Archives Mensuelles: juillet 2010

Comment évoluent nos croyances scientifiques ?

C.H.

La très longue discussion qui vient d’avoir lieu sous un billet me fait me poser des questions. Pas sur le sujet de la discussion en tant que tel, où je maintiens ma position, mais sur la manière dont les croyances scientifiques sont plus ou moins inamovibles et sur le rôle que le débat joue pour les faire évoluer. Ce que je vais dire là pourrait s’appliquer à tout type de croyances (religieuses, idéologiques, mystiques, etc.) mais la question est plus saillante concernant les croyances scientifiques. La question est la suivante : dans quelle mesure les chercheurs sont-ils sensibles aux nouvelles évidences (dans le sens anglais : preuves au sens large) susceptibles de remettre en cause leurs croyances ? Lire la suite

7 Commentaires

Classé dans Non classé

Mentir, c’est mal… mais c’est l’évolution qui veut ça !

C.H.

Le blog est supposé être en vacances mais moi ce n’est pas totalement mon cas et des lecteurs m’ont "réactivé" par leurs commentaires intéressants sur un billet précédent. En guise de "lecture de plage", je vous propose ce petit billet sur un défaut que la plupart d’entre nous partage. A part ça, je promets de ne plus écrire d’autre billet avant le 15 août…

Le mensonge est probablement l’un des traits de comportement les plus universels parmi les êtres humains. Le mensonge est souvent condamné moralement et la plupart des sociétés humaines se sont dotées d’institutions informelles ou formelles le sanctionnant. Malgré tout, nous sommes tous amenés au cours de notre vie à mentir. Est-ce la société qui corrompt l’Homme comme l’aurait dit Rousseau, ou bien est-ce que le mensonge n’est pas quelque chose de plus profondément ancré dans notre comportement ? En fait, on peut avoir un début de réponse si l’on s’aperçoit que l’on retrouve l’équivalent du « mensonge » chez les animaux et les insectes. J’ai mis le mot entre guillemet car il semble peu approprié de dire qu’un animal « ment » dans la mesure où cela suppose une certaine réflexivité et une forme d’intentionnalité. On parlera plutôt de « tromperie » (de l’anglais deception), terme par lequel on va désigner le fait pour un individu (n’importe quel forme d’organisme) d’envoyer un signal erroné à ses congénères afin d’en tirer un avantage. Lire la suite

Poster un commentaire

Classé dans Non classé

Bref retour : demande d’un petit service

C.H.

Je ne sais pas si encore beaucoup de monde de monde traîne encore par ici en cette période estivale mais tant pis, je tente ma chance… Je profite de ma "pause pédagogique" pour bosser sur un projet de papier assez ambitieux inspiré de mes lectures récentes de Philip Mirowski et de Don Ross sur la constitution de l’économie comme science "cybernétique" et la conception de l’individu dans ce cadre. J’ai notamment envie de voir dans quelle mesure la perspective darwinienne de l’économie (darwinisme généralisé) correspond à ce que Mirowski appelle la "dangereuse idée de Dennett" et qu’elle place y occupe l’individu. Enfin bref, je suis désespéremment à la recherche des deux articles de Ken Binmore "Modeling Rational Players" I et II parus en 1987 et en 1988 dans la revue Economics and Philosophy. La bibliothèque de mon Université est fermée et n’est pas abonnée à la revue en ligne donc pas moyen de pouvoir mettre la main sur ces articles sans payer (cher). Si quelqu’un avait accès à ces articles et pouvait me les faire parvenir, ce serait génial ! Merci d’avance.  

3 Commentaires

Classé dans Divers

C’est les vacances !

C.H.

Nous sommes le 15 juillet et il est temps de partir en vacances ! Le blog se met donc en pause pour un gros mois, reprise des activités prévue vers le 15-20 août. Bonnes vacances pour ceux qui en ont, bon courage pour les autres ! 

3 Commentaires

Classé dans Divers

Trop de recherche tue la recherche

C.H.

Trop de recherche tue-t-elle la recherche ? Oui, si l’on en croit 5 chercheurs issus de diverses disciplines (à noter que Bill McKelvey est un spécialiste de théorie des organisations précurseur dans l’importation des concepts darwiniens pour étudier les organisations) qui ont récemment publié un texte dans lequel ils s’alarment de l’explosion du nombre de publications scientifiques n’apportant pas ou peu de valeur ajoutée :

"As a result, instead of contributing to knowledge in various disciplines, the increasing number of low-cited publications only adds to the bulk of words and numbers to be reviewed. Even if read, many articles that are not cited by anyone would seem to contain little useful information. The avalanche of ignored research has a profoundly damaging effect on the enterprise as a whole. Not only does the uncited work itself require years of field and library or laboratory research. It also requires colleagues to read it and provide feedback, as well as reviewers to evaluate it formally for publication. Then, once it is published, it joins the multitudes of other, related publications that researchers must read and evaluate for relevance to their own work. Reviewer time and energy requirements multiply by the year. The impact strikes at the heart of academe".

Les auteurs pointent tout simplement du doigt l’un des effets pervers du système d’évaluation de la recherche dans les pays anglo-saxons et qui est en train d’être importé en France : la mise en place d’une véritable course à l’armement où chaque chercheur est incité, quoiqu’il arrive, à publier tout ce qui est susceptible de l’être. Cela est notamment vrai pour les jeunes chercheurs. Les conséquences négatives sont multiples ainsi que les auteurs l’indiquent, notamment un accroissement du temps devant être consacré à l’élaboration des rapports sur les articles dans le cadre du processus de publication dans des revues à comité de lecture. Au-delà, le système encourage surtout à publier des recherches non achevées et/ou portant sur des sujets demandant moins de temps à être traité.

