Archives mensuelles : novembre 2009

Et pendant ce temps-là, en Suisse…

Isaac

Résidant en Suisse, je ne pouvais rester insensible au billet de Tyler Cowen. On peut y lire ce passage, qui résume bien mon propre point de vue  (à part la dernière l’avant-dernière phrase) :

"3. That said, was there not some other way to sidestep this dilemma?  Washington D.C. doesn’t allow tall buildings to compete with the Washington Monument, yet no one considers that a restriction on political freedom (though it may be a bad idea for economic reasons).  The Swiss cantons could have done the same for their town churches.  Note that a restriction on a minaret is not a restriction on a mosque.

4. I favor greater Muslim immigration into the United States and I think Muslim emigration to Europe is working better than most people think.  I am happy to see that Switzerland has become a more cosmopolitan society, in large part by taking in more emigrants, including Muslims.  Nonetheless, call me old-fashioned, but I don’t think a Swiss town center should look like the photograph above.  I guess the Swiss don’t either."

La Suisse devient en effet plus cosmopolite, mais force est de constater que ce mouvement s’accompagne d’une certaine dose de "biais anti-étrangers" , pour reprendre le terme de Caplan, dont CH avait parlé ici, dont il me semble que le résultat de cette votation est un symptôme.


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Confiance et développement économique

C.H.

Intéressant podcast de l’économiste Partha Dasgupta sur le rôle de la confiance dans le processus du développement économique. Dasgupta indique que derrière les institutions propices au développement économique doit résider un certain degré de confiance entre les membres d’une communauté sociale. Cette confiance peut avoir différentes origines : dans le cadre familiale, elle réside dans le fait que chacun est concerné par le bien être d’autrui ; dans les relations personnelles de proximité, c’est la réputation qui permet le maintien de la confiance ; dans le cadre des relations impersonnelles, c’est essentiellement la règle de droit (le fait que l’on sait que si quelqu’un ne respecte pas ses engagements, une tierce partie interviendra pour le sanctionner).

Dans ce dernier cas, la place de la confiance me semble être différente. Dans les relations domestiques et personnelles, ont fait confiance à l’autre soient parce que l’on sait qu’il a certains égards envers nous, soit parce qu’il n’est pas dans son intérêt de nous trahir. Dans les relations sociales du troisième type, fondamentalement on ne fait pas confiance au partenaire mais plutôt à l’entité qui dispose du pouvoir de coercition, l’Etat. Il reste que dans les trois cas, la confiance peut s’interpréter comme une forme de croyance que l’expérience va valider ou réfuter. Comme le souligne Dasgupta à la fin de son intervention, un équilibre de confiance peut être difficile à faire émerger notamment dans le cadre de relations impersonnelles : si les expériences passées ont montré que l’Etat n’était pas digne de confiance, il est alors extrêmement difficile et long de renverser les croyances que se sont formées les individus. Les institutions organisant les échanges économiques  seront telles qu’elles favoriseront le développement d’échanges personnels (où la confiance dans l’Etat n’est pas nécessaire) au détriment de l’extension des marchés. Il s’agit de ces situations à équilibres multiples avec un équilibre pareto-optimal où les individus ont confiance dans les pouvoirs publics qui en retour, ont un intérêt à entretenir cette confiance, et un équilibre sous-optimal où la défiance à l’égard de l’Etat s’auto-entretient et empêche le développement de certaines institutions. Quand on est enfermé dans ce type d’équilibre, il est extrêmement dur d’en sortir.

A noter que si l’on en croit Yann Algan et Pierre Cahuc, ce problème ne concerne pas que les pays en voie de développement. Là où cela devient intéressant (mais aussi contestable), c’est lorsque l’on relie le manque de confiance à certaines traditions culturelles, comme le laisse entendre Olivier Blanchard dans cette note de lecture du livre d’Algan et Cahuc. Cette thèse sur le rôle des croyances culturelles dans le développement économique est également centrale dans le travail d’Avner Greif (voir cet article notamment). C’est en tout cas un sujet d’étude important pour l’histoire économique et l’économie institutionnelle.

