De la nécessité de bien interpréter un modèle

Sur un tout nouveau blog collectif consacré à la crise financière et à ses causes, l’économiste David Colander propose une réflexion sur l’incapacité des économistes à penser la complexité. Colander reprend en fait le propos développé par lui et certains de ses collègues dans un article dont j’avais déjà rendu compte ici. L’idée générale qui sous-tend l’argumentation de Colander est que de manière générale les économistes ont échoué à interpréter correctement leurs propres modèles pour leur faire dire des choses qu’ils ne disaient pas. Selon Colander, cette erreur trouve son origine à la fois dans les incitations académiques et dans la formation des économistes, laquelle préparerait à la production de modèles mais pas suffisament à leur interprétation et à leur utilisation. L’une des suggestions de l’auteur vise à réparer cette lacune :

« The second is a proposal to increase the number of researchers trained in interpreting models rather than developing models by providing research grants to do that. In a sense, what I am suggesting is an applied science division of the National Science Foundation’s social science component. This division would fund work on the usefulness of models, and would be responsible for adding the warning labels that should have been attached to the models« .

J’avoue trouver l’idée intéressante même si je ne suis pas bien sûr de voir comment concrètement pourrait se matérialiser ce genre de travaux spécifiquement dédiés à l’interprétation des modèles. Ce que semble suggérer Colander (qui ici, prêche clairement pour sa paroisse), c’est que le bon usage des modèles nécessitent des compétences autres que techniques mais aussi d’ordre historiques, méthodologiques, philosophiques voire interdisciplinaires :

« This applied research would not be highly technical and would involve a quite different set of skills than the standard scientific research would require. It would require researchers who had an intricate consumer’s knowledge of theory but not a producer’s knowledge. In addition it would require a knowledge of institutions, methodology, previous literature, and a sensibility about how the system works. These are all skills that are currently not taught in graduate economics programs, but they are the skills that underlie judgment and common sense. By providing NSF grants for this work, the NSF would encourage the development of a group of economists who specialized in interpreting models and applying models to the real world. The development of such a group would go a long way toward placing the necessary warning labels on models, and make it less likely that fiascos like a financial crisis would happen again ».

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Un commentaire

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Une réponse à “De la nécessité de bien interpréter un modèle

  1. Thomas

    Je n’avais pas vu ce billet donc j’arrive un peu tard.

    « J’avoue trouver l’idée intéressante même si je ne suis pas bien sûr de voir comment concrètement pourrait se matérialiser ce genre de travaux spécifiquement dédiés à l’interprétation des modèles »
    Ca ressemblerait pas à de la philosophie économique ce genre de travail http://greqam.univ-mrs.fr/master/philo_fr.php ?

    « Selon Colander, cette erreur trouve son origine à la fois dans les incitations académiques et dans la formation des économistes »
    C’est effectivement très dur quand on sort de philo-éco de rivaliser avec des économistes mathématiciens (précision : cette dernière phrase est un jugement de fait, pas un jugement de valeur).

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