Archives Mensuelles: mars 2010

Teasing : le futur de la science économique

C.H.

J’ai normalement un article sur l’état de la science économique et son évolution au lendemain de la crise financière qui doit paraître très prochainement dans une revue en ligne portée sur le débat d’idées (les connaisseurs reconnaîtront). En attendant, David Brooks a récemment publié un intéressant article sur le sujet dans le New York Times dans lequel il prédit plus ou moins un éclatement du champ. Greg Mankiw lui a répondu et il ne semble pas entrevoir de bouleversement majeur. En guise d’avant-première, ma position est entre les deux : oui la discipline va évoluer, mais les germes de son évolution précèdent de loin la crise financière, cette dernière n’étant probablement qu’un modeste facteur d’accélération. Plus très prochainement…

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La lecture du lundi

C.H.

Il s’agit du dernier numéro de la revue en ligne Erasmus Journal for Philosophy and Economics. A lire notamment un article d’Amartya Sen sur Smith et plusieurs recensions d’ouvrage très intéressantes.

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La sociologie wébérienne : une sociologie de l’ordre spontané ?

C.H.

Brian Pitt, du blog "The Sociological imagination", suggère un intéressant parallèle entre la sociologie de Max Weber et les analyses en termes d’ordre spontané. J’ai moi-même eu l’occasion de consacrer quelques pages à cette question dans ma thèse et, globalement, j’avais plus ou moins vu la même chose. Ainsi, à propos de la conception générale de l’évolution socio-économique chez Weber (mais aussi chez Hayek et chez Veblen), j’écrivais :

Outre le fait que l’évolution y est conçue de manière purement contingente (…), elle est représentée comme le résultat de l’influence d’un ensemble de forces impersonnelles, éventuellement identifiables, mais qui ne sont contrôlables par aucun individu ou entité sur le long terme. Au-delà, le sentier suivi par l’évolution n’est conçu par aucun esprit en particulier ; il s’agit d’un effet émergent produit par un ensemble d’activités entreprises de manière décentralisée et répondant à des contraintes spécifiques. (…) L’analyse wébérienne du processus de rationalisation et de l’émergence du capitalisme (…) relève également pour partie de cette conception spontanée de l’évolution sociale. Si Weber identifie les facteurs ayant permis ou, au contraire, freiné le développement des institutions du capitalisme, il décrit l’émergence de ce dernier comme le résultat de la combinaison fortuite et non intentionnelle d’un ensemble d’éléments historiquement plus ou moins indépendants. Lire la suite

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Le "véritable capitalisme", c’est quoi ?

C.H.

C’est la question que je me suis posé en lisant cette récente tribune de Pascal Salin dans Le Monde. Le détail de l’argumentaire de Salin n’est pas vraiment intéressant tant on a pu l’entendre depuis 1 an et demi. A chacun de se faire son opinion sur ce point, sachant qu’au-delà de la force de la rhétorique de l’article de Salin se cachent des raisonnements théoriques et des éléments empiriques relativement fragiles (voir tout ce qui a pu être écrit ici sur l’ABCT). Ce qui est plus remarquable, c’est la nature de l’argument que présente Salin et qui consiste à opposer un "véritable capitalisme", supposé pur ne connaissant pas la crise, à un capitalisme travesti par l’étatisme. Le summum est notamment atteint au mileu de l’article avec ce passage stupéfiant :

"Les décisions financières à notre époque sont prises par des manageurs non capitalistes – des salariés – et pas par de vrais capitalistes, c’est-à-dire des propriétaires responsables et soucieux d’éviter la faillite de leurs entreprises. Il est donc étonnant d’attribuer au "capitalisme" des erreurs qui ne peuvent pas lui être attribuées".

