Keynes et la Théorie Générale : chapitres 5 et 6

Suite de la lecture chapitre par chapitre de la Théorie Générale de Keynes, dont je rappelle que l’on peut trouver l’ouvrage en entier en ligne ici. Comme le chapitre 4, les chapitres 5 et 6 portent sur des questions de vocabulaire, et ne sont pas une lecture particulièrement « fun ». Keynes y développe pourtant quelques idées essentielles.

La chapitre 5 porte sur la question des prévisions et de leur impact sur le volume de la production et de l’emploi. Keynes fait une distinction entre les prévisions de court terme et les prévisions de long terme. Les premières portent sur le prix qu’un producteur peut espérer tirer de produits finis au moment où il s’engage dans leur fabrication. Les secondes portent sur les anticipations de profit que forment les entrepreneurs au moment où ils investissent, c’est à dire lorsqu’ils achètent des produits finis dans le cadre de leur activité de production. On peut voir, comme Keynes le souligne, que les prévisions à court terme sont nécessairement fortement dépendantes des prévisions à long terme.

Le point le plus intéressant de ce chapitre est que Keynes indique que prévisions à court et long terme ne sont pas régies par les mêmes mécanismes. Les prévisions à court terme consistent essentiellement d’après Keynes en une extrapolation par les producteurs des résultats passés. Par conséquent, elles évoluent toujours de manière incrémentale. Comme l’emploi et la production sont déterminées en partie par les prévisions à court terme, et que ces dernière sont largement définies par les résultats passées, il semble que les résultats d’hier déterminent les résultats de demain. Mais à ce stade, Keynes postule que les prévisions à long terme sont beaucoup plus instables et volatiles. Les prévisions de long terme déterminent les décisions d’investissement ; or, chez Keynes, l’investissement est la partie volatile de la demande effective, tandis que la consommation est beaucoup plus stable. Keynes ne justifie pas vraiment l’instabilité des prévisions à long terme. Il renvoi le lecteur au chapitre 12. Il indique aussi que les prévisions à long terme ne peuvent pas être confrontées régulièrement aux résultat effectifs, de telle sorte que les corrections par les entrepreneurs de leurs anticipations se font souvent de manière subite.

Au final, il ressort de ce chapitre l’idée suivante : les niveaux présents d’emploi et de production dépendent de l’enchevêtrement de prévisions formées par les producteurs dans le passé. Sur le court terme, les producteurs forment leurs prévisions à partir des résultats passés et des écarts entre ces résultats et les prévisions précédentes. L’adaptation se fait de manière incrémentale. Toutefois, les prévisions à court terme sont dominées par les prévisions à long terme, notamment parce que les anticipations de revenu dépendent des décisions d’investissement qui, elles, sont formées à partir de prévisions à long terme. Comme ces dernières ne sont pas susceptibles d’être aisément vérifiées, elles sont susceptibles de brusque retournement.

Le chapitre 6 est consacré à définir les notions de revenu, de consommation et d’investissement. En simplifiant, Keynes fait du revenu l’écart entre le produit issue des richesses produites et le coût d’usage lié à l’utilisation de ressources pour la production, ceci au niveau de l’économie dans son ensemble. Ce revenu se décompose entre consommation et investissement.  

Ce chapitre est important pour une seule raison : Keynes y évacue le problème de l’égalité investissement/épargne par un petit tour de passe-passe comptable. Keynes fait en effet de l’épargne un résidu du revenu non consommé : « Autant que nous sachions, personne ne conteste que l’épargne soit l’excès du revenu sur la dépense pour la consommation » (p. 85). En d’autres termes, S = Y – C, avec S l’épargne, Y le revenu et C la consommation. Selon Keynes, la consommation est la différence entre la totalité des ventes et le volume de ventes faites par un entrepreneur à un autre entrepreneur (que Keynes désigne conventionnellement comme l’investissement). Donc, C = Y – I. Par conséquent, si S = Y – C et C = Y – I, on a bien I = S. Pour Keynes, il s’agit d’une égalité comptable : « L’équivalence de la quantité d’épargne et de la quantité d’investissement découle du caractère bilatéral des transactions entre le producteur d’une part et le consommateur ou l’acheteur d’équipement d’autre part » (p. 87). Comme l’indique Tyler Cowen, Keynes manipule les définitions de manière à donner la priorité causale à certaines variables macroéconomiques (l’investissement) au détriment d’autres (l’épargne). Keynes indique en passant dans l’avant dernier paragraphe la possibilité d’un déséquilibre entre l’épargne et l’investissement mais l’évacue par le biais d’un argument psychologique faiblard selon lequel « il existe des habitudes ou des réactions psychologiques permettant d’atteindre un équilibre où le désir d’acheter est égal au désir de vendre » (p. 88). Notons que le problème n’est pas que ce que raconte Keynes est faux ; sur un strict plan formel, son égalité est valide. Mais les déséquilibres locaux sont un facteur majeur pour comprendre les crises financières. La dernière crise en date en est la preuve.

Les chapitres 7 et 8 devraient suivre dès demain.

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