Globalisation et “big government”

31 mars, 2009

De prime abord, on pourrait penser que la “mondialisation” aurait plutôt tendance à induire une diminution du poids des Etats dans les économies nationales, en raison notamment du développement d’une concurrence fiscale. Dani Rodrik avait suggéré l’inverse en montrant qu’il y avait une corrélation positive entre le degré d’ouverture économique d’un pays et la taille de Etat. Rodrik (voir cet article notamment) explique cette relation par le fait que, plus une économie est ouverte, plus les firmes et les travailleurs au sein de cette économie sont vulnérables aux chocs externes, ce qui accroît la demande pour une protection économique et sociale.

Les économistes Paolo Epifani et Gino Gancia retrouvent la même corrélation mais ont une explication différente : plus le degré d’ouverture d’une économie est grand, plus celui-ci peut reporter le coût de fourniture d’un bien public sur les consommateurs étrangers. Par quel mécanisme ? En améliorant les termes de l’échange : un accroissement des dépenses publiques a un effet d’éviction partiel sur les dépenses privées. L’une des conséquences est la réduction des quantités exportées. Plus l’économie nationale est de grande taille et plus les biens qu’elle produit sont différenciés, plus cette réduction des exportations aura un impact à la hausse sur les prix à l’exportation. Pour les auteurs, cela indique que, plutôt que de favoriser l’efficience économique, la globalisation pourrait au contraire préserver ou favoriser certaines politiques publiques inefficientes. 


Ethique de la conviction et éthique de la responsabilité

30 mars, 2009

Une réaction à chaud alors que je sors tout juste d’une AG personnels et étudiants qui vient de se tenir dans ma fac. Depuis maintenant un mois, reviennent de manière quasi-systématique les mêmes discours et débats relatifs aux modalités à mettre en oeuvre pour lutter contre la LRU et le gouvernement faire reculer le gouvernement sur sa modification du décret de 1984 relatif aux statuts des enseignants-chercheurs et sur la masterisation des IUFM. Jusqu’à présent, je trouvais que les arguments s’opposaient de manière un peu caricaturale de la sorte : du côté des pro-blocage total, l’argument principal est de dire que le blocage du campus est indispensable car les mesures du gouvernement sont mauvaises et que c’est le seul moyen de se faire entendre. Que le blocage puisse avoir des conséquences négatives pour le campus n’est pas nié, mais aucune concession n’est envisageable. Les anti-blocage (mais la plupart du temps opposés aux réformes également), de leur côté, invoquent contre le blocage le fait qu’il y a un risque de dévalorisation du diplôme, de “perdre un semestre”, que les étudiants ne pourront pas travailler pendant l’été, etc.

Jusqu’à présent, tout cela me faisait penser à l’opposition wébérienne entre éthique de la conviction et éthique de la responsabilité. Qu’on en juge (Weber, Le savant et le politique) :

Vous perdrez votre temps à exposer, de la façon la plus persuasive possible, à un syndicaliste convaincu de la vérité de l’éthique de conviction que son action n’aura d’autre effet que celui d’accroître les chances de la réaction, de retarder l’ascension de sa classe et de l’asservir davantage, il ne vous croira pas. Lorsque les conséquences d’un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n’attribuera pas la responsabilité à l’agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l’éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l’homme (car, comme le disait fort justement Fichte, on n’a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l’homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu’il aura pu les prévoir. Il dira donc : « Ces conséquences sont imputables à ma propre action. » Le partisan de l’éthique de conviction ne se sentira « responsable » que de la nécessité de veiller sur la flamme de la pure doctrine afin qu’elle ne s’éteigne pas, par exemple sur la flamme qui anime la protestation contre l’injustice sociale. Ses actes qui ne peuvent et ne doivent avoir qu’une valeur exemplaire mais qui, considérés du point de vue du but éventuel, sont totalement irrationnels, ne peuvent avoir que cette seule fin : ranimer perpétuellement la flamme de sa conviction“.

