Mes lectures du moment (3)

30 novembre, 2008

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Voici une petite liste de livres actuellement empilés sur ma table, en cours de lecture ou dont la lecture commencera prochainement. Certains sont liés à mes travaux de recherche, d’autres pas du tout :

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Y = C + I + G + NX

30 novembre, 2008

Très intéressante tribune de Greg Mankiw dans le New York Times. Mankiw se demande ce que Keynes aurait recommandé face à une telle crise économique. D’un point de vue keynésien, toute crise économique appelle à une relance de la demande effective. Comme le revenu global (Y) est égale à la consommation (C), aux investissements privés (I), aux dépenses publiques (G) et aux exportations nets (NX), toute relance de la demande doit intervenir dans l’un de ces quatre domaines. Au vu de la période, on peut escompter que C et I vont avoir plutôt tendance à baisser. Il en va de même pour les exportations (NX), la crise mondiale induisant une baisse de la demande dans les autres pays. Par conséquent, le remède keynésien consiste à accroître les dépenses gouvernementales via des investissements publics (G). Les divers plans de relance actuellement en préparation dans les principaux pays s’inscrivent apparemment dans cette perspective. Krugman est, parmi les économistes, celui qui défend le plus ardemment cette vision depuis quelques semaines. Voir par exemple ce billet où Krugman défend l’idée qu’il est préférable que l’accroissement des dépenses publiques soit excessif plutôt qu’insuffisant puisque, si dans ce dernier cas, la crise ne serait pas résolue, dans le premier l’inflation générée par l’excès d’investissements publics pourrait être facilement combattue par une hausse des taux d’intérêt.

Bien que d’obédience plutôt keynésienne, Mankiw se montre sceptique face à cette stratégie de relance et s’inquiète de l’impact à long terme en terme de déficit public et d’endettement. Mankiw reconnait par ailleurs que la Fed dispose de très peu de marges de manoeuvre sur le plan monétaire étant donné que les taux d’intérêt sont déjà extrêmement bas. Elle a toutefois une stratégie à sa disposition : fixer une cible pour les niveaux des taux d’intérêt à long terme et s’engager à les maintenir bas durablement. Plus largement, il s’agit de faire en sorte que les agents anticipent que la Fed ne laissera pas s’installer la déflation.

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Hiérarchie et altruisme

29 novembre, 2008

Chris Dillow rapporte une intéressante étude d’économie comportementale menée par l’économiste Luigi Bosco. L’auteur de cette étude a cherché à évaluer l’impact des relations hiérarchiques sur l’altruisme des agents. Voici le résumé de l’article :

I ran an experiment in order to evaluate the relationship, if any, between power, or the search for power, and the degree of altruism. In particular I experimentally tested whether an organization structured in a strictly hierarchical way was able to reduce the degree of altruism of a group of experimental subjects. The subjects were divided into groups and played a series of dictator and ultimatum games with the members of other groups; for each experimental euro that they earned, the experimenter assigned half of it to the group. Two different settings were analyzed according to how this group surplus was distributed among group members. In the control setting (treatment A) the group surplus was distributed equally among group members, while in the power setting (treatment B) there was a ranking of the earnings in the group, and the subject who earned the higher sum was given the power to decide the distribution scheme of the group different from her own. It was found that the introduction of a hierarchical structure generated a significant decrease in the rate of altruism, measured in terms of the allocation given to the receiver in the dictator game. In this case the tournament among group members for leadership and the competition for power was a very strong means to induce behaviour more in line with the classical assumption of economics. A remarkable gender effect emerges, suggesting that women seem less attracted and trapped by competition for power“.

Les cobayes étaient regroupés en plusieurs groupes, et chaque membre jouait un jeu du dictateur ou un jeu de l’ultimatum contre un membre d’un autre groupe. La moitié des gains rapportés par les joueurs lors de ces jeux étaient mis d’un pot commun dans le groupe auquel ils appartenaient. Pour certain groupe, ce pot commun était partagé de manière égale entre tous les membres. Pour les autres groupes, c’est les joueurs les plus performants qui décidaient du partage de ce pot commun au sein des membres du groupe. Les résultats sont très intéressants : dans les groupes “hiérarchiques”, c’est à dire où le meilleur joueur se voit octroyer le pouvoir d’allouer les sommes du pot commun, les membres font preuve de plus d’égoïsme dans les jeux d’ultimatum et surtout du dictateur que les membres des groupes non hiérarchiques.

