit plus haut, il y a des arguments métaphysiques et éthiques qui soutiennent l’idée qu’il n’est pas aberrant de considérer que l’individu est réellement une telle communauté de personnalités. D’autre part, certaines approches récentes en théorie des jeux poursuivent déjà implicitement ce programme. Considérons l’approche en termes de team reasoning développée Michael Bacharach, Robert Sugden et d’autres. Dans le cadre de cette approche, les individus sont des agents qui ont la possibilité d’agir soit sur la base de leurs préférences individuelles, soit sur la base de préférences associées à un collectif. Dans cette optique, on peut alors plutôt considérer que les individus sont plutôt composés de deux agents distincts (l’un avec les préférences individuelles, l’autre avec les préférences collectives). Qu’est ce qui va déterminer que l’individu agit sur la base d’un ordre de préférences plutôt qu’un autre ? Probablement, les interactions entre les selves d’un même individu mais aussi, pourquoi pas, entre les selves des différents individus. On peut ainsi considérer que les selves sont autant de dispositions comportementales qui sont activées en fonction du contexte interpersonnel et institutionnel. Ce qui en jeu ici c’est la question de la formation de l’individualité et de la personnalité des individus au travers de leurs interactions sociales. Tel pourrait être l’objet de ce futur Nash program intra-personnel.

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Economie comportementale, économie normative et le « problème de la réconciliation » : un faux problème ?

Dans un article de 2012, R. Sugden et B. McQuillin s’intéressent aux tensions qui se développent entre économie positive et économie normative en raison des résultats de l’économie comportementale. Cette dernière tend à indiquer que les individus sont « irrationnels », dans le sens où leurs choix ne sont conforment pas aux prédictions de la théorie de l’utilité standard. Notamment, les choix des individus manifestent des incohérences temporelles (en révélant en particulier une inversion des préférences). Par ailleurs, les attitudes des individus à l’égard du risque et de l’incertitude ne semblent pas se conformer aux axiomes de la théorie de l’utilité espérée. Ici encore, il semble tout simplement que les préférences des agents sur des loteries ne répondent pas à un critère de cohérence minimum.* Lire la suite

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L’économie et l’unification des sciences sociales : quelques réflexions sur l’ouvrage "Philosophy of Economics" de Don Ross

Je viens enfin d’achever la lecture de l’ouvrage Philosophy of Economics (Palgrave Philosophy Today, 2014) de Don Ross. L’auteur fait partie d’un des contributeurs majeurs au champ de la philosophie de l’économie sur les vingt dernières années. Il s’était déjà signalé il y a moins de dix ans par un ouvrage proposant une réflexion difficile mais très stimulante sur les relations entre la science économique et les sciences cognitives. Il est également le co-éditeur avec Harold Kincaid du Oxford Handbook fof Philosophy of Economics, qui de mon point de vue est la meilleure synthèse du champ aujourd’hui disponible sur le marché. Sans surprise, cette dernière contribution s’avère de nouveau être une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à la nature de science économique en tant que discipline scientifique, sur la manière dont elle produit des connaissances (et quel type de connaissance) et sur son positionnement par rapport aux autres sciences sociales. Lire la suite

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Nouveau working paper : "Against the Eliminativist View of Institutions in Economics: Rule-Following and Game Theory"

Je viens d’achever un nouveau working paper intitulé "Against the Eliminativist View of Institutions in Economics: Rule-Following and Game Theory". Il reprend de manière détaillée des idées développées dans quelques récents billets (voir ici et notamment). L’article sera présenté en juin au séminaire Philosophie-Economie-Droit du GREQAM, ainsi qu’au colloque "Philosophie économique" qui aura lieu à Strasbourg en octobre prochain. Comme d’habitude, tous les commentaires sont les bienvenus.