La phrase en gras me semble bien résumer le contexte (je précise que je ne porte pas le moindre jugement de valeur ici) : dans l’optique de l’éthique de la conviction (celle des bloqueurs), aucune concession ne peut être faite et, si jamais cette obstination se traduit par des conséquences néfastes, la faute en incombera non aux bloqueurs mais au gouvernement qui n’aura pas cédé. Cela dit, au fur et à mesure que le mouvement se prolonge, je constate un changement de registre progressif de la part des bloqueurs. Par exemple, aujourd’hui, à plusieurs reprises, un argument intéressant a été développé : si l’on bloque aujourd’hui, c’est pour sauver l’Université et notre avenir, ainsi que celui de nos enfants ; si l’on ne fait rien, notre université disparaitra et les étudiants de la région seront dans la m…. . Peu importe que l’argument soit valable. Ce que je remarque c’est que, pour être plus audibles, les bloqueurs ont été obligé de glisser progressivement du registre de l’éthique de la conviction à celui de l’éthique de la responsabilité.

Sur quoi repose le désaccord entre les deux camps maintenant ? Sur la valeur présente qu’ils accordent au futur, autrement dit, sur leur “taux d’actualisation”. En invoquant l’avenir de l’université et de leurs enfants, les bloqueurs semblent accorder plus de valeur au futur. A moins que ce ne soit une forme “d’altruisme”. Ce qu’il est intéressant de constater, c’est que, loin de résoudre le conflit, la convergence vers un même registre éthique du débat n’a rien résolu. En effet, sur un plan économique, il est impossible de déterminer le “bon” taux d’actualisation. Et, sur un plan éthique, on se retrouve à nouveau avec différentes conceptions incommensurables. Cela ne vous rappelle rien ? C’est exactement le même problème que l’on retrouve sur l’évaluation du coût économique du réchauffement climatique et sur les mesures à prendre en conséquence. Ce doit être cela que Max Weber appelait le polythéisme des valeurs… 


Le jugement de Salomon et l’économie comportementale

30 mars, 2009

Passionnant billet de David Andolfatto sur le jugement de Salomon et ses implications pour l’économie comportementale. Le jugement de Salomon est un cas intéressant pour la théorie des jeux car la procédure mise en place par le roi Salomon pour régler le litige (proposer que les deux femmes se partagent le corps de l’enfant coupé en deux) relève d’un mécanisme visant à conduire les joueurs à révéler leurs préférences. En l’espèce, si l’on considère que la vraie mère accorde plus de valeur à la vie de l’enfant que l’autre femme, on peut s’attendre à ce qu’elle refusera cette solution, révélant ainsi sa vraie identité. Le problème, comme le fait remarquer Andolfatto, c’est que ce mécanisme ne fonctionne que si les joueurs ne sont pas stratégiquement rationnels. En effet, si l’on fait l’hypothèse que les joueurs sont parfaitements rationnels et que la rationalité de l’autre et les règles du jeu sont common knowledge, alors la “fausse mère” peut anticiper le comportement de la vraie mère et la copier. Le mécanisme mis en oeuvre par le roi Salomon devrait alors échouer.

Plusieurs autres mécanismes ont été imaginé pour résoudre ce problème. L’une des solutions les plus sophistiquées se trouve dans ce papier. Andolfatto la résume ainsi : 

“First, Solomon informs the women of the Vickrey auction that will be used to allocate the baby. Second, he informs each woman that the price of participating in the Vickery auction will be a half-life of servitude in some miserable occupation. The women are then asked to submit envelopes with ballots that are marked “yes” or “no” (yes, I am willing to participate; no I am not). If both women submit “yes,” then the Vickrey auction is played. If only one woman submits “yes,” then the baby is allocated to her for free (the auction is not played). If neither woman submits “yes,” then the baby is disposed of in some manner (perhaps in the King’s service)”.

