Quel est le bon format pour un examen ?

30 avril, 2009

Selon Jeff Ely du blog Cheap Talk, le format idéal d’un examen est celui où les étudiants ont le droit de consulter les ouvrages qui ont servi de support au cours. L’idée est la suivante : si vous organisez un tel examen, les étudiants anticiperont que vous ne poserez pas de questions portant directement sur ce qu’il y a dans les ouvrages. Pour autant, ils ne pourront pas deviner les questions que vous poserez. A l’inverse, dans un examen “normal” (aucun document autorisé), les étudiants consacrent des ressources à essayer de deviner quel sujet peut tomber en fonction de ce qu’il y a dans le cours. Le pire format est celui où l’on autorise uniquement les notes prises sur les ouvrages.

En France, au moins en économie (en droit c’est très différent), il est général rare de trouver l’équivalent d’un cours magistral dans un ou quelques ouvrages et la pratique des listes de lectures obligatoires, universellement adoptée aux Etats-Unis, est très peu pratiquée. Le problème est donc un peu différent. Bon, de toutes façons, encore faudrait-il que les examens aient lieu cette année. En la matière, je crains le pire


Le “stand-up” et ses normes

29 avril, 2009

Via O&M, une intéressante étude sur les normes sociales qui régissent la propriété intellectuelle au sein de la communauté humouristes pratiquant le “stand-up”. Il semblerait que depuis quelques dizaines d’années ait émergé au sein de cette communauté des règles informelles portant sur les droits d’auteurs, la propriété des “blagues”, les modalités de transfert de ces droits, etc. Voici le résumé :

“In this paper, we analyze how stand-up comedians protect their jokes using a system of social norms. Intellectual property law has never protected comedians effectively against theft. Initially, jokes were virtually in the public domain, and comedians invested little in creating new ones. In the last half century, however, comedians have developed a system of IP norms. This system serves as a stand-in for formal law. It regulates issues such as authorship, ownership, transfer of rights, exceptions to informal ownership claims and the imposition of sanctions on norms violators. Under the norms system, the level of investment in original material has increased substantially. We detail these norms, which often diverge from copyright law’s defaults. Our description is based on interviews with comedians, snippets of which we include throughout the paper.

Our study has implications for intellectual property theory and policy. First, its suggests that the lack of legal protection for intellectual labor does not entail a market failure by necessity, as social norms may induce creativity. Second, it suggests that the rules governing a particular creative practice affect not only how much material is created, but also its kind. Third, we suggest that comedians’ IP norms system emerged over the past half century as technological change increased the benefit of having property rights in jokes and concomitantly reduced the costs of enforcing those rights. Fourth, we note that stand-up’s norms system recognizes only a limited set of forms of ownership and transfer. We suggest that the system’s crude rights structure is driven by the fact that effective enforcement requires that ownership be clear to the community. Lastly, social norms offer a way to regulate creative practices that do not sit well within IP law’s one-size-fits-all mold. They do so, moreover, without imposing on society the costs of disuniformity in the formal law, including legal complexity and industry-driven lobbying.

Stand-up’s norms system has both benefits and costs, which we detail in the paper. However, norms-based IP systems offer an alternative (or supplementary) cost/benefit bundle which in some cases may be superior to that of formal law alone. In stand-up’s case, norms economize on enforcement costs and appear to maintain a healthy level of incentives to create alongside a greater diversity in the kinds of humor produced. A final assessment of stand-up’s social norms system awaits further work. With what we currently know, we are cautiously optimistic“.

Une réflexion plus qu’intéressante qui montre que la loi n’est pas nécessairement indispensable pour protéger la propriété intellectuelle, le jour où l’assemblée nationale va de nouveau se prononcer sur le projet de loi Hadopi. Evidemment, ce qui est valable pour la communauté des humouristes (petite communauté s’il en est) n’est pas nécessairement transposable ailleurs. 


Les éditorialistes sont-ils des sous-bloggueurs ?

29 avril, 2009

Jusqu’à présent, je n’en avais pas parlé ici, mais là, cet éditorial du rédacteur en chef de La Tribune est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est au moins le troisième ou le quatrième éditorial paru dans ce journal depuis deux mois qui ressort le même argumentaire foireux sur le mouvement des enseignants-chercheurs avec en toile de fond l’idée que les universitaires refuseraient l’évaluation. Plus exactement, leur péché ultime serait de ne croire qu’en l’évaluation par les pairs. Pour les journaleux de La Tribune, c’est un vieux réflexe des ”sachants” comme il est dit dans  l’édito, lesquels refuseraient de rendre des comptes à la société. Et de nous sortir l’épouvantail Outreau comme argument pour montrer que l’évaluation par les pairs, c’est maaaaaaaaaaaaal…

J’invite donc cordialement François Lenglet à aller se renseigner, à aller s’immerger dans le milieu universitaire, à aller observer des enseignants-chercheurs en action, histoire de voir si l’évaluation par les pairs est si “confortable” que ça. Et, surtout, je l’invite à réfléchir pour changer, à réfléchir sur les problèmes des critères d’évaluation, sur les compétences que requiert l’évaluation, sur le temps qu’il faut pour évaluer des travaux de recherche. Je l’invite à se renseigner sur les systèmes de publication, de promotion. Je l’invite à réfléchir plus simplement à ce qu’est la recherche. Une fois que ce monsieur aura réfléchit, il se rendra compte qu’il ne peut pas se permettre de ressasser les mêmes arguments façon café du commerce dans un malheureux édito de trois paragraphes.

