Archives Mensuelles: septembre 2009

Dans la série l’impact de la crise financière sur la science économique : les codes JEL

C.H.

Sur le point de terminer un papier (sur la querelle des méthodes si ça intéresse quelqu’un…), je m’en vais sur la page des codes JEL afin de trouver les codes pertinents pour mon article. Pour ceux qui ne le savent pas, les codes JEL (Journal of Economic Literature) permettent de catégoriser les articles en fonction des thèmes qu’ils abordent, ce qui peut être très pratique ensuite lorsque l’on cherche des articles sur une question donnée. La classification du JEL fait autorité et est maintenant reconnue par quasiment toutes les revues. Bien que la dernière fois que j’y sois allé ne remonte pas à si longtemps, je viens juste d’apercevoir certaines "mises à jour" correspondant à l’ajout de nouvelles catégories. Certaines d’entre elles sont assez révélatrices :

D03 – Behavioral Economics; Underlying Principles (Updated!)

E02 – Institutions and the Macroeconomy (Updated!)

E42 – Monetary Systems; Standards; Regimes; Government and the Monetary System; Payment Systems (Updated!)

G01 – Financial Crises (Updated!) [note de moi-même : !!!]

G17 – Financial Forecasting (Updated!)

G24 – Investment Banking; Venture Capital; Brokerage; Ratings and Ratings Agencies (Updated!) [!!]

Notez que n’ayant pas la prétention de connaitre la classification JEL par coeur, peut être que certaines catégories étaient déjà présentes sous un autre nom auparavant. Mais quand même, l’apparition de ces "nouvelles" catégories a quand même un certain sens… Bon, et puis sinon je ne comprendrais jamais le drôle d’aggrégat qu’est la catégorie B, sachant que l’histoire de la pensée et l’épistémologie économique sont des sous-disciplines à part entière alors que "l’hétérodoxie"…

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"Un diner presque parfait" et économie comportementale

C.H.

Chris Dillow nous propose une très intéressante analyse de la version anglaise du jeu "Un diner presque parfait" avec les lunettes de l’économiste. Dillow souligne notamment un point qui est davantage de nature à interpeller l’économiste (qui aime bien se créer des énigmes avec ses hypothèses sur la rationalité des agents) que n’importe quelle autre personne : pour quelle raison chaque candidat ne donne-t-il pas la note minimale à l’hôte d’un soir. En effet, vu que le vainqueur est celui qui reçoit la meilleure note moyenne de la part des autres candidats et que les notes ne sont connues qu’à la fin du jeu, un comportement rationnel dicterait de mettre 0 au candidat qui reçoit à la fin de chaque soirée. Si tout le monde raisonne ainsi, on se rend rapidement compte que la note de 0 est le seul équilibre de Nash.

Ceux qui ont déjà regardé ce jeu au moins une fois savent que les choses ne se passent pas ainsi. Non seulement les candidats ne se mettent pas des zéros entre eux mais en plus on peut avoir l’impression que les candidats évacuent toute considération stratégique lorsqu’ils mettent leurs notes. Ce dernier point vient peut être du montage de l’émission réalisé de telle sorte que l’on est pas l’impression que les candidats donnent des notes de manière stratégique. Mais, finalement, on se rend compte que les notes oscillent la plupart du temps entre 5 et 7 (à de très rares occassions on peut voir un 4 ou un 8, je n’ai jamais vu de notes en dessous ou au dessus sortir les quelques fois où j’ai regardé l’émission). D’ailleurs, les moyennes des candidats sont presque à chaque fois comprises entre 5,5 et 7. Les explications de Dillow (sens intrinsèque de l’équité, problème de l’ordre dans lequel chaque candidat reçoit les autres participants, problèmes des comparaisons interpersonnelles d’utilité) me semblent bonnes.