Salin a raison (oui!) : l’une des causes de la crise réside probablement dans les mécanismes d’incitation mis en place au sein des institutions financières. Effectivement, les problèmes d’asymétries d’information et notamment d’aléa moral expliquent probablement une partie des évènements de 2008/2009. Mais ce qui est marquant ici et dans le reste de l’article de l’article c’est que Salin refuse d’y voir là une manifestation du fonctionnement du "capitalisme véritable". Mais alors je me pose une question : qu’est que ce véritable capitalisme ou, plus précisément encore, comment Salin sait-il ce qu’est le capitalisme véritable ?

Pour moi, le concept de capitalisme est foncièrement de nature historique. Son émergence et son utilisation ont toujours été lié à un usage historique, c’est à dire visant à décrire les institutions et le fonctionnement d’un système économique temporellement et géographiquement identifié. Cela été le cas chez Marx, chez Sombart, chez Weber et cela l’est encore aujourd’hui dans les divers travaux sur les variétés de capitalisme. Dans ce cadre, dire "c’est la faute du capitalisme s’il s’est produit X ou Y" n’a pas de sens ou plus exactement est imprécis. On dirait plutôt "tel phénomène est lié à telle institution dont on peut expliquer l’existence de telle ou telle manière". Remarquez, Salin n’est pas loin de faire la même chose – l’institution en question étant bien sûr (qui d’autre?!) que l’Etat. Mais Salin va plus loin et en appelle à un monde fictif, un monde "de droits de propriété légitimes" qui "repose donc sur l’exercice de la responsabilité individuelle" ; un monde où ceux qui prennent les décisions sont de vrais capitalistes, pas des managers salariés à l’esprit perverti par les protections juridiques étatiques (et donc artificielles) dont ils bénéficient. Sous-entendu : rapprochons la réalité de la fiction et tout ira pour le mieux.

On peut adhérer (ou pas) au monde fictif de Salin. Mais on est obligé d’admettre que ce capitalisme idéal n’a jamais existé dans l’Histoire ou en tout cas qu’il n’a jamais pu se maintenir durablement. Remarquez, les économistes travaillent en permanence à partir de mondes fictifs. C’est même un point de vue épistémologique que j’ai présenté plusieurs fois ici ces derniers temps et que je considère comme totalement légitime. Quand on travaille sur des questions théoriques et que l’on veut comprendre l’origine et le fonctionnement de telle ou telle institution, il me semble même parfois tout à fait fondé de partir d’un état de nature fictif, où n’existe aucune institution, de considérer que les agents sont rationnels, que l’information est parfaite, etc., et de voir quels résultats émergent. Mais quand on touche à des questions historiques et/ou normatives, il en va différemment. Salin se sert d’un étalon imaginaire pour désigner les responsables de la crise et indiquer une nouvelle direction. Il fait comme si cet étalon était réel et surtout était institutionnellement possible – autrement, la démarche n’aurait aucun sens. C’est oublier la masse de travaux en histoire économique, en économie institutionnelle, en sociologie économique et en histoire qui montre combien l’émergence et le développement du capitalisme ont reposé sur des mécanismes complexes, contingents et où manifestement il y a une coévolution entre économie de marché et Etat au sens wébérien. Raisonner à partir d’un capitalisme idéal imaginaire, c’est faire abstraction de toute cette complexité et de cette contingence, c’est faire comme si on pouvait concevoir un système économique institutionnellement optimal et l’atteindre "pragmatiquement" (quelle ironie pour quelqu’un appartenant au même courant que Hayek !)

Il ne s’agit pas de défendre une fois de plus l’idée convenue selon laquelle "le marché a besoin de l’Etat pour fonctionner", même si à titre personnel je suis convaincu que des marchés de grande taille ont besoin d’institutions régulant la violence qui in fine doivent prendre une forme s’apparentant à celle de l’Etat. Il s’agit plutôt de souligner combien la démarche consistant à raisonner à partir de mondes fictifs n’a aucun intérêt lorsque l’on se place sur un plan normatif. L’ironie, c’est que Salin fait partie d’un courant de pensée qui prétend condamner le raisonnement théorique à partir d’entités fictives (alors qu’ils construisent en fait leurs propres fictions) mais qui, manifestement, n’hésite pas à recourir à ce mode de raisonnement lorsque l’on se place sur le plan normatif. On marche sur la tête…

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De l’origine des sentiments moraux – suite

C.H.