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Gary Becker, l’impérialisme économique et la philosophie de l’économie

Le décès de Gary Becker (1930-2014) la semaine dernière a été abondamment commenté sur la blogosphère économique américaine. Considéré comme l’instigateur de « l’impérialisme économique », Becker est à la fois le symbole de la puissance analytique de la théorie (micro)économique et l’épouvantail absolu pour tous les adversaires de l’analyse économique standard et/ou du libéralisme. A ma connaissance, son décès a été assez peu commenté en France. On peut quand même lire ce très bon billet d’Alexandre Delaigue qui résume à grands traits les apports principaux de Becker pour lesquels ce dernier a eu « un prix Nobel d’économie ». Lire la suite

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Julian Reiss : "Why Economics Needs Philosophy"

Julian Reiss, auteur d’un ouvrage essentiel sur la philosophie de l’économie, explique pourquoi dans cette conférence pourquoi les économistes ont besoin de la philosophie.

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La philosophie de l’économie, c’est quoi au juste ?

Comme certains des lecteurs de ce blog (qui n’est pas mort, contrairement aux apparences) le savent peut être, il existe depuis maintenant près de deux ans un « réseau Philosophie-Economie » réunissant quelques 400 chercheurs français et étrangers dont les travaux relèvent, totalement ou partiellement, de la philosophie de l’économie. Une des questions au cœur de la création de ce réseau (question qui a d’ailleurs fait l’objet d’un débat – peu alimenté – sur le site du réseau) est celle de savoir à quoi correspond véritablement la philosophie de l’économie. La diversité des travaux des chercheurs membres atteste que les frontières de cette sous-discipline à la frontière de la philosophie et de l’économie sont floues et mouvantes. La sortie récente de l’ouvrage Philosophy of Economics de l’économiste Don Ross vient à point nommer pour approfondir cette question.
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Nouveau working paper : "Epistemic Basis for Collective Intentions in Games"

C’est un doux euphémisme que de dire que le blog n’est pas très actif depuis un mois ! En attendant de retrouver un peu de temps pour écrire ici, voici un nouveau working paper que je dois présenter le mois prochain au colloque de l’European Society for the History of Economic Thought qui se tiendra à Lausanne du 29 au 21 mai. Le papier est sobrement intitulé "Epistemic Basis for Collective Intentions in Games". Comme d’habitude, tous les commentaires sont les bienvenus.

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L’équilibre de Nash dans la pensée économique : un retour à von Neumann ?

Dans le précédent billet, j’ai expliqué pourquoi l’utilisation du concept d’équilibre de Nash s’imposait presque naturellement dès lors que l’on prend en compte la dimension réflexive des phénomènes économiques et sociaux. En complément, je voudrais brièvement revenir ici sur la manière dont ce concept est progressivement devenu le pilier central de l’analyse économique moderne et sur le fait que ce statut tend à s’amenuiser aujourd’hui. Lire la suite

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Réflexivité et équilibre de Nash

En 1928, l’économiste autrichien Oskar Morgenstern, s’intéressant aux capacités prédictives de la science économique dans un contexte où les agents peuvent modifier leur comportement en fonction des prédictions réalisées, discute un problème de décision ayant Sherlock Holmes et Moriarty comme protagonistes : poursuivi par Moriarty, Holmes monte dans un train en direction de Douvres. Il sait que Moriarty l’a vu et anticipe que ce dernier va l’attendre à la gare de Douvres. Holmes envisage alors la possibilité de descendre avant l’arrivée à Douvres, à la gare de Canterbury. Cependant, Holmes sait que Moriarty est quelqu’un d’intelligent, et par conséquent envisage sérieusement la possibilité que ce dernier ait anticipé son raisonnement. Holmes envisage alors finalement d’aller jusque Douvres, mais considère à nouveau sérieusement la possibilité que Moriarty raisonne de la même manière.

Ce problème ne semble pas avoir de solution, ce qui amena Morgenstern à conclure avec pessimisme sur les capacités prédictives de la science économique : dès lors que les agents sont dotés d’une capacité de réflexivité, autrement dit d’anticiper les effets de leurs décisions sur le comportement des autres et plus largement sur le système auquel ils appartiennent, alors il semble qu’une forme d’indécidabilité soit inévitable. La réflexion de Morgenstern n’est pas isolée. Quelques années plus tard, Keynes semble proposer une réflexion similaire au travers de son concours de beauté : le choix optimal de chaque participant dépend non pas de son évaluation de la beauté « objective » des visages, mais de sa croyance sur les évaluations des autres participants. Mais comme il en va de même pour chacun des autres participants, le choix optimal dépend de la croyance concernant la croyance des autres sur les évaluations de chacun, etc. Ici encore, le problème de décision est marquée par une dimension réflexive : les conséquences des décisions de chaque agent dépendent des décisions des autres agents, et chaque agent sait cela de telle sorte qu’il est capable d’anticiper mentalement le jeu des interdépendances croisées entre les décisions de chacun. Le problème que la réflexivité est supposée présenter pour la science économique est l’objet principal de la contribution de George Soros dans un numéro spécial du Journal of Economic Methodology, dont tous les articles sont librement accessibles. Lire la suite