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Islam et Libéralisme

Isaac

Via le site de L’institut Turgot, un dialogue me laisse songeur. Je me concentre ici surtout la démarche de François Facchini, qui se propose de revenir sur les liens entre Islam et Libéralisme. J’en retiendrai plusieurs choses :

On semble à première vue proche d’une analyse à la Max Weber, relative à l’étique protestante et l’esprit du capitalisme, ou encore à la Avner Greif et son étude comparative de divers systèmes d’organisations de la vie marchande entre différentes cultures et modes d’organisation sociale. Seulement plusieurs différences sont à noter. Par exemple, si l’approche peut sembler se rapprocher d’un raisonnement institutionnaliste on remarque quelques affirmations que je trouve plutôt paradoxales : « L’histoire des modèles économiques des empires musulmans conduit donc à soutenir que l’islam n’a pas prédisposé les musulmans à découvrir le libéralisme économique à l’institutionnaliser. » Il y a ici une tension entre une vision très naturaliste du libéralisme et un désir de souligner son caractère construit, mais finalement très transcendant.

Là où le texte est intéressant c’est qu’il montre bien la difficulté résidant dans la construction d’idéaltypes au sein d’un raisonnement scientifique. Cela ressort particulièrement en ce que l’auteur ne semble faire aucune distinction entre l’idéaltype qu’il construit (l’islam) et la réalité des faits qu’il désir expliquer et comprendre. Au final, cela donne une impression de manque d’assise théorique, ce qui renforce l’impression que les affirmations sont souvent gratuites au regard de l’objectif de départ. Notamment, l’auteur ne nous explique pas pourquoi les individus sont amenés à suivre les règles. D’accord, l’Islam peut être considéré comme un ensemble de règles et de croyances,  or, pour expliquer pourquoi ces règles et croyances influencent la trajectoire des institutions économiques, il faut comprendre pourquoi les individus continuent à respecter ces règles, c’est-à-dire dans quelle mesure ces règles s’ « auto-renforcent ».

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Coordination et point focal

C.H.

Intéressant article (désolé, je n’ai pas trouvé de version librement accessible) de Nicolai Foss et Mark Lorenzen sur les processus de "coordination cognitive", autrement dit les processus par lesquels les individus harmonisent leurs représentations. Comme les auteurs le font justement remarquer, il s’agit d’une question traitée depuis longtemps par l’analyse économique via la théorie des jeux. Toutefois, les théoriciens des jeux ont tendance à résoudre le problème avant de l’avoir étudié en posant les hypothèses de "common knowledge" (A sait que B sait que A… que X) et de "consistent alignment of beliefs" (deux individus rationnels possédant les mêmes informations doivent atteindre indépendemment la même conclusion quelles que soient leurs croyances initiales : en clair, deux individus ne peuvent pas être d’accord sur le fait qu’ils sont en désaccord). Bien que commode et souvent utiles, ces deux hypothèses sont tout de même parfois peu satisfaisantes. L’hypothèse de connaissance commune pose d’ailleurs ses propres problèmes logiques (voir cet article de Jean-Pierre Dupuy) et, de manière plus générale, il semble plus pertinent de voir ces hypothèses comme les résultats d’un processus de coordination que comme des points de départ à un problème de coordination.

Sur ces problèmes de coordination, une notion incontournable est évidemment celle de point focal proposée par Thomas Schelling. L’idée est simple : dans le cadre d’un jeu de coordination où deux individus doivent adopter la même action simultanément mais n’ont pas la possibilité de communiquer au préalable, les joueurs auront tendance à se coordonner en adoptant la solution "évidente" du fait de certaines caractéristiques qui la rendent saillante. Schelling prend l’exemple de deux individus qui doivent se retrouver dans New York : un moyen de coordination saillant serait ainsi d’aller à midi à la Gare Centrale. L’existence de points focaux peut avoir un impact majeur sur les conventions qui vont émerger. Par exemple, imaginons qu’il existe deux conventions rivales A et B dans le cadre d’un jeu de coordination quelconque qui sont aussi satisfaisante l’une que l’autre :  

  A B
A 1 ; 1 0 ; 0
B 0 ; 0 1 ; 1

Dans un cadre évolutionnaire, l’une des deux conventions va être adoptée par la totalité de la population à la suite d’un processus d’apprentissage. L’identité de cette convention (A ou B) dépendra d’un mécanisme de dépendance au sentier : si, initialement, la moitié de la population adopte la convention A et l’autre moitié la convention B et que les rencontres sont purement aléatoire, chaque individu aura une espérance de gains de 0,5 (1 x 0,5 + 0 x 0,5). Si, à la suite d’un "accident historique", une fraction minime d’individus adopte la convention A au lieu de leur convention B habituelle, alors l’espérance de gains de la convention A surpassera celle de la convention B et cette dernière disparaîtera progressivement de l’ensemble de la population. Ce scénario peut toutefois ne pas se produire s’il se trouve que la convention B est plus saillante que la convention A. En effet, en dépit de cet accident historique, si les individus ont une propension naturelle à davantage adopter la convention B de par sa saillance, alors c’est bien la convention B qui s’imposera.