Dans la continuité du billet précédent, une équipe d’anthropologue menée par Joseph Heinrich vient de publier cet article dans Science (pour un résumé voir ici) :

"Large-scale societies in which strangers regularly engage in mutually beneficial transactions are puzzling. The evolutionary mechanisms associated with kinship and reciprocity, which underpin much of primate sociality, do not readily extend to large unrelated groups. Theory suggests that the evolution of such societies may have required norms and institutions that sustain fairness in ephemeral exchanges. If that is true, then engagement in larger-scale institutions, such as markets and world religions, should be associated with greater fairness, and larger communities should punish unfairness more. Using three behavioral experiments administered across 15 diverse populations, we show that market integration (measured as the percentage of purchased calories) positively covaries with fairness while community size positively covaries with punishment. Participation in a world religion is associated with fairness, although not across all measures. These results suggest that modern prosociality is not solely the product of an innate psychology, but also reflects norms and institutions that have emerged over the course of human history".

L’idée que relations marchandes et moralité ont coévolué est particulièrement intéressante. Je n’ai pas accès à l’article, mais je suppose que sur le fond il doit pas mal ressembler à une étude similaire réalisée par une partie des auteur du présent article.

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De l’origine des sentiments moraux

C.H.

Billet intéressant du philosophe Daniel Little sur son blog « Understanding Society » sur l’origine de la morale humaine et de certains sentiments comme l’empathie. Little part de La théorie des sentiments moraux de Smith et cite un certain nombre de travaux que je ne connaissais pas mais qui ont l’air intéressants. Il en ressort l’idée qu’il y aurait un fondement psychologique à nos comportements moraux trouvant son origine dans un processus évolutionnaire.

Il y a un certain nombre de travaux à l’interface de l’économie, de la sociologie et de la psychologie qui traite de cette question. L’un des ouvrages de références est l’ouvrage collectif de Gintis, Bowles, Boyd et Fehr, Moral Sentiments and Material Interests( MSMI, 2005) qui s’intéresse au phénomène de la « réciprocité forte » (strong reciprocity). La réciprocité forte désigne le comportement consistant à coopérer et à punir les individus ne coopérant pas au sein d’une communauté même si cela s’avère couteux. Des travaux empiriques en économie comportementale tendent à montrer la réalité de ce type de comportement : on peut penser à la fameuse étude de Heinrich et al. qui a fait jouer le jeu de l’ultimatum à des membres de 15 communautés différentes ou à l’expérimentation de Fehr et Gächter autour du jeu du bien public. Ces travaux empiriques et d’autres montrent que 1) les individus ont certaines exigences en termes d’équité et s’attendent à ce que les autres se conforment à la norme et 2) qu’ils ont une propension à punir même s’il n’y ont pas matériellement intérêt ceux qui s’écartent de la norme. La réciprocité forte serait ainsi au fondement même de la morale humaine. La question qui émerge ensuite est de savoir quelle est l’origine de cette réciprocité forte. Gintis et al. défendent l’idée qu’elle est le résultat d’une coévolution entre gènes et culture. En fait, l’évolution biologique nous a doté de certaines capacités physiologiques et psychiques qui nous donnent notamment la possibilité d’intérioriser des normes.

L’une des conséquences de cette capacité est la réduction de la variance des comportements au sein d’une même communauté ou d’un même groupe. Cela a induit l’émergence d’un contexte favorable à la sélection par le groupe au niveau culturel : les comportements tendent à être uniformes au sein d’une même communauté mais à varier grandement d’une communauté à l’autre. On peut ainsi, à l’instar d’auteurs tels que Boyd et Richerson, interpréter les normes sociales qui régissent nos comportements comme des formes d’équilibres évolutionnairement stables. Il s’agit d’équilibres multiples (i.e. un grand nombre de normes est possible) qui rentrent ensuite en concurrence dans le cadre d’une sélection par le groupe. Les communautés qui ont réussi à instaurer des normes favorisant la coopération via notamment la réciprocité forte sont alors avantagées et se développent plus rapidement.