Cela me fait remarquer que, n’en déplaise à certains journalistes qui ont peur que les blogs viennent piquer dans leur assiette, les éditorialistes font peu ou prou la même chose que les bloggueurs : exprimer leurs opinions qui n’ont pas plus d’intérêt que ça. Mais il y a au moins une différence entre un bloggueur “sérieux” et un éditorialiste : tandis que le premier ne parle que de choses qu’il connait un minimum, le second se plaît à jacter sur des sujets qu’il croit connaitre parce qu’il s’est documenté en cinq minutes.


Les liens du matin (44)

29 avril, 2009

* “The wages of sin” – The Economist

* “In defense of the Gaussian copula” – Free Exchange

* “La révolution budgétaire à venir” – Jacques Delpla, Les Echos

* “Why do poor nations continue to be enthralled with capitalism” – Dani Rodrik

* “Japan’s recovery, again” – Paul Krugman


Contre la conception naturaliste du marché

28 avril, 2009

Pour rebondir sur ce que j’ai raconté dans mon précédent billet au sujet du débat Mankiw/Murphy, je voudrais préciser ma pensée sur ce que je considère être un argument fallacieux sous-jacent à une partie de la pensée économique (essentiellement autrichienne mais pas seulement) : l’idée que le “marché” existe à l’état de nature et que son mauvais fonctionnement ne peut avoir pour origine que des contraintes exogènes volontairement ou involontairement mises en place. Dans Markets and Hierarchies (1975), Oliver Williamson écrit ainsi : “in the beginning there were markets“. On peut interpréter cette phrase de deux manières : soit le marché est consubstantiel à la nature humaine et à sa propension à troquer et à marchander, selon la célèbre formule de Smith. Dans ce cas, le seul fait que deux individus échangent suffit à faire émerger un marché. Soit le “marché” est un mécanisme universel similaire à une loi de la nature qui recouvre un ensemble de principes comme par exemple la loi de l’offre et de la demande, les prix – nécessairement flexibles - comme vecteurs d’information, etc. La première interprétation est un simple artifice sémantique qui n’a pas beaucoup d’intérêt. La seconde repose sur la même idée mais lui donne un peu plus de substance en donnant au “marché” certaines propriétés.

Quand je lis le texte de Murphy, il me semble retrouver cette seconde interprétation. Par exemple, il est écrit : 

Because the Federal Reserve pushed down interest rates below their free-market levels”

 “But there is another alternative, and that is for market prices today to fall very steeply until the market clears. The short-term collapse in prices during the present month, say, will then allow for a rapid price inflation back up to “normal” prices a year from now “.

Ces deux phrases sont empreintes du même naturalisme : il existerait un taux d’intérêt naturel (un taux de marché libre) et un niveau de prix “normal”. Remarquez que Murphy utilise lui-même les guillemets pour dire “normal”. Le problème de ce genre d’argumentation est que personne ne sait ce qu’est vraiment un “prix normal” ou taux d’intérêt “naturel”, sauf à supposer qu’il puisse exister un marché “libre”. Le problème est qu’il s’agit là d’une fiction au même titre que le marché walrassien. Le problème, c’est qu’il faudrait définir exactement ce qu’est un “marché libre”. Une réponse plausible serait “un marché comme réultat d’un ordre spontané, fruit des actions mais non des intentions humaines”.  Admettons. Le problème est qu’il est très facile de montrer qu’une tel “ordre spontané” peut déboucher sur des marchés au fonctionnement “entravé” (en apparence seulement) par divers arrangements institutionnels. J’ai précisé “en apparence seulement” car, quand on y regarde bien, on s’aperçoit que ces arrangements sont en fait indispensables pour qu’il puisse y avoir des échanges. Je ne citerai qu’un exemple : les guildes de marchands en Europe médiévale (voir ce papier de Greif, Milgrom et Weingast). Les guildes de marchands étaient des organisations monopolistiques contraignant de facto les marchands à y adhérer pour pouvoir faire des affaires dans des villes étrangères. Ces guildes avaient un tel pouvoir qu’elles étaient en mesure de “déformer” les prix du marché grâce à leur pouvoir de négociation. Pourtant, non seulement ces guildes sont apparues “spontanément” et en plus il s’avère qu’elles ont en fait joué un rôle majeur dans le développement du commerce en Europe à la fin du Moyen-âge.

