Les auteurs de Rationalité Limitée ont été sollicités par Jacques Latutter, dans le cadre de son blog Sciences économiques et sociales au Lycée, afin de recueillir leur opinion sur les réformes de l’enseignement des SES en seconde.
Jacques Lattutter a proposé à CH, Isaac et La Miss des Villes de réagir sur deux billets : Qui a peur de la microéconomie dans le programme de seconde ? et Pourquoi l’étude du marché donc de la micro-économie permet de mieux traiter la question du chômage ?. L’idée directrice de ces deux billets est que l’étude de la micro-économie en seconde ne suppose pas nécessairement d’introduire une formalisation mathématique importante mais peut permettre d’aborder la question du marché. Sur cette base, il est alors possible d’expliquer le chômage en termes d’innefficience d’un marché du travail.
La Miss des Villes a alors pris sa plus belle plume son plus beau clavier pour lui répondre et fait partager infra la réponse aux fidèles lecteurs de Rationalité Limitée. La Miss des Villes précise toutefois aux lecteurs exigeants qu’elle fait parfois des raccourcis dans la réponse et espère que vous ne lui en tiendrez pas rigueur.
—-
Ayant un Bac S agricole avec option économie, la miss des villes ne connais pas très bien les contenus des programmes de SES du Lycée général, c’est donc sous cette réserve qu’elle s’exprime.
L’introduction de certaines notions de micro-économie dés le début de l’enseignement en éco, telles que décrites dans vos billets, me semble importante et souhaitable. En effet, il parait nécessaire de voir les modèles économiques qui sous-tendent l’essentiel des politiques publiques, et permet alors de montrer les enjeux de la modélisation ainsi que ses limites.
En revanche, sur le non-enseignement du chômage, je ne vous rejoints pas : la question du travail est centrale en sciences économiques, tout comme celle du non-travail. Elle renvoie à des problématiques d’allocation des ressources fondamentales pour comprendre la société dans laquelle nous vivons.
Si la modélisation à travers un marché est une manière d’appréhender ces problématiques, elle ne parait pas suffisante. En effet, avant d’être un concept économique, le chômage est une construction sociale et statistique qui n’est apparu que tardivement dans l’histoire (fin 19ème). La construction sociale du chômage renvoie à une situation de non-travail, or, le non-travail existait avant l’invention du chômage, ne serait-ce que pour les vieillards en incapacité de travailler. Par ailleurs, le concept de chômage, pour qu’il trouve sens, nécessite la mise en place du salariat et de l’emploi.
Sans entrer dans les subtilités des définitions ANPE/Pole emploi et BIT, le chômage renvoie à une situation de recherche d’emploi . L’idée sous-jacente est que pour être considéré en tant que tel, le travail doit avoir lieu dans la sphère formelle. De facto, le travail domestique n’est pas considéré comme du travail (productif) si il est réalisé au sein de la famille. Ces mêmes travaux peuvent devenir travail si ils ont lieu dans le cadre d’une relation d’emploi. Des politiques publiques soutiennent le développement de ce type d’emplois. Les services à la personne en sont un parfait exemple : des politiques d’emploi ciblent ces métiers depuis le milieu des années 80, et avec toujours plus d’intensité. Il est aujourd’hui souhaité, possible et encouragé de rendre formel le travail domestique, y compris au sein de la famille (dans le cadre de l’Allocation pour l’autonomie des personnes âgées, le bénéficiaire peut employer un membre de sa famille pour la production de services d’aide à domicile).
Pourtant, ces politiques visant à développer les emplois dans les services à la personnes posent de réels problèmes et interrogations. Considérant qu’il s’agit de situation de travail :
- où le salarié à fréquemment plusieurs employeurs pour un temps de travail total très partiel (12h par semaine en moyenne),
- où ces travaux ne renvoient que très peu à l’image de métiers (y compris dans l’aide à domicile auprès de personnes âgées, métiers pour lesquels il existe des diplômes)
- et où le temps de travail comme le prix du travail ne permettent bien souvent pas de vivre correctement ce qui conduit les travailleurs des services à la personne à chercher plus de travail
Peux-t-on parler d’emploi ? Doit-on parler de sous-emploi ? de chômage partiel ? d’emplois partiels ? de sous emploi ? de sous-chômage ????
Il me semble que ces réflexion trouveraient toute leur place au sein de classes de secondes,
Néanmoins, elles ne peuvent émerger si on se limite à l’étude du chômage à travers le seul marché… et encore moins si on n’étudie pas la ressource travail dans la problématique générale de l’allocation des ressources…
Bien évidement, ces propos n’engagent que la miss des villes et non l’institution d’appartenance qu’est Rationalité Limitée