Dans la mesure où la “fausse mère” sait qu’elle perdra le tour d’enchères de Vickrey, elle répondra “non” au jeu de participation, permettant à la vraie mère de récupérer son enfant sans qu’elle ait à payer quoique ce soit. Ici, la solution n’émerge qu’à la condition que les joueurs soient stratégiquement rationnels. Est-ce réaliste ? Peut-être pas. Mais ce que met en avant Andolfatto c’est que, lorsque l’on suppose que les joueurs sont  rationnels, il est possible pour les pouvoirs publics (le roi) d’imaginer des mécanismes institutionnels pour régler des problèmes d’allocation. A l’inverse, que se passe-t-il si les individus sont irrationnels ? Le problème, c’est qu’une fois que l’on sait que les agents sont irrationnels, on n’est pas plus avancé. Savoir que les individus ne se comportent pas d’une manière x ne veut pas dire qu’ils se comportent de manière y. La tâche des pouvoirs publics devient alors insurmontable. Or, une partie du courant de l’économie comportementale (Thaler, Shiller) fonde précisément l’intervention des pouvoirs publics sur le fait que les individus sont “irrationnels”. Dans sa dernière tribune, Robert Shiller indique même que cette “irrationalité” permet au contraire de faire quelques prédictions, notamment sur la survenance de crises financières. Il faut rendre à César ce qui appartient à l’économie comportementale : depuis 25 ans, on en a appris de plus en plus sur les biais comportementaux. On ne sait pas seulement que les individus sont “irrationnels” du point de vue de la théorie économique, mais on sait aussi qu’elle forme tend à prendre cette irrationalité (voir notamment la prospect theory). Deux questions, non résolues, persistent : les individus ne peuvent-ils pas (en partie grâce à l’économie comportementale – c’est le problème de la performativité de la théorie) surmonter ces biais comportementaux à partir du moment où ils en ont connaissance ? le législateur et les décideurs politiques n’ont-ils pas les mêmes biais ?


Institutions et échanges impersonnels : de la “Lex Mercatoria” à eBay

28 mars, 2009

L’apparition et le développement au cours de l’histoire des échanges impersonnels est un des phénomènes les plus intéressants à étudier pour les sciences sociales. Autant on peut comprendre de manière relativement aisée comment des échanges au sein de communautés de taille réduite, entre individus se fréquentant quotidiennement, ont pu se développer, autant la généralisation de tels échanges entre individus ne se connaissant pas et n’étant pas aménés à se rencontrer de nouveau représente a priori une énigme. En effet, si l’on considère que, lors d’un échange, le paiement en monnaie et la livraison du bien ne se font jamais de manière simultanée (ou que l’acheteur ne peut connaitre ex ante la qualité du bien, ce qui revient au même), on peut penser que le développement des échanges impersonnels n’a rien d’évident. On a à faire typiquement à un dilemme du prisonnier asymétrique où le vendeur a toujours intérêt à arnaquer l’acheteur. Et s’il n’y a pas d’échanges impersonnels, il n’y a pas de marché. Lisez la suite de cette entrée »


C’est la crise pour tout le monde

27 mars, 2009

Le magazine Forbes propose un portrait de l’économiste indien Sudhir Venkatesh dont les travaux portent essentiellement sur “l’underground economy“. On y apprend notamment que la crise affecte durement l’activité des marchés noirs, ce qui a pour conséquence d’entraîner un développement de la violence :

“Today Venkatesh is watching black market workers slip into despair along with the rest of the population affected by the economy. Lest legal workers consider this a distant problem, one conclusion of Venkatesh’s work is that the underground and mainstream economies are intimately entwined. “The boundaries are fluid, particularly in the global city where the black market has become instrumental–one might even say vital–to the overall economy,” he says. In New York City illegal workers serve sex, drugs and takeout to the wealthiest members of society–or at least they did until financial sector layoffs began in 2008.

The underground economy includes a vast array of people providing services that are off the books but otherwise legal. Venkatesh enumerates those having a harder time in the face of the recession: office cleaners, squeegee men, informal security guards, “canners” who scavenge for recyclables (there’s less consumption now, so less to recycle) and nannies whose employers have been laid off. And as business contracts, underground workers face certain problems unique to their status. They have no unemployment insurance or other benefits, and, with little protection from law enforcement, they tend to resolve disputes by physical means“.