Cet exemple illustre le fait que le marché à l’état de nature est une fiction, qui peut parfois être utile sur un plan heuristique, mais qui n’a aucune consistance historique et une faible portée argumentative. Par définition, un marché est toujours institutionnalisé, ce qui suppose en arrière plan des groupes d’individus (des organisations) qui, à un moment ou à un autre, ont un pouvoir de contrainte économique et/ou physique. Quel est le sens alors des notions de “prix normaux” ou “taux d’intérêt naturel” ? Aucun. Ces notions n’ont de sens que dans le cadre d’un ensemble d’agents autonomes marchandant de manière décentralisée sans qu’un agent, ou un groupe d’agents, ait suffisament de poids pour modifier le “prix naturel”. Les autrichiens contesteront cette idée et me rétorqueront que la seule chose à laquelle ils s’opposent c’est la coercition étatique, tandis que les monopoles de fait ne les dérangent pas. Ce à quoi je répondrais que la distinction entre contrainte physique et contrainte économique, si elle a un sens sur un plan éthique, a peu de portée sur un plan analytique : peu importe la nature de la contrainte, le résultat est le même, à savoir qu’elle détermine en partie les comportements et donc les résultats du “marché”. Dès lors, parler de “prix naturel” relève d’un jugement de valeurs, ou à tous le moins d’un argument d’ordre éthique, mais pas économique.

Cela m’amène finalement à mon point central : les arguments à base de “toute déviation du prix naturel est néfaste” ou “il faut laisser les processus de marché agir pour ré-allouer les ressources” sont nuls et non avenus dans la mesure où ils reposent implicitement sur l’idée qu’il puisse exister un marché libéré de toute contraintes institutionnelles. Or, au contraire, il y a toujours des institutions, d’ordre public ou privé, qui rendent possibles les échanges mais qui affectent non seulement la répartition du revenu mais aussi l’efficacité du marché. Dire que les processus de marché vont progressivement permettre la sortie de crise sans se poser la question du bon fonctionnement (en l’occurence, mauvais fonctionnement) des institutions sous-jacentes à ces processus c’est commettre une erreur naturaliste. Peut être que Mankiw et les néo-keynésiens développent des modèles “simplistes” comme le dit Murphy. Mais les libéraux autrichiens font de la même manière reposer tous leurs arguments sur une fiction. 


En bref…

28 avril, 2009

Plein de choses intéressantes à lire ce matin. Je fais quelques commentaires :

Jean-Marc Vittori considère dans son édito dans Les Echos que les économistes n’ont pas d’explication satisfaisante au niveau des rémunérations des grands patrons. Il est vrai qu’à ma connaissance, peu de travaux académiques ont vraiment étudié la question. Il y a bien l’étude de Landier et de Gabaix que mentionne Vittori qui explique l’augmentation de la rémunération des dirigeants par l’accroissement de la taille financière des entreprises. Une autre explication a été proposé par Edward Lazear et Sherwin Rosen dans leur article “Rank Order Tournaments as Optimum Labor Contracts“, ces auteurs liant le niveau de la rémunération au rang occupé par le salarié dans l’organisation dans le cadre d’un “tournoi” : la forte rémunération des dirigeants a pour fonction de servir d’incitation aux subordonnés qui souhaiteraient grimper dans la hiérarchie. Une troisème explication plausible est celle de la dispersion de l’actionnariat et de la difficulté pour ce dernier de véritablement contrôler les actions de leurs dirigeants. Cette difficultée est exacerbée quand, comme c’est le cas en France, les conseils d’administration des plus grandes entreprises sont invariablement composés des mêmes personnes. Ce qui est certain, c’est que les rémunérations ne sont que partiellement le fait de véritables mécanismes de marché. En France, on peut plutôt les interpréter comme des formes de rentes issues de mécanismes institutionnels et sociologiques : prévalence d’un réseau social (cf. Granovetter et l’encastrement) et institution de la participation croisée dans les conseils d’administration notamment.

Sur un sujet similaire, Tim Harford fait remarquer qu’il n’est pas bon pour un dirigeant de recevoir un prix du genre “dirigeant de l’année”. L’explication : un dirigeant qui reçoit un tel prix est souvent quelqu’un qui a eu de la chance par le passé, ce qui explique ses performances plus élevés que la moyenne, auquel s’ajoute davantage d’incitations à se disperser. Peut-on transposer ce raisonnement au prix Nobel d’économie ?

La chance est également le sujet de cet article de Robert Frank qui développe un bon argument à opposer à tous les néo-randiens qui se prennent pour des John Galt : la réussite personnelle d’un individu doit peu à son talent et à son effort mais beaucoup à sa “chance” d’avoir pu profiter du capital physique, humain et social engendré par ses ancêtres. C’est une manière de justifier l’imposition. Mon côté historien de la pensée fera remarquer que c’est un argument développé en son temps par Thorstein Veblen pour dénoncer aussi bien la propriété privée mais aussi l’argument socialiste du droit de chaque travailleur à disposer pleinement des fruits de son travail. Juste pour se moquer de la mauvaise foi dont savent parfois faire preuve certains libertariens, on lira ce billet de David Henderson.

