Archives Mensuelles: décembre 2010

Les liens du matin (76)

C.H.

* "Don’t expect markets to bend it like Beckham" – John Kay

* "Do We Drink Because We’re Monogamous, or Are We Monogamous Because We Drink?" – Freakonomics

* Ronad Coase a 100 ans aujourd’hui : The Economist lui consacre un article. Lire ce billet de Peter Klein qui corrige certaines imprécisions.

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Causalité, mécanismes et micro/macro explications

C.H.

J’ai passé une bonne partie de mon après-midi (alors que j’ai d’autres priorités à gérer en termes de recherche…) sur ce passionnant article de Jack Vromen qui traite de la difficile question du niveau d’explication en sciences sociales. Le papier de Vromen est une discussion critique d’un article de Abell, Felin et Foss (AFF) paru en 2008 dans une revue de gestion et qui lui-même critique la littérature autour du concept de routine organisationnelle. AFF considèrent que les travaux basés sur le concept de routine s’arrêtent à une explication purement macro en reliant directement les routines aux performances organisationnelles. Le problème, d’après les auteurs, c’est que d’une part l’origine des routines n’est pas expliquée et, d’autre part, l’articulation routines/performance n’est pas explicitée par des micro-fondements. Lire la suite

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Appel à communication : "Performance et institutions : de l’efficience au pluralisme ?"

C.H.

Le laboratoire "Organisations marchandes et institutions" de l’Université de Reims Champagne-Ardenne organisera les 17 et 18 novembre prochains un colloque international sur le thème "Performance et institutions : de l’efficience au pluralisme ?". Voici l’appel à communication :

Performances et institutions : de l’efficience au pluralisme ?

Les propositions de communication sont à envoyer pour le 15 mars 2011 au plus tard. Je m’engage à payer une coupe de Champagne à tous les lecteurs du blog qui viendront participer ;-)

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Joyeux Noël !

C.H.

Pas beacoup d’activité sur le blog ces derniers temps. C’est les vacances après tout. Je passe quand même brièvement pour souhaiter un joyeux Noël à tous et vous donner rendez-vous dès la semaine prochaine pour une progressive remise en route. Ah, sinon je me suis enfin décidé à créer ma page perso (le site de mon labo n’étant pas très souple) que je devrais enrichir progressivement…

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Le mythe de l’éco-efficience à travers l’histoire de la pensée économique 1/3

R.D.

A l’heure où nous entendons parler des incommensurables possibilités de réduire l’exploitation intensive des ressources naturelles comme les voitures hybrides ou les ampoules économiques, au nom du développement durable, on va dans ce billet tenter de discuter de cette idée. Après tout, augmenter l’éco-efficience ne peut t-il pas être une tentation pour épuiser d’autant plus nos ressources? C’est là un paradoxe mis en avant par Jevons dans "the Coal Questions" écrit en 1865. Cette question a également été traité dans l’ouvrage The Jevons paradox and the myth of resource efficiency improvements de John M.Polimeni, Kozo Mayumi, et Mario Giampietro en 2008. Il s’agit d’une véritable mine d’or. Leur travail est décomposé en trois chapitres que mériteront chacun trois billets. Celui-ci fera l’office d’un condensé du premier chapitre. Lire la suite

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Food for thought : encastrement et saillance

C.H.

Une idée me passe à l’instant par la tête alors que je bosse sur un papier qui traite de quelque chose qui n’a pas grande chose à voir (encore que) mais je la note ici pour ne pas l’oublier et aussi pour la soumettre aux lecteurs. J’ai eu l’occasion durant ma thèse de pas mal travailler sur un concept cher aux sociologues bien que développé initialement par un économiste (il est vrai un peu à part), le concept d’encastrement. J’en avais d’éjà un peu parlé ici. Actuellement, je m’intéresse au concept de saillance, développé initialement par Schelling et un peu plus connu des économistes (encore que la plupart des théoriciens des jeux ait renoncé à essayer de l’intégrer dans un cadre formel pour finalement plus ou moins abandonner le concept). A ma connaissance, cela n’a jamais été fait, mais il me semble que l’on peut relier assez facilement les deux concepts.

