La théorie autrichienne du cycle, un programme de recherche régressif ?

C’est en tout cas la thèse de cet article assez bien documenté et assez précis dans sa critique. Quelques extraits :

« (…)

At the time it was put forward, the Mises-Hayek business cycle theory was actually a pretty big theoretical advance. The main competitors were the orthodox defenders of Says Law, who denied that a business cycle was possible (unemployment being attributed to unions or government-imposed minumum wages), and the Marxists who offered a model of catastrophic crisis driven by the declining rate of profit.

Both Marxism and classical economics were characterized by the assumption that money is neutral, a ‘veil’ over real transactions. On the classical theory, if the quantity of money suddenly doubled, with no change in the real productive capacity of the economy, prices and wages would rise rapidly. Once the price level had doubled the previous equilibrium would be restored. Says Law (every offer to supply a good service implies a demand to buy some other good or service) which is obviously true in a barter economy, was assumed to hold also for a money economy, and therefore to ensure that equilibrium involved full employment

The Austrians were the first to offer a good reason for the non-neutrality of money. Expansion of the money supply will lower (short-term) interest rates and therefore make investments more attractive.

There’s an obvious implication about the (sub)optimality of market outcomes here, though more obvious to a generation of economists for whom arguments about rational expectations are second nature than it was 100 years ago. If investors correctly anticipate that a decline in interest rates will be temporary, they won’t evaluate long-term investments on the basis of current rates. So, the Austrian story requires either a failure of rational expectations, or a capital market failure that means that individuals rationally choose to make ‘bad’ investments on the assumption that someone else will bear the cost. And if either of these conditions apply, there’s no reason to think that market outcomes will be optimal in general.

(…)

The modern Austrian school has tried to argue that the business cycle they describe is caused in some way by government policy, though the choice of policy varies from Austrian to Austrian – some blame paper money and want a gold standard, others blame central banks, some want a strict prohibition on fractional reserve banking while others favour a laissez-faire policy of free banking, where anyone who wants can print money and others still (Hayek for example) a system of competing currencies.

Rothbard (who seems to be the most popular exponent these days) blames central banking for the existence of the business cycle, which is somewhat problematic, since the business cycle predates central banking. In fact, central banking in its modern form was introduced in an attempt to stabilise the business cycle. The US Federal Reserve was only established in 1913, after Mises had published his analysis.

(…)

To sum up, the version of the Austrian Business Cycle Theory originally developed by Hayek and Mises gives strong reasons to think that an unregulated financial system will be prone to booms and busts and that this will be true for a wide range of monetary systems, particularly including gold standard systems. But that is only part of what is needed for a complete account of the business cycle, and the theory can only be made coherent with a broadly Keynesian model of equilibrium unemployment. Trying to tie Austrian Business Cycle Theory to Austrian prejudices against government intervention has been a recipe for intellectual and policy disaster and theoretical stagnation« .

Quelques commentaires plus bas sur l’ABCT et sur la question plus générale du caractère régressif des programmes de recherche hétérodoxes.

Cet article me semble mettre en avant trois points critiques dans la l’ABCT : l’absence d’une théorie de la formation du chômage involontaire (ce qui explique que, paradoxalement, les perspectives autrichiennes et (post) keynésiennes puissent parfois se compléter), le problème du concept de rationalité implicite qui est sous-jacent à l’analyse (soit les agents sont myopes, soit les agents sont rationnellement incités à se comporter en « passager clandestin »), et surtout le saut logique lorsque l’on passe des résultats positifs de la théorie aux conclusions normatives que les autrichiens en tirent. Sur ce dernier point, plusieurs difficultés surgissent : les fluctuations économiques sont antérieures au système monétaire et financier actuel et il n’y a pas de raison de penser qu’un autre système (free-banking ou étalon-or sans réserves fractionnaires) serait plus stable.

Pour rappel, j’avais également de mon côté proposé une critique. J’avais pour ma part remarqué deux problèmes majeurs : comme dans cet article, il me semblait que la conception de la rationalité sous-jacente à l’ABCT est problématique. La tentative de réinterpréter l’ABCT via la théorie des jeux ne résoud pas tous les problèmes (voir cet article par exemple). L’autre problème (que la réinterprétation par la théorie des jeux résoud partiellement) a trait selon moi à la conception de la politique monétaire et de l’offre de monnaie, qui dans l’ABCT est vu comme un paramètre exogène. Si c’est une hypothèse qui serait acceptable dans un régime d’étalon-or (avec par exemple la découverte d’une importante quantité d’or), elle ne l’est pas dans une économie capitaliste où le processus de création monétaire est endogène.

De manière plus globale, il me semble que l’article de John Quiggin met le dogit sur le point qui fait mal : l’ABCT est un programme de recherche régressif au sens de Lakatos, c’est à dire qu’il ne parvient pas à expliquer de faits nouveaux et ne résoud pas les problèmes empiriques et théoriques qui l’affectent. Malheureusement, de nombreux programmes hétérodoxes sont dans la même situation. Le pourtant « austrian-friendly » Nicolai Foss considère que le programme de recherche autrichien est dans son ensemble régressif (voir ici, première note de bas de page, ou ). Je dirais la même chose du programme de recherche institutionnaliste américain (que je connais mieux) qui, s’il existe toujours, à peine à produire de nouveaux travaux empiriquement ou théoriquement novateurs. Le fait que ces courants continuent de multiplier les références à leurs pères fondateurs ne peut pas s’expliquer uniquement par l’intérêt que ces approches accordent à l’histoire de la pensée. Je ne parle même des courants marxistes qui continuent de s’enferrer dans la valeur travail… Heureusement, de nouveaux outils théoriques et de nouvelles perspectives méthodologiques (agent-based model, narration analytique, économie de la complexité, économie comportementale, etc…) voient le jour et offrent l’opportunité à ces programmes de recherche de se renouveler… en même temps qu’elles modifient en profondeur l’état de l’art de la discipline.  

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70 Commentaires

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70 réponses à “La théorie autrichienne du cycle, un programme de recherche régressif ?

  1. elvin

    Pas le temps d’analyser jusqu’au bout, mais ça commence mal !
    D’abord les âneries habituelles sur la « loi de Say », qu’apparemment personne n’a pris le temps de lire dans le texte. Puis le vieux bobard « Both Marxism and classical economics were characterized by the assumption that money is neutral », ce qui est tout le temps répété mais archi-faux.
    Trop d’erreurs en deux paragraphes ! Si ça ne venait pas de Rationalité Limitée, j’arrêterais tout de suite la lecture, considérant que son auteur est un ignorant qui ne sait pas de quoi il parle.

  2. C.H.

    Concernant la « loi de Say », l’auteur ne fait il me semble que reprendre l’interprétation qui en a été faite dans les années 20. Peut-être que cette interprétation était erronée (je vous fais confiance), mais elle était dominante. Sinon, je suis sceptique sur l’idée que la monnaie serait un voile chez les classiques et Marx, mais je ne suis pas assez qualifié pour juger. Maintenant, ces deux points ne sont pas centraux dans l’argumentation.

  3. Gu Si Fang

    Je suis très déçu par cet article aussi, désolé. Quelques remarques en vrac :

    Les anticipations rationnelles (Lucas, Cowen) sont parfois utilisées pour critiquer l’ABCT, parce qu’elles montrent que la politique monétaire n’est pas aussi efficace – et donc pas aussi nuisible – qu’on pourrait le penser. Il y a du vrai, mais ce n’est pas pour autant une défense de la politique monétaire. De plus, Mises introduit dès 1943 une idée qui équivaut aux anticipations rationnelles.

    L’approche post-keynésienne de Minsky et al. a beaucoup de points communs avec l’ABCT. Les deux écoles concluent qu’une économie basée sur une monnaie plus ou moins « élastique » est instable. Les autrichiens en déduisent que la création monétaire est la source du problème. Mais pas Minsky, qui estime qu’elle est indispensable pour avoir une économie capitaliste dynamique – sauf qu’il ne donne pas d’argument à l’appui.

    Contrairement à ce qu’écrit l’auteur de l’article, Rothbard n’attribue pas les cycles à la Fed, et le fait qu’il y ait eu des cycles avant la création de la Fed ne « prouve » rien puisque la création monétaire était déjà possible avant 1913. La Fed a juste aggravé le phénomène.

    Ce qui reste à mon avis de la théorie keynésienne des cycles c’est que la demande de monnaie augmente en période de crise : les gens thésaurisent. Mais au lieu de voir là une catastrophe naturelle capable d’engloutir l’économie, justifiant que l’on stimule la demande par tous les moyens, il faut tout simplement dire qu’en l’absence de cycle ces fluctuations massives de la demande de monnaie n’existeraient pas.

    Quant à la théorie des cycles réels, elle n’a que la rigidité des prix à laquelle se raccrocher. C’est bien peu pour justifier une planification centralisée de la monnaie et de la banque. D’autant que le modèle de prix flexibles auquel on se réfère est le modèle walrasien… Si l’on devait nationaliser tous les marchés qui ne satisfont pas les hypothèses de ce modèle on aurait du pain sur la planche!

    Quelle est la conclusion de l’ABCT? Pas de cours légal ni de monopole du monnayage; pas de réserves fractionnaires pour les comptes de dépôt. Application de la liberté des échanges et des contrats, et du droit de propriété dans le domaine de la monnaie et de la banque. En un mot : du bon sens. Personne n’a jamais vu ni démontré la possibilité théorique d’un cycle avec ces ingrédients. Est-ce régressif? Quelque par, oui. Mais on s’en tape! ;-)

  4. elvin

    @C.H.

    Je me suis toujours demandé pourquoi ce qu’a écrit Say avait besoin d’être « interprété ». « l’achat d’un produit ne peut être fait qu’avec la valeur d’un autre » et « un produit terminé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour tout le montant de sa valeur. », c’est clair non ? Et ça n’a rien à voir avec les fantasmes que Marx et Keynes ont appelés « loi de Say ». Pauvre Jean-Baptiste !

    « ces deux points ne sont pas centraux dans l’argumentation. » Peut-être, mais quand un article commence par deux conneries de cette taille, ça rend hyper-méfiant quant à la suite. Comme je disais, il faut bien que ce soit vous pour que je le lise.

  5. C.H.

    « Les anticipations rationnelles (Lucas, Cowen) sont parfois utilisées pour critiquer l’ABCT, parce qu’elles montrent que la politique monétaire n’est pas aussi efficace – et donc pas aussi nuisible – qu’on pourrait le penser. Il y a du vrai, mais ce n’est pas pour autant une défense de la politique monétaire. De plus, Mises introduit dès 1943 une idée qui équivaut aux anticipations rationnelles« .

    De mon point de vue, le problème ici n’est pas de savoir si l’hypothèse d’anticipations rationnelles soit une défense ou non de la politique monétaire. Le problème de l’ABCT est qu’elle repose sur l’hypothèse que les entrepreneurs sont totalement myopes et naïfs, ce qui est une hypothèse clairement pas raisonnable. Je viens de trouver un texte de Bryan Caplan qui dit les choses bien mieux que je ne pourrais les formuler :

    « Why does Rothbard think businessmen are so incompetent at forecasting government policy? He credits them with entrepreneurial foresight about all market-generated conditions, but curiously finds them unable to forecast government policy, or even to avoid falling prey to simple accounting illusions generated by inflation and deflation. Even if simple businessmen just use current market interest rates in a completely robotic way, why doesn’t arbitrage by the credit-market insiders make long-term interest rates a reasonable prediction of actual policies? The problem is supposed to be that businessmen just look at current interest rates, figure out the PDV of possible investments, and due to artificially low interest rates (which can’t persist forever) they wind up making malinvestments. But why couldn’t they just use the credit market’s long-term interest rates for forecasting profitability instead of stupidly looking at current short-term rates? Particularly in interventionist economies, it would seem that natural selection would weed out businesspeople with such a gigantic blind spot. Moreover, even if most businesspeople don’t understand that low interest rates are only temporary, the long-term interest rate will still be a good forecast so long as the professional interest rate speculators don’t make the same mistake.

