Archives Mensuelles: février 2009

Max Weber sur les relations entre marché et Etat

En relisant mes fiches de lectures avant d’entamer la rédaction d’un chapitre de thèse (plus que trois !), je tombe sur ces citations de Max Weber dans Economie et société, tome 2, au sujet de la relation entre économie de marché et Etat (respectivement pp. 48 et 49 de l’édition poche chez Plon) :

« Du point de vue « théorique », l’Etat n’est donc jamais nécessaire à l’économie. D’un autre côté toutefois, il n’est pas douteux qu’un ordre économique, spécialement s’il est de type moderne, ne saurait être réalisé sans un ordre juridique répondant à des exigences tout à fait précises, tel que seul peut l’être un ordre « étatique » »

(…)

« Or l’intensité des échanges modernes exige un droit fonctionnant d’une manière prompte et sûre, c’est-à-dire garanti par la plus forte puissance de contrainte possible, et c’est ainsi que l’économie moderne, par son caractère propre, a contribué plus que toute autre chose à détruire les autres groupements sociaux qui étaient porteurs de droit et donc d’une garantie de droit. Tel a été le résultat du développement du marché » (je souligne).

On connaissait la thèse "il ne peut pas y avoir de marché sans Etat". Mais c’est plus que ça : le marché a donné naissance à l’Etat. A méditer.

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Ethique conséquentialiste et réchauffement climatique

Via Free Exchange, un intéressant article de l’économiste Paul Collier sur le réchauffement climatique. Collier se place en rupture avec la perspective dominante concernant la problématique du réchauffement climatique et consistant, dans une perspective utilitariste et conséquentialiste, à mener une analyse coût/bénéfice du réchauffement et de la lutte contre ce réchauffement. Collier défend quant à lui une perspective que l’on peut pourrait qualifier de déontologique :

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Les esprits animaux

Chris Dillow propose une note sur le nouvel ouvrage de Robert Shiller et George Akerlof et fait plusieurs bonnes remarques, d’une part sur l’importance peut être excessive que Shiller et Akerlof accordent aux "esprits animaux" dans les fluctuations économiques, et surtout d’autre part sur les alternatives théoriques possibles, ne nécessitant pas de recourir à une hypothèse d’irrationalité. William Buitter dans le Financial Times est assez critique envers l’ouvrage de Shiller et Akerlof et leur reproche d’oublier l’importance de la demance effective. Pas sûr toutefois que son point soit totalement pertinent : précisément par ce que le futur est incertain, la demande effective est étroitement liée à des problèmes d’anticipations relevant davantage du jugement que du calcul. Dans son billet, Dillow cite un article développant une "épidémiologie" des anticipations qui, bien que non repris par A&S, est une piste qui parait très intéressante (note : j’ai seulement parcouru l’article en diagonale).

N’ayant pas encore lu l’ouvrage d’A&S (ça ne saurait tarder – une note de lecture est programmée) je n’en dirai pas plus, si ce n’est noter que j’ai également l’impression qu’il y a un prolongement sociologique à ce travail : celui des représentations sociales et de leur diffusion. Si tant est que la thèse d’A&S ait un fond de vérité, se pose alors la question des mécanismes par lesquels se transmettent certaines idées, pas seulement sur l’évolution du prix de certains actifs d’ailleurs.

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Les liens du matin (36)

* "50 articles pour comprendre la crise financière (5/50)" – Mafeco

* "50 articles pour comprendre la crise financière (13/50)" – Mafeco

* "How bank bonuses let us all down" – Nassim Taleb, The Financial Times

* "Greespan could have found cure at pharmacy" – John Kay, The Financial Times

* "House prices & biases" – Chris Dillow

* L’équivalence ricardienne en image (via Greg Mankiwvia) :

 

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Un nouveau blog de macro monétaire bigrement intéressant

Via Marginal Revolution, j’ai appris l’existence d’un tout nouveau blog, orienté sur les questions monétaires, ouvert par l’économiste Scott Sumner : The Money Illusion. J’ai parcouru rapidement quelques billets que j’ai trouvé excellents, voire fascinants. Bon, je suis très loin d’être un spécialiste des problèmes monétaires.