Proposé initialement par Karl Polanyi, développé par Mark Granovetter, le concept d’encastrement exprime l’idée (évidente, même pour un économiste !) que les interactions économiques prennent place dans un cadre culturel, religieux, juridique, social, idéologique, etc. qui peut les orienter. Les études de Max Weber sur l’éthique économique des religions restent pour moi la référence parmi les travaux de sociologie économique qui traitent (explicitement ou non) de cette question. Bien qu’évidente, il faut bien reconnaitre que cette idée n’a pas vraiment été exploitée par les économistes  jusqu’à récemment. En fait, c’est un peu plus compliqué que ça : les économistes ont intégré depuis un certain temps dans leur analyse l’idée d’encastrement-étayage, c’est à dire tout simplement le fait qu’il y a des institutions qui encadrent les transactions économiques. C’est finalement le sujet d’étude de l’économie institutionnelle au sens large. En revanche, l’idée originelle chez Polanyi (et qui correspond largement à la perspective de Weber) était celle d’encastrement-insertion qui désigne un phénomène plus général selon lequel les modes de pensée des individus, leurs représentations (et non seulement leurs croyances au sens de l’économiste) sont influencées par l’ensemble économique-politique-culturel dans lequel leurs activités économiques s’insèrent.

La thèse de Polanyi était qu’historiquement l’économie avait toujours été encastrée (dans le second sens) dans la société, autrement dit que les pratiques économiques avaient toujours étaient déterminées par des représentations et des motivations ayant pour origine la religion, la politique ou la culture. Or, selon Polanyi, à compter du 19ème siècle, on aurait assisté à une inversion sans précédent dans l’histoire des sociétés humaines avec un désencastrement de l’économie suivi d’un réencastrement de la société dans l’économie. Autrement dit, les pratiques économiques mais aussi culturelles, religieuses et politiques seraient déterminées par des représentations économiques : prix, concurrence, efficience, etc.  

Je ne sais pas si la thèse de Polanyi est valable, et là n’est pas la question. En revanche, il me semble que l’encastrement-insertion peut permettre de mieux comprendre l’importance économique du phénomène de saillance, au-delà des exemples anecdotiques que l’on a coutume de prendre pour l’illustrer. La notion de saillance est fondée sur une hypothèse qui contredit la pratique habituelle des théoriciens des jeux et qui consiste à considérer que le jeu tel qu’il est (d)écrit par le théoricien correspond trait pour trait à la représentation qu’ont les joueurs de l’interaction stratégique. La saillance provient du fait qu’en fait les individus "labellisent" de telle manière les stratégies que le jeu auquel il joue n’est pas celui décrit par le théoricien (un moyen de formaliser cela est la variable frame theory de Bacharach).  Il y a de très nombreux exemples de ce phénomène. Par exemple, si vous faites jouer le même jeu aux même individus mais que vous changez le nom de ce jeu et des stratégies (par exemple, en appelant un dilemme du prisonnier respectivement "jeu du marché financier" et "jeu communautaire"), les résultats ne sont plus les mêmes.

Le problème est de savoir d’où viennent ces représentations, de savoir pourquoi les individus perçoivent une situation donnée de telle manière et pas d’une autre. Mon hypothèse est que l’on peut faire le lien avec la manifestation de l’encastrement au sens de l’encastrement-insertion. Nous vivons dans un monde où les catégories économiques sont omniprésentes et sont associées à certaines représentations (qui peuvent d’ailleurs varier au sein de la population). Il y a un effet de performativité au sens large du terme induit par le fait que nous sommes dans un environnement où "économie" va être régulièrement associée à "concurrence", "compétition" voire "prédation". Mais peut-être aussi cela joue-t-il dans un autre sens : les catégories économiques en viennent à pénétrer des domaines a priori à part (la famille par exemple), renvoyant à la thèse polanyienne de l’encastrement de la société dans l’économie.

Tout ça est très allusif mais met le doigt sur un point que je considère comme fondamental : la saillance n’est pas (ou pas seulement) n’est pas quelque chose de naturel mais relève de l’ordre du culturel et du cognitif. Je ne sais pas vraiment comment le rapport entre encastrement et saillance pourrait être approfondie mais il me semble qu’il y a là un programme de recherche fructueux qui pourrait associer sociologues et économistes. D’une certaine manière, en France, les travaux autour de l’économie des conventions portent en partie sur ce thème, bien qu’ils n’utilisent pas explicitement le concept d’encastrement. 

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Les liens du matin (75)

C.H.

