Archives Mensuelles: mai 2010

Oui à la Micro…

La Miss des Villes

Une fois n’est pas coutume, la Miss des villes a eu envie de se plonger dans un bouquin de micro : « Principes de microéconomie » de E. Wasmer. Si ce sont surtout les développements récents qui intéressent la Miss des villes, l’introduction (la miss des villes n’a lu que le chapitre 1 pour le moment) laisse une forte envie de dire « mais pourquoi mes cours de micro ne ressemblaient pas à cela ? ». Voilà pourquoi la miss des villes se pose de telles questions :

Le chapitre introductif aborde d’emblée l’intérêt pour le quotidien et les grands enjeux de société de la science économique. E. Wasmer « attaque » avec la grâce présidentielle du 14 juillet, il passe rapidement du débat de journaleux à une analyse économétrique de l’amnistie et averti directement son lectorat (le manuel est destiné à des 1ere années) que « corrélation n’est pas causalité », ce qui n’est pas toujours évident même pour des économistes plus confirmés (la Miss des Villes ne citera pas de nom). La micro est ici concrète et  E. Wasmer s’appuie largement sur l’actualité, tant générale (la grâce présidentielle) que l’actualité de la science économique en se référant notamment à Freakonomics et proposant une référence à G. Becker dans les exercices de la fin du chapitre.

Mais il faut bien critiquer un peu l’ouvrage le chapitre. La Miss des Villes n’est pas convaincue par la définition donnée  de l’économie. L’auteur définit l’économie comme une « science du comportement humain », comme une « science des méthodes empiriques » et de la « causalité » ainsi que comme « science de l’équilibre et de l’échange ». C’est ce dernier point qui fait tiquer la miss, en effet pour elle, il s’agit plutôt de la science des déséquilibres, si on était  à l’équilibre, les économistes n’auraient pas lieu d’être (de la même manière qu’ils n’ont pas lieu d’être dans les « perspectives économiques pour nos petits enfants » de JM Keynes). Mais après un  rapide tour de table à la pause café, la Miss des villes est arrivée à la conclusion que chaque économiste avait sa définition de l’économie (et ce y compris au sein d’un même labo). Alors, ne discutons pas des définitions…

Car il faut l’avouer, les arbitrages poire/pomme c’est bien sympa, mais c’est vite lassant… et dans le triste paysage des manuels de micro, un manuel comme celui de Wasmer est bienvenu  : clair et pédagogique, de quoi susciter des vocations… et de quoi donner envie de lire la suite du manuel.

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Economics made fun

C.H.

Voici un appel à communication pour un colloque qui se tiendra à la fin de l’année et qui s’annonce intéressant :

Best-selling books such as Freakonomics and The Undercover Economist have paved the way to a flourishing economics-made-fun genre. The economics-made-fun genre first and foremost wants to enlighten the general public about the breadth and power of economic analysis in an accessible and entertaining way. It aims at boosting the public image of economics. Economics-made-fun books mostly focus on “outlandish” or “freakish” subjects, rather than the traditional subjects of economics. Given their popularity and success, these books not only reflect but also influence how young economists approach economics. The economics-made-fun genre has no monopoly on shaping the public image of economics, however. While the economics-made-fun books present economics as a strong and explanatory science, the latest economic crisis exposed the shortcomings of economics to the general public. In the face of the crisis, many people, including well-known economists such as Paul Krugman, started expressing their doubts concerning the success of economics as a science. Newspaper columns as well as academic papers discussed the predictive and explanatory failures of economics. The emerging picture is somewhat confusing: Economics is presented as a way of thinking that is successful in explaining everyday and “freaky” phenomena, but on the other hand it seems to fail in addressing and explaining the most pressing economic matters. Could a science that cannot answer its core questions explain the logic of life?

The aim of the present symposium is to get a handle on this confusing picture of economics. We invite papers that appraise, criticize, or evaluate the economics-made-fun genre from the perspective of the nature, scope and success (or failure) of economics as a science. Papers that focus on the methodology, philosophy and ideology behind the economics-made-fun genre, its impact on research and public image of economics, as well as papers that put the genre in a historical perspective are welcome. We are also open to papers that focus on yet other aspects of the economics-made-fun-genre.

Sur le sujet, il faut lire ce papier de Jack Vromen qui propose notamment une réflexion très intéressante sur le fait de savoir si les travaux du genre "economics made fun" relèvent de l’impérialisme économique. Vromen montre bien que poser les débats en ces termes est erroné et que surtout le cadre d’analyse des économistes s’est considérablement flexibilisée afin de permettre l’intégration de concepts en provenance d’autres sciences et non l’inverse (la "cannibalisation" des autres sciences par l’économie). Je mettrai toutefois un bémol à la thèse de Vromen… mais je le garde pour un prochain billet !