Encore des questions d’incitation…

26 mars, 2009

Deux choses qui n’ont pas grand chose à voir entre elles, si ce n’est qu’elles soulèvent la sempiternelle question des incitations.

Sur le blog Freakonomics, Daniel Hamermesh fait écho au nouveau dispositif de rémunération des referees mis en place par l’Economic Journal pour inciter ces derniers à renvoyer leur rapport plus rapidement. Les plus importantes revues comme l’American Economic Review rémunèrent les rapporteurs généralement autour de 100 euros. Dans l’ensemble, comme l’indique Hamermesh, l’effet incitatif d’un tel dispositif reste très largement marginal. Le système mis en place par l’EJ est un peu plus original : chaque année, 10 prix de 500$ seront remis aux 10 meilleurs rapports. Vu la somme dérisoire (par rapport aux rémunérations des chercheurs, au moins américains), Hamermesh ne s’attend pas à un effet décisif. Cela est d’ailleurs bien dommage car, s’il y a un truc qui ne va pas en économie dans le système de publication, ce sont les délais entre le moment où un article est envoyé à une revue et le moment où les rapports sont retournés (et par conséquent aussi, entre le moment où l’article est finalement publié). D’ailleurs, autant être franc, à l’heure d’internet et avec la circulation des working papers, la fonction des revues est de moins en moins évidente : quand un papier est intéressant, toute les personnes intéressées y ont généralement déjà eu accès avant qu’il soit publié. Par contre, c’est vrai, une publie ça fait beau sur un cv. Mon expérience personnelle sur ce point est très contrastée : le premier papier que j’ai soumis (à une revue américaine) a été rapidement étudié puisque j’ai reçu les deux rapports 1 mois et demi (!!) après l’envoi (et ceci pendant juillet-août) et que mon premier renvoi a été validé après… 3 jours. A l’inverse, j’ai un papier envoyé à une revue française qui traîne depuis 1 an déjà (une navette entre temps tout de même).

Sinon, j’ai failli m’étrangler ce midi en entendant durant l’édition nationale du journal de France 3 un syndicaliste de la FSU (l’un des principaux syndicats d’enseignants du secondaire) pleurnicher suite à la décision du gouvernement d’accorder une prime annuelle de 2000 euros pour inciter les jeunes enseignants de certains lycées de Seine St Denis à rester, au motif que cela “stigmatise” les établissements concernés. Bon, je passe sur le montant dérisoire de la prime qui, à la rigueur, ressemble plus à du foutage de gueule qu’autre chose, quand on connaît la baisse vertigineuse du pouvoir d’achat des enseignants sur les 25 dernières années. J’avoue être excédé par l’attitude de certains syndicats alors même que le système actuel de mutation et d’affectation des enseignants du secondaire est totalement aberrant et inefficace. En clair, il conduit à mettre dans les lycées les plus difficiles les enseignants les moins expérimentés et les moins bien rémunérés.

Evidemment, de la même manière que lorsque l’on interdit l’échange de certains biens, il se développe des marchés “noirs”, les enseignants ont trouvé des moyens de contournement. Par exemple, se pacser entre inconnus pour avoir des points au barême (on se croirait en union soviétique…). Non non, ce n’est pas une légende urbaine, ça existe. Je veux bien que les enseignants ne soient pas motivés que par l’argent, qu’ils aiment leur métier et les jeunes et bla bla bla. Mais l’existence de ce genre de pratiques prouve que les choses ne sont pas si simples. Dans les commentaires d’un billet d’Econoclaste, j’ai proposé (en mode semi-troll) un système alternatif, probablement pas évident à mettre en oeuvre, mais qui aurait certains mérites : reproduire un mécanisme de marché. Un “commissaire-priseur” centraliserait toutes les offres et demandes de mutation et recalculerait les salaires par établissement ou académie. On pourrait imaginer bien sûr conserver le principe de l’ancienneté et prévoir des limites dans les variations salariales (du genre limite basse de 30% de salaire en moins par rapport à ce que l’enseignant doit toucher “normalement” et limite haute de 100 ou 200%). Un tel système aurait l’avantage de révéler immédiatement les préférences des agents et, incidemment, de mettre au grand jour l’hypocrisie de certains. Bien sûr, il n’est pas dit qu’un tel système mette les enseignants à leur meilleure place. Mais, de toutes façons, ça ne peut pas être pire qu’actuellement. Mieux vaut avoir des enseignants motivés par quelque chose (l’argent en l’occurence) que mis sur des postes par défaut.