*"Middle England should spare a thought for Modigliani-Miller" – John Kay

* "Diagrams and economic thought" – UnderstandingSociety

* Un portrait d’Avinash DixitFinance & Development

* "Does Economic Inequality Cause Economic Crisis ?" – Ed Glaeser

* "The Psychology of People Against Profit" – Bryan Caplan

* "UT researchers finds power and corruption may be good for society" – EurekAlert

 

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Qu’est-ce qu’une science ? Le cas de l’anthropologie

C.H.

Via Orgtheory.net, j’apprend l’existence d’un débat important parmi les anthropologues américains suite à la publication par l’American Anthropological Association d’un projet de document redéfinissant les missions de l’association et de la discipline et dans lequel la notion de science n’apparait pas. On peut lire d’intéressantes choses à ce sujet dans Inside Higher Ed, dans un blog du Chronicle, dans Psychology Today et dans le New York Times. Le débat est intéressant en lui-même et soulève pas mal de questions qui concernent également l’économie.

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Quelle est l’utilité des "petits" modèles ? (2/2)

C.H.

Dans cette seconde partie, je vais essayer par un exemple simple de montrer ce qu’un jeu aussi basique que la chasse au cerf peut nous apprendre. Reprenons la matrice de base : Lire la suite

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Deux lectures pour le week-end

C.H.

Voici deux papiers qui n’ont rien à voir (quoique…) mais dont je recommande la lecture :

* "The Structure of Confidence and the Collapse of Lehman Brothers", un très intéressant papier de sociologie économique de Richard Swedberg (via Polit’bistro). Voici l’abstract :

"On September 15. 2008. Lehman Brothersfiledfor bankruptcy and nearly caused a meltdown of the financial system. This article looks at the situation before Lehman went bankrupt and how this event came to trigger a financial panic during the fall of 2008 and early 2009. Two key ideas inform the analysis. The first is that what triggers financial panics are typically hidden losses. The second is that confidence plays a key role in financial panics and that confidence can be conceptualized as a belief that action can be based on proxy signs. rather than on direct information about the situation itself".

Swedberg décrit comment la confiance, indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers, s’est effondrée pour donner lieu à une panique suite à la chute de Lehman Brothers. Il y a derrière une intéressante réflexion sur le rôle joué par les indicateurs et les signaux à partir desquels les agents forment leurs croyances sur l’état du système.

* Un article de David Levine : "Production Chains". L’article s’intéresse à l’arbitrage qui dot être fait entre spécialisation et fragilité liée à la densité des interconnexions dans les économies modernes :

"More advanced technologies demand higher degrees of specialization – and longer chains of production connecting raw inputs to final outputs. Longer production chains are subject to a “weakest link” effect: they are more fragile and more prone to failure. Optimal chain length is determined by the trade-off between the gains to specialization and the higher failure rate associated with longer chain length. There is a kind of reverse “Keynesian multiplier” that magnifies the effect of real shocks. Consequently, more advanced economies should have higher unemployment rates and be more prone to crisis. The implications of the theory both for measurement and government policy are examined".

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Quelle est l’utilité des "petits" modèles ? (1/2)

C.H.

Jean-Edouard de Mafeco propose une intéressante réflexion sur la chasse au cerf et les différentes manières dont un peintre et un économiste vont l’appréhender. Pour l’économiste, et surtout le théoricien des jeux, la chasse au cerf est un jeu basique qui est inspiré de la parabole de Rousseau :

« Voilà comment les hommes purent insensiblement acquérir quelques idées grossières des engagements mutuels, et de l’avantage de les remplir mais seulement autant que pouvait l’exiger l’intérêt présent et sensible ; car la prévoyance n’était rien pour eux, et, loin de s’occuper d’un avenir éloigné, ils ne songeaient même pas au lendemain. S’agissait-il de prendre un cerf, chacun sentait bien qu’il devait pour cela garder fidèlement son poste ; mais si un lièvre venait à passer à la portée de l’un d’eux, il ne faut pas douter qu’il le poursuivit sans scrupule, et qu’ayant atteint sa proie il ne se soucia fort peu de faire manquer la leur à ses compagnons » Lire la suite

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Auto-promo : dans le dernier numéro du "Journal of Economic Issues"

C.H.

Le dernier numéro du Journal of Economic Issues vient de paraître. Vous pouvez y trouver (entre autre) une contribution de ma part, "Did Veblen Generalize Darwinism (and Why Does it Matter)?". J’en profite pour remercier à nouveau plusieurs lecteurs du blog qui m’ont donné un coup de main pour réviser l’anglais du papier. Cela s’est avéré très efficace ! Si cela vous intéresse et que vous n’avez pas accès à l’article, vous avez juste à me demander par mail.