La question est évidemment de savoir d’où provient la saillance d’une convention, autrement dit quels sont les fondements d’un point focal. Les auteurs de l’article estiment qu’un point focal émerge par analogie : sur un problème de coordination donnée, on va tendre à choisir une solution qui est analogue à celle qui est adoptée pour un problème différent mais similaire. L’idée est intéressante car elle souligne que l’origine d’un point focal est fondamentalement de nature empirique et historique… d’où la difficulté à en proposer une formalisation. On peut toutefois souligner l’effort de certains auteurs comme Robert Sugden dans cette dernière voie.

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Analyse économique de la vaccination

C.H.

Cet article du Monde m’a inspiré la réflexion suivante sur la dynamique de vaccination au sein d’une population :

Dynamique de la vaccination

Ceux qui connaissent les travaux de Granovetter, Schelling et le concept de cascade informationnelle ne seront pas dépaysés…

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Pierre Berger et l’effet d’éviction

C.H.

Une petite réaction à chaud sur les propos de Pierre Berger qui nous explique que l’afflux de dons vers le téléthon tend à éclipser les autres causes qui, en conséquence, ne reçoivent pas autant de fonds qu’elles le mériteraient. J’esquive la question de la "moralité" du propos de Berger ou encore de savoir si "le Téléthon a trop d’argent", ça ne m’intéresse pas (enfin si, mais mon opinion n’intéresse personne). Par contre, le raisonnement implicite derrière le propos de Berger est intéressant. Berger semble faire comme si le volume annuel de dons de la part des français était une espèce de gateaux à partager entre les différentes causes. Cette conception de style "jeu à somme nulle" mène à une conclusion implacable : si le téléthon reçoit beaucoup, alors les autres causes recevront moins. Corrollaire, pour que les autres causes reçoivent plus, il faut que le téléthon reçoive moins, quitte à lancer une polémique dans la presse à deux semaines de l’édition de cette année.

Sans le faire exprès, Berger convoque un argument similaire à celui développé par certains économistes pour expliquer que les dépenses publiques, c’est mal, car ça accapare des ressources qui autrement auraient été consacré à un autre usage. C’est le fameux effet d’éviction en macroéconomie (l’argument est en réalité est un peu plus compliqué : en empruntant, l’Etat contribue à faire augmenter le taux d’intérêt, augmentation qui elle-même dissuade certains projets d’investissements privés qui autrement auraient eu lieu). Les deux raisonnements ont en commun d’être en partie fallacieux : ce qu’oublient les économistes mettant en avant l’effet d’éviction pour souligner l’inefficacité des dépenses publiques, c’est qu’ils raisonnent ceteris paribus. C’est certes parfois très utile (voire indispensable) mais peut induire en erreur. En l’occurence, on pourra opposer l’argument keynésien suivant : les dépenses publiques, en engendrant un effet multiplicateur, tendent à stimuler des investissements privés qui autrement n’auraient jamais vu le jour. On peut discuter de la pertinence empirique de cet argument. Le fait est que la plupart des études empiriques sérieuses trouvent une valeur du multiplicateur supérieure à 1, ce qui tend à montrer que l’effet d’éviction n’est pas total.