Jean-Edouard de Mafeco revient sur le dilemme du prisonnier qui apparait dans le dernier Batman. Son analyse est très intéressante puisqu’elle aboutie à la conclusion que “l’irrationalité” (ou le fait de soupçonner que l’autre est irrationnel) peut favoriser la coopération. Il se trouve que j’ai (re)lu récemment ce très profond article de Jean-Pierre Dupuy, “Convention et common knowledge“, qui était paru dans la Revue économique en 1989. Dupuy se concentre plutôt sur les jeux de coordination mais son raisonnement est le même : c’est à partir du moment où l’on relache l’hypothèse de common knowledge que la théorie des jeux produit des résultats vraisemblables. Cet argument sert de fondement à la thèse conventionnaliste (l’école des conventions) de l’importance de l’interprétation par les agents du contexte dans lequel il se trouve et de l’intersubjectivité. Par ailleurs, une dimension que Jean-Edouard écarte volontairement au début de son analyse mais qui mériterait d’être prise en compte est évidemment la dimension collective du choix d’appuyer sur le bouton dans le film Batman. Peut-être est-ce le sujet de la suite de son billet ?

Enfin, on suivra avec intérêt la “discussion” entre le néo-keynésien Greg Mankiw et l’autrichien Robert Murphy. Mankiw a écrit récemment une tribune dans le New York Times où il propose que la Fed annonce des objectifs d’inflation très élevé afin de simuler l’effet qu’aurait des taux d’intérêt négatifs. Murphy fait des objections “autrichiennes” qui ne sont pas dénuées de fondements. La proposition de Mankiw pose effectivement beaucoup de problèmes (dangers de l’hyperinflation, problème de dépréciation de la monnaie, problème de la crédibilité de l’annonce de la Fed, incitation à l’endettement). En même temps, la thèse de Murphy achoppe sur le traditionnel problème des arguments autrichiens, que Mankiw souligne concernant l’hypothèse de flexibilité des prix : le fait que le “marché” puisse purger les excès passés et faire repartir la machine comme si rien se s’était passé. D’une part, cet argument ignore le problème de “justice sociale” : quid des individus qui subissent les effets de de cette purge (les plus démunis bien sûr) et qui n’y sont pour rien ? D’autre part, l’argument repose implicitement sur une conception naturaliste du marché, une sorte de mécanisme éthéré qui fonctionne tel un mécanisme naturel. C’est oublier que le marché est une institution et que son fonctionnement peut être perturbé par une série d’éléments, même si les pouvoirs publics n’interviennent pas. Mankiw cite le problème de la rigidité des prix. Il y a une autre difficulté plus fondamentale à mon avis : le fait que le fonctionnement du secteur financier est encore loin d’être rétabli. Bien sûr, on peut faire l’hypothèse que là encore le “marché” va faire se rétablir la situation. Mais la question est quand et surtout à quel “niveau”. On peut voir le bon fonctionnement d’une économie comme un problème global de coordination. Or, on peut très considéré qu’il y a des équilibres multiples, certains meilleurs que d’autres et que des phénomènes d’hystérère et de dépendance au sentier peuvent enfermer une économie dans un équilibre sous-optimal.


Basket NBA et normes sociales

27 avril, 2009

Hier soir (enfin, cette nuit), je me suis couché tard car j’ai regardé le match de playoff NBA (c’est du basket) entre les Chicago Bulls et les Boston Celtics, lequel a eu besoin de deux prolongations pour désigner un vainqueur. Par deux fois, il s’est passé quelque chose d’étrange qui montre l’importance des institutions informelles, même dans le sport. A 16 secondes de la fin du temps réglementaire, Chicago menait 96-93, avec remise en jeu au milieu de terrain pour Boston. D’après les réglements, Chicago ayant commis plus de 5 fautes collectives dans ce quart-temps, toute faute supplémentaire devait envoyer automatiquement un joueur de Boston sur la ligne des lancer-francs avec la possibilité de marquer 2 points (deux shoots à 1 point). La stratégie optimale de Chicago était donc a priori évidente : après la remise en jeu, faire une faute volontaire avant que Boston ne puisse tenter un shoot un trois points et ne leur donner ainsi la possibilitéde marquer que 2 points. Les joueurs reviennent sur le terrain suite à un temps-mort, Boston joue la remise en jeu et là, “stupeur”, Chicago défend mais ne commet pas de faute. Evidemment, arriva ce qui devait arriver : Boston met en place un petit système et l’inévitable Ray Allen égalise à 9 secondes de la fin du match d’un tir à trois points dont il a le secret. Les commentateurs français, dont l’ancien entraîneur Jacques Monclar, s’étranglent, à juste titre.

A la fin de la première prolongation, rebelote, mais cette fois-ci c’est Chicago qui va bénéficier de la norme sociale : 110-107 pour Boston à 6 secondes de la fin du match, remise en jeu en milieu de terrain pour Chicago. L’arrière-shooteur Ben Gordon reçoit le ballon et rentre un shoot à trois points assez exceptionnel à 4 secondes de la fin. Ici encore, Boston avait la possibilité de faire faute pour envoyer directement un joueur sur la ligne des lancers-francs. Finalement, le match ira en deuxième prolongation et Chicago l’emportera, égalisant la série à deux victoires partout (4 manches gagnantes).