Simplicité, réalisme et mécanismes

26 mars, 2009

Tom Slee, sur les vertus de la simplicité :

“The goal of simulations is not always to reproduce reality as closely as possible. In fact, building a finely-tuned, elaborate model of a particular phenomenon actually gets in the way of finding generalizations, commonalities, and trends, because with an accurate model you cannot find commonalities. (…)


in economics, think of Paul Krugman’s description of an economy with two products (hot dogs and buns). Silly, but justifiably so. In fact, read that piece for a lovely explanation of why such a thought experiment is worthwhile.

Or elsewhere in social sciences, think of Thomas Schelling’s explorations of selection and sorting in Micromotives and Macrobehaviour, or of Robert Axelrod’s brilliantly overreaching The Evolution of Cooperation, which built a whole set of theories on a single two-choice game and influenced a generation of political scientists in the process. All these efforts work precisely because they look at simple and even unrealistic models. That’s the only way you can capture mechanisms: general causes that lead to particular outcomes. More precise models would not improve these works – they would just obscure the insights“.

Cela rejoint la discussion qui s’est développée sous ce billet, au sujet des “agent-based models“. Effectivement, il s’avère que les meilleures explications scientifiques sont souvent les plus simples. Quel est le but premier de la science ? Expliquer les mécanismes sous-jacents aux phénomènes que l’on observe empiriquement. Par exemple, j’observe que le soleil se lève tous les jours à l’est. Quel mécanisme explique ce phénomène ? Pour prendre un exemple en sciences sociales, on constate une tendance à la concentration ethnique dans la localisation urbaine des populations. Quel(s) mécanisme(s) explique(nt) ce phénomène ? Lisez la suite de cette entrée »


Réputation et hygiène dans les restaurants

25 mars, 2009

Trouvé dans le premier numéro de l’une des déclinaisons de l’American Economic Review :

Reputational Incentives for Restaurant Hygiene
Ginger Zhe Jin and Phillip Leslie

“How can consumers be assured that firms will endeavor to provide good quality when quality is unobservable prior to purchase? We test the hypothesis that reputational incentives are effective at causing restaurants to maintain good hygiene quality. We find that chain affiliation provides reputational incentives and franchised units tend to free-ride on chain reputation. We also show that regional variation in the degree of repeat customers affects the strength of reputational incentives for good hygiene at both chain and nonchain restaurants. Despite these incentives, a policy intervention in the form of posted hygiene grade cards causes significant improvements in restaurant hygiene”.

Le papier est consultable en entier ici. Dans un monde sans service d’hygiène, les effets de réputation feraient qu’il vaudrait mieux aller manger dans les chaînes de restaurant pour éviter d’être malade. Mais les auteurs montrent que l’intervention publique via des normes d’hygiènes et des contrôles augmente significativement la qualité de l’hygiène partout. Ouf. Autrement on ne se retrouverait qu’avec des McDo…


Les liens du matin (39)

25 mars, 2009

* “The fallacy of equating economic power with clout” – John Kay, The Financial Times

* The world needs an unbiased risk assessor” – Nicholas Stern, The Financial Times

* “Toxic Assets Were Hidden Assets” – Hernando de Soto, The Wall Street Journal

* “Qui doit payer pour sauver les banques ?” – Jacques Delpla, Les Echos

* Interview d’Olivier BlanchardLes Echos

* “Ne pas confondre économie et économistes” – Dani Rodrik, La Tribune

* “Will Geithner and Summers Succeed in Raiding the FDIC and the Fed ?” – Jeffrey Sachs, Vox.

