Medema sur le théorème de Coase

C.H.

Nouvelle interview vidéo sur le site de l’INET. L’historien de la pensée Steve Medema discute du théorème de Coase et notamment de la manière particulière dont il a été présenté dans les textbooks. Il est assez ironique que ce « théorème », dont l’auteur est l’un des plus farouches opposants à ce qu’il appelle la « blackboard economics », ait été approprié par le courant de la Law & Economics version école de Chicago pour défendre les vertus de l’autorégulation. L’idée de Coase était au contraire de souligner que ce théorème – qui n’en est pas un – ne fonctionne que dans un monde sans coûts de transaction qui n’existe pas. Selon Medema, les membres de l’école de Chicago ont utilisé le théorème de Coase pour suggérer que les institutions sont secondaires dans une économie. En fait, l’enseignement est exactement inverse : précisément parce qu’il y a des coûts de transaction, la distribution initiale des droits de propriété n’est pas neutre.

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5 Commentaires

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5 réponses à “Medema sur le théorème de Coase

  1. Jean-Paul Tsasa Vangu

    le cadre retenu par Ronald Coase pour développer sa théorie est très restrictive, bien que cela aboutisse à un équilibre Pareto – optimal… Par exemple, il suppose : un équilibre partiel, absence d coût d transaction, transférabilité d droit d propriété, … et aussi, si le plan environnemental, cela n’est pas sans impact! recourir à un tel théorème exige une prudence, pour ne pas se plonger dans la fiction (frontière positive – normative)…

    J.Paul Tsasa V.K.

  2. Do

    S’il est « ironique » que le théorème de Coase ait été approprié de la manière dont il l’a été (i.e. formalisation microéco) ; il n’est en revanche pas du tout « ironique » qu’il ait été approprié pour les buts pour lesquels il l’a été (i.e. défense du libéralisme). En effet, Coase était un libéral convaincu (membre du Mont Pèlerin), dont l’oeuvre consiste à justifier les thèses autorégulationnistes selon une rhétorique un peu plus subtile que M. Friedman (voir les travaux d’Elodie Bertrand sur Coase pour cette dimension de son oeuvre).

    D’un point de vue interventionniste (ou « de gauche » pour faire simple) Coase est peut-être le pire des néocs…

  3. elvin

    Je suis convaincu que dans l’esprit de Coase, il s’agissait de montrer les limites (très étroites) d’une théorie qui exclut les coûts de transaction en montrant l’absurdité des conclusions qu’on en tire, et non d’affirmer quelque chose qui soit même approximativement vrai dans le monde réel.
    Coase est considéré par les « autrichiens » comme un compagnon de route. Ses idées ont été reprises par plusieurs écoles de pensée (institutionnalistes, école des droits de propriété, théories de la firme, …) qui sont en rupture avec la tradition néoclassique orthodoxe et 90 à 100% cohérentes avec les thèses autrichiennes. Voir par exemple ceci : http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=coase%2Baustrian&source=web&cd=9&ved=0CG0QFjAI&url=http%3A%2F%2Fwww.utdallas.edu%2F~plewin%2FFEE%2FAustrian%2520economics%2520and%2520Management%2520Studies.ppt&ei=5YmiTpruHcvMsgbk75SHAw&usg=AFQjCNGWik8dXvZ0BNBS-fW-EccLLeb3oQ&cad=rja

  4. Gu Si Fang

    J’avais compris l’approche de Posner différemment : étant donné qu’IL Y A des coûts de transaction et que l’allocation initiale des droits de propriété n’est pas neutre, les juges et le législateur ont intérêt à concevoir les lois et la jurisprudence qui sont le plus efficace économiquement. Le critère éthique est ici remplacé au moins partiellement par une critère utilitariste, qui plus est de type « maximisation de la production générale ».

    Si l’on suit ce raisonnement jusqu’au bout, on arrive vite à des conclusions très choquantes sur le plan éthique. Par exemple : un détenu sort de prison, viole une prostituée et lui laisse $100 en partant. Le juge considère que le détenu a ainsi reçu une « énorme utilité », tandis que la perte d’utilité pour la prostituée est faible. Conclusion : ce viol est excusé…

    Dans la vision de Medema, il n’y a pas de coûts de transaction entre la prostituée et le détenu. Quelle que soit la loi, l’issue qui maximise leur utilité sera atteinte par voie contractuelle. Ce n’est pas à mon avis la vision de Chicago et ça ressemble fort à un homme de paille. Même si je ne pense pas beaucoup de l’approche de Chicago dans ce domaine, elle est à mon avis caricaturée si on la présente ainsi.

  5. Gu Si Fang

    P.S. Je viens de jeter un oeil à Law’s order de David Friedman qui est un bon manuel d’analyse économique du droit. Le titre du dernier chapitre est « Is the Common Law Efficient? ». C’est très révélateur.

    Autre indication : le mot « subjective » n’apparaît pas une seule fois dans tout le livre. Dommage pour la notion cruciale de droit subjectif…

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