Là où je suis davantage en désaccord avec les auteurs, c’est lorsqu’ils s’alarment du nombre d’articles peu ou pas cités. Si je suis bien d’accord que le nombre de citations est au moins autant, sinon plus important que le nombre de publications, cet indicateur reste imparfait. Par des effets de cascades informationnelles, on peut supposer que certains articles vont être énormément cités sans même être lus, tout simplement parce que le hasard a fait qu’ils ont été cité initialement dans des papiers qui allaient s’avérer influents. A contrario, il arrive que des articles pourtant intrinsèquement tout à fait valable soient ignorés, pour finalement être redécouvert plusieurs décennies plus tard (c’est assez fréquent en sciences sociales en tout cas). Surtout, je ne pense que l’on puisse dire d’un papier qu’il est "inutile" ou sans valeur ajouté parce qu’il n’est pas cité. Je vois deux intérêts à cette littérature enterrée (qui doit quand même représenter 90 ou 95% de ce qui est publié) : d’une part, elle permet aux chercheurs qui publient cette littérature de rester intellectuellement actif sur le plan de la recherche et, par conséquent, de rester au contact avec l’évolution de leur champ disciplinaire, ce qui doit normalement contribuer à améliorer la qualité de leurs enseignements. D’autre part, cette littérature peut constituer une porte d’entrée pour le jeune doctorant qui cherche à investir un champ de recherche. Cette littérature est en effet souvent constituée de synthèses, certes peu innovantes, mais qui ont moins le mérite de permettre de baliser le champ pour ceux qui arrivent.

6 Commentaires

Classé dans Trouvé ailleurs

Peut-on coopérer dans un dilemme du prisonnier ?

C.H.

Voici ce qui sera probablement le dernier long billet de la saison avant la fermeture du blog pour les vacances à compter de la semaine prochaine. Toujours pour des histoires de forme, je met le billet directement en PDF.

Peut-on coopérer dans un dilemme du prisonnier ?

5 Commentaires

Classé dans Non classé

Convention, common knowledge et "flash-mob"

C.H.

En 1969, le philosophe et logicien David Lewis publiait un petit ouvrage dans lequel il étudiait l’émergence des conventions comme solution aux jeux de coordination. En s’appuyant sur les travaux de Thomas Schelling, Lewis voulait comprendre pourquoi telle ou telle solution est adoptée alors que, dans le cadre d’un jeu de coordination, au moins deux solutions sont possibles (ex : conduire à droite ou conduire à gauche). Tandis que Schelling a proposé le concept de saillance (point focal) pour expliquer le choix de telle ou telle convention, Lewis considérait quant à lui que l’adoption d’une convention particulière découlait la plupart du temps de la force du précédent (qui est en fait une forme particulière de saillance) : si les joueurs savent que R a été une régularité (une convention) suivie par le passé pour résoudre un problème spécifique de coordination, qu’ils savent que les autres savent que R est la convention, qu’il savent que les autres savent qu’ils savent que R est la convention, ad finitum, alors les joueurs se coordonneront sur R plutôt que sur toute autre solution alternative R’ (on est dans un jeu de coordination, donc on considère que les joueurs préfèrent adopter la même stratégie que les autres). Autrement dit, le fait que R soit la convention est common knowledge (connaissance commune) parmi les participants. Lire la suite

2 Commentaires

Classé dans Non classé

Faut-il lire les blogs d’économie ? Suite et fin

C.H.

Lorsque j’ai rédigé mon billet sur le texte de Kartik Athreya sur les blogs d’économie (le lien initial est mort mais le texte  peut encore être trouvé ici), la blogosphère américaine n’avait pas encore trop réagit. C’est chose faite maintenant avec certaines réponses particulièrement intéressantes à lire. Comme a son habitude, Scott Sumner nous propose un long et pertinent billet où il suggère qu’Athreya n’est pas tant dérangé par la qualité des blogs que par les idées défendues, qui ne correspondent pas à ses propres préférences. Le fait qu’Athreya cite le blog de Greg Mankiw comme exemple de "bon" blog tend à conforter cette thèse. Entre nous, le blog de Mankiw propose peu de contenu intéressant et est incontestablement très marqué idéologiquement.

Les billets de Rajiv Sethi et d’Andrew Gelman se focalisent sur une question indirectement soulevée par le texte d’Athreya : la place des blogs dans la recherche académique, notamment par rapport au canal classique que constituent les revues à comité de lecture. Leurs réflexions sont très intéressantes et suggèrent que les blogs peuvent devenir une plate-forme faisant partie intégrante du dispositif de production des idées scientifiques.

Parmi les autres blogueurs américains ayant répondu, on peut citer : Brad DeLong, Tyler Cowen, Mark Thoma ou encore Matthew Yglesias. Bon, tout le monde est tombé sur ce pauvre économiste qui en même temps l’avait bien cherché avec ce texte provocateur mais mal argumenté, cela dit comme je lai dit dans le précédent billet il soulève quelques bonnes questions. La preuve étant la qualité de certaines des réponses qu’il a généré.

2 Commentaires

Classé dans Divers