Berger fait une erreur similaire. Qui est-ce qui nous dit que si le téléthon n’existait pas, les fonds iraient à d’autres causes ? Deux arguments vont contre cette idée. D’une part, un don a probablement un fort lien avec l’aspect idiosyncrasique de la cause. On donne parce que l’on est sensible à la cause (pour diverses raisons, y compris parce que la cause en question sait se "vendre"), pas seulement pour le plaisir de donner. D’autre part, on peut tout à fait imaginer qu’une cause aussi populaire que le téléthon est de nature à susciter d’autres dons pour d’autres causes en sensibilisant la population à l’importance des dons pour aider la recherche. Autrement dit, si le téléthon n’existait pas, peut être les français seraient-ils moins généreux en matière de dons. Il ne faut pas considérer les préférences des agents comme données, mais plutôt considérer que celles-ci peuvent se transformer sous l’influence d’institution telle que le téléthon. Je reconnais là qu’il s’agit d’une hypothèse difficile à tester, mais elle n’est pas exclure. Elle ne me parait de toutes façons pas plus invraisemblable que celle de "l’effet d’éviction de la charité" que défend implicitement Berger.

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L’émergence est-elle l’objet des sciences sociales ?

Isaac

Dans son livre de 1985, Anthony Giddens développe une idée plutôt intéressante consistant à faire de l’explication des phénomènes d’émergence le point commun de toutes des sciences sociales. En fait, son argumentaire se base sur l’idée que dans les sciences sociales, dans le cadre d’une explication par la raison (dont j’avais parlé ici), une idée scientifique n’arriverait jamais à se diffuser si elle se contentait de souligner ce que les hommes savent déjà, c’est-à-dire les effets voulus des actes volontaires. Il est en effet, non seulement plus intéressant, mais également utile de porter son attention sur 1/ les effets non désirés des actes individuels pris dans l’agrégation de ces actes individuels 2/ les effets non désirés des actes individuels pris de manière individuelle, 3/ les effets non désirés des actes non désirés. Bien entendu « non désiré » ne signifie en aucun cas « néfaste ».

Dans le cadre d’une analyse multi-niveaux de la société, Tony Lawson indique qu’un niveau social est dit « émergeant » si A) il émerge d’un niveau inférieur, B) il ne reste qu’en partie dépendant de ce niveau inférieur, C) ne dépendant pas entièrement de ce niveau, il agit en retour sur celui-ci. Cela me semble tout à fait coller avec ce que nous raconte Giddens :

1)    Dans le cadre des effets non désirés des actes conscients, pris dans le sens d’une agrégation de ces actes, on touche une analyse à au moins deux niveaux (action et structure), la structure étant le fruit des actes individuels mais non leur simple somme (propositions A et B de Lawson).

2)    Les effets non désirés des actes individuels pris de manière individuelle, nous sommes dans le cadre de la proposition C de Lawson, i.e. que le niveau émergeant du cas 1 rétroagit sur les croyances des agents en venant modifier les structures causales auxquelles ils étaient habitués et sur lesquelles ils fondaient leurs anticipations.

3)    Dans le cadre des effets non désirés des actes non désirés, nous nous situons dans le domaine de l’inconscient. Ce qui nous amène du côté de la psychologie, en ce qu’on s’intéresse à la frontière entre désir et action et là je ne suis pas compétent.

Il est donc possible d’affirmer que pour Giddens, l’objet principal de toute science sociale est l’émergence, et par conséquent que sans ce phénomène il n’y aurait pas d’utilité aux sciences sociales. En effet c’est parce que l’homme est incapable de connaître de manière précise les structures et causalités sous-jacentes qui fondent l’émergence qu’il lui est impossible de les introduire au cœur de ses desseins afin d’agir en conséquence (le phénomène émergeant est le résultat de l’action humaine mais non d’un dessein humain, pour reprendre la célèbre expression d’Hayek). La définition de l’émergence est donc consubstantielle d’un manque de connaissance causale que les sciences sociales ont pour mission de pallier afin d’arriver à un monde d’actes volontaires aux conséquences désirées.

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La force normative des conventions

C.H.

Les fans de foot US ont probablement suivi avec attention le choc du week-end dernier qui a opposé les Indianapolis Colts, jusqu’à présent invaincu cette saison, et les New England Patriots, l’une des plus grandes dynasties de ce sport. Outre qu’il s’agit d’une des plus grandes rivalités de ce sport sur les 10 dernières années, c’était aussi l’occasion de voir s’affronter probablement 2 des 5 plus grands quarterback de tout les temps. Les Colts l’ont finalement emporté 35 à 34, en grande partie "grâce" à une décision délicate prise par l’entraineur des Patriots.