* “The Quality of Price Signals” – Mario Rizzo, ThinkMarkets

* “Ivory tower of power” – Chicago Tribune (long article sur l’influence de l’Université de Chicago sur Barack Obama)


Les économistes ont-ils un côté “luddite” ?

24 mars, 2009

Warning : billet volontairement provocateur, je balance une idée sans forcément y croire. Je remercie d’avance les lecteurs les plus “mainstream” de tenir compte de cet avertissement avant de me tomber dessus.

Il y a deux siècles, l’ouvrier anglais Ned Ludd et certains de ses collègues ont entrepris la destruction organisée de plusieurs machines utilisées dans les usines anglaises, notamment des métiers à tisser. De ces actes, il est resté l’expression “luddisme“, pour désigner l’attitude de certains travailleurs hostiles au progrès technique, voyant dans ce dernier le remplacement du travail humain par la machine. L’idée sous-jacente au luddisme est la croyance – erronée – que la mécanisation et de manière plus générale le progrès technique contribue à diminuer les emplois disponibles et donc la demande de travail en provenance des entreprises. On sait que, sur le long terme, cette idée est fausse, et sur ce point 99% des économistes sont d’accords. Pourtant, il y a une autre raison pour lesquelles certains travailleurs peuvent s’opposer au progrès technique, raison qui est davantage fondée à leur échelle : l’obsolescence de leurs compétences. L’introduction d’une nouvelle technologie tend à en effet à rendre inutile, ou en tout cas moins valorisables, certaines compétences correspondant à l’état technologique précédent. Lisez la suite de cette entrée »


Cartographie de la science

24 mars, 2009

Via orgtheory.net, une cartographie des connexions entre les différentes sciences. On peut lire l’article duquel est issue la carte ici. On remarquera que l’on distingue bien les trois grands groupes de sciences : sciences sociales, sciences du vivant et sciences physiques. (Cliquez sur l’image pour l’agrandir).

mapofscience


Le plan Geithner de rachat des actifs “toxiques” : quelques liens

24 mars, 2009

La blogosphère économique américaine est en effervescence suite à l’annonce du plan proposé par Timothy Geithner consistant en un partenariat public/privé pour racheter les actifs toxiques qui plombent les bilans des banques américaines. La tonalité générale est plutôt au scepticisme mais avec quelques exceptions notables comme Brad De Long ou James Surowiecki. Pour bien comprendre ce plan et en quoi il se différencie du plan Paulson et de la nationalisation partielle des banques, il faut absolument lire ce billet de Mark Thoma et son exemple des “voitures toxiques”. Le même Mark Thoma, qui était a priori partisan d’une nationalisation partielle, ne condamne pas par ailleurs le plan Geithner et le crédite de certains aspects positifs.

Comme je l’ai dit, la plupart des économistes américains (du moins sur la blogosphère) restent sceptiques. Voir notamment ce que raconte Paul Krugman (ici, ici, , ou encore ). Sandeep Baliga souligne quant à lui le fait qu’il existe, quoiqu’il arrive, un problème irréductible de sélection adverse : quelque soit le mode de rachat des actifs toxiques (de ce point de vue, le plan Geithner et le plan Paulson reviennent au même), les banques sont de toutes façons incitées à sur-évaluer leurs actifs toxiques avec l’idée que, étant “too big to fail”, si elles ne parviennent pas à se débarraser de tous ces actifs toxiques, on les aidera d’une manière ou d’une autre plus tard. De ce point de vue, la nationalisation a l’avantage d’évacuer ce problème. On pourra rétorquer deux choses : nationaliser, même partiellement, les banques (comme la Suède en 1992) a quelques inconvénients, notamment de mettre aux manettes les agents qui ne sont pas forcément les plus compétents pour cela. D’autre part, comme l’indique Mark Thoma, le coût pour le contribuable est une chose à prendre en compte certes, mais il faut aussi voir que l’objectif de ce plan de rachat est avant tout de remettre en marche le système bancaire. Sur le long terme, cela veut dire un gain net pour tout le monde.