On a ici la preuve que les normes sociales peuvent être particulièrement “inefficientes” : dans la compétition de basket la plus prestigieuse au monde, les joueurs (et leurs coachs) renoncent volontairement à mettre en oeuvre une stratégie gagnante à 90% et préfèrent “jouer le jeu” en laissant la possibilité à l’adversaire d’égaliser. Et ce que je vous ait compté là n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres. Je peux vous garantir qu’en Europe, en particulier en “Euroleague” (la compétition européenne principale), les choses se seraient passées radicalement différemment. Bien sûr, on peut se dire que d’une certaine manière cette norme est efficiente du point de vue des (télé)spectateurs puisqu’elle renforce le suspens et le spectacle. La question est de savoir pourquoi chaque joueur respecte la norme : craint-il les protestations du public ? Dans le cas des joueurs de Chicago (le match se jouait à Chicago), cela est peu probable, et de toute façon à ce stade de la compétition le poids de ce genre de considération est nul. Craint-il les remontrances de la “communauté” des basketteurs ? peut-être? Le plus vraisemblable est que chaque joueur à intégré un certain sens de la justice : la norme de ne pas faire faute volontairement pour empêcher l’équipe adverse de jouer la dernière action du match existe depuis longtemps aux Etats-Unis et chaque joueur l’a rationalisé a posteriori en la justifiant sur la base de la justice et du “fair-play”. Ce n’est pas qu’en Europe les joueurs ont un sens de la justice moins développé, mais comme la norme n’a jamais existé, ils n’ont pu la rationaliser. Il serait d’ailleurs intéressant de voir ce qu’il se passe quand un joueur passe d’un contexte à un autre et de voir comment il ajuste son comportement. Pour les fans, voici un petit résumé en image de ce match absolument énorme :


La narration analytique, ou comment articuler théorie et histoire

26 avril, 2009

Il est coutume d’accuser la science économique d’avoir une série de défauts : vision réductrice de la nature humaine, ignorante des autres sciences sociales, être idéologiquement orientée, etc. Parmi ces reproches, il en est un qui a peut être plus de valeur que les autres : la science économique serait “anhistorique”, autrement dit ses constructions théoriques ignoreraient la dimension historique des phénomènes économiques. On peut voir cette ignorance de l’histoire à deux niveaux interdépendants : d’une part, à partir du moment où les institutions économiques changent dans le temps, il n’existe pas de “lois économiques”, de sorte que les théories seraient forcément spécifiques à un espace théorique et/ou géographique. On peut appeler ça le problème de la “spécificité historique”. D’autre part, la théorie économique est “statique”, ou plus exactement elle ne se préoccupe pas du changement et de la transformation des économies et n’essaye pas d’en offrir une explication. Cette accusation n’est pas tout à fait juste : d’abord, il a toujours existé des courants (certes plutôt “hétérodoxes”) s’intéressant à la dimension historique. On peut penser à Marx et aux marxistes et aux diverses approches historicistes et institutionnalistes. Ensuite, l’analyse économique moderne offre différentes perspectives dynamiques, à défaut d’être authentiquement “historiques”. Enfin, à partir des années 1970, s’est développée une approche économique quantitative de l’histoire (la fameuse “cliométrie“)… qui a fait s’étrangler de colère nombre d’historiens et autres social scientists.

Il existe toutefois des tentatives plus récentes de reconciliation entre économie et histoire, qui se développent d’ailleurs autant en économie qu’en sciences politiques. L’une de ces tentatives, que je vais rapidement présenter ici, la “narration analytique” (analytic narratives). Le terme est le titre d’un ouvrage collectif auquel ont contribué des chercheurs en économie et en sciences politiques. On peut aussi consulter cet article écrit par l’un des auteurs pour se faire une idée. L’article de Milgrom, North et Weingast dont j’avais parlé ici rentre également dans ce cadre, de même il me semble que les travaux d’un Peter Leeson sur la piraterie du 17ème siècle (voir cet article par exemple) même si’l ne recours pas à la formalisation et qu’il ne se revendique pas de cette approche. Le principe de la narration analytique est le suivant : étudier un épisode historique bien identifié en utilisant la théorie du choix rationnel et plus particulièrement les outils de la théorie des jeux. Il s’agit donc de combiner un récit historique et un modèle théorique afin d’apporter un éclairage sur un événement historique spécifique. Lisez la suite de cette entrée »


Des vertus du changement institutionnel planifié

26 avril, 2009

Comme lecture dominicale, je propose ce papier de Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon, Johnson et James Robinson. Voici le résumé :

The French Revolution of 1789 had a momentous impact on neighboring countries. The French Revolutionary armies during the 1790s and later under Napoleon invaded and controlled large parts of Europe. Together with invasion came various radical institutional changes. French invasion removed the legal and economic barriers that had protected the nobility, clergy, guilds, and urban oligarchies and established the principle of equality before the law. The evidence suggests that areas that were occupied by the French and that underwent radical institutional reform experienced more rapid urbanization and economic growth, especially after 1850. There is no evidence of a negative effect of French invasion. Our interpretation is that the Revolution destroyed (the institutional underpinnings of) the power of oligarchies and elites opposed to economic change; combined with the arrival of new economic and industrial opportunities in the second half of the 19th century, this helped pave the way for future economic growth. The evidence does not provide any support for several other views, most notably, that evolved institutions are inherently superior to those ‘designed’; that institutions must be ‘appropriate’ and cannot be ‘transplanted’; and that the civil code and other French institutions have adverse economic effects”.