A lire notamment un billet sur la Théorie générale de Keynes qui tranche violemment avec la Keynes-mania ambiante où Sumner démonte notamment de manière assez convaincante le concept de trappe à liquidité et sa reconstruction à la Krugman :

 "rugman recognized that Keynes’ liquidity trap rested on a foundation of sand and attempted to build a model of “expectations traps” that was consistent with rational expectations.  I have doubts about this model, but even if one accepts Krugman’s argument it doesn’t really help the GT very much.  Krugman argued that temporary increases in the money supply will be hoarded, leaving AD almost unchanged.  But this would apply even more strongly to budget deficits, which unlike money supply increases, must be temporary".

Ce billet qui réhabilite les anticipations rationnelles est également à lire. Bref, voilà le point de vue d’un macroéconomiste manifestement non-keynésien… mais qui rejette aussi l’explication autrichienne de la crise :

 "many economists merely look at the sharp fall in interest rates, and the sharp increase in the monetary base, and assume policy has been expansionary.  But the Fed also cut rates sharply and increased the base during the early 1930s.  Just as during the Great Contraction, policy has been highly contractionary in the only sense that matters, relative to what is needed to meet the Fed’s policy target for nominal spending.

Nominal interest rates are not a reliable policy indicator.  In another post I pointed out that a highly contractionary policy will generate deflationary expectations, and drive nominal rates toward zero.  And once that occurs the real demand for bank reserves will rise sharply, especially if the Fed foolishly begins paying interest on reserves".

A suivre de très très près.

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La théorie des jeux… et des oiseaux

La théorie des jeux est quand même un outil formidable :

 "A team of scientists, led by the University of Exeter, has used game theory to explain the bizarre behaviour of a group of ravens. Juvenile birds from a roost in North Wales have been observed adopting the unusual strategy of foraging for food in ‘gangs’. New research, published in the journal PLoS One (on Wednesday 25 February 2009), explains how this curious behaviour can be predicted by adapting models more commonly used by economists to analyse financial trends.

This is the first time game theory has been used to successfully predict novel animal behaviour in the real world. The researchers believe this analysis could also shed light on the variation in feeding strategies in different populations in other species.

Ravens feed on the carcasses of large animals. Most populations live in temperate forests, where individuals search for carcasses and finds are then defended by a pair of territorial adults. Unpaired younger birds, on the other hand, gather at communal roosts from which they search individually for carcasses on adult territories and recruit each other to overwhelm adult protectionism. However, at one raven roost on Anglesey, things work differently: juveniles forage in gangs. This level of coordination had not been seen before in a raven population.

The researchers built a mathematical model to understand how this behaviour evolved and why it might occur in some roosts and not others. The model designed for this study was based on techniques used in other game theory models, which identify the most profitable behaviours of individuals in different situations to predict what would be favoured by evolution".

L’article en question peut être consulté ici.

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De la dimension performative des théories économiques

Suite à ce billet, une intéressante discussion s’est engagée autour de la question de savoir dans quelle mesure les théories en sciences sociales, et en particulier les théories économiques, ont pu influencer la manière d’agir des individus, voire même la manière dont ces derniers se représentent leur comportement et celui d’autrui. J’ai découvert que c’est également une question qui intéresse pas mal de monde en management et en théorie des organisations. Je suis en effet tombé sur ce papier de Tepo Felin et Nicolaï Foss à paraître dans Organization Science qui répond précisément à tout un ensemble d’articles plus ou moins récents arguant que certaines théories économiques ont engendré le développement de comportements "négatifs" au sein des organisations et de mauvaises pratiques de management.