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Coordination, anticipations et macroéconomie

On peut lire sur la blogosphère américaine plusieurs billets à propos du récent ouvrage de Kartik Athreya, Big Ideas in Macroeconomics. Athreya avait fait parler de lui il y a quelques années pour avoir commis un texte très critique envers les blogs économiques expliquant, pour simplifier (à peine), que la macroéconomie est une chose trop sérieuse et trop difficile pour que quelqu’un d’autre que les spécialistes du domaine puisse en parler. Son ouvrage s’inscrit d’une certaine manière dans la continuité de ce texte : Athreya a l’ambition d’expliquer au grand public (l’ouvrage vise explicitement les journalistes et les décideurs publics) la manière dont travaille les macroéconomistes, ce qu’ils cherchent à faire, ainsi que le bien fondé des hypothèses sur lesquelles ils s’appuient. Pour autant que je puisse en juger étant donné mon avancement dans l’ouvrage (il me reste deux chapitres à lire), le pari est plutôt réussi. Un point frappant est qu’il n’est quasiment pas question dans l’ouvrage des thèmes macroéconomiques traditionnels comme le chômage, l’inflation, la politique monétaire, la politique budgétaire, etc. Il y est davantage question du théorème d’Arrow-Debreu-McKenzie, d’anticipations rationnelles, d’agent représentatif, d’économie du bien-être et même de mechanism design. De ce point de vue, une des vertus de l’ouvrage est de bien montrer que la macroéconomie n’est aujourd’hui rien de plus que de la microéconomie, mais avec des hypothèses supplémentaires très (trop ?) fortes. Lire la suite

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Instabilité des préférences en économie positive et normative

Il est bien connu que le concept de préférence est absolument central dans l’analyse économique moderne, c’est-à-dire depuis au moins Pareto. Tous les modèles micro- et macroéconomiques reposent sur une spécification des préférences des agents (le plus souvent représentées par une fonction d’utilité) à partir de laquelle les économistes dérivent des conclusions sur le problème qui les intéressent. La plupart du temps, l’économiste ne prend pas la peine de justifier la spécification particulière qu’il utilise et, surtout, fait l’hypothèse implicite ou explicite que ces préférences sont stables. On dit ainsi souvent qu’en économie, les préférences sont « données », c’est-à-dire exogènes. Dans un récent billet, Noah Smith s’inquiète : que se passe-t-il si, comme semblent l’indiquer tout un ensemble de travaux expérimentaux, les préférences des agents sont en réalité instables et changent à travers le temps de manière a priori plus ou moins aléatoire ? La conclusion de Smith est assez radicale (dans bien des cas, cela rend l’analyse économique non pertinente), et je voudrais la tempérer un peu, notamment en distinguant les conséquences de l’instabilité des préférences en économie positive d’une part, en économie normative d’autre part. Lire la suite

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Pourquoi les économistes ont parfois raison (ou pas toujours tort)

L’économiste Steve Keen explique dans un article pourquoi… les économistes se trompent presque tout le temps. Ce genre de propos est à la mode (et Keen est depuis longtemps à la pointe de l’économiste-bashing) et peut parfois s’avérer pertinent. Malheureusement, Keen se concentre dans son article sur un aspect de la théorie économique qui me semble loin d’être le plus approprié pour ce genre de critique : la théorie du choix rationnel. Plus précisément, Keen affirme que la théorie des préférences révélées élaborées par Samuelson vers le milieu du siècle précédent est un parfait exemple de théorie démentie par les faits mais à laquelle les économistes s’accrochent quoiqu’il en coûte. Lire la suite

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