Il reste deux minutes à jouer et les Patriots mènent 34 à 28. Ces mêmes Patriots sont en possession de la balle dans leur camps et ils sont donc en bonne posture pour gagner : l’objectif est d’essayer d’avancer lentement pour faire tourner le chrono de sorte que les Colts ne puissent pas récupérer la balle avant la fin du match. Problème, les Pats ont du mal à avancer et, alors qu’ils sont sur leur propre ligne des 28 yards (très proche de leur propre en-but donc), ils se retrouvent avec une quatrième tentative et 2 yards à gagner (rappel : au foot US, une équipe a 4 tentatives pour gagner 10 yards, autrement elle rend la balle à l’adversaire). En NFL, l’action standard dictée par une solide convention aurait été ici pour les Pats de faire un coup de pied de dégagement (un "punt") pour envoyer loin la balle dans le camps des Colts puis de passer les deux dernières minutes à défendre dur pour ne pas encaisser de touchdown. Mias le coach des Pats, Bill Belichick, a pris une décision courageuse : tenter la quatrième tentative avec l’idée que si son équippe parvenait à gagner les deux yards manquant, le match était quasiment gagné. Malheureusement pour Belichick et les Pats, la tentative a raté et les Colts ont récupéré le ballon a proximité de l’en-but de leur adversaire, pour finalement inscrire le touchdown de la victoire.

Depuis deux jours aux Etats-Unis Belichick est quelque peu malmené et critiqué pour sa décision. Pourtant, comme le soulignent Greg Mankiw et Steve Levitt, la décision de Belichick était certainement la bonne. Comme j’en avais déjà parlé ici, une étude de David Romer a montré que les équipes du championnat de la NFL avaient tendance à ne pas tenter suffisament les quatrième tentative et donc à avoir un jeu trop conservateur. Dans l’absolu, la décision de Belichick était probablement celle qui avait la meilleure espérance de gain, surtout si l’on tient compte du fait que Peyton Manning est certainement le quarterback le plus efficace dans les deux dernières minutes du fait de sa maitrise à la perfection de la "no huddle offense" (attaque sans regroupement préalable avant un jeu pour préparer une tactique). Le problème de Belichick est qu’il n’a pas eu de chance et que l’on ne retient que ce qui s’est passé, mais pas les probabilités qu’il y avait derrière. Le plus grand tort du coach des Pats est finalement d’avoir été à l’encontre d’une convention solidement ancrée qui a quasiment acquis une force morale : les coachs doivent respecter la règle selon laquelle on punt en quatrième tentative. Et cette convention n’en est qu’une parmi d’autre : alors même qu’il s’agit peut être du sport le plus sophistiqué sur le plan tactique, avec sa myriade de coachs et d’assistant coachs spécialisés dans les divers domaines du jeu, le foot US est frappé d’habitudes de jeu sous-optimales. Belichick a été à l’encontre d’une convention, mais pas sûr que son échec encourage d’autres à le suivre…

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Un nouveau venu sur la blogosphère

C.H.

Les lecteurs de ce blog connaissent probablement Gérard Dréan alias elvin qui est l’un des commentateurs les plus assidus des billets publiés ici. Les mêmes lecteurs ont probablement dû également repérer ses positions théoriques et idéologiques que l’on peut plus ou moins apprécier, mais qui finalement peuvent déboucher sur des débats intéressants. Sachez donc qu’elvin a ouvert depuis quelques jours son propre blog. Oyez oyez à ce nouveau venu dans la blogosphère économique française !

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Kirman sur la théorie économique

C.H.

Intéressant article d’Alan Kirman qui s’attaque aux modèles macroéconomiques standards. On y apprend aussi que Kirman va bientôt publier un ouvrage portant sur les questions de réseaux et de complexité en économie. J’attend ça avec impatience…  

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Tipping point et salle de classe

C.H.