Dillow mentionne les implications majeures de ces résultats : en premier lieu, le pouvoir et les gains monétaires peuvent dans certaines circonstances diminuer la propension à coopérer des agents, ce qui peut s’avérer problématique dans les contextes où l’information est dispersée (toute ressemblance avec une certaine crise financière et certaines affaires liées à l’activité des traders n’est peut être pas fortuite). La seconde implication, plus générale, c’est que les institutions et le contexte institutionnel contribuent à déterminer nos comportements. En fait, ces résultats expérimentaux corroborent les conclusions issues de plusieurs travaux en théorie des jeux évolutionnaire et/ou psychologique, comme par exemple celles que j’avais évoqué concernant l’impact de la segmentation de la population. A noter aussi la différence que l’on peut constater quant à l’attirance respective des hommes et des femmes pour le pouvoir.

En matière de management et de politique, cela rappelle l’importance du “institutional design”, comme l’indique Dillow.


Keynes is back… really ?!

28 novembre, 2008

J’entends et je lis un peu partout (par exemple ici ou ) que Keynes est de retour avec la crise économique. Il est vrai qu’avec la suspension (disparition ?) du Pacte de stabilité et de croissance et les plans de relance budgétaire annoncés aux Etats-Unis et en Europe, il semble que l’on assiste à un retour en grâce des politiques économiques conjoncturelles dont on nous dit que Keynes a été le grand architecte. Mais de quel Keynes parle-t-on ? Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il y a un débat qui oppose les keynésiens de plusieurs bords concernant l’héritage du maître. D’un côté, il y a ceux qui ont retenu de Keynes la synthèse qui a été faite d’une partie de ses idées dans le cadre théorique néoclassique à partir des années 40 et qui a donné naissance au modèle IS/LM. Ce sont les keynésiens du “fine-tuning”, ceux qui pensent que l’économie de marché peut être stabilisée à la condition d’actionner les bons leviers de la politique économique. Ce Keynes là est incontestablement de retour… si tant est qu’il nous ait déjà quitté.

Mais d’autres, qu’on a coutume d’appeler les post-keynésiens, vous diront que Keynes était un “structuraliste”. Ce Keynes là, c’est celui de l’incertitude radicale, celui qui souligne l’importance des anticipations et qui met en avant l’endogénéité de la monnaie et l’instabilité chronique des marchés financiers. C’est celui qui est mis à jour par les travaux d’Hyman Minsky notamment. Le Keynes structuraliste met en avant que l’économie de marché ne peut jamais être en équilibre de plein emploi et qu’une politique économique de “fine-tuning” ne peut remédier à ce problème. Dans cette perspective, les préconisations de Keynes sont beaucoup plus radicales : contrôle des mouvements de capitaux, contrôle des changes, “Big Government” pratiquant une forme de planification.

Depuis des décennies, les néo-keynésiens et les post-keynésiens se battent pour savoir qui était le “vrai” Keynes. Ce papier met bien en perspective cette opposition, tout en défendant l’idée que Keynes était fondamentalement un structuraliste. Le fait est que si Keynes était vraiment de retour, les mesures prises par les pouvoirs publics ne s’arrêteraient pas à des politiques économiques d’extrême urgence. Elles s’accompagneraient de réformes plus structurelles ne concernant pas uniquement les marchés financiers d’ailleurs. L’avenir nous dira si c’est le cas, pour le meilleur… et le pire.


La France en faillite (?!)

28 novembre, 2008

Dans Les Echos ce matin, on peut lire les résultats d’une enquête sur la manière dont les pouvoirs publics gèrent la crise selon les français. Le titre est éloquent : “Plus d’un français sur deux craint la “faillite” de la France”. Et je viens de voir que dimanche, sur France 5, un docu-fiction intitulé “2017, chronique d’une faillite annoncée” et mettant en scène la faillite de l’Etat français, sera diffusé. C’est donc ça la stratégie des pouvoirs publics pour réconcilier les français avec l’économie : supprimer l’économie au lycée, ouvrir un site d’économie aux couleurs atroces et plein d’erreurs, et diffuser sur une chaîne du service public un documentaire catastrophiste sans intérêt ??


Prévoir l’imprévisible

27 novembre, 2008

Dans la série “les économistes et les prévisions”, voici un très intéressant article dans le Financial Times du jour. Après avoir fait une longue liste des plus beaux plantages des économistes concernant la crise financière et avoir mentionné les quelques moments de lucidité au cours desquels certains ont semblent-ils senti le vent venir, on peut lire ces paragraphes :

We now understand that economies are complex, dynamic, non-linear systems in which small differences to initial conditions can make large differences to final outcomes – the proverbial flapping of a butterfly’s wings that causes a hurricane. So economic crystal ball-gazing remains unscientific. The trend is the forecaster’s friend. Extrapolation assumes that the future will be like the past, only more so. We project current preoccupations – the rise of China and India, global terror, climate change – with exaggerated speed and to an exaggerated degree. (…) The future is unknowable. As Karl Popper observed, to predict the creation of the wheel is to invent it. To anticipate a new political force or economic theory, or even a new product, is to take the main step in bringing it into being“.

