Ce blog prend quelques vacances bien méritées qui viennent ponctuer sa première saison complète. Retour prévu vers le 15 août. En attendant, bonnes vacances ou bon courage pour ceux qui travaillent.
Archives Mensuelles: juillet 2009
Déterminisme technologique et institutions
Dans un intrigant billet, l’excellent Chris Dillow souligne les points de convergence entre l’analyse économique marxiste et la théorie économique standard d’une part, et l’économie comportementale d’autre part. Je n’ai pas grand chose à dire sur le deuxième aspect si ce n’est que c’est effectivement très intéressant. Le premier aspect est tout aussi intéressant. Comme cela est bien connu, toute la théorie marxiste est basée sur le matérialisme historique qui débouche sur une forme de déterminisme technologique, comme cela apparait dans cette citation de Marx : “The mode of production of material life conditions the general process of social, political and intellectual life”. Autrement dit, les forces productives déterminent les rapports de production, selon la "thèse de la primauté" telle qu’elle a été formulé par le philosophe Gerald Cohen dans sa réinterprétation de Marx à l’aide des outils de la philosophie analytique. Dillow considère que l’on retrouve une forme similaire de déterminisme technologique dans la théorie standard.
C’est très intéressant et c’est vrai à bien des égards. Effectivement, la technologie contribue à modifier la structure des incitations à partir de laquelle les individus font leurs choix. Cela dit, au contraire de la théorie marxiste (? – je ne suis pas marxologue, peut être que je me trompe), l’analyse économique moderne (dans ses nombreuses déclinaisons) n’en reste pas à ce déterminisme technologique et essaye de le dépasser. La prise en compte du rôle des institutions est évidemment primordiale ici. Il y avait quelques temps, j’avais d’ailleurs proposé un cadre analytique sur la relation technologie/institutions, avec deux idées principales : d’une part, l’évolution des institutions est en partie indépendante de l’évolution technologique et d’autre part, les institutions contribuent elles-mêmes à définir la structure d’incitation. Sur le premier point, la relation institution/technologie est en fait dialectique. Clairement, l’évolution technologique peut contribuer à modifier les institutions. Par exemple, l’émergence de nouveaux moyens de contraception a clairement fait évoluer l’institution familiale. En même temps, les normes sociales et les règles formelles contribuent à déterminer 1) l’usage de la technologie existante et 2) le rythme du changement technique. Par ailleurs, parfois, les institutions peuvent faire état d’une forte inertie même face à un changement technique, comme en atteste par exemple la difficile évolution du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle face au développement d’internet.
Le second point renvoie quant à lui à la question de l’importance respective des facteurs institutionnels, technologiques et géographiques dans le développement économique. Sur cette question, l’analyse économique a fait quelques progrès notamment grâce aux contributions d’Acemoglu, Johnson et Robinson (voir aussi ce court document en français) qui ont montré que les facteurs institutionnels semblaient primordiaux pour expliquer la "richesse des nations". Bref, s’il serait évidemment bien mal venue d’ignorer le poids de la technologie ou des variables naturelles (ressources naturelles, climat, etc.) dans le développement économique, il ne faut pas pour autant verser dans le réductionnisme bête et méchant. Le rôle des institutions est au moins tout aussi important.
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Robert Frank sur Smith et Darwin
Robert Frank considère que ce n’est pas Smith, mais Darwin, qui nous offre la meilleure métaphore pour comprendre les phénomènes économiques :
"Smith is celebrated for his “invisible hand” theory, which holds that when greedy people trade for their own advantage in unfettered private markets, they will often be led, as if by an invisible hand, to produce the greatest good for all. The invisible hand remains a powerful narrative, but after the recent economic wreckage, skepticism about it has grown. My prediction is that it will eventually be supplanted by a version of Darwin’s more general narrative — one that grants the invisible hand its due, but also strips it of the sweeping powers that many now ascribe to it.
(…)
The central theme of Darwin’s narrative was that competition favors traits and behavior according to how they affect the success of individuals, not species or other groups. As in Smith’s account, traits that enhance individual fitness sometimes promote group interests. For example, a mutation for keener eyesight in hawks benefits not only any individual hawk that bears it, but also makes hawks more likely to prosper as a species.
In other cases, however, traits that help individuals are harmful to larger groups. For instance, a mutation for larger antlers served the reproductive interests of an individual male elk, because it helped him prevail in battles with other males for access to mates. But as this mutation spread, it started an arms race that made life more hazardous for male elk over all. The antlers of male elk can now span five feet or more. And despite their utility in battle, they often become a fatal handicap when predators pursue males into dense woods.