Le fait que les notes soient concentrées suggère aussi l’importance des conventions et de la force du précédent. Il est fort probable que les candidats ont déjà regardé à de nombreuses reprises l’émission et déploient de manière mimétique et routinière les mêmes comportements en terme de notation. Suivre ce qui a été fait précédemment n’est en soi nullement rationnel et encore moins dans un jeu qui n’est pas un jeu de coordination. Mais il s’agit d’une nouvelle manifestation d’un biais largement documenté du type "ancre" : le premier prix observé dans le cadre de transactions marchandes ou les premières notes observées dans le cadre d’un jeu comme "Un diner presque parfait" servent de point de repère autour duquel graviterons les prix ou les notes futurs. C’est aussi une illustration de la thèse selon laquelle ce qui est considéré comme "juste" (un prix, une note, une norme) est le produit d’un processus d’internalisation et d’habituation fondé sur l’observation de la répétition de certaines interactions : mettre 5, voire 4 sera perçu comme "juste" par l’auteur de la note lui-même (et les autres candidats) mais mettre 2 ou 3 serait certainement perçu comme "injuste" quoiqu’il arrive…

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Les liens du matin (58)

C.H.

* "Investment, growth & animal spirits" – Chris Dillow

* "Evolution is the real hidden hand in business" – John Kay, The Financial Times

* "Suicides en série" – Alexandre Delaigue, Econoclaste

* "Can “Charter Cities” Change the World? A Q&A With Paul Romer" – Freakonomics

* "Quand Angie rencontre Phili (1/2)" – Mafeco

* Le premier chapitre du nouvel ouvrage de Herbert Gintis dans lequel il présent une conception unifiée des "sciences du comportement".

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De bonnes lectures en philosophie économique

C.H.

Via Thomas sur le forum d’Econoclaste, j’apprend que le deuxième volume de la revue Erasmus Journal for Philosophy and Economics vient de paraître. Beaucoup de choses intéressantes en perspective, notamment l’article de Jack Vromen au sujet des récents ouvrages d’économie rentrant dans la catégorie "economics-made-fun", du genre Freakonomics. Un autre article retrace l’émergence et l’évolution de la théorie des coûts de transaction. Enfin, je recommande la lecture de ce commentaire de Shaun Hargreaves-Heap sur l’ouvrage de Bart Engelen portant sur la pertinence de la théorie du choix rationnel pour étudier les institutions.

Pour les plus hétérodoxes des lecteurs, l’interview de Tony Lawson est également intéressante… même si sa critique du formalisme en énervera plus d’un. Pour ceux qui sont intéressés, je donne rendez-vous en juin 2010 pour la parution d’un numéro d’une bonne revue française d’histoire de la pensée et d’épistémologie économique dans lequel devrait figurer un article (assez critique) de votre serviteur sur la perspective de Lawson.

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Complémentarité institutionnelle ou la limite du principe des modèles

Isaac

Les difficultés économiques et sociales d’un pays pousse, de manière tout à fait normale, les dirigeants de ce dernier à se tourner vers l’extérieur pour trouver ailleurs des exemples d’une meilleure réussite. Cette manière de faire trouve son paroxysme dans l’obsession pour les « modèles » : anglo-saxons, rhénans, danois … tous y sont passés. Le parallèle à cela est la prolifération des indicateurs et classement internationaux : compétitivité, flexibilité, … . Ces deux mouvement se basent sur l’hypothèse qu’il serait possible de comparer froidement les modèles en fonctions de leur classement afin d’importer au sein d’un autre pays les architectures institutionnelles ayant si bien fonctionné ailleurs.

La notion de complémentarité institutionnelle est ici des plus efficace pour pointer du doigt l’erreur propre à l’obsession des modèles et des classement internationaux. Cette notion a, à ma connaissance, été largement popularisée par Masahiko Aoki, principalement dans son (superbe) livre, Fondements d’une analyse institutionnelle comparée, et indique que « la viabilité d’une institution d’un domaine [dépend] de la manière dont elle s’ajuste à une institution d’un autre domaine, et réciproquement » (p. 288).

Cette thèse est en fait l’idée de base qui traverse une grande partie de l’institutionnalisme : la réalité sociale est traversée par un continuum évolutif d’institutions, allant des moins formelles (croyances collectives, savoir tacite, …) aux règles de droit. Chaque strate institutionnelle a un mode de sanction particulier, mais leurs “bon fonctionnement” dépend toujours des autres strates, ceci parce que chaque agent économique se meut dans plusieurs institutions. Un cas particulier de ce phénomène est développé par Aoki dans cette article, dont CH avait parlé ici, dans lequel décrit un cas où les gains au sein d’un jeu (au sens de la théorie des jeux) sont influencés par les agencements institutionnels d’un autre jeu (indiquons également qu’une approche relativement similaire est développée par le sociologue Daniel Miller dans la seconde partie de ce texte).