Il s’agit là d’un programme de recherche très intéressant et très important. Les modèles évolutionnaires où cohabitent des coopérateurs, des opportunistes et des individus pratiquant la réciprocité forte sont particulièrement fascinants à étudier (voir cet article de Boyd et al. ou le chapitre de Sethi et Somanathan dans MSMI). D’autres approches, plus ou moins complémentaires, sont néanmoins possibles. L’explication de l’émergence de l’altruisme par Herbert Simon en termes de « docilité » localise l’émergence de la coopération de l’avantage évolutionnaire que donne la capacité d’apprendre. Le contenu de l’apprentissage peut partiellement conduire les individus à se montrer coopératifs ou moraux. Les travaux de Brian Skyrms ou de Jason MacKenzie Alexander constituent encore une autre manière d’aborder le problème de la morale dans une perspective plus humienne (que l’on retrouve également chez des auteurs comme Binmore et Sugden). Dans la perspective de Hume, les normes morales sont des conventions qui émergent à la suite de l’observation répétée de certaines régularités dans les comportements. En quelque sorte, on considère comme juste ce qui correspond à nos attentes, lesquelles sont formées par induction à partir de l’histoire du « jeu ». Cette conception naturaliste ne nous fait toutefois pas tomber dans un relativisme complet. Par exemple, Skyrms montre que la norme 50/50 dans le jeu du partage est l’équilibre évolutionnairement stable avec, de loin, le plus grand bassin d’attraction. Alexander montre que les normes favorisant la coopération ont encore davantage de chance d’émerger à partir du moment où l’on prend en compte le fait que les interactions humaines sont structurées, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas aléatoires mais sont « encastrées » dans des réseaux sociaux.

Il s’agit là évidemment d’un résumé très rapide. Quoiqu’il en soit, les intuitions de Smith et de Hume sur la moralité semblent plutôt confirmées par ces travaux.

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Faire de l’économie rend-il heureux ?

C.H.

Oui, si l’on en croit cette récente étude dont voici le résumé :

"This is the first paper that studies the causal effect of studying economics on subjective well being. Based on a survey among 918 students of economics and other social sciences, we estimate the effects of studying in the different fields on individual life satisfaction. Controlling for personal characteristics we apply innovative instrumental variable methods developed in labor and conflict economics. We find a positive relationship between the study of economics and individual well-being. Additionally, we also find that income, future job chances, and political attitudes are the most important drivers of happiness for participants of our survey".

Un argument pour faire revenir les étudiants en filière d’économie ?

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Encastrement et responsabilité sociale de l’entreprise

C.H.

Voici un billet sur l’interprétation par Masahiko Aoki de la notion de responsabilité sociale de l’entreprise en termes d’encastrement. Si j’ai mis le billet en pdf, c’est simplement parce que wordpress a du mal avec certains symbôles mathématiques (mathophobes, rassurez-vous, il n’y a rie de méchant)…

Edit : voici les liens qui figurent dans le billet (dans le désordre) :

Article d’Aoki, article de Porter et Cramer, billet sur Orgtheory.net, les deux billets où j’aborde déjà la question. 

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Ca pourrait trés bien être sur Facebook, mais c’est sur Rationalité Limitée

"J’ai rien contre la gestion, mais vouloir faire de la gestion sérieuse, c’est comme vouloir représenter les acteurs économiques comme des homo oeconomicus, un non sens" (La miss des villes, machine à café, 11 mars 2010)

Suite eux exigence de CH, la Miss des Villes doit de préciser que les propos ci-dessus n’engagent que la Miss des Villes et ne sauraient en aucun cas engager Rationalite Limitée et les autres auteurs du blog

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Les canadiens, le hockey et la consommation d’eau

C.H.