Le papier de référence apparement pour cette thèse est un article de Ferraro, Pfeffer et Sutton paru en 2005 dans l’Academy of Management Review (working paper ici) et qui est, ni plus ni moins, l’un des papiers les plus cités ces derniers années dans les travaux de management et de théorie des organisations. Ce papier s’inscrit dans ce qu’il convient d’appeler le "economists bashing" très à la mode dans les business studies aux Etats-Unis et dont Gizmo avait déjà parlé. On peut trouver des exemples sur le blog Organizations and Markets, blog tenu par des économistes qui publient dans des revues de gestion, et donc plutôt bien placés (voir ici, ici ou encore ).

Dans leur papier, Felin et Foss reconnaissent la dimension performative et auto-réalisatrice des théories économiques, dans la mesure où elles ont effectivement, par le discours et le langage qu’elles propagent, la capacité de modifier les anticipations des individus. Elles peuvent également permettre une meilleure compréhension de la réalité ce qui, inévitablement, induira de nouveaux comportements. Toutefois, ils soulignent que cette dimension performative est limitée de deux points de vue : d’une part, cette dimension n’existera que lorsque la théorie offrira une description approximativement juste de la réalité. Une théorie totalement fausse ne peut pas, sur le long terme, influencer le comportement des individus  car le "principe de réalité" fait que chacun réalise rapidement qu’elle n’est pas tenable. D’autre part, il faut que la théorie soit en accord avec une certaine nature humaine immuable. En l’occurence, la nature humaine immuable c’est que l’individu agit toujours d’une manière ou d’une autre de manière intéressée et qu’il tente toujours, même avec une rationalité imparfaite, d’actualiser ses croyances et ses anticipations en fonction de ce qu’il observe autour de lui.

Le papier vaut le coup d’être lu même si l’argument étant de nature philosophique, il n’offre pas de réponse définitive, loin de là. En fait, on peut presque résumer ce débat à une opposition entre constructivisme et réalisme. Ferraro et al. sont dans une optique purement constructiviste, qui suit un peu la maxime du sociologue interactionniste William Thomas et son fameux théorème : "si les hommes définissent des situations comme réelles, alors elles sont réelles dans leurs conséquences". Thomas, et Merton après lui, sont les pères de l’idée de prophétie auto-réalisatrice : le simple fait d’anticiper une chose va conduire cette chose à se produire. Cette perspective constructiviste a également une dimension relativiste : tous les discours se valent, dans le sens où ils peuvent tous avoir une dimension performative. De ce point de vue, les théories sont des éléments parmi d’autres contribuant à la construction sociale de la réalité. On est également pas loin de l’idée de cercle herméneutique : une théorie scientifique permet de comprendre et de construire la réalité en même temps qu’elle est également elle-même une construction sociale issue de cette "réalité". La perspective de Felin et Foss est au contraire réaliste, au moins sur le plan ontologique : il existe une réalité indépendante des représentations que l’on en a et, si une théorie scientifique n’a pas forcément pour but de décrire cette réalité, elle doit en fournir une représentation pertinente pour que les individus puissent s’appuyer dessus durablement.

Ce débat fait d’ailleurs écho à la fameuse histoire de la copule gaussienne (via Econoclaste), où comment une formule mathématique a apparemment conduit à un ensemble de comportements auto-réalisateurs… jusqu’au moment où la réalité a rattrapé tout le monde. In fine, le point de vue de Felin et Foss me parait solide. Et il ne faut pas oublier que "individuals respond to incentives" (oui je sais, c’est une idée issue d’une théorie…) : les théories ne s’impriment pas dans le cerveau des individus ; ce sont seulement des outils et des instruments qui aident à la prise décision mais ne se substituent pas à la recherche de notre intérêt (quelque soit sa nature). Mais, il est vrai, qu’elles peuvent plus ou moins durablement orienter nos croyances. Tout le noeud du problème est là.