En tout cas, la ligne de fracture entre les Etats-Unis et l’Europe se confirme. Que ce soit sur la question des banques ou du plan de relance, il se dégage clairement deux philosophies : la philosophie “activiste” américaine, qui n’hésite pas à engager des milliards de dollars dans les politiques de relance et dans le sauvetage des banques ; la philosophie “attentiste” des européens, qui ne font pas grand chose, tant sur le plan monétaire que budgétaire. Pire, en France, on a réussi à trouver une solution bâtarde pour les banques dans laquelle il leur a été fournie une aide publique sans réelles contreparties. On a là une énigme intéressante en terme d’économie politique : la passivité européenne s’explique-t-elle par la difficulté à coordonner les actions des différents Etats ? Par le fait qu’il n’y a vraisemblablement pas d’économistes à proximiter du pouvoir sarkozien ? On peut aussi arguer, comme le font le gouvernement et Jean-Claude Trichet que la plus grande importance des stabilisateurs automatiques en Europe fait qu’une relance de moins grande ampleur est nécessaire. Ce dernier argument est partiellement (seulement partiellement) valable. En revanche, le problème du système bancaire n’est pas véritablement résolu.  

Edit : Arnold Kling est contre le plan Geithner et explique pourquoi de manière métaphorique par le biais du tournoi final du championnat américain de basket universitaire (c’est ce qui a attiré mon attention).


Le “juste prix” en temps de crise

23 mars, 2009

Philippe Moati discute sur son blog d’une intéressante enquête du CREDOC sur ce que les consommateurs considèrent comme un “prix juste”. Les deux réponses dominantes sont “le prix qui assure le meilleur rapport qualité-prix” et ”le prix qui assure une rémunération satisfaisante aux salariés et permet d’assurer la protection de l’environnement”. La première réponse a finalement un intérêt minime puisqu’elle exprime simplement l’idée que le consommateur cherche à maximiser son utilité sous contrainte budgétaire. Sauf à conférer une utilité spécifique au fait que le prix d’un produit soit élevé (ce qui est le cas pour certains biens qui font office de “marqueurs sociaux”), il n’est pas étonnant que le consommateur cherche à optimiser le rapport qualité/prix.

La seconde réponse est en revanche plus intéressante. Elle suggère que la fonction d’utilité du consommateur comprend une variable “éthique”. Ce n’est pas un fait nouveau, comme j’en avais déjà parlé ici. Notamment, une célèbre étude de Daniel Kahneman et al. suggère que les exigences des individus en terme d’éthique et de réciprocité sont susceptibles d’avoir des conséquences macroéconomiques. Philippe Moati considère que l’étude du CREDOC souligne la défiance du consommateur français à l’égard d’une certaine catégorie des offreurs. C’est probablement le cas. Toutefois, je me pose une question : il s’agit ici de déclarations faites par des personnes interrogées par un enquêteur. Mais qu’en est-il dans leurs actes quotidiens ? Les produits estampillés “commerce équitable” se vendent à ma connaissance convenablement mais ils sont loin, très loin, d’avoir conquis la plus grosse part de marché. Or, dans ce genre d’enquête, les personnes interrogées expriment souvent leur attachement à des valeurs comme la préservation de l’environnement ou “l’éthique sociale”.

Je ne doute pas que ce type d’exigences éthiques ait un impact effectif sur les comportements d’achat mais en même temps il me semble clair qu’il y a un décalage non négligeable entre les déclarations et les actions. En économie, on parle de la théorie des préférences révélées (ou démontrées, ce qui revient grosso modo au même) : on peut “connaître” les préférences d’un agent en observant ces actes. Si l’individu x achète le bien A au lieu du bien B, c’est qu’il préfère A à B. Si les individus continuent à acheter “bon marché” plutôt que des produits plus chers (car plus “écolos” ou autre), ou des produits de grandes marques plutôt que ceux de petits producteurs locaux, c’est qu’ils “préfèrent” les premiers au second. Cela ne veut pas dire que, dans leurs actes, les consommateurs évacuent totalement toute considération éthique ; cela veut dire que, étant donné les contraintes (notamment budgétaires) auxquelles ils font face, la variable “prix” (par exemple) a plus de poids que la variable “éthique”.