    It should be noted that other Austrians, particularly Roger Garrison, attempt to handle the expectational objection. Garrison astutely notes that « [M]acroeconomic irrationality does not imply individual irrationality. An individual can rationally choose to initiate or perpetuate a chain letter… Similarly, it is possible for the individual to profit by his participation in a market process that is – and is known by that individual to be – an ill-fated process. »[50] This is definitely a possible scenario. But does it make sense in this particular case? It does not. Naturally, entrepreneurs will not turn down lower interest rates. Rather, the rational response to artificially low interest rates is to (a) make investments which will be profitable even though interest rates will later rise, and (b) refrain from making investments which would be profitable only on the assumption that interest rates will not later rise. If entrepreneurs followed this rule, then there would be no tendency for policy reversals to produce malinvestments« .

    http://www.gmu.edu/departments/economics/bcaplan/whyaust.htm

  6. C.H.

    Edit : les autres critiques de Caplan dans ce texte me semblent également très forte.
    Je précise par ailleur un point : ce qui est en jeu ici n’est pas la suppression de la banque à réserve fractionnaire (il y a plein d’arguments pour et contre) mais de savoir si l’ABCT offre une interprétation satisfaisante des cycles et crises économiques. Selon moi, il y a clairement trop de problèmes et d’anomalies théoriques pour que ce soit le cas.

  7. Gu Si Fang

    « Le problème de l’ABCT est qu’elle repose sur l’hypothèse que les entrepreneurs sont totalement myopes et naïfs »

    N’exagérons rien. Elle repose sur le fait que des changements de prix induisent des changement de comportement des entrepreneurs. Mais bien sûr si l’entrepreneur est capable de faire la part entre les variations de prix dues à l’inflation et celles dues à la demande des consommateurs, il peut en tenir compte. Peut-il pour autant éliminer complètement le « bruit » de la politique monétaire? C’est une question pertinente traitée ici par exemple :

    http://mises.org/story/2673

    On ne peut pas simultanément affirmer que les marchés sont intrinsèquement instables, que les prix d’actifs sont des bulles prêtes à se gonfler et à se dégonfler au moindre souffle des esprits animaux, et dans la même phrase expliquer que les entrepreneurs sont si clairvoyants qu’ils arriveront à discerner les vrais prix, les valeurs fondamentales, même lorsque la planche à billets tourne à plein régime. Comme cela, les marchés fonctionnent – ou bien ne fonctionnent pas – selon les nécessités de l’argument? Choisis ton camp, camarade!

  8. C.H.

    En ce qui me concerne, je n’adhère pas à la thèse des « esprits animaux ». Il me semble avoir développé pas mal de fois ici que l’on pouvait expliquer l’instabilité des marchés financiers tout en supposant que les agents sont rationnels (problème d’asymétrie d’information, problème de gouvernance, etc.). Du reste, l’économie s’emploie à montrer depuis 30 ans comment des comportements rationnels engendrent des défaillances de marché. Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il faut ignorer ce que raconte l’économie comportementale.

    Pour en revenir à l’ABCT, son problème c’est qu’elle est floue sur son hypothèse de rationalité. Les entrepreneurs font-ils des erreurs *systématiques* ? Si oui, il faut expliquer pourquoi. Si leurs erreurs ne sont pas systématiques, alors le mécanisme décrit par l’ABCT ne fonctionne plus, sauf si on se tourne vers l’explication à base de théorie des jeux. Mais comme l’indique Caplan, cela ne résoud que très partiellement le problème.

    Et puis, je dois dire qu’un point supplémentaire me dérange : y’a-t-il une littérature empirique liée à l’ABCT hormis les quelques écrits de Rothbard qui sont pour moi trop partials pour être pris au sérieux ? Je ne parle pas des écrits de Selgin ou White sur la monnaie mais de travaux qui cherchent spécifiquement à tester l’ABCT, à chercher à réfuter ses prédictions y compris de manière quantitative. Je n’en connais pas. Y’en a-t-il ?

  9. Gu Si Fang

    Ci-dessous une bibligraphie contenant quelques travaux empiriques sur l’ABCT.

    On peut ajouter un volet économie expérimentale : les expérience de Vernon Smith montrent que – oui! – des bulles sans création monétaire apparaissent en laboratoire sur les marchés d’actifs; mais ces bulles auto-entretenues disparaissent lorsque le jeu est répété un petit nombre de fois. Je ne sais pas s’il a fait des expériences avec création monétaire.

    Sur le plan historique, Anna Schwartz déclarait dans une interview récente au WSJ : « If you investigate individually the manias that the market has so dubbed over the years, in every case, it was expansive monetary policy that generated the boom in an asset. »

    J’ai pensé un moment que la tulipmania était l’exception qui confirme la règle. Mais ce n’est même pas sûr, cf. la thèse de PhD de Doug French : « Early speculative bubbles and increases in the money supply » dirigée par Rothbard. Le chapitre 3 est intitutlé « Free coinage, the bank of Amsterdam, and tulipmania ». Plus récemment (2006), il a écrit un article « The Dutch monetary environment during tulipmania »

    Bibli :

    Block, Walter and Robert P. Murphy. Unpublished. « Testing Austrian
    Business Cycle Theory? A Rejoinder to Andrew T. Young »

    Butos, William N. (1993). « The Recession of 1990 and Austrian Business Cycle Theory: An Empirical Perspective, » Critical Review, 7:2/3, 277-306.

    Callahan, Gene; and Garrison, Roger W. (2003). Does Austrian Business
    Cycle Theory Help Explain the Dot-com Boom and Bust? Quarterly Journal
    of Austrian Economics 6(2): 67-98.

    Carilli, Anthony M., Gregory M. Dempster and Henrik Rasmussen.
    Unpublished. « Is Austrian Business Cycle Theory Still Relevant? »

    Hughes, Arthur M. 1997. « The Recession of 1990: An Austrian
    Explanation. » Review of Austrian Economics 10(1): 107-123.

    Keeler, James P. 2001. Empirical Evidence on the Austrian Business Cycle
    Theory. » Review of Austrian Economics. Vol. 14, No. 4, pp. 331-351

    Montgomery, Michael R. 2006. « Austrian Persistence? Capital-based
    Business Cycle Theory and the Dynamics of Investment Spending. » Review
    of Austrian Economics 19(1): 17-45.

    Mulligan, Robert. 2002. « A Hayekian Analysis of the Term Structure of
    Production, » Quarterly Journal of Austrian Economics 5(2): 17-33

    Mulligan, Robert.2005. « The Austrian Business Cycle: a Vector
    Error-correction Model with Commercial and Industrial Loans, » Journal of
    Private Enterprise Fall, 22(1): 51-91

    Mulligan, Robert. 2006. « An Empirical Examination of Austrian Business
    Cycle Theory, » Quarterly Journal of Austrian Economics 9(2): 69-93

    Powell, Benjamin (2002). Explaining Japan’s Recession. Quarterly Journal
    of Austrian Economics 5(2): 35-50.

    Wainhouse, Charles E. 1984. « Empirical Evidence for Hayek’s Theory of
    Economic Fluctuations, » in Barry N. Siegel, ed. Money in Crisis: the
    Federal Reserve, the Economy, and Monetary Reform. Cambridge, MA:
    Ballinger Publishing Co., pp. 37-71.

    Young, Andrew T. 2005. « Reallocating labor to initiate changes in
    capital structures: Hayek revisited. » Economics Letters. Vol. 89, No. 3,
    pp. 275-282

  10. elvin

    1. la seule hypothèse de rationalité que font les théories autrichiennes (du cycle ou d’autre chose) est que les acteurs économiques utilisent leur raison pour agir. Mais elle admet qu’ils puissent se tromper, et que leur raison leur dicte des actions différentes à des moments différents.
    2. dans le cas du cycle, l’hypothèse est qu’un grand nombre d’entrepreneurs prennent à tort comme argent comptant (c’est le cas de le dire) les signaux que leur envoient les autorités monétaires.

  11. C.H.

    @GSF :
    Merci pour ces références. Je ne manquerai pas d’y jeter un oeil.

    @elvin :
    Précisément, c’est une hypothèse contestable et qui ne peut dans tous les cas aucunement prétendre au statut d’axiome. D’où la nécessité de tester empiriquement les « résultats » de l’ABCT.

    Edit : j’ajoute que l’hypothèse d’anticipations rationnelles admet tout à fait que les agents puissent faire des erreurs. Ce qu’elle n’admet pas, c’est que ces erreurs soient systématiques.

  12. elvin

    @C.H.
    Ce n’est pas un axiome, c’est un constat. Et c’est donc l’hypothèse la plus vraisemblable. C’est en tous cas celle que font les autorités monétaires, sinon elles ne manipuleraient pas les taux d’intérêt.

  13. J-E

    Je me suis souvent demandé pourquoi la théorie autrichienne pouvait compter sur les propagandistes les plus acharnés du Web. Ceux-ci ne devraient-ils pas penser qu’un ordre spontané émerge dans la science économique, de même que dans la sphère politique qui n’a nul besoin de tous les think tanks, lobbys et groupes de pression en tous genres qui se réfèrent souvent n’importe comment à Hayek ou Mises pour réclamer moins d’impôts ou le retour à l’étalon-or (croisade dont l’intérêt aussi bien matériel que symbolique m’a toujours échappé) ? Je serais curieux d’en apprendre davantage sur le parcours et les motivations d’elvin et Gu Si fang, qui par ailleurs (et de manière tout à fait typique, comme soulevé également pas C.H.) répondent bien aux questions d’histoire de la pensée afin de disqualifier le propos de l’article et contourner la vraie question posée par C.H., et qui fait mal : y a-t-il des éléments pour montrer que la théorie autrichienne n’est pas un paradigme régressif (merci de m’apporter une réponse synthétique et de ne pas me dire « évidemment que c’est pas régressif, cf. cinquante articles non publiés que je n’aurai jamais le temps de lire) ?

  14. elvin

    « Je serais curieux d’en apprendre davantage sur le parcours et les motivations d’elvin » dit J-E.

    puisque ça l’intéresse:
    – polytechnicien
    – j’ai travaillé longtemps en entreprise à des postes de réflexion stratégique et de direction
    – j’ai cherché à comprendre les bouleversements de la structure industrielle, notamment dans l’informatique dans les années 1980-2000
    – pour ça, j’ai exploré la littérature économique sans y trouver grand’chose d’utile, et j’en ai déduit que l’économie a décidément un problème avec l’entreprise
    -je me suis alors demandé pourquoi cette difficulté, et je me suis du coup intéressé à l’épistémologie, à la méthodologie et donc à l’histoire de la pensée économique
    – j’ai trouvé (tout à fait par hasard au bout de plusieurs années) les réponses à mes interrogations dans la pensée autrichienne, à commencer par Mises
    – je suis convaincu depuis lors que répandre cette pensée, et donc combattre le « mainstream », est une oeuvre de salubrité publique (ça pour mes motivations)

    et si vous voulez vraiment en savoir plus long sur moi : http://gdrean.perso.sfr.fr/

  15. J-E

    J’ai triché, je vous connaissais déjà.
    Et alors, synthétiquement, que retire-t-on de fondamental de la lecture de von Mises qui fait du paradigme autrichien qu’il n’est pas régressif ? (en fait c’était surtout la réponse à cette question qui m’intéressait) ?
    Et pourquoi les meilleures théories économiques ne se distinguent-elles pas spontanément des autres sans que de saints apôtres descendent du Mont Pélerin faire « oeuvre de salubrité publique » ?

  16. elvin

    Je vais tricher à mon tour.

    « A progressive research programme is marked by its growth, along with the discovery of stunning novel facts, development of new experimental techniques, more precise predictions, etc. A degenerating research program is marked by lack of growth, or growth of the protective belt that does not lead to novel facts. » (Wikipedia, article Lakatos)

    Si on s’en tient à la caractéristique « growth », le PR autrichien a (hélas) longtemps été « régressif », mais j’ai bien l’impression qu’il reprend du poil de la bête. Mais comme je le disais dans un autre post, c’est un jugement sur les préférences de la communauté des économistes, qui ne dit strictement rien sur la valeur de vérité des thèses sous-jacentes. Donc, désolé, je n’essaierai pas de m’appuyer sur Mises (qui savait très bien à quel point il était minoritaire) pour vous convaincre que le paradigme autrichien n’est pas régressif. S’il l’est, je le déplore.