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Remettre le système bancaire sur les rails

Pendant que l’Etat français s’apprête à mettre l’un des siens à la tête du nouveau deuxième groupe bancaire français, aux Etats-Unis on réfléchit toujours au meilleur moyen de remettre sur pied le système bancaire. Certains parlent de nationalisation, ce qui fait peur à d’autres. Susan Woodward et Peter Hall présentent une solution pour scinder les banques en difficulté en "bonnes" et en "mauvaises" banques. Ricardo Caballero propose quant à lui une alternative à la nationalisation.

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Les grandes firmes et la planification

Dans les années 1920, s’est ouvert le débat sur la planification socialiste posant la question de la possibilité pour une économie planifiée socialiste de procéder à une allocation optimale des ressources de la même manière que le marché. L’économiste Oscar Lange défendait dans ce débat la première forme de socialisme de marché, arguant que les outils de la théorie économique et de la concurrence parfaite pouvaient permettre la mise en place par une autorité d’un système de planification mimant les mécanismes de marché. Face à lui, Ludwig von Mises (qui a lancé ce débat en 1920 avec son ouvrage Economic Calculation in the Socialist Commonwealth) et Friedrich von Hayek présentaient la mise en place d’un tel système comme impossible en raison d’un certain nombre de limites insurmontables face auxquelles le planificateur se trouverait confronté. En un mot, le problème fondamental est celui de la dispersion de la connaissance, laquelle est éparpillée au sein du système économique, chaque individu en possédant une fraction. Cette dispersion rend impossible le "calcul socialiste" car le planificateur ne peut alors calculer les prix permettant l’allocation optimale des biens.

Ce débat a eu impact non négligeable sur le plan théorique comme sur le plan historique. Concernant l’aspect théorique, on peut considérer que l’école autrichienne moderne est née à cette occasion, en prenant définitivement ses distances avec le modèle néoclassique de la conccurence. C’est aussi suite à ce débat que Hayek produira ce qui est sans aucun doute ses écrits économiques les plus importants, ceux relatifs au problème de la dispersion de la connaissance : "Economics and Knowledge" (1937) et "The Use of Knowledge in Society" (1945). Sur un plan historique, il n’est pas exagéré de penser que cette controverse, et la "victoire" de Mises et Hayek, a eu un relatif impact persuasif et a permis de doter l’économie de marché d’un certain fondement théorique.

L’argument hayekien est puissant et a été progressivement renforcé par les développements ultérieurs autour de la "rationalité limitée" des agents. Certes, les développements autour des problèmes d’asymétries d’information dans les années 70 sont venus atténuer sa portée, en montrant que le marché ne parvient pas toujours à traiter de manière optimale la connaissance et l’information. Mais, fondamentalement, la thèse reste valable : c’est parce que la connaissance est inévitablement dispersée qu’il est impossible pour un planificateur de se susbstituer aux mécanismes du marché, par lesquels les prix, les quantités et la qualité sont déterminées de manière décentralisée. Cela dit, si l’argument est valable, comment expliquer alors l’existence des grandes firmes multinationales où, par définition, les mécanismes de marché sont absents ? Chris Dillow pose cette question dans un récent billet (voir aussi celui-là) : "if centrally planned economies are a bad idea, how come centrally planed companies are a good one?" Lire la suite

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Akerlof, la psychologie et l’économie

Sur le site de The Atlantic, on peut lire une interview de l’économiste Prix Nobel George Akerlof, récent co-auteur ave Robert Shiller d’un livre sur la psychologie et l’économie. L’interview est très intéressante, avec plusieurs points à relever. Notamment, Akerlof indique que leur travail s’inscrit dans le prolongement du programme de recherche de l’économie comportementale, lequel a récemment produit deux autres ouvrages qui ont reçu un certain écho dans la presse : Predictably irrational de Dan Ariely et Nudge de Richard Thaler et Cass Sunstein. Cela dit, la spécificité de l’ouvrage d’Akerlof et de Shiller est qu’il se sert des résultats de l’économie comportementale pour les appliquer à des questions macroéconomiques. En quelque sorte, il s’agit en fait de trouver de nouveaux fondements microéconomiques pour fonder une nouvelle macroéconomie, plus réaliste :