Loin de moi l’idée de dire que les consommateurs sont hypocrites, mais tout cela me rappelle une remarque de Bryan Caplan dans son dernier ouvrage pour lequel j’ai fait une note de lecture. Au sujet des individus qui, politiquement, votent pour les défenseurs du protectionnisme, Caplan fait justement remarquer que, en tant que consommateur, on peut remarquer que ces mêmes individus se comportement de manière ”rationnelle” : ils achètent au meilleur rapport qualité-prix en fonction de leur contrainte budgétaire, ingorant le plus souvent la provenance du produit. On peut se demander s’il n’y a pas d’une certaine manière une certaine dichotomie entre la “rationalité économique” de l’individu et son “irrationalité politique”, ce qui du reste est la thèse de Caplan. Encore une fois, il ne faut pas ignorer le poids des contraintes d’offre et budgétaire : si, en tant que consommateurs français, nous sommes nombreux à acheter d’une manière ou d’une autre du textile chinois, alors même qu’une proportion significative de la population française n’était pas hostile à des mesures protectionnistes à l’encontre de ce même textile chinois, c’est en partie parce que le textile non-chinois est relativement rare, et donc cher.

Bref, tout ça pour dire qu’il est aisé sur un plan “politique” d’avoir une préférence pour les biens “éthiques” et ”écolos”, et donc d’exiger du “capitalisme” qu’il devienne éthique et écolo. Mais il ne faut pas oublier combien on apprécie d’avoir accès à de nombreux biens pour des prix abordables; surtout en période de crise. C’est cynique, mais c’est vrai… 


Le lundi, c’est épistémologie

23 mars, 2009

Histoire de bien commencer la semaine (ou mal, c’est selon), on peut lire cette intéressante, quoique légèrement obscure, réflexion épistémologique de l’historien John Lukacs. Je dis “obscure” car elle est écrite par un historien et s’adresse d’abord à des historiens, et que le propos n’est pas toujours évident à suivre. Mais il y a quand même de bonnes idées. On pourrait d’ailleurs résumer l’article en une idée : la connaissance (scientifique) est intersubjective. Ce qu’écrit l’auteur de l’article me semble s’inscrire dans la continuité d’une certaine tradition herméneutique, comme en témoigne la thèse de l’auteur selon laquelle on ne peut séparer l’objet du sujet.

Que peut en tirer un économiste ? La même chose que lorsqu’il lit des auteurs comme Deirdre McCloskey, c’est à dire prendre mieux conscience de la nature de la connaissance qu’il produit : pas une connaissance “objective”, qui tend vers la Vérité, mais plutôt une connaissance fondée sur des représentations sociales au sens large et qui tend d’abord à convaincre la communauté scientifique. En d’autres termes, on pourrait dire que la connaissance scientifique est “anthropocentrée” : elle est faite pas des hommes pour des hommes. C’est en ce sens d’ailleurs que l’on peut dire que toute théorie est “historique”. Les écrits épistémologiques de Max Weber (voir cet ouvrage et celui-là) expriment un peu la même idée, dans une perspective plus néo-kantienne. Ils sont d’ailleurs très méconnus (notamment parce qu’ils sont particulièrement difficiles à saisir), et c’est dommage.


Une chasse aux sorcières ?

22 mars, 2009

Le Congrès américain vient de créer une taxe exceptionnelle prélevant à hauteur de 90% les “bonus” et autres primes versés à leurs dirigeants et employés par les institutions ayant reçues des fonds publics dans le cadre du TARP. En effet, puisqu’il était légalement impossible (dixit les dirigeants de l’assureur AIG) aux banques et autres institutions financières de casser les contrats prévoyant les versements de ces bonus, les pouvoirs publics américains ont trouvé la solution : créer un impôt confiscatoire. On imagine l’émoi dans le secteur financier, puisque certains parlent de “chasse aux sorcières” et de “néo-McCarthisme”. Et de proférer une menace qui fait trembler : les traders et les banquiers américains iront vendre leur talent en des terres moins hostiles. Menace crédible ? Lisez la suite de cette entrée »