In Darwin’s framework, then, Adam Smith’s invisible hand survives as an interesting special case. Competition, to be sure, sometimes guides individual behavior in ways that benefit society as a whole. But not always".
En fait, Frank invoque Darwin pour défendre une thèse dont il avait déjà souligné l’importance ailleurs : le fait que dans le domaine économique les performances sont toujours relatives, ce qui est de nature à encourager une "course à l’armement". Frank avait appliqué ce raisonnement pour expliquer la crise financière et l’utilise également pour recommander la mise en place d’une taxe sur la consommation ostentatoire. Tout ça est très bien et vrai, mais bon l’historien de la pensée qui sommeil en moi ne peut s’empêcher de faire remarquer à l’auteur (qui ne le remarquera pas puisqu’il ne me lit pas) qu’invoquer les figures de Smith et de Darwin pour défendre cette thèse était non seulement pas indispensable, mais en plus plutôt faux.
Concernant Smith et la métaphore de la main invisible, tout lecteur régulier du blog de Gavin Kennedy aura compris qu’il ne faut pas comprendre cette métaphore comme un mécanisme général à l’oeuvre dans l’économie qui apporte abondance et prospérité. De plus, si on doit comprendre de manière adéquate l’idée de main invisible, qui est similaire à celle d’ordre spontané, on ne peut lui attacher aucune idée d’optimalité ou désirabilité. Parfois, la "main invisible" peut déboucher sur la ségrégation ethnique. Concernant Darwin, il n’est pas tout à fait exact de dire que les traits qui favorisent les individus ne favoriseront pas nécessairement le groupe. Enfin, c’est vrai mais c’est plus compliqué dans la mesure où tous les cas de figure sont possibles. On peut notamment avoir l’inverse, des traits défavorisant l’individu mais favorisant le groupe, comme dans le cas de la sélection de groupe, dont Darwin pensait qu’elle avait joué un rôle dans l’émergence de la morale chez l’Homme. Plus fondamentalement, si le darwinisme et plus généralement la théorie de l’évolution ont des choses à apporter aux sciences sociales, c’est certainement pour d’autres raisons. Les lecteurs réguliers de ce blog l’auront compris…
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L’analyse coûts/bénéfices et les problèmes environnementaux
En lien avec ce précédent billet, intéressante discussion nuancée de Robert Stavins sur l’apport de l’analyse coûts/bénéfices aux problèmes environnementaux. La conclusion est plutôt positive :
"From these eight principles, we concluded that benefit-cost analysis can play an important role in legislative and regulatory policy debates on protecting and improving the natural environment, health, and safety. Although formal benefit-cost analysis should not be viewed as either necessary or sufficient for designing sensible public policy, it can provide an exceptionally useful framework for consistently organizing disparate information, and in this way, it can greatly improve the process and hence the outcome of policy analysis".
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Quand la biologie et l’économie convergent
Alfred Marshall avait en son temps estimé que la Mecque des économistes devait être la biologie. Mais, aujourd’hui, ne serait-ce pas l’inverse ? C’est en tout cas ce que l’on peut se demander quand on prend connaissance des dernières découvertes en biologie évolutionnaire, comme par exemple cette étude sur l’émergence de la règle du " à tour de rôle" chez plusieurs espèces animales :
"Using evolutionary game theory and computer simulations, Professor Colman and Dr Browning discovered a simple variation of "tit for tat" that explains how turn-taking can evolve in organisms that pursue their individual self-interests robotically.
The researchers state: "Turn-taking is initiated only after a species has evolved at least two genetically different types that behave differently in initial, uncoordinated interactions with others. Then as soon as a pair coordinates by chance, they instinctively begin to play ‘tit for tat’. This locks them into mutually beneficial coordinated turn-taking indefinitely. Without genetic diversity, turn-taking cannot evolve in this simple way."
Professor Colman added: "In our simulations, the individuals were computer programs that were not only dumb and robotic but also purely selfish. Nevertheless, they ended up taking turns in perfect coordination. We published indirect evidence for this in 2004; we have now shown it directly and found a simple explanation for it. Our findings confirm that cooperation does not always require benevolence or deliberate planning. This form of cooperation, at least, is guided by an ‘invisible hand’, as happens so often in Darwin’s theory of natural selection."