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Analyse économique du basket américain

Quels sont les contrats optimaux pour inciter un sportif, dans un sport collectif, à fournir l’effort maximal le plus bénéfique pour son équipe ? Je me souviens avoir écrit un billet où il était indiqué, qu’en matière de football, il est difficile d’imaginer autre chose qu’un système de prime collective, même si l’efficacité de ce dernier n’a rien d’évidente. Le problème principal-agent se pose également pour le basket, mais de manière plus étonnante. Le basket a en effet la spécificité d’être l’un des sports (voire LE sport) les plus quantifiés : notamment aux Etats-Unis, toutes les actions de jeu possibles donnent lieu à une statistique. On pourrait alors se dire qu’il est relativement facile pour le coach ou le dirigeant d’une équipe d’élaborer des contrats sur mesure pour chaque joueur où, outre une rémunération fixe (satisfaisant à la contrainte de participation), une part variable serait dépendante de certaines statistiques (nombre de points marqués, rebonds, passes décisives, etc.). Sur une saison entière, ces statistiques sont sensées en effet représenter une bonne mesure de l’effort de chaque joueur. Mais en fait, ce type de clause dans les contrats est assez rare, et cela s’explique en partie par les règles du basket qui peuvent inciter à la non-coopération.

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Novlangue VS Pandémonium

Ce combat se veut être un parangon de revue de presse qui ne parle pas du fond mais de la forme ; n’expose pas des faits mais pose des questions.

Ce soir, comme tous les soirs, la miss des villes lit la presse. Ce faisant elle a fait une grande découverte : le niveau de la langue française se relève grandement. Ainsi deux termes inhabituels dans les journaux ont sauté aux yeux de la miss des villes (et de CH) alors qu’elle prenait connaissance de l’évolution de la crise des universités (pour reprendre les termes des journaux). Cette bonne nouvelle devrait réjouir la miss des villes après une rude journée et pourtant… cela la laisse plutôt perplexe

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Les liens du matin (35)

* "Japan’s lessons for a world of balance-sheet deflation" – Martin Wolf, The Financial Times

* "There’s Virtue In Geithner’s Vague Bank Plan" – Matthew Richardson et Nouriel Roubini, The Wall Street Journal

* "Pour une nouvelle règle budgétaire" – Jacques Delpla, Les Echos

* "Sad, But True" – Justin Wolfers, Freakonomics. Si c’est vrai, c’est atterrant…

* "Evidence against the multiplier" – Cafe Hayek 

 

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Suivre un cours d’économie de Yale comme si vous y étiez

A quoi peut bien ressembler un cours sur les marchés financiers donné par l’économiste Robert Shiller à l’Université de Yale ? Allez voir par vous même ici. Tous les cours ont été filmé et il est également possible d’avoir accès à leur transcription écrite. Tout ça à l’air très intéressant.

A noter que Shiller a écrit avec George Akerlof un ouvrage sur le point de paraitre sur le rôle des facteurs psychologiques dans les phénomènes économiques. A suivre… 

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La science économique nous a-t-elle rendu individualiste ?