    En revanche, je dis que le paradigme « mainstream » n’est pas « progressive » : il domine, d’accord (mais j’ai l’impression qu’il est de plus en plus attaqué) , mais il ne conduit ni à la découverte de « stunning novel facts », ni à des prédictions plus précises (et j’ajouterai confirmées par les faits).

    Donc, progressif ou régressif, on s’en fout ! Il faut regarder la substance des paradigmes ou des PR et pas seulement les juger à leur cote de popularité.

  17. Gu Si Fang

    Oups! Je retire ce que j’ai écrit, l’économie autrichienne n’est pas régressive au sens de Lakatos.

    Voici une définition glanée chez John Losee et ailleurs :

    « According to Lakatos, a scientific research program consists of a central core of axioms and principles and an evolving collection of auxiliary hypotheses adopted in the course of applying the core. The central core is taken to be inviolable by those working within the research program.

    « The theory (core) must continue to make original predictions which are in fact confirmed. This is termed a « progressive problem shift » (in other words, the theory is progressive).

    But if all that happens is that ad hoc hypotheses are continually being required to prevent new observations from condemning the theory, without the theory making new and true predictions on its own, then the theory is said to be in a « regressive problem shift » (the theory is regressive). »

    Il y a deux caractéristiques qui ne collent pas :
    1) On n’ajoute pas de nouvelles hypothèses ad’hoc dans les théories autrichiennes « à la Mises ». Chez Hayek, j’y vois moins clair.
    2) Lakatos s’intéresse aux sciences empiriques et je vois pas comment appliquer la distinction progressive/régressive aux théories a priori.

  18. Gu Si Fang

    Pour revenir aux tests empiriques, voici un numéro de la RFE consacré à l’économie autrichienne. Il y a un bon article qui applique une méthode économétrique à une série longue pour « tester » l’ABCT.

    Les auteurs sont Francis Bismans et Christelle Mougeot (Nancy). Le reste du numéro parle de V.Smith et l’économie comportementale, l’analyse contrefactuelle, et plein de choses intéressantes.

    http://dl.free.fr/o7R5rxE8y

  19. J-E

    Je suis mal placé pour faire un cours sur Lakatos mais son concept de progressivité n’a rien à voir avec le fait de savoir si une théorie est « à la mode » ou non, on ne demande pas que le volume des publications croisse beaucoup parce que beaucoup d’économistes travaillent sur le sujet, mais que la théorie développe de nouvelles propositions. Donc on ne se fout pas du tout de savoir si une théorie est progressive ou non, une théorie régressive est une théorie qui n’apporte absolument rien à la compréhension de la réalité mais essaie juste constamment de se sauver elle-même de nouvelles observations empiriques en contradiction avec la théorie (et ne me dites pas que les observations sont toujours d’accord avec les Autrichiens, ce serait encore plus mauvais signe).

    Un critère nécessaire (mais non suffisant) pour que la théorie autrichienne ne soit pas régressive serait donc qu’elle ait développé des propositions théoriques qui ne se retrouvent pas chez Hayek, Mises & co. Bref, que savez-vous d’autrichien que ne savait pas Hayek ? J’attends toujours un exemple.

    Il faut vraiment être de très mauvaise foi pour affirmer comme Elvin que la théorie mainstream n’a pas fait de nouvelles prédictions. On assiste au contraire à plein de mouvements progressifs au sens de Lakatos. Un exemple concret (j’attends ceux sur la théorie autrichienne) : dans les années 1950 le fait qu’on observe plusieurs prix pour un même bien est vu comme réfutant la théorie marshallienne. Pour la défendre, George Stigler (en 1961) développe une théorie permettant d’expliquer ce fait tout en restant dans le cadre marshallien (d’ailleurs il s’inspire beaucoup de Hayek 1937). Il « sauve » le paradigme. Dix ans plus tard, cet article donne naissance à un foisonnement de nouveaux travaux qu’on appellera « économie de l’information » (d’ailleurs en contradiction totale avec les idées de Stigler), dont il faut vraiment être borné pour considérer qu’elle n’apporte pas de prédictions nouvelles.

    Elvin est effectivement très peu lakatien en estimant qu’ « Il faut regarder la substance des paradigmes », c’est à dire pas leurs résultats. De mon point de vue le paradigme autrichien repose effectivement sur des hypothèses séduisantes et une vision de l’économie qui me plaît beaucoup. C’est cependant un programme de recherche suicidaire, en ce qu’il amène vite à considérer qu’en fait on ne peut pas dire grand chose de l’économie, et encore moins prédire quoi que ce soit. A ce titre c’est nécessairement un paradigme régressif, dont les tenants n’ont pas appris grand chose depuis les pères fondateurs, tandis que les tenants du « mainstream » d’aujourd’hui sont à des années lumière de ceux des années 1950. Evidemment, pour le savoir il faut lire de la recherche mainstream récente et ne pas s’arrêter à Samuelson et Arrow-Debreu, comme le font 99% des critiques de l’éco mainstream.

    De l’autre côté l’économie « mainstream » propose une vision de l’économie à laquelle je souscris nettement moins, mais les hypothèses faites permettent de dériver énormément de résultats très vite (sans doute trop), sur lesquels il faudrait peut-être se renseigner avant de déclarer que le mainstream n’apporte rien. A ce titre au moins c’est un paradigme progressif, mais qui repose sur des hypothèses simplificatrices extrêmes. Le problème est alors de savoir comment on doit interpréter les résultats des modèles (avec prudence en tout cas), mais généralement on apprend quand même quelque chose.

    Enfin il me semble que l’éco mainstream est au contraire l’exemple rêvé de paradigme progressif (l’éco néoclassique est d’ailleurs il me semble l’un des grands exemples des lakatiens avec la physique théorique), mais elle illustre très bien aussi en quoi ce critère n’est pas entièrement satisfaisant sur le plan épistémologique. L’ensemble des résultats théoriques progresse très vite, mais beaucoup paraissent également très peu robustes.

  20. elvin

    @J-E

    « Une théorie régressive est une théorie qui n’apporte absolument rien à la compréhension de la réalité mais essaie juste constamment de se sauver elle-même de nouvelles observations empiriques en contradiction avec la théorie »
    c’est exactement ce que je pense de 95% de la théorie mainstream. Il ne suffit pas de « dériver des résultats », surtout pas « très vite ». Encore faut-il que ces « résultats » aient un rapport avec la réalité.

    Je suis tout à fait heureux de constater que le théorie mainstream, pour « se sauver elle-même de nouvelles observations empiriques en contradiction avec la théorie », retrouve (à grands frais), et même quelquefois en s’inspirant de Hayek (!!!), ce que les Autrichiens, et avant eux les classiques, ont toujours su et dit. Votre exemple de Stigler et de l’économie de l’information est encourageant.

  21. Trouvé chez Tyler Cowen :

    How many Austrian economists does it take to screw in a lightbulb?

    All of them. First, Ludwig von Mises has to screw the bulb in personally. Then the rest of the Austrian economists have to spend the next 80 years writing about what a good job he did.

  22. J-E

    Pour Lakatos qu’une théorie essaie de se sauver elle-même est normal, une théorie qui n’est jamais réfutée est une théorie sans contenu testable. Ce que demande Lakatos c’est qu’en se « sauvant » elle développe de nouvelles prédictions, qu’elle « progresse ».

    Dites-moi où chez von Mises je peux trouver la théorie du salaire d’efficience, que j’aille voir.

    Mais je n’espérais pas vous convaincre, je vous soupçonne d’avoir votre propre vision complètement fantasmatique de ce qu’est la théorie mainstream, que vous vous gardez bien d’aller lire.

    Par ailleurs j’attends toujours (pour la troisième fois) des exemples de proposition autrichiennes récentes qui ne se bornent pas à une répétition de von Mises ou Hayek.

  23. C.H.

    @ Mathieu P. :
    Excellent. J’en ai trouvé une autre sur un autre site : « Combien faut-il d’économistes autrichiens pour changer une ampoule ? On ne sait pas, il est impossible de faire des prévisions quantitatives » :-)

    @GSF :
    La distinction science empirique/science a priori me parait très très problématique. Il n’y a que les maths qui peuvent revendiquer le statut de science a priori. Ou alors, la praxéologie est très très très loin de ce qu’ont pu apporter les mathématiques à la connaissance. Par ailleurs, je le dit et le répète : l’ABCT *n’est pas* une construction a priori, son hypothèse de rationalité ne pouvant pas être considéré comme un axiome.

    Sinon, je confirme ce qu’a dit J-E : la progressivité d’un PRS ne se mesure pas au nombre de publications ou autre critères de ce genre, mais à sa capacité à expliquer des faits nouveaux sans l’introduction d’hypothèses ad hoc. Mais effectivement, le PRS autrichien a un problème de construction de ce point de vue : comment peut-on faire progresser un PRS quand on estime possible d’élaborer un système théorique auto-suffisant par introspection et déduction sans avoir ensuite à soumettre cette théorie à l’épreuve des faits ? Ce qui est ironique, c’est que c’est un économiste autrichien qui a le plus mis en garde les économistes contre les prétentions excessives du rationalisme. Vraiment ironique.

  24. elvin

    @J-E

    Pourquoi diable voudriez-vous trouver chez Mises la théorie du salaire d’efficience ? Pourquoi pas la théorie de l’équilibre général ou celle de la paupérisation du prolétariat, pendant que vous y êtes ?

    Pour les propositions autrichiennes récentes, je vous renvoie au numéro de la RFE dont GSF donne la référence dans un précédent post.

  25. J-E

    Vous dites :
    « Je suis tout à fait heureux de constater que le théorie mainstream, pour “se sauver elle-même de nouvelles observations empiriques en contradiction avec la théorie”, retrouve (à grands frais), et même quelquefois en s’inspirant de Hayek (!!!), ce que les Autrichiens, et avant eux les classiques, ont toujours su et dit. Votre exemple de Stigler et de l’économie de l’information est encourageant. »

    Je m’attends donc légitimement à ce que la théorie du salaire d’efficience, qui est un acquis relativement récent de la théorie mainstream, soit déjà chez von Mises ou chez les classiques. Sinon c’est bien que la théorie mainstream a progressé via la « défense » du paradigme par Stigler, comme je le prétends.

    Je n’ai pas le temps de lire un numéro entier sur les autrichiens, qui à tous les coups va discuter de von Mises et Hayek. Je m’attendais à ce qu’avec votre expertise vous soyez capable de m’asséner rapidement quelques découvertes autrichiennes récentes et fracassantes, qu’avec mon pauvre bagage d’économiste mainstream je suis incapable de concevoir. J’en serais ainsi transfiguré et converti.
    Parce que de mon côté je suis capable de trouver de tels exemples simples dans la théorie mainstream. Par exemple la proposition suivante :
    si un acheteur et un vendeur ont tous deux de l’information privée sur un objet, il n’existe aucune façon d’organiser l’échange de sorte à être sûr que le propriétaire final de l’objet sera celui qui lui accorde la plus grande valeur (Myerson Satterthwaite 1983).
    Proposition intéressante puisqu’elle montre assez clairement les limites de l’échange marchand, et qu’on ne trouve pas chez les économistes mainstream antérieurs ni, à ma connaissance, chez les autrichiens.

  26. Gu Si Fang

    @ J-E

    L’exemple de Myerson Satterthwaite est intéressant. On se place par hypothèse dans un cas où les échangeurs ne peuvent pas réaliser un échange efficace. Soit ils le font et ils risquent de se tromper, soit ils n’échangent pas. D’où l’intérêt de concevoir un mécanisme (état? tiers de confiance? notaire? banque?) qui rendre la transaction possible.

    Qu’écrivent Myerson et Satterthwaite : « [we] show the general impossibility of ex post efficient mechanisms without outside subsidies. »

    Que disent les Autrichiens face à une telle situation : il y a un échange potentiellement créateur de valeur, mais on ne peut pas le faire à deux. Il y a donc une opportunité de profit pour un entrepreneur.