Hier après-midi, pour mon quatrième TD de management avec le groupe du vendredi, j’ai remarqué un pattern intéressant : dans une salle ayant approximativement 70 places, la totalité du TD (environ 30 étudiants) était assise au fond de la salle, laissant pas moins de quatre rangées vides entre moi et eux. J’avais déjà remarqué cette tendance des les semaines précédentes, mais là c’était encore plus flagrant. La raison n’est probablement pas que je leur fais peur. Actuellement en train de lire l’ouvrage de Robert Axelrod sur la modélisation des phénomènes complexes j’ai tout de suite pensé à Thomas Schelling et à son modèle de tipping point qui permet très facilement de comprendre ce type de configuration "spontanée" adoptée par les étudiants. Lire la suite

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Performativité et institutionalisme : the Searle’s connexion

Isaac

La notion de performativité des énoncés théoriques connaît aujourd’hui un vif regain d’intérêt dans le domaine de la sociologie économique, ceci essentiellement depuis la publication en 1998 d’un ouvrage collectif, dirigé par Michel Callon, Laws of the Markets. Le concept de performativité nous vient de la linguistique austinienne dont l’objectif était la découverte d’une frontière grammaticale entre énoncés constatatifs (de type : « Tony à un pull rayé ») et ceux qui constituent en eux-mêmes une action Lire la suite

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Equilibre de Nash et complexité

C.H.

Je ne sais pas trop quoi penser de cet article. L’idée que la plupart des équilibres de Nash sont tellement complexes à calculer qu’il est peu probable qu’en pratique ils décrivent fidèlement ce qui se passe dans la réalité économique peut se concevoir. En même temps, pour rebondir sur des billets précédents, si l’on considère que les modèles de la théorie économique (de théorie des jeux ou autres) décrivent des mondes contrefactuels, je ne suis pas sûr que ce soit un problème. De toute façon, si cela l’était, il reste quand même toute une branche de la théorie des jeux, initiée notamment par les travaux de Peyton Young, qui montre que l’on peut très souvent retrouver les mêmes résultats tout en supposant des agents à la rationalité limitée. Bon, l’approche par les jeux stochastiques de Young n’est pas exempte de problèmes, comme par exemple le fait que cette convergence des résultats n’est parfois possible que sur le très long terme.

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Appel à candidature

Isaac

Ce blog étant sûrement fréquenté par des personnes engagées dans un cursus universitaire et souhaitant, pourquoi pas, se lancer dans la merveilleuse aventure de la thèse, j’attire votre attention sur cet appel à candidature, lancé par le centre dans lequel j’ai moi-même été recruté (depuis maintenant plus d’une semaine), le Centre d’études interdisciplinaires Walras Pareto. N’hésitez surtout pas à poser vos questions si vous êtes intéressés.

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Analogie, ontologie et économie évolutionnaire

C.H.

Dans le cadre de mes réflexions autour de l’économie évolutionnaire, j’ai senti le besoin de clarifier certains points épistémologiques, notamment autour des questions d’analogie et d’ontologie. Depuis quelques jours (semaines), je me torture l’esprit pour savoir si cela a un sens de distinguer une théorie selon qu’elle repose sur une forme d’analogie ou qu’elle postule un réalisme ontologique. Cela renvoi aux vieux débats sur le statut des Universaux. C’est typiquement le genre de question insoluble mais étant convaincu que toute réflexion épistémologique doit d’abord oeuvrer à la clarification conceptuelle, il est toujours bon de préciser les choses. Cette question est notamment importante lorsque l’on réfléchit à l’usage de la modélisation en sciences sociales et à sa signification, en l’occurence ici dans le cadre du courant de l’économie évolutionnaire.

A la base, je voulais écrire 4 ou 5 pages pour mettre sur le papier certaines idées, quitte à les réutiliser plus tard mais finalement les 4/5 pages ont quelque peu enflées… Je réitère l’expérience que j’avais déjà faite en soumettant mes réflexions aux lecteurs du blog. Je précise qu’il s’agit d’un brouillon (fini hier) qui n’a pas nécessairement vocation à devenir plus que cela. Je compte néanmoins réutiliser certains morceaux (sections 3.2 et 3.3) dans un "vrai" papier ultérieur. La papier est écrit dans un (fr)anglais qui devrait être lisible pour les francophones (peut être plus que pour les anglophones !). Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle une "thought piece", une réflexion purement épistémologique qui n’a d’intérêt que replacée dans le contexte plus général d’un programme de recherche théorique et empirique. Cela dit, encore une fois, il s’agit surtout de mettre de l’ordre dans ma tête mais si ça peut profiter à d’autres tant mieux !

Voici le papier : Naturalism in Evolutionary Economics

Les lecteurs réguliers seront familiers avec les thèmes développés ainsi que les références mobilisées. Je repète qu’il s’agit d’un brouillon très imparfait sur la forme comme sur le fond. Tous les commentaires sont donc évidemment les bienvenus. 

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