En France, Bruno Amable (tout spécialement dans ce livre) est l’un des principaux porteurs du concept de complémentarité institutionnelle. Robert Boyer fait le lien entre complémentarité et modèles dans ce texte, et indique que

« La référence même, en termes de « modèle », suppose un ensemble cohérent de dispositifs institutionnels organisant la réactivité de l’économie tant aux aléas de court terme qu’aux transformations plus structurelles concernant l’économie internationale, le système technique ou encore le changement des attentes sociales. C’est précisément l’intérêt de l’hypothèse de complémentarité institutionnelle que d’éclairer cette question» (p. 13)

Ainsi, le résultat, en termes d’indicateurs, d’un ensemble d’institutions formelles est indissociable des institutions informelles, des croyances, des consensus sociaux qui lui sont liés. Sur ce point, on peut lire ce livre, par ailleurs très contestable dans ses conclusions, d’Algan et Cahuc, dans lequel ils défendent l’idée que les principales difficultés du “modèle français” proviennent en partie du climat de défiance régnant dans le pays .

C’est sur la base de ce constat que Boyer propose, non la copie bête et méchante de ce qui fonctionne, mais la recherche d’ « équivalents fonctionnels de ce qui fait le succès de ce modèle (ici le modèle danois) et réformer en conséquence les institutions et formes d’organisations existantes pour faire émerger les enchaînements vertueux correspondants » (p. 51).

Cette notion d’équivalent fonctionnel me semble d’une grande portée, déjà parce qu’elle justifie une vision très instrumentale et pragmatique de la science économique, ensuite parce qu’elle justifie que l’on s’intéresse à l’origine des préférences des agents, car celles-ci font parti du continuum institutionnel via la sélection de groupe et, ainsi, participent du principe de complémentarité institutionnelle.

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Pourquoi il peut être intéressant pour l’économiste de se demander d’où viennent les préférences

C.H.

Le dernier billet de mon co-blogueur Isaac sur l’origine génétique des préférences a fait pas mal réagir. Pour simplifier, il semble qu’il y ait deux positions sur cette question : d’un côté ceux qui estiment qu’il n’est pas du ressort de l’économiste de s’interroger sur l’origine des préférences des individus et de leur contenu ; de l’autre, ceux (dont je fais partie) qui pensent qu’il s’agit d’une problématique au contraire centrale à partir du moment où l’on a de bonnes raisons de penser que la formation des préférences (qu’elle soit d’origine génétique ou culturelle) a un impact causal significatif sur les phénomènes économiques. Autrement dit, que les comportements individuels, dans le cadre d’interactions "économiques", sont frappés par des biais systématiques qui affectent leurs comportements.

Il est intéressant de noter que cette opposition ne se retrouve pas que chez les lecteurs de ce blog. Un cas exemplaire est cet article de Joseph Heinrich (qui n’est pas économiste) sur la sélection de groupe au niveau culturel et qui est paru dans le Journal of Economic Behavior and Organization (une revue d’économie donc). Dans cet article, Heinrich cherche à montrer que si la sélection de groupe est un phénomène qui peut être marginal au niveau biologique/génétique, il en va différemment au niveau culturel. L’argument de l’auteur à l’appui de cette thèse est que le comportement humain est frappé d’un ensemble de biais (quatre exactement), certains ayant des origines génétiques et d’autres des origines purement culturelles ou résultant d’une co-évolution gènes/culture. Ces biais sont les suivants : la transmission conformiste (propension à imiter le comportement dominant), la propension à imiter les individus prestigieux ou qui ont du succès selon certains critères, une tendance à punir les non-conformistes qui ne respectent pas les normes et la "conformité normative", c’est à dire la propension à se fixer et à suivre certains principes moraux ou éthiques. Selon Heinrich, ces quatres biais renforcent l’homogénéité au sein des groupes humains mais accroissent l’hétérogénéité entre ces groupes, ce qui rend plus probable la sélection de groupe.