    D’un côté vous avez les interventionnistes qui vous disent « Aha! vous voyez bien que le marché ne peut pas fonctionner ici! » et en face les pro-marché (autrichiens ou pas) qui répondent « Eh si! » Dialogue de sourds…

    L’arrivée de l’entrepreneur change les hypothèses du théorème (à condition qu’il trouve une manière de résoudre le problème posé par cette situation particulière). C’est justement là que réside l’opportunité de profit. Et ce cas de figure me semble très répandu. Je n’ai pas accès à l’article complet (suis preneur à gusifang (at) gmail). Merci d’avance!

  27. C.H.

    Juste pour faire remarquer que John Quiggin a l’air d’apprécier notre discussion puisqu’il l’a mit en lien à la suite de son billet :

    http://johnquiggin.com/index.php/archives/2009/05/03/austrian-business-cycle-theory/

    Les commentaires sous son billet sont également intéressants puisque d’authentiques économistes autrichiens interviennent…

  28. J-E

    La question ici n’est pas de savoir qui des Autrichiens ou du mainstream a raison sur le plan de l’économie de l’information, mais simplement de donner un exemple fort concret de proposition mainstream intéressante et relativement récente, tandis qu’elvin se refuse toujours à me fournir un exemple similaire côté autrichien. Le but ultime étant ici de montrer que la théorie dominante est progressive et l’autrichienne non, ce qui encore une fois ne signifie pas que la première soit forcément supérieure à la seconde, mais juste que l’une a un présent voire un futur, quand l’autre a surtout un passé (il se peut très bien que Hayek et Mises soient le sommet indépassable de l’analyse économique même si ce n’est pas mon point de vue, mais reconnaissez que la théorie autrichienne n’a pas vraiment avancé depuis).

    Par ailleurs, pour Myerson et Satterthwaite, l’introduction d’un entrepreneur ne saurait résoudre magiquement le problème puisque par « mécanisme » il ne faut pas entendre régulation mais bien « tout et n’importe quoi qui change les incitations des agents ». Quand ils disent qu’aucun mécanisme ne peut garantir l’optimalité ex-post, cela veut bien dire qu’absolument rien ne peut le faire, sauf en présence de subventions extérieures (en l’occurrence, il faudrait que votre entrepreneur paye les gens pour les inciter à échanger, et on se demande ce qui lui l’y inciterait). C’est un des exemples, au demeurant assez rares, de résultat extrêmement robuste ne reposant absolument pas sur des hypothèses institutionnelles ou une quelconque tradition, qu’elle soit mainstream ou autrichienne. [Pour l'article, vous devriez l'avoir reçu]

  29. jean

    @C.H:
    Désolé de vous décevoir, mais le lien situé dans les commentaires du blog de John Quiggin est probablement automatique.
    C’est ce qu’on appelle un trackback ou un rétrolien: lorsque vous insérez un lien sur votre blog, ce dernier contacte la cible du lien et selon la configuration du blog-cible, le blog-cible crée un lien vers votre blog.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9trolien

    (Ce commentaire n’ayant que peu d’intérêt pour la présente discussion peut être effacé sans remords.)

  30. C.H.

    @jean :
    Non non. Je cite le billet de Quiggin :

    « Update : There’s a fascinating discussion linking to this post here. In French, but clear and simply written. Anyone with high school French and a familiarity with the issues should be able to follow the main points ».

    Le lien pointe vers ici. Un simple trackback n’aurait pas ramené 200 connexions de son site. par contre, c’est évidemment par le trackback qu’il a eu connaissance de ce billet.

  31. Gu Si Fang

    Je tente un parallèle très osé :

    En mathématiques, il existe une démarche consistant à chercher des preuves élémentaires de grands théorèmes.

    Un exemple historique célèbre est le « théorème des nombres premiers » dont la première preuve fait appel à des outils d’analyse complexe. C’est-à-dire que ce théorème découle des axiomes ultra-puissants de la théorie de ensembles; mais peut-on le prouver avec les axiomes plus faibles de l’arithmétique du premier ordre? C’est à ce genre de question que l’on s’attaque avec la recherche de preuves élémentaires.

    Il est intéressant de constater que la première démonstration du TNP a été analytique. Il a ensuite fallu un moment pour prouver qu’il existait une démonstration élémentaire. En 2001, dans sa thèse de logique, Olivier Sudac a même montré que le TNP était prouvable en utilisant l’arithmétique primitive récursive (là on va avoir du mal à faire mieux).

    Il ne faut pas pousser cette analogie trop loin, mais on peut cogiter à partir de cet exemple, sur le thème de la puissance des hypothèses, la chronologie des découvertes, la recherche de preuves, etc. La théorie néoclassique joue bien sûr le rôle de ZFC, et la théorie autrichienne le rôle l’arithmétique du premier ordre.

  32. elvin

    Je ne pouvais pas répondre hier soir, donc ce matin ya du boulot ! va falloir que je m’y reprenne en plusieurs fois

    D’abord pour J-E qui n’a pas le temps de lire un numéro entier sur les autrichiens (et moi alors, j’ai le temps de lire toute la littérature mainstream ?), voici à titre d’échantillon un extrait d’un article de la revue que je lui recommandais. J’ai même extrait les références pertinentes.

    En s’inspirant des contributions de Kirzner, un certain nombre de contributeurs (Foss [1997], loannides [1999], Dulbecco et Garrouste [1999], Witt [1999], ….) ont développé une conception entrepreneuriale de la firme dont l’originalité l’éloigne de celle de Knight. Sur le terrain cognitif, cette approche apporte nombre d’éléments nouveaux par rapport aux théories néo-institutionnalistes. Les caractéristiques de la fonction entrepreneuriale, telles qu’elles sont définies par les autrichiens, contribuent à éclairer des types de coûts non identifiés par les théories standard. Elles concourent ainsi à mieux expliquer les structures internes de la firme ainsi que leurs évolutions.
    On pourrait continuer avec la constitution, dans ces mêmes années, d’une « New Comparative Economies» (Boettke et al. [2005]), qui a grandement éclairé la nature des processus de transition dans les anciennes économies planifiées de l’Est. De manière plus large, avec la mise en évidence d’éléments culturels et institutionnels dans les processus de coordination, cette nouvelle approche permet de rendre compte d’une façon spécifique des contraintes qui entourent le champ du développement. Il s’agit de se donner les moyens de distinguer entre différents arrangements institutionnels à l’intérieur même du capitalisme et d’envisager la manière dont ces modes alternatifs déterminent la performance économique. On peut y voir aussi une application originale, au niveau sociétal, d’un ensemble d’outils et de concepts qu’on avait davantage l’habitude de trouver à l’intérieur de l’économie des organisations (Coase, Williamson… ).
    Citons aussi l’apparition d’une économie spatiale et urbaine autrichienne, qui s’est notamment organisée autour des travaux de Desrochers [1998, 2001], d’Ikeda [2004, 2007] ou encore d’Holcombe [2004]. L’intégration de la notion d’espace dans l’analyse économique nous entraîne loin de l’équilibre économique général, dont Mises et Hayek se sont démarqués très tôt. Mais bizarrement, la notion d’espace n’apparaît que rarement, pour ne pas dire jamais, sous la plume de ces auteurs. Les développements issus des travaux que nous venons de citer ont montré que les notions de territoire, de distance, doivent s’interpréter, non seulement en termes physiques, mais également en termes cognitifs et évolutionnistes. L’espace est alors placé à l’intérieur d’un champ d’analyse dont les autrichiens sont certainement les plus aptes, parmi les économistes contemporains, à rendre compte.
    Enfin, un dernier exemple de ces renouvellements que nous signalerons ici peut être trouvé dans la toute récente exploitation des travaux de psychologie théorique de Hayek (L’ordre sensoriel). La première publication de l’ouvrage date de 1952, mais son étude, qui nous ramène aux sources de la subjectivité et de l’ignorance, est restée bizarrement négligée jusqu’à l’aube des années 2000. Si la « redécouverte» de l’ouvrage contribue à l’extension du paradigme autrichien, en montrant que l’acteur n’est pas seulement en situation d’ignorance sur les autres, mais aussi sur lui-même (Aimar [2008a, 2008b]), il encourage, à travers l’exploration des processus psycho-sensoriels de la décision, à nous engager sur la voie d’une neuro-économie autrichienne.

    Références
    T. Aimar [2008a]: SelfIgnorance: Toward an Extension of Austrian Paradigm, The Review of Austrian Economics, 21 , n° l , pp. 23-43.
    T. Aimar [2008b] : Economie et psychologie, une réflexion autrichienne sur l’organisation de l’esprit, Revue française d’économie, XXII, pp. 189-222.
    P.1. Boettke, C. J. Coyne, P.T. Leeson et F. Sautet [2005]: The New Comparative Political Economy, The Review of Austrian Economics, 18, n° 3/4, pp. 281304.
    P. Desrochers [1998] : Geographical Proximity and the Transmission of Tacit Knowledge, The Review of Austrian Economics, 14, n° 1, pp. 25-46.
    P. Desrochers [2001] : A Geographical Perspective on Austrian Economics, The Quarterly Journal of Austrian Economics 1 (2), pp. 63-83
    P. Dulbecco et P. Garrouste [1999] Structure de la production et structure de la connaissance: éléments pour une théorie autrichienne de la firme, Revue économique, vol. 51, n° l, pp. 75-101.
    N. Foss [1997] : Austrian Insights and the Theory of the Firm, in Advances in Austrian Economics, 4, pp. 175-198.
    S. Ikeda [2004]: Urban Interventionnism and Local Knowledge, The Review of Austrian Economics, 17, n° 2/3, pp. 247-264.
    S. Ikeda [2007]: Urbanizing Economies, The Review of Austrian Economics, 20, n° 4, pp. 213-220.
    S. loannides [1999]: Towards an Austrian Perspective on the Firm, The Review of Austrian Economics, Il , n° 1/2, pp. 77-97.
    U. Witt [1999] : Do Entrepreneurs Need Firms ?A Contribution to a Missing Chapter in Austrian Economies, The Review of Austrian Economies, vol. Il, n° 1/2, pp. 99-109.

    Cela dit, c’est dommage de ne pas lire ce numéro de la RFE. IL contient pas mal de réponses à des questions posées sur ce blog, et permet de dissiper pas mal d’erreurs sur la tradition autrichienne.

    La suite au prochain numéro.

    • J-E

      Vu la façon dont vous condamnez la théorie mainstream sans appel, j’espérais que vous l’auriez lue, mais vous avouez vous-même que ce n’est pas le cas. Pour ma part je suis bien moins prompt à condamner la théorie autrichienne, je ne demande qu’à voir des résultats, merci de m’en fournir de bonne grâce.

      Nos positions me semblent de plus en plus irréconciliables, nous n’attendons pas manifestement la même chose d’une théorie économique. Pour moi Myerson-Satterthwaite est un résultat fort qui porte sur un vrai problème concret, tandis que vous préférez ne pas considérer le résultat en vous arrêtant à un problème de sémantique. On peut évidemment toujours rejeter n’importe quelle théorie en refusant toute conceptualisation, mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne façon de faire avancer la connaissance.

      D’un autre côté les travaux que vous présentez sont intéressants mais, pour autant que je puisse voir, il ne s’agit pas tant de résultats que de façons d’appréhender l’économie. Ce qui vous intéresse chez les premiers auteurs que vous citez, c’est qu’ils développent « une nouvelle conception entrepreneuriale de la firme », une nouvelle façon de la firme. Ce que j’aimerais savoir, c’est en quoi cette façon de voir permet-elle d’expliquer des faits que d’autres théories n’expliquent pas.
      Idem pour votre deuxième paragraphe, ces travaux semblent intéressants pour décrire ou appréhender la transition ou le développement, mais quid des résultats et des prédictions ? Où est l’équivalent d’une proposition simple à la Myerson Satterthwaite ?
      Idem encore pour l’économie géographique. je suis très heureux d’apprendre que les Autrichiens prennent en compte l’espace, mais qu’en retirent-ils ? La théorie « mainstream » est capable de l’appréhender aussi et donne plusieurs résultats précis, comme par exemple « la baisse des coûts de transport entre deux régions peut mener à un accroissement des inégalités économiques entre ces deux régions, mais conduira à une égalisation totale si les coûts de transport baissent jusqu’à être nuls. », les raisons de ces deux phénomènes étant précisément identifiées.