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Pour régler le chômage, faisons picoler les salariés

C.H.

Je ne suis habituellement pas trop un adepte de Don Boudreaux et de ses lettres qu’il envoie régulièrement aux journaux pour leur expliquer qu’ils racontent n’importe quoi, mais là sa "lettre ouverte" à Ezra Klein fait mouche. Klein, qui me semble pourtant ne pas être le plus crétin des journalistes économiques, a en effet récemment commis une erreur classique, vieille antienne ludite : croire que productivité et emploi sont antagoniques. A propos du ralentissement de la croissance de la productivité en 2010, Klein écrit ainsi :

"With productivity falling back to earth, employers will actually need to hire new people to keep up with demand, which means, well, hiring new people".

Erreur classique mais qui n’en reste pas moins impardonnable. Pour ceux qui ne comprennent pas d’où vient l’erreur, je suggère qu’ils procèdent à l’expérience de pensée de Boudreaux : obliger les employés dans une économie à boire trois verres de Martini avant d’aller travailler baisserait certainement leur productivité ; un accroissement de l’emploi suivrait-il pour autant ?

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La lecture du début de semaine

C.H.

Pour bien commencer la semaine, je suggère la lecture de ce numéro spécial du Journal of Economic Behavior & Organization sur l’économie expérimentale. Je n’ai fait pour l’instant que survoler les différentes contributions mais certaines d’entre elles s’annoncent particulièrement intéressantes. Je pense notamment à celles de Vernon Smith et Elinor Ostrom et surtout à celle de Binmore qui développe une critique du célèbre modèle d’aversion pour l’inégalité de Fehr et Schmidt.

Edit : Après lecture de l’article de Binmore et Shaked, des réponses de Fehr et Schmidt et de Gintis et Eckel, et la réponse aux réponses de Binmore et Shaked, je dois dire que tout ça est un peu décevant. Le papier de Binmore et Shaked est une critique féroce des travaux de Fehr et Schmidt, au point que les premiers finissent par accuser les seconds de pratiques non scientifiques. Cette attaque n’est pas nouvelle puisque Shaked l’avait déjà développée en 2005. En gros, Binmore&Shaked reprochent à Fehr&Schmidt de se livrer à des pratiques de "paramétrisation" en définissant de manière ad hoc la valeur des paramètres de leur fonction d’utilité pour faire coller les résultats expérimentaux avec leurs prédictions théoriques. Fehr&Schmidt se défendent sur ce point mais j’avoue avoir du mal à trancher.

Le papier de Gintis et Eckel est plus général et porte sur l’hypothèse de préférences prosociales. Là encore, il s’agit d’un débat qui n’est pas nouveau et la position de Binmore sur ce point est connue. Pour ce faire une idée, on peut notamment lire cette critique de Binmore de la fameuse étude de Heinrich et al. (2005) ayant consister à soumettre les membres de 15 communautés différentes au jeu de l’ultimatum, ainsi que cette critique de Gintis du dernier ouvrage de Binmore. La position de Binmore, qui repose essentiellement sur le folk theorem, ne me convainc pas du tout. Elle aboutit finalement à ne rien expliquer (les comportements plus ou moins coopératifs sont le résultat de normes qui sélectionnent un équilibre parmi la multitudes possibles dans le cadre d’un jeu répété, sans que l’on sache vraiment d’où viennent ces normes) tout en occultant le fait que le folk theorem devient tout de suite beaucoup problématique pour expliquer les comportements coopératifs dès que le nombre de joueurs est grand (supérieur à 4) et/ou qu’une partie de l’information est privée. Sur ce point, il ne faut rien espérer de l’ultime réponse de Binmore&Shaked dont on se demande bien pourquoi les éditeurs l’ont publié. Au final, on en reste à des arguments du style "des centaines d’expériences confirment ma thèse" ce qui, indubitablement, ne nous mène pas bien loin…

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Analyse économique du sport

C.H.

Pour tous ceux qui, comme moi, ne peuvent s’empêcher d’appliquer les outils de l’économie aux compétitions sportives et aux comportements des sportifs, je recommande ce passionnant billet sur le blog de Freakonomics. Il s’agit d’une interview de deux économistes, David Berri et Martin Schmidt, qui ont récemment publié un ouvrage dans lequel ils analysent certaines des erreurs récurrentes ou des phénomènes saillants qui caractérisent les grandes ligues américaines de plusieurs sports collectifs. On y retrouve certains points que j’ai parfois abordé dans quelques billets (comme le caractère particulièrement aléatoire et imprévisible des résultats au foot US par exemple). Cela fait donc un livre de plus dans ma pile des "à lire"… 

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