L’article est suivi par une centaine de pages de discussions avec des contributions d’auteurs relevant d’un grand nombre disciplines (sciences de la nature et sociales). Du point de la question posée dans le billet, les contributions de Herbert Gintis (p. 73-83) et de Vernon Smith (un prix Nobel d’économie) et al. (p. 96-99) sont particulièrement digne d’intérêt. La réponse que leur fait Heinrich à la toute fin du document également. La position de Smith et al. est une réponse typique d’économistes non convaincus de la nécessité de chercher l’origine des préférences individus. Au-delà du fait que les auteurs remettent en cause l’existence réelle des biais mis en avant par Heinrich, leur argument est surtout de dire que l’émergence et le développement de la coopération n’est pas liée à l’existence de certaines préférences "pro-sociales" comme l’altruisme (argument de Heinrich, l’altruisme émanant de la sélection de groupe) mais de certaines institutions humaines telles que le marché rendant la coopération mutuellement avantageuse pour les individus. Dans une perspective radicalement plus sympathique à l’égard du propos de Heinrich, Gintis construit quant à lui un modèle d’équilibre culturel avec altruisme pour expliquer pourquoi les comportements "pro-sociaux" sont essentiellement le fait d’organismes appartenant à l’espèce humaine.

La réponse de Heinrich met clairement en avant le point de dissension entre un non-économiste, un économiste convaincu par la nécessité de retracer l’origine des préférences des individus (Gintis) et des économistes qui évacuent cette question (Vernon Smith et al.). Comme le fait remarquer Heinrich, Gintis et Smith présupposent l’existence de certaines institutions (institutions organisant la transmission culturelle oblique comme l’école chez Gintis, le marché chez Smith et al.) alors que l’origine de ces institutions constitue en soi une énigme pour expliquer le développement de la coopération dans les sociétés humaines. On pourra toujours rétorquer à Heinrich que raisonner dans un cadre totalement a-institutionnel n’a pas peut être pas beaucoup d’intérêt, du moins du point de vue de l’économiste. C’est peut être là que se situe la principale césure entre la perspective de l’économiste et par exemple celle du psychologue, lequel raisonne "hors institution" (si des psychologues passent par là, je sens que je vais me faire taper dessus…). C’est encore plus évident avec un chercheur en sciences naturelles qui s’intéresse à la coopération dans les sociétés humaines (par exemple, les sociobiologistes).

On peut probablement discuter à l’infini pour savoir ce qui relève des compétences de l’économiste ou pas. Ici, il faut distinguer deux choses : le cloisonnement académique des sciences et leur séparation logique. Le cloisonnement académique est une nécessité institutionnelle mais ne doit en tout état de cause jamais empêcher le développement de perspectives scientifiques nouvelles qui s’en émanciperaient (c’est malheureusement souvent le cas aujourd’hui). La séparation logique est par nature beaucoup plus souple : si d’autres sciences apportent des éléments à l’économiste qui indiquent qu’il devrait modifier ses hypothèses, alors il doit prendre ces éléments au sérieux. Là où on peut discuter est de savoir jusqu’à quel point l’économiste doit se muer en scientifique "transdisciplinaire" ; il ne s’agit pas pour l’économiste de se muer en sociologue ou en psychologue mais d’apporter de nouveaux "insights" en combinant différentes perspectives disciplinaires. C’est, il me semble, tout l’intérêt par exemple de la contribution de Gintis en réponse à l’article d’Heinrich.

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Quelques lectures pour bien commencer la semaine

C.H.

Pas mal de bonnes choses à se mettre sous la dent ici et là mais que je n’ai malheureusement pas trop le temps de commenter. On peut commencer par cet article de Robert Shiller dans le Financial Times qui défend l’innovation et la sophistication financières. Shiller fait remarquer que, contrairement à un point de vue qui commence à se développer, la sophistification financière est un atout potentiel pour mettre au point des produits financiers répondant aux besoins des individus tout en remédiant à leurs biais comportementaux. Une analogie parlante est celle de l’ordinateur : un utilisateur n’a pas besoin de savoir dans le détail comment fonctionne un ordinateur ni savoir comment programmer un logiciel pour pouvoir en tirer une utilité.

Autre lecture intéressante, cet article de The Economist fait le point sur les discussions relatives au multiplicateur. Je rappelerai aux lecteurs qu’il y avait ici aussi quelques billets sur le sujet. Tout autre chose, on peut lire ici un intéressant portrait de Daniel Kahneman. Enfin (mais il y aurait beaucoup à discuter), Bryan Caplan avance la thèse selon laquelle l’économie est une discipline intuitive, au moins au niveaux des basiques.