      De mon point de vue les sciences sociales doivent servir à comprendre quelque chose aux phénomènes sociaux, la théorie que je viens de citer permet bien de comprendre un phénomène précis. Dans ce que vous citez je vois pour l’instant surtout de la description.

      Votre « déconstruction » de Myerson Satterthwaite est assez caractéristique : vous vous arrêtez à un problème de description, voire de sémantique. Peut-être que la théorie autrichienne contient de vrais résultats nouveaux, mais manifestement ce n’est pas cela qui vous intéresse. Pour la théorie mainstream c’est parfois le contraire, la théorie des cycles réels propose des résultats fracassants sur la base de la description de la réalité la plus absurde que l’on puisse trouver en économie. Le premier extrême me semble improductif, le deuxième épistémologiquement peu défendable. Entre les deux il y a l’économie que j’estime à la fois productive et pas totalement infondée, dont vous ignorez tout faute de vous être jamais renseigné, parce que la production de connaissances nouvelles, qui nécessite de conceptualiser et de simplifier, ne vous intéresse pas.

      Enfin évitez dans un fil où vous atttaquez systématiquement la théorie mainstream d’avouer que vous n’en avez rien lu, ça ne fait pas très sérieux.

  33. elvin

    les deux exemples de J-E dans son post d’hier 3h59 illustrent à merveille les différences irréductibles entre l’attitude autrichienne et l’attitude mainstream.

    Commençons par Myerson et Satterthwaite.
    Pour moi (et je pense pour tout autrichien) leur proposition est une évidence tout à fait banale, même si elle peut demander quatre secondes de réflexion à un esprit un peu lent. Elle renvoie en effet à la conception de la valeur, qui pour les autrichiens est le résultat d’un acte de la pensée individuel et instantané, qui tient compte entre autres de ce que le sujet sait de l’objet évalué et de sa propre situation. Le résultat de cet acte de la pensée peut donc varier dans le temps : j’accorde à un objet une certaine valeur avant l’échange d’après ce que j’en sais, peut-être une autre après l’échange si je connais maintenant des informations que je n’avais pas avant, et peut-être encore une autre valeur quand j’utilise cet objet, pour la même raison (ou si ma situation a changé).
    Donc, dans la perspective autrichienne, la question même « existe-t-il une façon d’organiser l’échange de sorte à être sûr que le propriétaire final de l’objet sera celui qui lui accorde la plus grande valeur ? » n’a pas de sens (la plus grande valeur à quel moment ? et comment comparer les valeurs que deux personnes accordent à une même chose ?), et donc la réponse est dénuée d’intérêt.

    La vraie question pour un autrichien, c’est « pourquoi la proposition de Myerson et Satterthwaite est-elle considérée par les économistes mainstream comme un « résultat » (résultat de quoi d’ailleurs – j’aimerais bien lire l’article), et même un résultat « intéressant ». Qu’il soit « robuste », cent fois d’accord, mais la proposition « les culs-de jatte ne peuvent pas marcher » est tout aussi robuste. L’explication ne peut être qu’une différence profonde – de nature épistémologique – entre la conception autrichienne et la conception mainstream de l’économie.

    Une « déconstruction » analogue semble à vue de nez s’appliquer à la théorie du salaire d’efficience, mais je vous l’épargne…

  34. elvin : êtes vous vraiment incapable de voir l’intérêt du résultat de M-S ? Pourtant, si vous ne vous arrêtez pas à une question sémantique (celle de la valeur) pour comprendre ce que veut dire le concept, alors vous vous rendez compte que la valeur (au sens du modèle de M-S) peut être le profit que chacun pense pouvoir tirer du bien considéré (par exemple, un brevet). S’il existe une corrélation entre ce que chacun pense tirer du bien et ce qu’il en retirera ex post (ce qui semble raisonnable comme hypothèse), alors oui, on a envie d’allouer le bien à celui qui pense pouvoir en faire le meilleur usage.

    Loin d’enfoncer des portes ouvertes (et c’est là que le langage mathématique est utile : il évite de s’embourber dans des problèmes de terminologie), M-S fournit donc un résultat d’impossibilité important.

    Du coup, j’aimerais en savoir plus sur votre déconstruction du salaire d’efficience, puisque ce que vous dites sur M-S démontre, pour moi, que vous n’aviez pas compris ce résultat.

  35. elvin

    @Mathieu P

    entendons-nous bien : je ne conteste ni la vérité ni l’intérêt de ce que vous appelez « le résultat de M-S ». Je dis que pour quelqu’un qui est nourri de la tradition autrichienne, c’est une évidence banale qui ne mérite pas qu’on lui accole des noms d’auteurs.

    Sur le langage mathématique, je crois surtout comme Keynes qu’en « évitant de s’embourber dans des problèmes de terminologie », il permet surtout de ne pas trop se demander, et donc de ne pas savoir, de quoi on parle. « Too large a proportion of recent ‘mathematical’ economics are merely concoctions, as imprecise as the initial assumptions they rest on, which allow the author to lose sight of the complexities and interdependencies of the real world in a maze of pretentious and unhelpful symbols . » (Keynes, General Theory)

    Sur la théorie du salaire d’efficience, que dit-elle ? que dans certaines conditions, les employeurs ont intérêt à verser des salaires supérieurs aux « salaires de marché » qui résulteraient de l’équilibre général, et qu’il en résulte une baisse de l’offre d’emploi. Ca n’a évidemment de sens que pour les gens qui admettent la théorie de l’équilibre général, ce qui n’est pas le cas des autrichiens, pour qui cette théorie est donc sans objet.

    Que disent les autrichiens ? que les salaires sont fixés par la négociation entre le niveau minimum que les salariés demandent, qu’ils déterminent par des considérations qui leur sont propres, et le niveau maximum que les employeurs veulent bien payer, qui est de la même façon déterminé par des considérations propres aux employeurs, et que la théorie économique est par nature impuissante à prévoir le résultat de cette négociation. Ca peut être le « salaire d’efficience » ou ça peut être autre chose.

    Autrement dit, les autrichiens voient la théorie du salaire d’efficience comme une rustine sur la théorie de l’équilibre général, dont eux n’ont pas besoin. Je pense qu’on peut en dire autant de tout un tas de « résultats nouveaux » dont le mainstream est si fier.

    Cela dit, je suis curieux de lire le papier de M-S. Pouvez-vous me l’envoyer SVP?

    • J-E

      Intéressante théorie autrichienne du salaire : il est fixé de telle sorte que le travailleur veut bien travailler (mais on ne sait pas quel est ce niveau minimal) et que l’entreprise veut bien l’embaucher (mais on ne connaît pas ce niveau maximal). Autrement dit le salaire est on ne sait où entre deux bornes dont on ne sait rien. Cela illustre à merveille ce que je dis plus haut : vous êtes incapable d’énoncer quelque chose qui soit un résultat (par ailleurs je soupçonne de vrais chercheurs autrichiens d’avoir plus de choses à dire que vous sur le sujet). Et je n’ai pas l’impression que de votre théorie et de celle de Myerson-Satterthwaite la seconde soit la plus tautologique. Je vous envoie Myerson-Satterthwaite mais si vous refusez la notion de valeur je doute que vous alliez très loin.

  36. elvin : vous disiez plus haut qu’il s’agissait d’une évidence… mais sur des arguments faux (puisque faisant appel à une théorie de la valeur qui n’épuise en rien le cadre d’application de M-S). Que penser alors d’une méthodologie où on met ainsi en avant des « évidences » fondées sur des erreurs manifestes de raisonnement ? J’ajouterais que parler d’évidence dans un domaine pareil est à tout le moins naïf : on sait depuis un bout de temps que l’évidence d’une époque est essentiellement la somme de ses préjugés. Comme celle voulant que le Soleil tourne autour de la Terre, ou que les Noirs soient inférieurs aux Blancs. Bref, l’évidence, c’est d’abord quelque chose qu’il faut prouver très précisément. Ce en quoi vous échouez concernant le résultat de M-S, puisque vous ne le démontrez que dans un cas très particulier (celui d’un échange en vue d’une consommation finale).

    En outre, je persiste à croire que vous n’avez pas compris le résultat ni son enjeu. Il remet en effet en cause la possibilité d’avoir des marchés efficaces, ce qui va à l’encontre de tout ce que dit l’école autrichienne. Est-ce vraiment quelque chose de si évident pour la pensée autrichienne ? Je n’en suis pas certain.

    Concernant Keynes, vous retombez dans l’ornière dont je vous gardais dans mon précédent message : celle de juger de la recherche contemporaine avec les opinions d’auteurs morts depuis un demi-siècle. Si vous voulez critiquer la recherche contemporaine, alors apprenez à la connaître.

    Le papier de M-S est disponible à l’adresse suivante :

    http://ideas.repec.org/p/nwu/cmsems/469s.html

  37. elvin

    d’abord je dois dire que j’apprécie énormément ce débat, qui me donne l’occasion de nourrir et d’articuler mes idées. Mais je ne suis pas si sûr qu’il ne fasse pas profondément ch… une majorité de bloggeurs. Enfin, tant qu’aucun gendarme du blog ne nous arrête…

    Plus ça va, et plus je me rends compte que nos positions de départ sont éloignées et en effet irréconciliables.

    Imaginez une école de pensée qui proposerait une théorie physique à partir de l’hypothèse que les particules élémentaires éprouvent des sentiments, raisonnent, calculent et choisissent leur destin. Auriez vous vraiment envie de lire la suite de leurs travaux ? Oui par curiosité, et pour voir si par hasard ils n’arriveraient pas à des résultats intéressants. C’est ce que j’ai fait avec l’économie « mainstream », dont j’ai lu beaucoup plus que vous ne le pensez. Et plus je lisais, plus je me demandais pourquoi tant de gens brillants s’intéressent à cette école de pensée. Mon interprétation est que c’est un exercice intellectuel passionnant, mais du même genre que les échecs ou le sudoku. Je ne reprocherai jamais à personne d’aimer ça, mais désolé, ça n’est pas ma tasse de thé; je préfère d’autres divertissements. Donc oui je le confesse humblement, j’ai arrêté depuis un certain temps de lire les productions du mainstream, de la même façon que je ne lis pas les traités de sudoku ni d’échecs dont certains font leur passion. Je ne rechigne quand même pas à une dose de Baumol ou de Marshall de temps en temps, mais Debreu ou Stiglitz, ou Krugman, ou leurs disciples, non. Je passe peut-être à côté de merveilles, mais tant pis.

    En revanche, quand je suis tombé sur une école de pensée qui me paraît crédible, j’en suis devenu un ardent propagandiste, même si elle est très minoritaire et qu’elle produit moins d’énoncés pompeusement appelés « résultats ».

    Je suis bien conscient que tout ça ne concerne que moi, mais je crois que c’est quand même représentatif d’une position autrichienne disons pure et dure. Et puis je suis sommé de m’expliquer, et yen a qui me reprochent quelquefois de me défiler et qui chantent alors victoire, alors…

    Mais amha, nous sommes dangereusement entrés dans la zone des rendements décroissants.

  38. Emmeline

    Si je puis me permettre d’intervenir pour ramener un peu de douceur dans ce monde de brutes masculines… Ce n’est pas tant que vos positions de départ soient irréconciliables, c’est surtout qu’on assiste ici à un diablogue de sourds (ou d’aveugles ?) !

    Nul ici parmi les contradicteurs d’Elvin n’a dit qu’il pensait l’école autrichienne non crédible (et je doute qu’il y en ait qui le pensent très fort in petto mais gardent ça pour eux). A leur avis, c’est juste une école qui paraît avoir dit, il y a longtemps déjà, tout ce qu’elle a à dire (c’est-à-dire sur beaucoup de sujets qu’on ne peut pas dire grand-chose, qui a l’énorme mérite de la franchise), et qui est très bien. Va-t-on pour autant arrêter de faire de la recherche en économie ? visiblement, ça n’est pas le moment. Et pour les jeunes chercheurs, à l’heure actuelle, la possibilité de recherche productive dans le cadre autrichien est faible : sauf votre respect Elvin, traduire et synthétiser Mises est certainement une oeuvre de salut public, mais enfin comprenez qu’à 25 ans on espère avoir des choses à proposer soi-même…

    Voilà, Frieden, Liebe et kleine Vögel.