Les résultats sont très intéressants même si toute extrapolation doit être prudente (comme l’indiquent les auteurs). Comme c’est indiqué dans le résumé, l’apparent succès économique des réformes institutionnelles brutales induites par la révolution française et les campagnes napoléoniennes semblent contredire l’idée que le changement institutionnel planifié et radical produit invariablement de moins bons résultats qu’un changement incrémental et spontané. Les auteurs estiment que, dans le cas présent, l’une des particularités a été que le changement a été de très grande envergure, de telle sorte qu’il a modifié l’ensemble de l’environnement institutionnel des pays touchés, et pas seulement un aspect. Clea dit, il persiste une difficulté : s’il est possible de modifier de manière radicale les institutions formelles (les institutions fondées sur le droit) il est en revanche beaucoup plus délicat de transformer les institutions informelles (les coutumes et les conventions, l’idéologie au sens de North). Or, une des thèse northiennes (voir aussi cet ouvrage), et que l’inefficience du changement institutionnel vient essentiellement de la difficulté à rendre compatible institutions formelles et institutions informelles, dont l’échelle temporelle en terme d’évolution n’est pas la même. 

Une réponse à cela peut être de dire que la distinction entre institution formelles et institutions informelles est de toute façon peu pertinente : toute institution, pour se maintenir, doit être “auto-enforçante”, c’est à dire qu’elle doit générer des comportements qui contribuent à la reproduire. Formellement, une règle de droit comme une coutume supposent la même chose pour exister : que les anticipations et les représentations des agents (y compris ceux chargés de mettre en application la règle de droit) convergent de telle sorte qu’ils soient tous incités à respecter l’institution. Cela dit, le résultat d’Acemoglu et al. reste relativement problématique dans une perspective hayekienne.

Sinon, un point que ne permet pas de trancher cette étude est celle de l’efficacité comparée des différentes parties du changement institutionnel massif induit par les invasions françaises. Par exemple, comme le notent les auteurs, il est difficile de savoir si les effets bénéfiques en terme d’industrialisation ou de croissance économique sont essentiellement liés à l’institutionnalisation du code civil ou à la diminution du pouvoir des oligarchies. On sait que la première thèse est controversée (toujours dans une perspective hayékienne), tandis que la seconde va par exemple dans le sens des thèses d’un Mancur Olson.


Economie politique des inégalités

24 avril, 2009

Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé sur Vox un article que je trouve… faiblard. Alberto Alesina et Paola Giuliano défendent l’idée que la crise financière et économique, associées aux diverses polémiques sur les rémunérations des dirigeants, va entraîner dans les années à venir une réduction des inégalités, tout du moins aux Etats-Unis. Les écarts de revenu tendraient maintenant à être perçu comme étant de plus en plus injuste, ce qui va se traduire par une demande politique pour une réduction des inégalités. L’idée est que l’échelle des revenus est perçue différemment par les individus suivant qu’elle est ou non le résultat de l’effort, de la créativité, du mérité, etc. Lorsque le revenu est perçu comme étant fortement corrélé à ces éléments, un relativement haut niveau d’inégalités est considéré comme acceptable. Al’inverse, si les inégalités sont considérées comme injustes, alors la demande par une plus forte redistribution s’accroît. Comment dit-on “enfonçage de portes ouvertes” en anglais ?

Plus fondamentalement, cet article a un aspect normatif énervant (les auteurs parlent “d’intolérance”), non en lui-même, mais du fait de l’idée sur laquelle il est fondé. Les auteurs écrivent ainsi :

The increase in income inequality of the last three decades in the US is not extraordinary if viewed from a very long-term perspective. The thirty years after the Second World War were the period of the “Great Compression” – a sharp reduction in income inequality (Piketty and Saez 2003). A few months ago, just before the crisis, we were back to roughly to the level of the 1920s, which was the norm in previous decades, not to mention the level of inequality and of social immobility of pre-capitalist societies. But the perception that this increase in inequality was unfair will greatly weigh on the way it will be handled and the political backlash it will create”.

L’argument me semble fallacieux (et ne convainc pas non plus Mark Thoma). Ce n’est pas parce qu’un certain niveau d’inégalité a prévalu pendant plusieurs décennies qu’il est “juste” ou “normal”. Il pouvait éventuellement être ressentie ainsi par les individus à l’époque, mais sur un plan strictement logique cela ne lui confère aucune valeur particulière. Ou alors, l’esclavage est au moins aussi “juste” et “normal” que le salariat… 


Anarchie, piraterie et sélection naturelle

23 avril, 2009

Gavin Kennedy discute des idées développées par l’économiste Peter Leeson dans une interview pour Freakonomics au sujet des institutions de la piraterie aux 17ème et 18ème siècles. Leeson vient de publier un ouvrage sur la question. Je n’ai pas lu le bouquin mais on peut je pense se faire une bonne idée de ce qu’il y a dedans en consultant cet article paru dans le Journal of Political Economy.

