C’est la période des fêtes mais l’économie ne s’arrête pas pour autant, pas plus que la blogosphère. Petit florilège des éléments intéressants que j’ai pu relever.
On apprend aujourd’hui dans le Financial Times que les économies émergentes risque de faire face à une pénurie de crédit. La raison est simple : en empruntant en masse pour financer leurs divers plans de relance, les Etats des économies développées attirent vers eux une grande quantité d’épargne qui ne sera donc plus disponible pour les pays émergents. On a à faire à une sorte d’effet d’éviction. Les implications sont évidemment loin d’être mineures pour les économies émergentes, aussi bien pour les gouvernements que pour les entreprises.
Est-ce que le marché détruit la moralité ? Plusieurs économistes et intellectuels essayent de répondre à cette question ici. Tim Harford s’en fait écho et, comme il le fait justement remarquer, les diverses interventions ont tendance à se placer sur des plans différents faute de définition commune aux notions de marché et de moralité. Harford mentionne toutefois une étude expérimentale qui tend à suggérer que la propension à coopérer des individus seraient plutôt plus forte dans les économies ayant une économie de marché développée depuis un certain temps. Bien sûr, coopération et moralité sont loin d’être synonymes. De manière plus générale, ce genre d’interrogation renvoi à l’idée que le marché, en tant qu’institution, est susceptible de "sélectionner" des traits comportementaux. Voir ce billet où il était justement question de ce point.
Billet extrêmement intéressant de Mark Thoma sur le problème de l’évaluation des risques dans la crise financière. Plus exactement, si l’on sait que la prise de risque excessive a été l’une des causes de la crise, plusieurs modèles d’explication a cette prise de risque sont disponibles. Thoma en mentionne trois : les risques ont été mal perçu voir totalement ignoré, les risques ont été caché, parfois de manière frauduleuse, enfin les risques ont aussi pu être mal réparti. Dans ce dernier cas, il faut distinguer deux configurations : la première est celle de l’aléa moral dont l’existence est liée à la croyance dans le fait que l’Etat prendrait à sa charge les éventuelles défaillances pour éviter toute crise systémique. La seconde est celle d’une défaillance de marché liée à un problème de relation d’agence. Ici, le problème vient du fait que l’incitation à évaluer précisément les risques est trop faible. Ce n’est pas un problème d’aléa moral mais plutôt un problème organisationnel de contrôle interne au sein même des institutions financières.
Enfin, Paul Krugman se fend d’une nouvelle sortie sur ce qu’il nomme la "hangover theory", autrement dit la théorie autrichienne du cycle. Derrière cette formule un peu moqueuse, Krugman pose quand même de bonnes questions : si la récession est une étape nécessaire pour l’adaptation de la structure de production suite à une succession de "mal-investissement", elle n’explique pas 1) pourquoi le volume d’emploi serait plus élevé durant le boom que durant la récession et , 2) pourquoi le chômage touche l’ensemble de l’économie pendant la période de récession et pas seulement les secteurs ayant artificiellement gonflé.
On peut trouver des éléments de réponse intéressants chez Interfluidity ou encore chez Tyler Cowen. Comme il est dit dans ces deux billets, la réponse à la première objection de Krugman est assez aisée : il y a asymétrie au niveau des mécanismes de coordination entre une période d’expansion et une période de récession. Les autrichiens ont également clairement une réponse à la seconde objection : en période d’expansion, il y a une mauvaise accumulation du capital sous forme de sur-accumulation dans certains secteurs au détriment d’autres. Lorsque la bulle explose, une réallocation doit s’opérer, ce qui va prendre du temps. Il me semble que là où la "hangover theory" n’est pas convaincante concerne la question du pourquoi de la mauvaise allocation du capital. La réponse autrichienne (l’expansion monétaire) n’est pas convaincante puisqu’elle n’explique pas pourquoi la sur-accumulation se fait à tel endroit et pas à tel autre et surtout considère l’expansion monétaire comme un choc exogène. C’est une hypothèse totalement insatisfaisante mais dont l’existence s’explique, à mon humble avis, par un motif idéologique : faire porter la totalité du poids des fluctuations économiques sur l’Etat. Je ferai donc une troisième objection à la "hangover theory" : elle n’explique pas l’expansion monétaire car elle postule l’existence d’un banquier central tout puissant pouvant fixer le niveau de la masse monétaire comme bon lui semble, ce qui n’est pas le cas. Il y a des mécanismes endogènes sous-jacent à l’expansion monétaire. Ici, on va toucher à des questions d’anticipation, de croyances, de mimétisme, etc. Il faut plutôt aller voir du côté de Minsky.
Edit : Ce billet d’Arnold Kling reprenant celui de Mark Thoma dont je parle plus haut, pose justement LA bonne question :
"A deep, Minsky-esque question is whether misperception of risk is inherently cyclical. It could be that, at certain points in history, an epidemic of bad judgment concerning risk is pretty much inevitable. When the epidemic occurs, it carries with it government regulators as well as private investors".