  39. elvin

    Emmeline, vous avez eu bien raison d’intervenir.

    Je ne recommande évidemment pas d’arrêter de faire de la recherche en économie, et je vous invite ardemment à proposer des choses vous-même.

    Je me permets simplement (et ce sera sans doute mon dernier post sur ce fil, sauf si y’en a encore qui me cherchent…) d’émettre l’opinion (personnelle) que ce serait beaucoup plus productif de le faire en (re)partant des bases autrichiennes que de baptiser « recherche » la (re)découverte d’évidences que le mainstream a délibérément occultées. Mais mieux vaut encore les redécouvrir que continuer à les ignorer.

    En même temps, je sais bien que, dans l’état actuel de la pensée économique, ceux qui feraient ça ne s’attireraient que des ennuis. Donc je vous comprends. Dommage…

    Mais (à tous) s’il y avait des inconscients qui voulaient suivre mes conseils révolutionnaires, je suis tout disposé à les aider dans la mesure de mes moyens.

  40. @elvin : après l’échange qui précède (qui montre qu’au moins J-E et moi comprenons mieux l’économie autrichienne que vous ne comprenez la pensée orthodoxe), vous voir adopter la position du savant méconnu et opprimé par un establishment intellectuel obtus et incapable de voir la lumineuse véracité de ses thèse me fait doucement sourire.

  41. elvin

    Je crois pas que vous comprenez mieux la pensée autrichienne que moi l’économie orthodoxe. Mais on a tous fait ce qu’on pouvait, pas vrai ?

    Je ne me sens ni savant, ni méconnu ni opprimé (vous me connaissez bien mal), mais sourions quand même tous ensemble.

    et à la revoyure !

  42. elvin

    @Mathieu P et J-E
    Un autre sourire pour vous remercier de m’avoir passé l’article de Myerson et Satterthwaite.
    C’est exactement ce à quoi je m’attendais.

  43. J-E

    « C’est exactement ce à quoi je m’attendais »
    Quelle surprise…

  44. Gu Si Fang

    Bon, j’ai lu l’article de Myerson et Satterthwaite. En voici une synthèse, destinée surtout à faire comprendre pourquoi son immense intérêt ne saute pas aux yeux du point de vue autrichien. Ne sortez pas tout de suite le lance-flammes, merci!

    A veut vendre un truc à B, on fait les hypothèses ci-dessous, et on aboutit à la conclusion que si A et B sont rationnels, il est impossible de trouver un mécanisme pour qu’ils échangent lorsqu’ils y ont tous deux intérêt. Evidemment, on pourrait s’arrêter là et se dire : certains échanges « théoriquement » intéressants n’auront pas lieu ; so what ? Mais on se dit aussi : c’est dommage! Que faut-il faire?

    Regardons les hypothèses, c’est là que ça devient intéressant :

    (#1 valeur quantifiable)
    Les valeurs subjectives qu’ils attribuent à l’objet sont a et b, respectivement (a et b sont des cardinaux, réels j’imagine).

    (#2 valeur additive)
    L’utilité de A est égale à a plus ou moins la somme de monnaie qu’il échange.

    (#3 axiome d’indépendance)
    L’utilité pour A d’avoir l’objet avec une probabilité p est égale à p x a.

    (#4 rationalité au sens mathématique)
    Les paramètres qui précèdent permettent de calculer l’espérance mathématique d’utilité pour A et B au terme de l’échange. On définit la rationalité comme le fait d’échanger si, et seulement si, cette espérance mathématique est positive ou nulle. C’est l’homo oeconomicus.

    (#5 connaissance quantifiable, probabiliste et objective des préférences des autres individus)
    – A ne connaît pas b mais en a une représentation sous forme de distribution
    – B ne connaît pas a mais en a une représentation sous forme de distribution.

    (#6 ensemble limité d’actions possibles)
    – On se limite à chercher un « mécanisme » d’échange, c’est-à-dire une fonction qui, à partir de a et b, donne un prix et une probabilité d’échange (je ne parle ici que de la première partie du papier, sans le broker).
    – On exclut donc par hypothèse la possibilité que A et B puissent inventer une autre forme d’interaction, avec ou sans tierce partie.
    – On impose de plus que le mécanisme fournisse de bonnes incitations à A et B, dans le sens où il est de leur intérêt de révéler a et b au mécanisme. Toute révélation partielle ou imparfaite de leurs préférences est exclue.
    – Enfin, on exige que le mécanisme ne fasse jamais d’erreurs ex post, dans le sens où, pour qu’un mécanisme soit admissible, il doit impérativement attribuer l’objet à celui qui lui accorde le plus de valeur.

    Sous ces hypothèses, doncques, et pour certaines valeurs des paramètres uniquement, on montre qu’il n’existe pas de mécanisme. D’où la question : existe-t-il vraiment des cas où ces hypothèses sont satisfaites ? Aucune de ces hypothèses n’est vrai a priori. Cependant il peut exister des situations très précises – du type marchés réglementés, enchères ou autres – où elles ont une certaine validité. Le théorème nous incite alors à modifier les règles du jeu, à chercher d’autres organisations des échanges, etc. C’est ce que font les entrepreneurs, non?

  45. Gu Si Fang

    Pardon pour ce double post.

    Je veux ajouter que je comprends très bien en quoi ce théorème a pu susciter un certain intérêt du point de vue de l’équilibre général. Mais si l’on prend les hypothèses de l’équilibre général avec un grain de sel, ce qui est le cas de la plupart des économistes, on voit qu’il ne dit rien que des choses assez banales :
    – l’information n’est pas complète;
    – il faut s’organiser pour l’acquérir, ce qui n’est pas facile;
    – même lorsqu’on espère réaliser un gain dans un échange, l’issue n’est pas certaine;
    – on ne peut pas, de manière générale, faire prendre nos décisions par des mécanismes.

    En revanche, lorsqu’un mécanisme est imposé par les circonstances, le théorème peut nous aider à comprendre qu’il faudra impérativement sortir du cadre pour satisfaire certains besoins. Ca ne me pose pas de problème particulier.

  46. C.H.

    @GSF :
    « Je veux ajouter que je comprends très bien en quoi ce théorème a pu susciter un certain intérêt du point de vue de l’équilibre général »

    Précisément : la progressivité d’un programme de recherche s’apprécie toujours par rapport à son noyau dur et aux « heuristiques négatives » et « positives » qui’il met en place pour le défendre. Un programme de recherche progressif est un programme de recherche qui parvient à expliquer de plus en plus de choses sans remettre en cause son noyau dur et sans développer des hypothèses ad hoc (comme par exemple les « contre-tendances » qui ralentissent la baisse tendancielle du taux de profit chez les marxistes).

    Autrement dit, et comme l’a souligné Emmeline, il ne s’agit pas de comparer les deux programmes de recherche pour dire quel est le meilleur mais de savoir si chacun de leur côté, ils parviennent à progresser, à expliquer de nouveaux phénomènes et à corriger les contradictions ou les anomalies qui les touchaient. Dire « le programme de recherche autrichien est régressif » n’est pas dire « ce que raconte les autrichiens est faux » mais plutôt « étant donner son noyau dur, le PRS autrichien n’explique plus de nouveaux faits, ne produit plus de nouveaux résultats et ne parvient pas à surmonter les anomalies qui le l’affectent ». Cela ne me semble pas être le cas de la théorie standard qui a cette capacité à absorber des théories concurrentes dont ont parlé J-E et Mathieu P.

    Maintenant, on peut faire une objection à cela et arguer que le programme de recherche de la théorie économique standard de l’époque Arrow-Debreu et celui de maintenant ne sont pas les mêmes car le noyau dur à changé. Je suis plutôt de cet avis et c’est la raison pour laquelle je récuse de plus en plus les termes orthodoxie, hétérodoxie, mainstream, théorie standard, etc. Selon moi, il y a tout simplement aujourd’hui une pluralité de programmes de recherche qui a émergé, des PRS pas nécessairement incommensurables d’ailleurs : les hypothèses et les objectifs ne sont pas nécessairement les mêmes, mais dans l’ensemble ces programmes arrivent à dialoguer ce qui 1) est un énorme progrès et 2) donne l’impression qu’il existe un « mainstream », alors que selon moi c’est de moins en moins évident.

  47. J-E

    Je suis d’accord avec votre résumé pour les hypothèses 1-2-3-4-5, qui sont standard et habituelles dans 99,99% de la recherche en éco. On peut les refuser mais à ce moment là on aura une théorie de l’échange à la elvin (il se fait à un prix compris quelque part entre un maximum et un minimum), quelque peu vague. Pour ma part j’estime que ce sont des hypothèses évidemment simplificatrices mais qui rendent compte de beaucoup de situations, et ne sont pas nécessairement fondamentales (on pourrait très bien s’amuser avec a et b appartenant à un intervalle, des trucs plus compliqués que l’utilité espérée etc, le théorème ne tiendrait pas toujours mais le même problème se poserait dans bien des cas).

    Pour l’hypothèse 6 ce n’est pas vraiment ça, mais vous êtes plus qu’excusable parce que ce n’est pas vraiment le genre d’articles qu’on peut aborder sans une très longue formation en microéconomie.

    Un « mécanisme » c’est absolument tout et n’importe quoi. Si une tierce personne arrive et essaie d’organiser l’échange, il s’agira aussi d’un mécanisme. Plus précisément toute forme d’organisation, avec tierce partie ou non, est par définition une fonction qui à a et b associe une probabilité d’échange.

    Quand vous admettez que « on ne peut pas, de manière générale, faire prendre nos décisions par des mécanismes » c’est donc assez embêtant, parce que cela veut dire en fait qu’on ne peut pas de manière générale, trouver de situation où ils soit souhaitable que les agents prennent leurs décisions rationnellement.

    Ensuite ce n’est pas tant qu’on exige que le mécanisme ne fasse pas d’erreur ex post, c’est qu’on veut montrer qu’il n’existe aucun mécanisme qui n’en fasse pas. Bien sûr qu’il existe des mécanismes révélant toujours un peu d’information, mais c’est assez trivial. Ensuite on se sert du « principe de révélation », on peut montrer que si un mécanisme efficace existe alors nécessairement il existe aussi un mécanisme efficace où les gens révèlent parfaitement l’information. S’il n’existe aucun mécanisme révélant parfaitement l’information, il n’existe donc aucun mécanisme efficace.

    Je ne vois toujours pas ce que sont censés faire vos entrepreneurs. Organiser les échanges ? Servir d’intermédiaires ? A quoi pensez-vous, à des bourses d’échanges ? Quoi qu’il en soit, et comme souligné plus haut, l’ajout d’une tierce personne ne change rien au problème, parce que un échange organisé par une tierce personne est aussi un mécanisme.

    On pourrait par exemple faire participer les deux joueurs à un marathon avec un handicap égal à la valeur qu’ils déclarent accorder au bieu, faire s’accoupler un nombre d’éléphants entre eux et un nombre de girafes entre elles proportionnels aux performances des deux joueurs, puis attribuer le bien au joueur dont les animaux auront eu le plus de petits, de sexe féminin pour le joueur A, masculin pour le joueur B. C’est un mécanisme qui satisfait aux hypothèses du théorème, et nous savons donc qu’il n’est pas efficace ex post (ce qui rend ce théorème assez magique). A fortiori des choses plus simples et plus raisonnables ne sont pas efficaces non plus.

    La conclusion n’est donc pas banale du tout : il n’existe absolument aucune façon d’obtenir certaines informations via une organisation idoine sans payer les détenteurs de cette information. Si donc il n’y a pas un autre agent qui a intérêt à ce que les deux joueurs se révèlent mutuellement leur information (cela pourrait se produire dans certains cas, mais dans celui de l’échange on ne voit pas trop pourquoi, et en tout cas un « entrepreneur » n’aurait aucune raison de perdre de l’argent juste pour le plaisir de voir un échange efficace se réaliser).

