Archives Mensuelles: juillet 2011

Les mécanismes sociaux, ou comment ouvrir les "boîtes noires"

C.H.

Inspiré par l’intéressante série de billets de Daniel Little sur le sujet, j’ai regardé pas mal ces derniers jours du côté de la littérature sur la « sociologie analytique » pour voir ce que cette approche a à raconter concernant les relations micro/macro. Trois ouvrages en particulier m’ont paru intéressants : Dissecting the Social, Social Mechanisms. An Analytical Approach to Social Theory et enfin The Oxford Handbook of Analytical Sociology. Tous ces livres sont écrits ou édités par Peter Hedtröm, l’un des principaux défenseurs de la sociologie analytique. On peut définir cette dernière comme une approche partant du principe que la sociologie et les autres sciences sociales doivent, pour expliquer des régularités observées au niveau macro, décomposer les phénomènes en identifiant les mécanismes micro qui génèrent par agrégation ou émergence la régularité. Lire la suite

Un commentaire

Classé dans Non classé

L’évolution de la réciprocité directe dans un contexte d’incertitude expliquerait la coopération dans le dilemme du prisonnier

C.H.

Voici l’abstract d’un intéressant article à paraître dans PNAS qui tend à montrer que la coopération dans un dilemme du prisonnier à un coup s’expliquerait par l’évolution de la réciprocité directe dans un environnement incertain (version librement accessible ici) :

"Are humans too generous? The discovery that subjects choose to incur costs to allocate benefits to others in anonymous, one-shot economic games has posed an unsolved challenge to models of economic and evolutionary rationality. Using agent-based simulations, we show that such generosity is the necessary byproduct of selection on decision systems for regulating dyadic reciprocity under conditions of uncertainty. In deciding whether to engage in dyadic reciprocity, these systems must balance (i) the costs of mistaking a one-shot interaction for a repeated interaction (hence, risking a single chance of being exploited) with (ii) the far greater costs of mistaking a repeated interaction for a one-shot interaction (thereby precluding benefits from multiple future cooperative interactions). This asymmetry builds organisms naturally selected to cooperate even when exposed to cues that they are in one-shot interactions".

Je n’ai fait que survoler l’article mais si j’ai bien compris, l’idée est que dans un contexte d’incertitude où les agents ne peuvent être certains si une interaction sera répétée ou ephémère, il est préférable de coopérer pour ne pas compremettre d’éventuels gains futurs. Ainsi, même si un agent à de fortes présomptions quant à la nature éphémère de l’interaction, il peut être "programmé" pour coopérer. Les auteurs développent un agent-based model assez subtile pour montrer comment une telle règle de comportement peut évoluer.

Un point me semble néanmoins fragile : les auteurs indiquent que leur modèle peut servir à expliquer la propension des humains à coopérer dans les jeux expérimentaux où les interactions sont anonymes et non répétées. Je suis sceptique ici dans la mesure où dans le cadre d’une expérience contrôlée, les participants connaissent normalement les règles du jeu sans la moindre ambiguïté. Par conséquent, il n’y a aucune incertitude quant à la nature de l’interaction.

Un commentaire

Classé dans Trouvé ailleurs

Auto-promo : à paraître dans Oeconomia

C.H.

Dans la rubrique "un peu d’auto-promotion ne fait jamais de mal", ma recension de l’ouvrage de J.M. Alexander, The Structural Evolution of Morality, paraîtra prochainement dans  la nouvelle revue d’histoire de la pensée et de philosophie économique Oeconomia. En attendant, elle est accessible en ligne.

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Coopération, confiance et réciprocité (2/2)

C.H.

Il est à peine exagéré je pense de réduire l’histoire du développement économique des sociétés humaines à la mise en place d’institutions (c’est-à-dire de règles, de normes, de convention et d’organisations) rendant possibles des mécanismes de réciprocité indirecte faisant circuler de l’information et permettant l’établissement de la réputation. Le développement des coalitions de marchands juifs en Afrique du nord au 11ème siècle, les guildes de commerçants en Europe au 12ème et 13ème siècle, les foires de Champagne au 17ème siècle ou encore les dites de ventes en ligne comme Ebay aujourd’hui ont tous en commun d’être fondé sur des dispositifs permettant une circulation relative de l’information, laquelle permet de porter à chacun un jugement sur la propension de l’autre à coopérer. Alexandre dans son billet évoque son exemple personnel de l’achat de lentilles sur internet. Ici encore, la réciprocité indirecte joue à plein car même s’il n’y a pas de dispositifs directs contrôlant l’honnêteté du vendeur de lentilles, une malhonnêteté récurrente de sa part finirait par entacher sa réputation. Le vendeur de lentilles ne fait finalement que suivre une stratégie de coopération conditionnelle dans le jeu géant qu’est l’économie mondiale. Si malgré tout de nombreux cas de fraudes existent, c’est précisément parce que l’information est largement imparfaite et que les agents peuvent tricher sur les signaux qu’ils envoient. Lire la suite

2 Commentaires

Classé dans Non classé

Coopération, confiance et réciprocité (1/2)

C.H.

Alexandre Delaigue a récemment posé sur le blog Econoclaste une des questions fondamentales pour l’ensemble des sciences sociales : d’où vient la confiance ? Comment expliquer que des personnes parfois situées à l’autre bout du monde respectent les termes d’un contrat que j’ai passé avec eux alors qu’ils auraient semble-t-il un intérêt direct à ne pas le suivre ? Surtout, comment expliquer que j’ai suffisamment confiance en ces personnes que je ne connais pourtant pour penser qu’elles respecteront le contrat ? Répondre à ces questions, c’est faire un grand pas dans la compréhension des sociétés développées dont le fonctionnement est largement fondé sur l’extension des échanges impersonnels au travers du marché. Lire la suite

5 Commentaires

Classé dans Non classé

Complexité et coopération : la "bulle tit-for-tat" (2/2)

C.H.

L’affirmation d’Axelrod selon laquelle la stratégie TFT est évolutionnairement stable est particulièrement importante du point de vue de la problématique de l’évolution de la coopération. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir rapidement sur le concept de stratégie évolutionnairement stable (SES) tel que définit par Maynard Smith et Price. Selon ces auteurs, une SES est une stratégie x qui, pour n’importe quelle autre stratégie y, satisfait aux deux conditions suivantes : Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Complexité et coopération : la "bulle tit-for-tat" (1/2)

C.H.

La publication en 1981 d’un article co-écrit par le biologiste William Hamilton et le politiste Robert Axelrod intitulé « The Evolution of Cooperation », suivi, trois ans plus tard, de la parution sous le même titre du livre de Robert Axelrod sont deux moments clés dans la chronologie des travaux portant sur l’évolution de la coopération. C’est dans ces deux publications que Robert Axelrod va populariser la règle du « tit-for-tat » (donnant-donnant) en suggérant, simulations informatiques à l’appui, que cette simple règle de réciprocité est évolutionnairement viable et qu’elle permet ainsi l’évolution de la coopération dans le cadre d’un dilemme du prisonnier. Le succès des travaux d’Axelrod a été tel que la plupart des affirmations de ce dernier sur les propriétés du tit-for-tat (TFT) ont été reprises sans discussion critique, à tel point qu’un auteur comme Ken Binmore a pu parler à ce sujet de « tit-for-tat bubble ». Dans ce billet en deux parties, je vais revenir sur cette supposée « bulle » d’une part pour son intérêt intrinsèque, et d’autre part pour les enseignements qu’elle permet de tirer sur les différentes formes de modélisation. Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Non classé