Via Chris Blattman, un graphique qui décrit la consommation d’eau par les habitants d’Edmonton durant la finale olympique de hockey sur glace remportée par le Canada (3-2 contre les USA) :

Les canadiens adorent manifestement le hockey. Quid de la consommation d’eau des français pendant les matchs de l’équipe de France durant la coupe du monde en juin prochain ? 

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Changement climatique et technologies "vertes"

C.H.

Pas mal de discussions récemment autour du "toy model" proposé par Paul Krugman pour saisir les enjeux autour du changement climatique et du niveau du "bon" prix de l’émission de carbone. Krugman ne pose pas la question des modalités de fixation d’un prix sur l’émission de carbone (taxe pigouvienne ou marché de droits à polluer) mais plutôt celle du timing de la politique d’augmentation du niveau du prix : progressive ou très rapide. Le modèle de Krugman exprime finalement quelque chose d’assez évident : le rythme auquel on doit augmenter le prix du carbone dépend, d’une part, du taux d’actualisation (ou plus exactement, de notre préférence pour le présent*) et, d’autre part, du coût marginal en termes de bien-être d’une unité supplémentaire de carbone émise dans l’atmosphère.

D’après Krugman, même si l’on fait abstraction de la question de notre préférence pour le présent (débat plus philosophique qu’économique), de récents travaux en climatologie tendant montrer que l’impact des émissions de carbone sur le climat pourrait être beaucoup plus grave que prévu militent pour une élévation soudaine et sensible du prix du carbone dès maintenant. Comme le fait remarquer un des blogueurs de Free Exchange, le problème d’une telle mesure est qu’elle est politiquement infaisable étant donné son faible potentiel d’acceptation par la population. D’où l’idée de subventionner massivement les technologies "vertes" en parallèle d’une augmentation progressive du prix du carbone. Sur un plan économique, cela ne manquerait pas d’introduire des distortions mais si les récentes prédictions de certains modèles s’avèraient exactes, c’est peut être la meilleure option disponible.

On admettra que l’on reste dans l’incertitude la plus complète. Du reste, le modèle de Krugman ne prend pas en compte d’autres aspects, comme par exemple le coût économique lié à une augmentation du prix du carbone ou encore la valeur d’option que représente le fait de retarder au maximum la mise en place de mesures drastiques pour atténuer les effets  du changement climatique.

* Le modèle de Krugman porte à la confusion sur ce point (ce qu’il reconnait dans un edit sur son billet). Dans le modèle, r mesure la préférence pour le présent, tandis que l’actualisation provenant de l’accroissement de notre richesse dans le futur est saisie par la forme de la fonction W. Autrement dit, l’impact d’une unité supplémentaire de carbone sur notre bien être est marginalement décroissant. D’après ce que je peux comprendre, il me semble que tous les débats autour de la valeur du taux d’actualisation ne distinguent pas vraiment ces deux éléments.

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Menger et l’orientation de la recherche en économie

C.H.

Carl Menger est généralement considéré comme le membre fondateur de l’école autrichienne d’économie. C’est aussi, comme je l’avais raconté ici, l’un des deux acteurs principaux de la « querelle des méthodes » qui l’a opposé à l’économiste allemande Gustav Schmoller à la fin du 19ème siècle. C’est dans le cadre de cette controverse que Menger a publié en 1883 Untersuchungen über die Methode der Sozialwissenschaften, und der politischen Őkonomie insbesondere (traduit en anglais sous le titre Investigations into the Method of the Social Sciences). Il développe dans cet ouvrage une position assez intéressante sur la méthodologie des sciences sociales et notamment concernant le rapport entre analyse théorique et analyse historique. Il me semble que la perspective de Menger peut être utile pour interpréter l’utilisation des modèles en économie. Lire la suite

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