Sur le forum d’Econoclaste, Alexandre Delaigue a mis en lien les deux premières parties d’un documentaire diffusé récemment sur la chaîne de télévision britannique BBC. Voici les liens vers les trois épisodes :

The Trap – 1/3

The Trap – 2/3

The Trap – 3/3

Ce documentaire défend la thèse suivant laquelle une série de développements intervenus en sciences sociales, en économie et en psychologie à partir de la seconde guerre mondiale ont contribué à construire une certaine image de l’individu, égoïste, calculateur, rationnel, dans l’optique de promouvoir une certaine forme de liberté. Ce qu’essaye de montrer le documentaire, c’est qu’au final cette tentative a aboutie au résultat inverse : moins de liberté et plus d’inégalités. La science économique est très souvent citée comme exemple dans les deux premières parties : on y parle de Hayek, Buchanan, de la théorie des jeux et de Nash et Schelling, entre autres. Le documentaire insiste beaucoup sur le rôle de la théorie des jeux dans la construction d’une nouvelle image de l’Homme, qui apparaitrait au travers de cette théorie comme un stratège permanent, à la limite de la paranoïa, passant son temps à faire des raisonnements spéculaires : je pense que les autres pensent que je pense qu’ils pensent, etc.

C’est un documentaire très bien fait, qui donne la parole aux individus directement concernés (Nash, Schelling) et à certains spécialistes de la question (Phillip Mirowski notamment). La thèse défendue me parait en revanche contestable car elle mélange pas mal de choses… mais je vous laisse juger par vous-même. En revanche, en regardant ce documentaire je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec la thèse défendue par Karl Polanyi dans La Grande Transformation. Polanyi développe l’idée que vers la fin du 18ème siècle une utopie s’est développée sous la forme de ce qu’il appelle la "mentalité de marché", à savoir l’idée que les individus sont invariablement et universellement guidés par la recherche du gain personnel et, qu’à ce titre, le "Grand marché autorégulé" est une institution humaine naturelle. Polanyi insiste sur le fait qu’il s’agit d’une utopie, dans le sens où cette idée d’un grand marché autorégulée n’a jamais pu se réaliser et est tout simplement irréalisable. Toutefois, selon lui, toute l’histoire économique du 19ème siècle et du début du 20ème est le résultat de cette croyance qui s’est trouvée elle-même "théorisée" dans la science économique de l’époque. Je pense que vous voyez le parallèle…

Il y a une question de fond derrière tout ça. Keynes a dit un jour :  "sooner or later, it is ideas, not vested interests, which are dangerous for good or evil". La question est la suivante : dans quelle mesure les sciences sociales, l’économie en tête, sont-elles vectrices (reproductrices) ou créatrices des représentations que nous avons sur nous-mêmes ? Autrement dit, l’économie construit-elle ou décrit-elle la réalité qu’elle étudie ? La réponse est probablement les deux à un premier niveau d’analyse. Lorsqu’un modèle de décision ou un modèle financier, jusqu’alors en possession d’un seul acteur, devient connaissance commune, la réalité s’en trouve transformée. Mais la thèse défendue par ce reportage, ou la thèse de Polanyi, se positionnent un niveau d’analyse plus élevé : ici, il s’agit de dire que l’économie a transformé l’individu. C’est une problématique assez fascinante qui n’est pas loin d’être traitée par Max Weber. Weber souligne en effet le rôle joué par la science dans le processus de rationalisation. Ce qui est intéressant c’est que, chez ce dernier, la science "objective" n’est rendue possible que parce qu’il s’est opéré au préalable un processus qui a permi aux individus de prendre leurs distances avec leurs valeurs. En retour, l’économie et la sociologie se sont développées dans une perspective rationaliste, où l’idéaltype de "l’action rationnelle en finalité" occupe une place centrale. Ce qui est fascinant chez Weber c’est qu’on y trouve une idée de cercle herméneutique : c’est par le biais du processus de rationalisation, où les individus ont progressivement agit d’une manière de plus en plus proche d’une rationalité en finalité, que les sciences sociales objectives et rationalistes ont pu se développer. Et c’est le développement de ces sciences qui a rendu possible l’interprétation de notre société moderne comme étant un résultat d’un processus de rationalisation.

Si l’on suit cette interprétation, les développements de la théorie des jeux à partir des années 40, avant d’avoir transformé l’Homme, ont peut-être été d’abord la conséquence d’une nouvelle manière de penser nos sociétés…

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