Si on se souvient que Darwin lui-même avait trouvé son inspiration en lisant Smith et Malthus et que la théorie des jeux évolutionnaires a été initalement importé en biologie… de l’économie, il n’est finalement pas étonnant que la biologie retrouve des résultats qui sont pour le moins standard en économie.
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Le paradoxe de l’épargne en action
Paul Krugman revient sur le fameux paradoxe de l’épargne et indique que le phénomène est en train de se matérialiser aux Etats-Unis. Evidemment, les données qu’il nous fournit ne prouvent pas que c’est bien ce mécanisme typiquement keynésien qui est la cause de la baisse de l’épargne globale.
Sur le paradoxe de l’épargne, on peut aussi lire ce billet.
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Développement, démocratie et violence
(Via Marginal Revolution) Très intéressante discussion dans la Boston Review autour du dernier ouvrage de Paul Collier, War, Guns, and Votes. Dans son article, Paul Collier reprend certaines des idées qu’il développe dans son livre concernant notamment la nécessité d’une intervention internationale pour garantir la tenue d’élections régulières dans les pays du "bottom billion", c’est à dire les 60 pays les plus pauvres de la planète. Comme Collier l’explique dans ce podcast, l’une des thèses de son ouvrage est que l’organisation d’élections ne suffit évidemment pas à transformer un pays en démocratie. Un équilibre institutionnel est nécessaire pour dissuader le recours à la violence ou la fraude électorale. La thèse de Collier est que les pays les plus pauvres ne peuvent mettre en oeuvre cet équilibre car leur population est trop diverse sur les plans ethniques et religieux mais qu’en même temps ces Etats sont économiquement trop petits pour produire certains biens publics : Lire la suite
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L’honneur est-il irrationnel ?
Quelque chose me dit que Dan Ariely est en train de concocter une de ses expérimentations dont il a le secret. Vous pouvez lui envoyer un mail pour obtenir des chapitres additionnels de son ouvrage Predictably Irrational paru l’an passé. Le point intéressant, c’est que l’envoi des chapitres est uniquement basé sur la confiance :
"After discussing this idea with HarperCollins, my publisher, we decided to try an honor system for distributing the extra material".
Le procédé est fondé sur l’idée que les individus ont un certain sens de l’honneur et que par conséquent seuls ceux qui ont acheté l’ouvrage demanderont les chapitres additionnels. Cela me rappelle un peu le modèle d’équité de Matthew Rabin : si vous croyez que l’autre va coopérer alors qu’il est dans son intérêt de ne pas le faire, et que vous pensez que son choix est guidé par un sens de l’équité ou de la justice, alors si vous-même vous possédez un tel sens, vous serez à votre tour conduit à coopérer alors que ce n’est pas matériellement le choix le plus intéressant. La seule différence, c’est que dans le modèle de Rabin l’autre joueur peut observer votre choix et on peut donc s’attendre à ce que votre coopération soit autant dictée par l’anticipation du jugement de l’autre que par votre sens de l’équité intrinsèque. Ici Ariely ne saura pas si avez triché. Alors, vous trichez ou pas ?
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Changement climatique et analyse économique
Robert Murphy propose un intéressant article sur l’économie du changement climatique. L’auteur part du principe que le changement climatique est une réalité et qu’il est lié à l’activité humaine, mais montre que même dans ce cas toutes les mesures ne sont pas justifiables sur un plan économique. L’article aborde différents thèmes clés que par exemple le problème du choix du "bon" taux d’actualisation. Murphy (comme Nordhaus) considère que ce taux est donné par le marché sous la forme du rendement des investissements. Stern, dans son rapport, a quant à lui fait ses estimations à partir d’un taux de 0%, ce qui revient à considérer que le bien être des population futures doit avoir autant de valeur que le notre. En fait, le choix du bon taux d’actualisation est autant un problème économique que philosophique. Je ferai juste remarquer que la position de Murphy et Nordhaus (appliquer comme taux d’actualisation les rendements présents des investissements) est basée sur l’hypothèse que ces rendements seront constant dans le temps. J’en connais certains qui contesteraient sérieusement cela.