Kennedy fait une série de bonnes remarques, sur la démarche sous-jacente à l’étude Leeson et à d’autres analyses du même type, mais aussi sur la thèse de Leeson sur le fait que, bien qu’étant en situation d’anarchie, les pirates avaient réussis à mettre en place des règles pour contrôler le pouvoir du capitaine et réguler la répartition du butin. Il cite un intéressant extrait de la Théorie des sentiments moraux d’Adam Smith :

Society, however, cannot subsist among those who are at all times ready to hurt and injure one another. The moment that injury begins, the moment that mutual resentment and animosity take place, all the bands of it are broke asunder, and the different members of which it consisted are, as it were, dissipated and scattered abroad by the violence and opposition of their discordant affections. If there is any society among robbers and murderers, they must at least, according to the trite observation, abstain from robbing and murdering one another. Beneficence, therefore, is less essential to the existence of society than justice. Society may subsist, though not in the most comfortable state, without beneficence; but the prevalence of injustice must utterly destroy it“.

Au-delà du fait que Smith semblait avoir compris il y a 250 ans ce que Leeson, Levitt et toute l’économie du crime semble avoir redécouvert aujourd’hui, on remarque l’apparente évidence de l’argument : pour qu’un groupe social, quelqu’il soit, puisse perdurer, il faut que d’une manière ou d’une autre il parvienne à mettre en place des institutions permettant la reproduction de certains comportements ne mettant pas en péril le groupe. On peut donner à cet argument une tournure évolutionnaire, qui n’est qu’implicite chez Smith : la pression sélective et adaptative qu’exerce l’environnement fait que ne peuvent se reproduire que les comportements et les institutions au moins partiellement adaptées, qui permettent au groupe de survivre. Finalement, dire “la piraterie des 17ème et 18ème siècles avaient mis en place des institutions permettant une bonne gouvernance des activités” est presque une tautologie : si la piraterie a pu exister si longtemps, c’est que forcément de telles institutions existaient.

La piraterie n’est que l’un des multiples exemples d’ensemble d’institutions ayant pu émergé et se maintenir en dehors de toute contrainte étatique. Chez Leeson, ce cas sert d’argument pour montrer qu’une “anarchie organisée” est possible. A vrai dire, personne ne conteste cette idée. Cela dit, le point crucial réside dans le fait que les institutions de la piraterie du 18ème siècle ont disparues, ce qui signifie que, d’une manière ou d’une autre, elles se sont affaiblies à un moment donné. Cet affaiblissement peut avoir deux origines : un “choc exogène”, consistant dans un changement relativement brutal de l’environnement ; un mécanisme endogène rendant les institutions de la piraterie auto-affaiblissantes. On a dans l’histoire des exemples des deux cas. Leeson n’aborde pas cette question dans son article, et ne semble que l’aborder très rapidement à la fin de son ouvrage. Dommage. 


Les liens du matin (43)

22 avril, 2009

* “How economics lost sight of real world” – John Kay, The Financial Times

* “La course aux milliards de la relance hypothèque la sortie de crise” – Mathilde Lemoine, Les Echos

* “Irrational everything” – un article sur Daniel Kahneman

* “Public choice en pratique” – Econoclaste. A inclure dans les Public Choice Series…

* “Reforming property rights” – Tim Besley et Maitreesh Ghatak, Vox.


Industrie alimentaire et inspections sanitaires : un exemple d’arrangement institutionnel d’ordre privé

21 avril, 2009

Le New York Times rapporte l’émergence d’un arrangement institutionnel original aux Etats-Unis au sein de l’industrie alimentaire. Depuis quelques mois, l’industrie alimentaire américaine semble avoir été au coeur de plusieurs affaires d’intoxication. Manifestement, l’organisme public chargé de faire les contrôles d’hygiène, la FDA (Food and Drug Administration) n’est pas très efficace. Ces cas ont eu un impact non négligeable sur les comportements des consommateurs qui se sont mis à ne plus consommer certains produits. Dans plusieurs états, les industriels ont alors pris les devants : ils payent eux-mêmes d’autres organismes publics pour que ces derniers viennent faire des contrôles. Par exemple, en Californie, les industriels payent le California Department of Agriculture un million de dollars par an pour venir faire des inspections.

Ce qui est intéressant, c’est que la participation à ce type de “programme” est évidemment basé purement sur le volontariat : un industriel n’est pas obligé de payer pour qu’on vienne l’inspecter. Malgré tout, tous les acteurs souscrivent volontairement au programme. Comme le fait remarquer Don Boudreaux, il est évident que les industriels eux mêmes ont intérêt à mettre en place un système de certification privé afin de se “signaler” auprès du public. Un tel système devient auto-renforçant une fois qu’une proportion significative des acteurs l’a adopté : la seule menace d’en être exclu devient alors très incitative.