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Les liens du matin (74)

C.H.

* "Behavioral Economics: The Good, the Bad and the Middle Ground" – David Levine

* "Providing incentives to cooperate can turn swords into ploughshares" – EurekAlert

* "Instrumental rationality versus moral reasoning" – Orgtheory.net

* "Doing Poorly by Doing good" – Fault Lines

* "College Football and Self-COnfirming, Nash and Subgame Perfect Equilibrium" – Cheap Talk

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Une nouvelle note de lecture : "Les théories économiques évolutionnistes", de Nathalie Lazaric

C.H.

Je signale la parution sur La vie des idées d’un compte rendu réalisé par mes soins de l’ouvrage de Nathalie Lazaric, Les théories économiques évolutionnistes. Il s’agit d’une très bonne introduction pour quiconque voulant comprendre ce qui se cache derrière le terme barbare "d’économie évolutionniste" (personnellement, je préfère "économie évolutionnaire", mais bon c’est un détail…).

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Faut-il croire à la théorie sur laquelle on travaille ?

C.H.

Très intéressante réflexion de Nick Rowe autour du problème de savoir si l’on doit obligatoirement ou non croire dans la théorie que l’on utilise ou sur laquelle on travaille :

 "Suppose you believe in theory X. You want to do research in theory X. But all the interesting ideas in theory X have already been well-researched. You can’t think of anything interesting and new to say about theory X. There might be some unresolved problems in theory X that need to be tackled. But you can’t think of any way to tackle them.

Then theory Y suddenly appears. Theory Y is new, and has lots of unexplored areas that you have the skills to work on. You don’t believe in theory Y, but you could make a useful contribution to theory Y in your research.

What would you do?"

Comme l’indique Rowe, ce n’est pas forcément une mauvaise chose pour un économiste de travailler sur une théorie tout en étant sceptique sur sa valeur. Après tout, c’est peut être le meilleur moyen d’éviter une certaine forme de "recherche engagée" que l’on retrouve parfois en sciences sociales (et dans une moindre mesure dans les sciences de la nature) quand convictions personnelles (voire politiques…) et questionnement scientifique se mélangent au point de ne plus pouvoir discerner l’un de l’autre. Par ailleurs, c’est souvent, stratégiquement parlant, le meilleur choix à faire si l’on veut être entendu… quitte à souligner les limites de la-dite théorie et mettre en avant les vertus de celle en laquelle on croit. Enfin, dans la mesure où l’on ne peut connaître ex ante la valeur d’une théorie qui n’existe pas encore (ou qui n’a pas été pleinement développé), rejeter une approche sur la seule base de ses croyances ou de ses préférences n’est pas indiqué dans une optique scientifique (même si c’est ce qui est fait dans la pratique quotidienne de la science).

Il y a toutefois quelques dangers inhénrents à cette démarche. D’abord se mettre à croire vraiment dans la théorie avec pour seule raison le fait que l’on travaille dessus et, surtout, induire en erreur les étudiants et jeunes chercheurs :

"The third danger is that we mislead our students. Graduate students need to be taught about "cutting edge" research. Because that’s probably where they too will most profitably be swinging machetes in the near future. We will teach them a lot about theory Y. They will probably be taught by professors who themselves are working on theory Y. Those professors may have succumbed to the second danger. The third danger is that the students may think that theory Y is believed to be best, just because they are being taught it".

Il est amusant de constater que l’on retrouve une forme de cascade informationnelle similaire à celle développée dans le billet précédent. Un étudiant est nécessairement incertain sur la valeur des différentes approches qui s’offrent à lui dans son domaine de recherche. Par conséquent, ce que ses professeurs lui enseignent constitue une information sur la valeur relative des différentes théories. Le problème, c’est que l’étudiant va ignorer la raison pour laquelle ses professeurs travaillent sur une approche spécifique et pas sur une autre… et à leur travailler sur cette approche mais cette fois-ci parce qu’ils croient en sa validité intrinsèque.  A leur tour, ils transmettront cette "information" à leurs étudiants, etc. Rowe voit dans la théorie des cycles réels l’exemple canonique en économie de ce type de cascade. D’autres exemples ?

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