Le reste de l’article est également intéressant, avec la question de l’incertitude et de l’aversion au risque et aussi une appréciable introduction d’une dose de public choice, ce qui ne pousse d’ailleurs pas à l’optimisme :
"Most of the theoretical benefits of government intervention assume worldwide and consistent enforcement of the policies. But if, say, China exempts key domestic industries, or if the world relaxes the controls due to a severe recession in, say, 2045, then much of the modeled benefit would disappear. To the extent that there are any gaps in worldwide enforcement, greenhouse gas emitters will have an incentive to relocate their operations to unregulated jurisdictions. (In the literature on global warming, this phenomenon is called "leakage.") Even if countries representing half of current global emissions suddenly banned all operations tomorrow, therefore, the long-run reduction in global emissions would not be halved. Further, if there were a temporary respite granted because of an economic downturn, emitters would rush to exploit the gap, just as businesses would concentrate their activities if Congress granted a one-year income tax amnesty. Years of steady progress in curbing emissions could be for naught if major governments relaxed the emission controls in a moment of political weakness".
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Lectures recommandées : mise à jour
Juste pour signaler que j’ai effectué une petite mise à jour dans les "lectures recommandées".
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Richard Thaler défend l’économie comportementale
Richard Thaler défend la cause de l’économie comportementale. Extrait :
"Some critics contend that behavioral economists have neglected the obvious fact that bureaucrats make errors, too. But this misses the point. After all, wouldn’t you prefer to have a qualified, albeit human, technician inspect your aircraft’s engines rather than do it yourself?
The owners of ski resorts hire experts who have previously skied the runs, under various conditions, to decide which trails should be designated for advanced skiers. These experts know more than a newcomer to the mountain. Bureaucrats are human, too, but they can also hire experts and conduct research".
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Note de lecture : "Violence and Social Orders", de D. North, J. Wallis et B. Weingast
Comme promis, voici une note de lecture sur l’ouvrage Violence and Social Orders, de Douglass North, John Wallis et Barry Weingast. North est l’un des principaux représentants de l’économie institutionnelle moderne, à l’origine d’importantes contributions sur le rôle des institutions dans le processus du développpement économique. Il faut noter que la perspective de North a considérablement évoluée : dans les années 60 et 70, North adopte un cadre d’analyse très standard avec l’idée que les institutions sont des moyens de coordination efficients créés par les individus pour surmonter l’incertitude. Progressivement, et notamment à partir des années 90, North va faire évoluer son cadre d’analyse, insistant de plus en plus sur l’importance dans l’histoire des institutions inefficientes et remettant considérablement en cause la théorie du choix rationnel. Dans un ouvrage de 2005, North souligne la nécessité de comprendre comment les individus forment leurs croyances et de manière plus générale l’influence de ce qu’il appelle "l’idéologie" sur les comportements. Selon lui, cela nécessite notamment de s’appuyer sur les apports des sciences cognitives. North s’est associé ici avec un économiste, John Wallis, et un politologue, Barry Weingast, tout deux impliqués de longue date dans des travaux associant des analyses historiques approfondies et des analyses théoriques plus ou moins en termes de théorie des jeux. Lire la suite
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Le constructivisme ça marche, la preuve par la révolution française
Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon Johnson et James Robinson présentent sur Vox (donc, dans un langage clair et accessible pour tout le monde) les résultats d’une étude empirique dont j’avais déjà parlé il y a quelques temps. Les auteurs indiquent que l’expérience de la révolution française puis des conquête de l’empire napoléonien tend à montrer que des réformes imposées, lorsqu’elles sont suffisamment radicales, peuvent être implémentées et produire de "bons résultats". Voilà qui remet en cause l’idée typiquement hayékienne que le changement institutionnel ne peut se faire que de manière incrémentale et décentralisée. Attention toutefois, il s’agit d’un travail purement empirique portant sur un cas historique bien identifié. Toute tentative de généralisation s’avère donc périlleuse.
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Vices et vertus de l’interconnexion
Avec un peu de retard (l’article date du 14 juin), je met en lien cet article de Duncan Watts qui développe une perspective complémentaire à l’argument du "too big to fail" concernant le système financier. La thèse de Watts est que le problème n’est pas tant l’existence d’institutions financières de taille trop importante que le développement ces dernières décennies d’un réseau financier très complexe induisant un risque systémique :
"Answering these questions properly requires us to grapple with what is called "systemic risk." Much like the power grid, the financial system is a series of complex, interlocking contingencies. And in such a system, the biggest risk of all – that the system as a whole might fail – is not related in any simple way to the risk profiles of its individual parts. Like a downed tree, the failure of one part of the system can trigger an unpredictable cascade that can propagate throughout the entire system.