    Corollaire un peu moins abstrait : lorsque vous négociez le prix d’une voiture avec quelqu’un, non seulement vous ne pouvez pas être sûr que l’échange sera efficace, mais de plus il n’existe aucune solution au problème, même si un entrepreneur passe par là (à moins qu’il ne soit omniscient et que son seul but dans la vie soit de vous voir réaliser un échange efficace). Et ça je suis désolé mais ce n’est pas une proposition banale, et je doute que von Mises s’en soit même approchée.

    Pour le débat plus général je n’aurais pas dû choisir cet exemple, le mechanism design est ce que la microéconomie fait de plus inaccessible et incompréhensible, et les papiers sont écrits pour être lus par un tout petit nombre de spécialistes que ça intéresse. Ce qui est dommage parce que les conclusions sont très intéressantes, mais je doute qu’on puisse les saisir immédiatement à la lecture de l’article sans formation poussée dans cette branche (de ce point de vue vous avez étonnamment bien compris de quoi il était question).

  48. elvin

    Je reviens (quand même) sur ce fil car l’intervention de C.H. relance le débat dans une direction qui me paraît très constructive.

    Après avoir lu entre autres les liens du matin, la situation me semble être la suivante : de nombreux auteurs contemporains, pour corriger les anomalies du PR dominant, relâchent les hypothèses constitutives du noyau dur néoclassique, mais en adoptant très souvent des hypothèses constitutives du noyau dur autrichien. Mais ils le font au cas par cas, sans proposer la totalité du PR autrichien, et le plus souvent sans se réclamer ouvertement de cette tradition. Ce faisant, ils remplacent progressivement le noyau dur néoclassique par le noyau dur autrichien, donnant ainsi l’impression que la théorie standard a la capacité d’absorber des théories concurrentes tandis que le PR autrichien serait régressif. Alors qu’à mon avis, le mainstream n’est progressif que grâce aux apports du paradigme autrichien, et que la progressivité de ce dernier se traduit par le fait qu’il subvertit insidieusement le mainstream.

    Je suis donc assez d’accord avec C.H.sur la fin de son post précédent : les termes de mainstream, hétérodoxie, théorie standard, etc. n’ont plus grand sens. Et il faudrait aussi réviser Lakatos et les notions de PR progressif et régressif.

    La question reste néanmoins de savoir jusqu’où cette subversion peut rester insidieuse et quasi-clandestine, et à quel constituant du paradigme néoclassique il faudra s’attaquer pour qu’il y ait un vrai clash. Comme je n’appartiens pas au milieu universitaire, je peux me permettre de dire qu’à mon avis, il vaudrait mieux que ce clash ait lieu le plus tôt possible (d’où certains de mes posts). Mais j’admets que, les choses étant ce qu’elles sont, ce lent progrès est le mieux qu’on puisse attendre.

  49. elvin

    Je suis en train de suivre la piste ci-dessus, en commençant par mettre noir sur blanc les noyaux durs respectifs des PR autrichien et mainstream.

    Je n’ai aucun pb avec le noyau autrichien, mais j’ai plus de mal avec le noyau mainstream (surprise, surprise…). Si quelqu’un veut m’aider, il est le bienvenu.

    Plus généralement, ceux qui seraient intéressés par un travail approfondi sur ce thème peuvent prendre contact avec moi par message privé. Merci d’avance.

  50. C.H.

    Sur la caractérisation du noyau dur du PRS néoclassique version « équilibre général », le travail de référence est :

    Weintraub Roy (1985), « General Equilibrium Analysis : Studies in Appraisal », Cambridge University Press.

    Je n’ai pas lu l’ouvrage mais je sais que le noyau y est identifié à partir de 6 propositions : 1) il existes des agents économiques, 2) les agents ont des préférences sur les résultats, 3) les agents optimisent sous contrainte de manière indépendante, 4) les choix sont fait sur des marchés interdépendants, 5) la connaissance des agents est parfaite, 6) les résultats économiques sont toujours le résultat d’un équilibre.

    C’est certainement un bon point de départ même si je sais que ce travail a été critiqué. Maintenant, comme je l’ai dit, l’économie standard a connu (et connais) de profondes transformations qui rendent difficile la caractérisation d’un PRS unique. Un (court) billet est en préparation sur la comparaison des perspectives de Kuhn et de Lakatos et leur application en économie.

  51. Gu Si Fang

    @ C.H. Effectivement, voici 3 principes fournis par Weintraub dans un article sur Econlib :

    1. People have rational preferences among outcomes.
    2. Individuals maximize utility and firms maximize profits.
    3. People act independently on the basis of full and relevant information.

    Theories based on, or guided by, these assumptions are neoclassical theories.

    Source :

    http://www.econlib.org/library/Enc1/NeoclassicalEconomics.html

    Sinon, on a un bon aperçu des axiomes liés à la théorie des jeux et à la notion d’asymétrie d’information dans :
    A first course in microeconomics (Kerps)
    (gigapedia.com est ton ami)

    @ J-E

    Il n’existe pas de moyen gratuit d’acquérir de l’information, c’est ça?

    Le rôle de l’entrepreneur n’est pas de perdre de l’argent, mais d’en gagner « en se payant sur le surplus des échangeurs ». Un business possible pour lui consiste donc à produire et exploiter la valeur de cette information. L’exemple auquel je pense est l’intermédiation financière.

    En soi ça n’est pas révolutionnaire, sauf si le théorème nous apprend quelque chose d’autre sur la façon dont les échangeurs et l’entrepreneur se comportent. Par rapport à la notion de PRS progressif et régressif dont parle C.H. voici comment je situerais l’article sur le plan épistémologique :

    1) Dans la théorie de l’équilibre général, on a des axiomes AX tels que AX prouve EQU, où AX comprend notamment « information complète »
    2) Myerson Satterthwaite montrent que AX’ ne prouve pas EQU en exhibant un contre-exemple (sans information complète)
    3) Par ailleurs, il me semble que AX prouve AX’ (mais l’inverse n’est évidemment pas vrai)

    On peut faire plusieurs remarques simples. AX’ étant plus faible que AX, il ne s’agit pas d’un enrichissement de la théorie néoclassique. On ne se situe donc pas dans le cas d’une théorie progressive à la Lakatos, si j’ai bien compris. Le progrès réside dans le fait que hypothèses AX’ sont plus souvent satisfaites que AX; elles sont plus générales.

    Mais elles ne sont pas généralement vraies pour autant. En fait j’irais même plus loin : les hypothèses de AX’ ne sont jamais satisfaites, au fonds. On se situe donc dans le schéma friedmanien d’hypothèses fausses qui, avec un peu de chance, permettront de faire des prédictions utiles. C’est très bien, mais mieux vaut s’abstenir d’en tirer des conclusions générales.

  52. Gu Si Fang

    On trouve un bon résumé du paradigme néoclassique et de ses limites – rationalité, équilibre, efficience – dans l’introduction de Evolutionary micro-economics de A.Orléan et J.Lesourne.

    (gigapedia.com again)

  53. J-E

    Le Kerps que vous citez s’appelle en fait Kreps.

    Par ailleurs il faut faire la différence entre information complète et parfaite, et idem entre incomplète et imparfaite, et je ne suis pas sûr qu’il faille aller chercher Weintraub pour connaître le coeur de l’économie « néoclassique », n’importe quel manuel de micro en dit autant.

    Ensuite Myerson et Satterthwaite se contrefichent totalement, comme 95% des économistes « mainstream » actuels, de la théorie de l’équilibre général. Leur idée n’est pas de montrer qu’avec asymétrie d’information double il n’existe pas d’équilibre walrassien, mais qu’il n’existe aucune organisation des échanges, walrassienne ou non, qui assure un résultat efficace. Ce n’est donc pas un contre-exemple mais un résultat en soi, et le mouvement me semble typiquement progressif :

    1-Sous les hypothèses de la théorie de l’équilibre général on démontre les deux théorèmes de l’économie du bien-être.
    2-En relâchant ces hypothèses on découvre bien vite dans les années 1950-1960 que ces deux théorèmes ne vont pas être vrais en général, on comprend ainsi d’où vient le problème (par comparaison avec les hypothèses sous lesquelles tout va bien).
    3-Myerson et Satterthwaite identifient un cas (qui semble plutôt être le cas général à vrai dire) sous lequel effectivement la théorie de l’équilibre général ne tiendra pas. Mais, nouveau résultat, il montre que absolument aucune autre organisation et donc aucune hypothèse alternative sur l’organisation des échanges n’amènera un résultat efficace. On aboutit donc à un résultat beaucoup plus général que la théorie de départ.

    Pour votre entrepreneur une fois de plus non. Le seul moyen qu’il aurait pour rendre les échanges efficaces serait qu’il verse lui-même de l’argent aux échangeurs. Pour que votre entrepreneur fasse du profit, il faudrait que ce soient au contraire les échangeurs qui lui donnent de l’argent, en quel cas l’issue ne peut pas être efficace. Le théorème de Myerson-Satterthwaite devient donc : il y a des cas où même un entrepreneur ne peut absolument rien faire.

    Le problème n’est pas que l’information est incomplète, c’est qu’elle est détenue par des agents qui n’ont aucun intérêt à la révéler. Un entrepreneur cherchant à produire de l’information devrait payer les agents qui la détiennent une somme supérieure à ce que les agents pourraient gagner en se servant eux-mêmes de l’information. Un tel entrepreneur ferait nécessairement des pertes.

    Un peu comme si un intermédiaire financier disait « si vous avez de l’information sur la valeur d’une entreprise, je vous l’achète pour plus cher que vous ne pourrez en tirer en spéculant dessus à la Bourse », suite à quoi l’intermédiaire ne peut profiter de cette information qu’en spéculant lui-même à la Bourse, ce qui lui rapportera par définition moins.

    Donc ne cherchez pas, si un théorème dit que « rien ne peut résoudre le problème », une implication est notamment que « un entrepreneur ne peut pas résoudre le problème ».

  54. elvin

    amha le dernier post de J-E fait bien avancer le débat en permettant de préciser ce qui nous sépare

    Il part de l’idée que la théorie économique doit (et peut):
    1. définir des situations optimales (ici que chacun possède ce à quoi il attache le plus de valeur)
    2. indiquer les moyens de parvenir à ces situations optimales

    Il me semble que ces deux énoncés sont au coeur du programme de recherche mainstream, même dans sa diversité actuelle. Ok, les mainstreamers ?

    Il tombe sur une démonstration que pour certaines situations optimales et dans certaines circonstances, il n’existe aucun moyen d’y parvenir. Par rapport au PR ci-dessus, ce résultat lui paraît à juste titre extrêmement important.

    Les autrichiens se moquent complètement des situations « optimales » et leur PR ne demande ni de les trouver, ni de trouver les moyens d’y parvenir. Ce qu’ils veulent, c’est comprendre comment fonctionne la société des huma

  55. elvin

    suite ( je ne sais quelle fausse manip a provoqué un envoi partiel)

    Les autrichiens, eux, se moquent complètement des situations “optimales” et leur PR ne demande ni de les trouver, ni de trouver les moyens d’y parvenir. Ce qu’ils veulent, c’est comprendre comment fonctionne la société des humains réels dans les conditions réelles où ils se trouvent.

    OK d’accord, ce serait bien que chacun possède ce à quoi il attache le plus de valeur. Mais si on montre que ce n’est pas possible, so what ? (comme disait Miles Davis). On s’en doutait bien d’avance, et ça n’est pas une découverte fracassante. Ce qui aurait été inattendu, c’est que ce soit possible.

    En revanche, pour un autrichien, le théorème de M-S montre que tout PR qui contient les deux énoncés ci-dessus, autrement dit qui vise à définir des situations optimales et à indiquer les moyens d’y parvenir, est a priori voué à l’échec. Et ça, c’est un résultat fracassant au sens propre, non ?

  56. J-E

    En fait je pense que beaucoup de « mainstreamers » (dont moi) se fichent autant que vous de savoir s’il est possible d’atteindre des situations optimales, ou même de les définir sérieusement, même si cela a pu faire partie du programme de recherche jadis et que c’est encore le but de certains économistes aujourd’hui.