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Génétique et aversion au risque

Isaac

Un article, tout droit sorti du Quarterly Journal of Economics, a récemment attiré mon attention : "Genetic Variation in Preferences for Giving and Risk Taking" (disponible ici). Ses auteurs se sont donnés comme objectif de déterminer les places respectives de l’acquis et de l’inné dans la détermination des préférences des individus relatives à l’aversion au risque et à l’altruisme (au don).  Pour ce faire, on effectue un ensemble de tests sur deux échantillons de jumeaux : un premier échantillon se compose de monozygotes, un second de dizygotes. Le but est de regarder la correspondance entre les résultats de chaque paire de jumeaux.

Deux types de tests sont effectués :

- Pour tester la propension à l’altruisme, un jeu du dictateur « modifié » : les agents doivent partager une certaine somme d’argent entre eux-mêmes et une œuvre de charité

-Pour tester l’aversion au risque, deux expériences : un système de pari et une simple question : « imaginons que vous gagniez 1 million de couronnes (l’étude est réalisée en Suède) et que l’on vous donne l’occasion (avec une certaine probabilité) de doubler une partie de la somme, combien risquez-vous ? »

Le raisonnement est alors le suivant : si l’on trouve des différences significatives de correspondance entre les deux groupes de jumeaux (monozygotes et dizygotes), alors il est possible d’en conclure une importance certaine de la génétique dans la variation des préférences.

La conclusion des auteurs est la suivante :

« We document a significant genetic effect on risk taking and giving, with genes explaining approximately 20 % of phenotypic variation in the best fitting models. The estimated effect of common environment, by contrast, is smaller. »

Ils complètent toutefois cette sentence en soulignant que l’héritabilité des caractères acquis comme innés peut-être propre à chaque population (ici, les jumeaux sont sélectionnés au sein d’une même population).

J’ai personnellement du mal avec ce type de travaux, premièrement parce qu’opposer inné et acquis me semble réducteur. Comme si on pouvait découper un individus en deux parties : une partie sociale, une partie génétique… Je pense que c’est plus complexe que cela. Secondement, est-ce le rôle de la science économique de chercher l’origine génétique des préférences des individus ? En tant que science sociale, ne doit-on pas se concentrer sur ce qui est social ? Ce sur quoi l’économiste et l’homme à une emprise ?

Je n’ai pas de réponse définitive à cette question.

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Menace crédible, guerre froide et auto-contrôle

Très intéressant article dans le magazine Wired qui relate la mise en place dans les années 80 par l’Union Soviétique d’une "doomsday machine", une arme de destruction massive susceptible de détruire toute vie sur terre (via). Nommée "Périmètre", cette arme était programmée pour lancer quasi-automatiquement une attaque nucléaire massive dans le cas où elle détecterait des explosions nucléaires sur le sol soviétique. Ceux qui sont familiers avec la théorie des jeux verront ici tout de suite l’intérêt d’un tel dispositif : en rendant la réplique automatique, les soviétiques ont mis en place une menace crédible de telle sorte que les américains auraient su qu’un engagement des hostilités de leur part aurait débouche sur l’apocalypse. Rien de tel pour dissuader… sauf que l’article nous raconte que les soviétiques ont sciemment cherché à maintenir secret leur arme. En fait, il apparait que le but n’était pas de dissuader les américains mais plutôt de calmer les ardeurs des leaders politiques et des militaires soviétiques :

"So why was the US not informed about Perimeter? Kremlinologists have long noted the Soviet military’s extreme penchant for secrecy, but surely that couldn’t fully explain what appears to be a self-defeating strategic error of extraordinary magnitude.

The silence can be attributed partly to fears that the US would figure out how to disable the system. But the principal reason is more complicated and surprising. According to both Yarynich and Zheleznyakov, Perimeter was never meant as a traditional doomsday machine. The Soviets had taken game theory one step further than Kubrick, Szilard, and everyone else: They built a system to deter themselves.

By guaranteeing that Moscow could hit back, Perimeter was actually designed to keep an overeager Soviet military or civilian leader from launching prematurely during a crisis. The point, Zheleznyakov says, was "to cool down all these hotheads and extremists. No matter what was going to happen, there still would be revenge. Those who attack us will be punished.""