Par ailleurs, on peut remarquer qu’un tel arrangement a probablement plus de chances d’émerger dans un secteur où les produits sont peu différenciés. Dans de tel secteur, la réputation et la confiance des consommateurs envers les produits sont des formes de biens publics. S’il est difficile de différencier les producteurs ou les produits, la bonne réputation d’un producteur est source d’externalités positives. Chacun est alors incité à se comporter en “passager clandestin” en économisant sur ces coûts de production au détriment de l’hygiène et en en faisant supporter les conséquences en terme de réputation sur tous les acteurs. Dans un secteur où les produits et les producteurs sont plus facilement différenciables, la réputation n’est pas un bien public donc le problème ne se pose pas.

Ce cas fait partie des exemples qui montrent qu’il faut se méfier des conclusions trop rapides dès lors qu’il y a des biens publics et des externalités positives/négatives. On se rend compte que les agents économiques arrivent souvent à faire émerger des arrangements institutionnels privés permettant le financement du bien public ou l’internalisation des externalités. Masahiko Aoki explique que cela peut se produire notamment lorsque l’on est en présence de ”jeux liés” (voir ce papier notamment concernant le concept de responsabilité sociale de l’entreprise). De manière schématique, l’idée est la suivante : il arrive parfois que les agents soient engagés dans deux “jeux” simultanément. Dans le domaine économique, le jeu peut par exemple concerner le financement d’un bien public. On le sait, dans ce cas, les agents doivent normalement se comporter en passager clandestin. Malgré tout, ces mêmes agents seront incités à financer le bien public si en même temps ils sont impliqués dans un autre type de jeu (relevant par exemple du domaine de “l’échange social” slon les termes d’Aoki) où au contraire tous les agents sont incités à coopérer et à participer mais où il est possible d’exclure ceux qui ne coopèrent pas au jeu du bien public. Aoki fournit plusieurs exemples historiques, notamment concernant des villages dans le Japon médiéval, où de tels mécanismes de normes communautaire et d’ostracisme ont permis la coopération économique “spontanée”. 

Il semble ici que l’on est bien à faire à un mécanisme similaire : les industriels sont incités à contribuer au bien public (la réputation du secteur) sous peine d’être exclu des programmes de certification (dommaine de l’échange social et de la réputation individuelle). Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’un tel arrangement institutionnel est optimal. Il est possible qu’un mécanisme d’ordre public soit plus efficace et fiable, mais le fait est qu’en l’occurence ce n’était pas le cas. De toutes façons, les pouvoirs publics n’ont pas de baguette magique : un arrangement institutionnel d’orde public n’est pas différent d’un d’ordre privé, dans le sens où son bon fonctionnement repose sur un bon alignement des incitations qui ne peut pas être décrété d’un coup.


Y’a-t-il une culture du blog économique ?

21 avril, 2009

Felix Salmon propose dix raisons pouvant expliquer pourquoi les “econo-blogs” sont très peu nombreux en Allemagne. Pour ma part, je trouve ces raisons un peu trop “culturalistes” mais pourquoi pas. En France, les blogs d’économie ont encore un peu de mal à décoller, notamment quand on regarde le nombre d’économistes universitaires qui ont leur blog (j’en dénombre cinq : O. Bouba-Olga, Etienne Wasmer, Gizmo, Philippe Moati et Bernard Maris). Il faut aussi ajouter certains blogs sur Alternatives économiques (Jean Gadrey et Gilles Raveaud notamment). Allez, disons qu’à la louche il y a environ une dizaine de blogs tenus par des économistes universitaires pour plus de 60 millions d’habitants. Aux Etats-Unis, je n’ai pas de chiffres précis mais le rapport doit être de largement plus de 100 pour 300 millions. Il y a donc encore de la marge. De mon point de vue d’insider, il me semble que les econo-blogs sont encore peu connus et reconnus par la communauté universitaire des économistes. Pour quelles raisons ?

p.s. : j’espère que ceux qui ont passé hier l’épreuve d’économie de l’agrégation d’économie-gestion ont été des lecteurs assidus de blogs du genre Environmental Economics ou Common tragedies. Avec un sujet comme “Economie de marché et gestion des ressources naturelles”, c’était du tout cuit…


Analyse économique du pourboire

20 avril, 2009

Parmi la multitude de normes sociales qui rythme notre vie quotidienne, celle du pourboire est l’une des plus étranges tant elle est variable dans son application d’un pays à l’autre et tant par son incidence économique, puisqu’aux Etats-Unis, certaines estimations chiffrent à plus de 20 milliards de dollars le montant total de pourboire annuel pour les seuls restaurants. Pas étonnant que des économistes américains se soient intéressés au phénomène. J’ai parcouru rapidement une petite partie de la littérature et on y trouve des choses intéressantes qui sont généralisables à l’ensemble des normes sociales. Lisez la suite de cette entrée »