It may be true, in fact, that complex networks such as financial systems face an inescapable trade-off – between size and efficiency on one hand, and global stability on the other. Once they have been assembled, in other words, globally interconnected and integrated financial networks just may be too complex to prevent crises like the current one from reoccurring".
Le développement d’un réseau de plus en plus complexe a évidemment des avantages : circulation accrue de l’information, accroissement des capacités de traitement de cette information, meilleure résilience (par une meilleure distribution des risques), etc. Mais les dangers sont tout aussi évident, à commencer par les effets de cascades (voir notamment l’idée de tipping point, ou effet de seuil) que l’on retrouve dans n’importe quel système complexe : un phénomène localisé peut engendrer une réaction en chaîne et affecter l’ensemble du système via une propagation par les différents noeuds. Evidemment, plus les noeuds sont interconnectés, plus la propagation se fera rapidement. L’autre gros problème est celui de la complexité. Plus le réseau est dense, plus il difficile pour les membres de ce réseau d’anticiper les phénomènes systémiques. Dans le cas des marchés financiers, si évaluer les risques était possible pour un acteur individuel, cela devenait beaucoup plus compliqué dès lors que cet acteur devait également prendre en compte les risques liés aux autres acteurs.
Watts propose un moyen de prévenir les risques systémiques en essayant d’évaluer ex ante la fragilité de certaines connexions dans le réseau en raison du poids trop important ou de la position trop centrale de certains acteurs :
"An alternate approach is to deal with the problem before crises emerge. On a routine basis, regulators could review the largest and most connected firms in each industry, and ask themselves essentially the same question that crisis situations already force them to answer: "Would the sudden failure of this company generate intolerable knock-on effects for the wider economy?" If the answer is "yes," the firm could be required to downsize, or shed business lines in an orderly manner until regulators are satisfied that it no longer poses a serious systemic risk. Correspondingly, proposed mergers and acquisitions could be reviewed for their potential to create an entity that could not then be permitted to fail".
L’idée est intéressante mais comme toujours se pose la question des critères et des méthodes de mesure par lesquels on va pouvoir évaluer si un acteur induit un risque pour le réseau dans son ensemble ou non. Sean Safford sur Orgtheory.net pose une autre bonne question : le problème pour un réseau est-il d’être trop vulnérable à un choc localisé pouvant se propager ou plutôt d’être trop complexe de sorte que les acteurs (et éventuellement ceux qui surveillent le système) ne peuvent prendre des décisions proches de l’optimalité ? La réponse que l’on donne a cette question a des implications sur les mesures à prendre.
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Le secret pour réussir sa thèse d’économie ? Avoir un bureau !
Dans la livraison de mai de l’American Economic Review, figure un article qui étudie les facteurs favorisant la réalisation de thèses d’économie en moins de 5 ans. L’une des conclusions est la suivante :
"Avoiding situations where no first-year students have access to office space seems to be important for degree completion, and might be singled out as the most obvious policy change that we could recommend for those programs that do not currently provide space for at least some first-year economics PhD students".
Les universités françaises (plus exactement les différents départements) qui ne mettent pas de bureau à disposition de leurs doctorants feraient bien de retenir la leçon… surtout à l’heure où on assiste à un processus délirant de raccourcissement de la durée des thèses d’autant plus injuste pour les doctorants qu’il se développe de manière très inégalitaire sur le territoire. Quand on se présente avec son dossier devant le CNU, les rapporteurs ne cherchent pas nécessairement à savoir si le néo-docteur a eu le malheur de voir son école doctorale lui mettre la pression pour soutenir sa thèse dans des délais impossibles pour préserver les beaux ratios à présenter au ministère. D’ailleurs, cet article m’apprend qu’aux Etats-Unis la durée des PhD est de 5 ans. Il faut dire qu’on nous bourre tellement le mou pour nous faire comprendre que 3 ans c’est la norme.
Pour le retse, l’article est décevant puisqu’en fait les auteurs n’arrivent pas à expliquer grand chose :
"But, in the end, it appears that many considerations unique to individual students and faculty that we cannot measure—such as ambition, motivation, persistence, organizational skills, the creativity of students, and interest in students’ success as well as mentoring and motivational skills among graduate faculty—matter more than the myriad characteristics we were able to measure, which collectively account for less than 15 percent of the variation in completion among students".
C’ets déjà bien de le reconnaitre…
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