De l’auto-contrôle digne de Thomas Schelling

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De l’avantage évolutionnaire de l’excès de confiance

Il est relativement bien connu que lorsque l’on interroge des automobilistes, la très grande majorité se considére comme étant un meilleur conducteur que le conducteur moyen… ce qui est statistiquement impossible. Ce résultat et bien d’autres corroborent l’idée qu’en général les individus ont tendance à faire preuve d’un excès de confiance dans leurs propres capacités. Les chercheurs Dominic Johnson et James Fowler ont construit un modèle évolutionnaire dans cet article qui montre qu’un biais cognitif conduisant les individus à surestimer leurs propres capacités est avantageux sur un plan évolutionnaire lorsque l’incertitude est prononcée et plus les ressources en jeu sont en quantité importante. On peut également trouver un résumé accessible de l’article ici.

Le résultat est évidemment très intéressant pour l’économiste dans la mesure où il est aisé de voir les risques systémiques liés à une population composée d’individus dont le comportement est biaisé par un excès de confiance. Le point le plus important est que l’excès de confiance est lié sur le plan évolutionnaire à l’incertitude. Si l’on considère que l’environnement économique (notamment sur les marchés financiers) est de plus en plus complexe et que cette complexité est de nature à accroitre l’incertitude, les implications ne sont pas très réjouissantes.  

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Les liens du matin (57)

* "Cinq regards sur la crises" – Le Monde

* "Nobel Prize Predictions" – Thomson Reuters

* "Retour vers le concours" – Mafeco

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REH under attack

Les économistes Roman Frydman et Michael Goldberg portent un nouveau coup aux modèles macro standards et à l’hypothèse d’anticipations rationnelles (Rational Expectations Hypothesis – REH) sur laquelle ils s’appuient. Les deux auteurs sont des récidivistes. Par ailleurs, et à l’encontre de la tendance actuelle, ils ne semblent pas voir non plus la salut dans l’approche comportementale. La thèse des auteurs est que la nture même des processus de marché fait qu’il est aberrant que les agents puissent former des anticipations rationnelles et qu’en conséquence construire des modèles sensés décrire le fonctionnement de l’économie en faisant l’hypothèse que les agents connaissent ces modèles est vain. Tout cela invalide de fait l’hypothèse d’efficience des marchés.

La position des auteurs est séduisante mais il y a au moins un point que me fait tiquer au niveau de leurs prescriptions. A la suite de la critique qu’ils développent, Frydman et Goldberg indique que les prix sur les marchés financiers peuvent énormément fluctuer sans qu’il soit possible de dire s’ils s’écartent ou non de leur "bon" niveau. En règle générale, lorsque ces fluctuations sont peu importantes, l’Etat n’a pas à intervenir ; en revanche, quand elles deviennent trop fortes, il faut que le régulateur mette en place des mesures pour les limiter ces fluctuations. Je me pose alors une question : comment fait-on pour déterminer que les fluctuations sont trop importantes si l’on ne dispose pas d’un étalon de mesure ou d’un point de repère permettant de penser qu’une bulle spéculative peut se former (ce que fournie par exemple l’approche comportementale) ? A l’hypothèse d’anticipations rationnelles, Frydman et Goldberg me semblent avoir substitué celle de super-régulateur omniscient. Pas sûr que l’on gagne en réalisme.

Bon sinon, ça n’a rien à voir (quoique…) mais je ne peux pas m’empêcher de pointer ce magnifique article de Richard Posner qui se découvre sur le tard des affinités keynésiennes. Notez notamment comment Posner questionne la théorie du choix rationnel, celle sur laquelle est bâtie toute la Law&Economics dont il est l’une des têtes d’affiche.  

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La force de l’excuse

Etonnant résultat trouvé par quatre économistes dans cet article dont voici le résumé :

"After an unsatisfactory purchase, many firms are quick to apologize to customers. It is, however, not clear why they should do that. As the apology is costless, it should be regarded as cheap talk and thus ignored by the customer. In this paper, we test in a controlled field experiment whether apologizing influences customers’ subsequent behavior. We find that apologizing yields much better outcomes for the firm than offering a monetary compensation".