    Vous dites qu’il est impossible de parvenir à une situation optimale, mais au fond vous ne savez pas trop pourquoi. Poussé dans vos derniers retranchements, vous avanceriez un mélange d’arguments sur le fait que de toute façon les gens n’ont pas vraiment de préférences, que l’incertitude est trop forte etc.

    De mon côté, je ne nie pas forcément ces arguments, mais j’en ajoute un autre nettement plus précis : même si les problèmes auxquels vous pensez ne se posent pas, il suffit que les deux parties d’un échange détiennent de l’information privée (le problème n’est pas que l’information ne soit pas complète, mais qu’elle soit détenue par des gens qui n’ont pas intérêt à la révéler) pour qu’un problème insoluble se pose.

    Autrement dit le résultat de Myerson et Satterthwaite ne porte pas tant sur l’efficacité des échanges ou la validité de la théorie de l’équilibre général (qui vous obsède bien plus qu’elle n’intéresse les économistes) que sur l’ampleur des problèmes posés par les asymétries d’information, et surtout sur leur caractère irrémédiable. Grâce à Myerson et Satterthwaite par exemple on sait qu’aucun « entrepreneur » ou intermédiaire n’est capable de résoudre le problème.

  57. elvin

    @J-E
    je crois que vous m’avez mal compris

    1. je ne dis pas qu’il est impossible de parvenir à une situation optimale, et donc je ne cherche pas à argumenter pour le prouver. Je dis avec les autrichiens quelque chose de plus radical : la notion même de « situation optimale » n’a pas de sens, ou pas d’intérêt si vous préférez.

    2. je dis que le « problème insoluble » que vous mentionnez ne se pose que si on admet qu’il est possible de définir des solutions optimales, et donc ne se pose pas pour les autrichiens. Ca rappelle Wittgenstein : « les problèmes des plus profonds ne sont en somme nullement des problèmes »

    3. je ne suis pas le moins du monde obsédé par la théorie de l’équilibre général, mais je suis bien obligé de constater qu’elle est à l’origine historique du mainstream, et que d’innombrables économistes continuent à raisonner en termes d’équilibre.

    4. bien d’accord, le résultat de Myerson et Satterthwaite ne porte pas sur l’efficacité des échanges ou la validité de la théorie de l’équilibre général. Je l’interprète de façon beaucoup plus large comme condamnant une bonne partie du PR mainstream. Mais je ne me fais pas de bile : le mainstream s’en tirera en se redéfinissant, comme toujours. On ne sait pas en quoi ça consiste, mais c’est quand même ce qu’il y a de mieux !

    PS: dommage qu’on ne puisse pas utiliser les smileys sur ce blog.

  58. elvin : je crois que c’est vous qui n’avez pas compris Jean-Édouard :

    1. Le théorème de M-S ne fait aucune référence à l’optimalité. Il montre que les asymétries d’information font que des échanges mutuellement bénéfiques ne peuvent avoir lieu. Cela se comprend sans avoir besoin de références à une quelconque définition de l’optimum. Et s’applique naturellement à des cas bien réels.

    2. Même remarque.

    3. Vous confondez deux choses qui n’ont rien à voir : la théorie de l’équilibre général et le concept d’équilibre. Ce que dit J-E, c’est qu’à peu près plus personne ne s’intéresse à la théorie de l’équilibre général, qui est une théorie de l’allocation utilisant des formes assez frustres de concepts d’équilibre. Les raisonnement actuels sont en général beaucoup plus clairs sur les concepts d’équilibres (qui sont des concepts à la fois mathématiques et comportementaux) qu’ils utilisent.

    4. Je ne vois pas en quoi M-S condamne le PR mainstream, sauf à réduire ce dernier à ce qu’il était il y a quarante ans. Comme une impression de déjà vu ?

  59. elvin

    ça serait dommage de rester sur un malentendu car nous approchons du coeur du problème. Je vais donc essayer de reformuler ce que j’ai dit sans utiliser les mots « optimum » et « équilibre », qui nous engagent sur des fausses pistes.

    Pour déblayer le terrain, je suis d’accord avec les points 1, 2 et 3 de Mathieu P, et avec une grande partie de ce que dit J-E (sauf bien sûr quand il interprètent mal mes propos ou disent que je confonds). Je ne confonds pas du tout, et ce que je dis peut se dire sans référence à l’optimalité ni à la théorie de l’équilibre général. J’ai d’ailleurs écrit « la notion même de “situation optimale” n’a pas de sens ». J’en pense autant de l’équilibre. (comme tout bon autrichien)

    Mais ça attendra demain, car il faut que je relise attentivement ce que j’ai écrit pour comprendre ce qui a bien pu vous faire croire le contraire. Pour le moment, je ne vois pas.

    A demain donc

  60. elvin

    coucou, me revoilà !

    pour être sûr de mon vocabulaire, je vais commencer par citer J-E (le 11 mai à 12h32):
    « Leur idée [à M-S] n’est pas de montrer qu’avec asymétrie d’information double il n’existe pas d’équilibre walrassien, mais qu’il n’existe aucune organisation des échanges, walrassienne ou non, qui assure un résultat efficace. »
    Au passsage, je fais traitreusement remarquer que le 4 mai à 10h52 le même J-E écrivait; « ils disent qu’aucun mécanisme ne peut garantir l’optimalité ex-post »

    Mais OK, n’employons plus le mot « optimal ». Avec « efficace », mon post du 11 mai 2h12 devient, en raccourci :
    Il [J-E, et je crois le mainstream] part de l’idée que la théorie économique doit (et peut) trouver des moyens efficaces de parvenir à des situations jugées souhaitables (ici que chacun possède ce à quoi il attache le plus de valeur).

    (vous remarquerez que je ne parle toujours pas d’équilibre)

    M-S montrent que pour certaines situations souhaitables et dans certaines circonstances, il n’existe aucun moyen efficace d’y parvenir. Et J-E ajoute (le 11 mai à 12h32) que c’est « un résultat beaucoup plus général que la théorie de départ ».

    Et vous demandez en quoi M-S condamne le PR mainstream. Laissez-moi vous conter une fable:
    Il y a environ 70 ans, des scientifiques décident de se consacrer à la recherche des moyens efficaces de voler en battant des bras, ce qui serait un progrès décisif pour l’humanité. Bientôt tous les physiciens se consacrent à ce programme de recherches qui devient le courant principal. Seuls quelques-uns disent que ça ne les intéresse pas. On les appelle par dérision les « petichiens ».
    Et voilà que Machin et Schmoldu, dans un article de 16 pages plein d’intégrales doubles, montrent qu’il est absolument impossible à un être humain de voler en battant des bras. Les physiciens du courant principal applaudissent en disant : voilà un résultat nouveau et inattendu qui montre bien à quel point notre programme de recherche est fécond et progressif au sens de Lakatos. Les petichiens, eux disent « c’est bien ce que nous avons toujours pensé, merci de nous avoir enfin donné raison. »

  61. Alexandre

    Intéressante fable en effet. J’aurais toutefois deux remarques:
    1) Myerson et Satterthwaite ne se contentent pas de dire qu’il n’est pas possible de s’assurer que tous les échanges mutuellement bénéfiques auront toujours lieu: ils fournissent une explication simple, intuitive et rigoureuse, à savoir que les incitations à masquer ses préférences pour obtenir une plus grosse part du gâteau, sont trop fortes. Un peu comme si les physiciens découvraient la raison (ou l’une des raisons) pour laquelle on ne peut pas voler en battant des bras, confortant ainsi les prophéties des petichiens.
    2)Je ne suis pas spécialiste de l’épistémologie des sciences économique, mais il ne me semble pas que le programme de recherche mainstream ait consisté à démontrer l’efficacité des mécanismes d’échange bilatéraux. C’est pourquoi votre fable est trompeuse.

  62. elvin

    @Alexandre
    1) OK
    2) je prends ça comme un exemple de réflexion ayant la structure suivante: voilà une situation qu’elle est bonne (ou « juste », ou préférable et même des fois optimale (on y revient…)), qu’est-ce qu’on peut faire pour qu’elle se produise dans la réalité ? Il me semble que c »est fréquent dans le mainstream, alors que c’est étranger à la pensée autrichienne.

  63. elvin

    j’ajoute quand même que, comme l’a dit J-E, le théorème de M-S a une portée générale. Si ou connaissait un moyen de faire en sorte que, dans un échange bilatéral, chaque bien arrive entre les mains de celui qui lui accorde la plus grande valeur, on aurait un moyen d’assurer que tous les biens sont en permanence entre les mains de celui qui leur accorde la plus grande valeur, ce qui serait une forme subjectiviste et dynamique (donc autrichienne …) de l’équilibre général. Mais heureusement les autrichiens n’y croient pas.

  64. J-E

    Vous dites :
    « Il [J-E, et je crois le mainstream] part de l’idée que la théorie économique doit (et peut) trouver des moyens efficaces de parvenir à des situations jugées souhaitables (ici que chacun possède ce à quoi il attache le plus de valeur). »
    ce n’est absolument pas le cas, tout ce que pense le mainstream sur ce problème précis c’est qu’il n’est pas inintéressant de se demander si quand deux personnes ont un intérêt mutuel à échanger elles arrivent à le faire.

    Votre fable est biaisée en ce qu’elle suppose que ce que les scientifiques cherchent à étudier est absurde. Or la question qu’étudie MS n’a rien d’évident, GuSiFang par exemple qui semble avoir des sympathies autrichiennes pense qu’il existe effectivement des moyens de résoudre le problème, via l’introduction d’un intermédiaire.

    Je peux raconter exactement la même histoire en donnant aux Autrichiens le mauvais rôle, c’est ça qui est bien avec les fables :

    Au début du XXe siècle on se demande s’il est possible de connaître avec précision à la fois la position et la vitesse d’une particule donnée. Certains physiciens, qu’on appellera elvinistes, disent « cette question n’a pas de sens puisque de toute façon on ne peut rien connaître, et d’ailleurs les particules ça n’existe pas, pas plus que la vitesse et la position ». Au milieu des années 1920, Heisenberg apporte la preuve qu’on ne peut à la fois déterminer ces deux grandeurs en énonçant son principe d’incertitude. Les physiciens mainstream saluent une découverte majeure, les physiciens elvinistes haussent les épaules et disent « ce principe ne nous apprend rien, c’est une implication directe de notre proposition selon laquelle on ne peut rien connaître du tout ».

    Il y a des gens comme vous dans toutes les sciences, mais ce n’est pas eux qui les font le plus progresser.

  65. elvin

    @J-E

    En effet, mea culpa. J’ai oublié de dire clairement que le PR autrichien repose tout entier sur l’idée que l’objet dont traitent les sciences physiques et l’objet dont traitent les sciences humaines (dont l’économie) sont radicalement différents , au point que les méthodes qui font le succès des sciences physiques ne sont pas applicables en économie. Au passage, je fais remarquer que c’était aussi la position des classiques (cf Say, Mill, Cairnes etc.), c’est-à-dire de pratiquement tous les économistes avant Walras et Jevons.

    Dons ma critique ne porte pas sur les scientifiques en général, mais sur les économistes en particulier, et précisément ceux du « mainstream » qui suivent Walras, puis Samuelson et les autres, en voulant appliquer à l’économie les méthodes des sciences physiques.

    C’est ce que je voulais dire au départ de cette discussion : que le PR autrichien et le PR mainstream sont fondamentalement deux conceptions différentes de l’économie en tant que discipline, pas seulement deux façons un peu différentes d’aborder les mêmes questions.

  66. J-E

    Vous avez été le premier à faire la comparaison avec les sciences physiques, via une fable dont vous admettrez l’inanité.

    « C’est ce que je voulais dire au départ de cette discussion : que le PR autrichien et le PR mainstream sont fondamentalement deux conceptions différentes de l’économie en tant que discipline, pas seulement deux façons un peu différentes d’aborder les mêmes questions. »

    Là je crois que tout le monde est d’accord.

  67. elvin

    on va finir par s’entendre, même si « inanité » me semble un peu fort : oui, l’analogie est mal choisie, mais la morale de la fable demeure.

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