Les auteurs ne trouvent pas d’explication évidente pour ce résultat. Mon intuition est qu’il y a quelque chose qui se rapproche des problèmes de motivation intrinsèque/motivation extrinsèque : une firme qui opterait pour un dédommagement monétaire conduit son client à raisonner sur un plan purement monétaire et, dans ce cas, le risque est grand que le dédommagement soit perçu comme insuffisant par le client. A l’inverse, on se contentant de présenter ses excuses, la firme ne permet pas au client de faire une estimation quantitative du dédommagement. D’autres idées ?

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Crise financière et performativité des énoncés

J’aimerais revenir sur une notion qui a déjà, par le passé, passionné les lecteurs de ce blog : celle de performativité des énoncés. Celle-ci désigne l’idée selon laquelle la science économique, plus que de simplement décrire le monde, l’influence dans sa construction et son évolution.

Dans son dernier livre (au sujet duquel on trouvera une note de lecture ici), André Orléan considère que la crise financière est

« l’occasion d’observer la puissance performative de la théorie économique, c’est-à-dire son aptitude à transformer la réalité. Loin de réduire son ambition à comprendre ce qui est, la théorie économique s’y découvre également, et peut-être même avant tout, comme étant une force qui construit le monde. » (p. 57)

Si nous considérons, à la suite de Kenneth Boulding (dont CH avait déjà parlé ici) 1) l’information qu’il contient comme l’unité ontologique propre à tout système social, en tant que celle-ci est à la fois « le produit de son passé et le déterminant de son évolution future », 2) que les agents utilisent une partie de cette information pour agir, alors toute émission d’informations par la science économique conditionne les comportements des agents.

Dans le cadre de la crise financière, Orléan souligne l’importance de la diffusion de la croyance relative à l’efficience du marché au sein du mouvement d’aveuglement au désastre (dont il reprend l’expression à Minsky), croyance provenant tout droit de la science économique et venant justifier l’évolution du marché du crédit bancaire vers une plus grande liquidité (via la titrisation) :

« Notons que ce projet de grande envergure possède, dans la théorie de l’efficience, un atout maître. En effet, celle-ci lui apporte une armature intellectuelle d’une grande cohérence et d’une grande richesse. Nous verrons d’ailleurs que son rôle a été considérable : elle inspire les réformes, elle élabore les raisons susceptibles de convaincre et elle fournit les techniques d’évaluation nécessaires au fonctionnement des marchés. » (p. 53)

Toutefois, et c’est un point important, Orléan s’empresse de préciser que ce mouvement n’est pas seul à l’origine de cette évolution, il en est même plutôt un amplificateur qu’un initiateur. En effet, sans perspective de gains, il est évident que les agents ne se seraient pas lancés dans un tel processus :

« Certes l’appât du gain a été un puissant moteur, mais cela n’aurait pas suffi. Il a fallu davantage. Il a fallu la croyance en l’efficience des marchés. Il a fallu cette convergence d’intérêts et de convictions pour rendre possible cette exceptionnelle transformation qu’a connue le système financier » (p. 58)

J’ajouterai cependant, pour reprendre la conclusion de CH dans ce précédent billet sur la performativité, que « les idées contribuent à aiguiller les intérêts ». En effet, l’intérêt des agents à la titrisation trouve sa source dans l’émergence d’une autre croyance (fortement liée à celle d’efficience des marchés) : celle d’un retournement de la courbe risque / gain, retournement qu’a laissé entrevoir la titrisation. C’est d’ailleurs une des idées que développe Frédéric Lordon dans son livre sur la crise (très proche de celui d’Orléan à bien des égards).

D’un point de vue général, la notion de performativité semble trouver sa place dans l’ensemble des analyses de la crise qui refusent les explications en termes d’irrationalité des agents pour se diriger vers une explication axée autour du fonctionnement normal des marchés financiers : le but n’y est pas de déceler la valeur fondamentale d’un actif mais de se conformer à une croyance collective (ce qu’Orléan nomme l’auto-référentialité). CH me paraît tout à fait dans cette lignée (voir ici).

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Les liens du matin (56)

* "Do not discount what you cannot measure" – John Kay, The Financial Times

* "Do governments affect spending?" – Chris Dillow

* "Measuring what matters" – The Economist

* "The Anarchy of Success" – William Easterly

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