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Système de prix et empreinte écologique

26 novembre, 2008

dans nos économies de marché, ce qui permet d’équilibrer l’offre et la demande est le système de prix. Or les prix sont tout simplement oubliés dans le calcul de l’empreinte écologique. Nous avons affaire à un indicateur visant à comparer une offre et une demande de ressources rares, à usages alternatifs… sans aucun recours au système de prix : cherchez l’erreur !

Extrait de cette tribune dans Les Echos qui, il me semble, montre de manière assez convaincante en quoi la notion “d’empreinte écologique“, ou plus exactement la manière dont elle est calculée, manque de pertinence. Cet indicateur sert à faire peur : pensez donc, si tous le monde avait les habitudes de consommation des français, il faudrait deux planètes comme la notre. Mais, effectivement, on oublie dans l’histoire l’importance du système de prix. Que se passerait-il si, du jour au lendemain, les quelques 6 milliards d’individus se mettaient tous à consommer comme l’américain moyen ? Eh bien, il se passerait ce qui s’est en partie passé avec le pétrole : les prix grimperaient en flèche. Cela induirait la réorganisation des processus productifs, inciterait à l’innovation et… aux développements de méthodes et de comportements plus économes en énergie. Avoir un raisonnement écologique “à vide”, sans prendre en compte la manière dont le système de prix régule la rareté, n’aurait de sens que si nous vivions dans un système centralisé où un planificateur déciderait du niveau de vie de chacun. Cela dit, attention : en matière environnementale, on sait bien que les mécanismes de marché ont certaines limites en raison du problème des externalités, d’où la nécessité de dispositifs publics du genre taxe carbone. Mais, à bien des égards, marché et environnement ne sont pas incompatibles, bien au contraire. 


Sur la connaissance économique des français… et des autres

25 novembre, 2008

Editorial qui sonne juste de Jean-Marc Vittori dans les Echos ce matin. La question des rapports entre les français et l’économie (au sens de la connaissance économique) est on ne peut plus d’actualité alors que viennent de se dérouler les premières journées de l’économie, que le Codice a enfin ouvert son site Kezeko à la maquette graphique improbable (pas la peine de me demander mon avis sur ce site, j’ai eu mal au coeur au bout de 30 secondes et j’ai donc lâché l’affaire – Denis Colombi a été plus courageux que moi) et que la Fnege (Fédération nationale pour l’enseignement et la gestion des entreprises) a publié les résultats d’une enquête sur les connaissances économiques (plus exactement, de l’entreprise) des français élaborés à partir d’un questionnaire. La sentence de la Fnege est sans appel : les français sont nuls en économie puisqu’ils sont gratifiés d’un 6/20.

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Le pétrole à moins de 50$ le baril, c’est pas bien ?

24 novembre, 2008

Ce matin, j’écoutais la chronique économique sur BFM TV. Le journaliste y expliquait que le pétrole à 50$ le baril, ce n’est bien qu’en apparence et qu’en fait c’est une très mauvaise nouvelle. C’est une idée que je retrouve souvent par-ci par-là en ce moment. Il est vrai que depuis le pic du mois de juillet, le prix du baril a fait un plongeon en étant divisé quasiment par trois :

Pourquoi cette baisse serait-elle une mauvaise chose ? Ce matin, les arguments suivants étaient invoqués : la baisse du prix du baril va geler de nouveaux investissements, va ralentir l’adoption des énergies renouvelables et non polluantes et va diminuer l’afflux de capitaux en provenance des pays du Moyen-Orient. J’avoue ne pas comprendre le premier argument. Effectivement, avec la baisse du prix du pétrole, certains investissement qui étaient rentables il y a de cela quelques semaines ne le sont plus et ne vont donc pas êtes entrepris. Mais où est le problème ? Face à la baisse des prix, les offreurs vont effectivement réagir en abandonnant certaines activités de prospection et de forage. Ils vont par ailleurs décider de différer l’extraction de pétrole en attendant que le prix remonte. Mis bout à bout, ces comportements vont restreindre l’offre pour finalement faire remonter les prix, jusqu’à ce que les investissements redeviennent rentables et les extractions de réserves intéressantes, accroissant alors l’offre. Cet argument n’a même carrément aucun sens quand on remet l’évolution du prix du pétrole en perspective : un baril à 50$ n’a historiquement rien d’exceptionnel comme le montre ce graphique (que l’on peut trouver toujours ici).

Je n’ai pas le souvenir qu’aux époques où le baril était à moins de 40 dollars on s’inquiétait pour la rentabilité des investissements des compagnies pétrolières… Le deuxième argument relatif aux énergies renouvelables est plus intéressant : effectivement, plus le pétrole est cher, plus il est rentable d’investir dans des énergies renouvelables. La réciproque est évidemment vraie. Sauf que l’intérêt des énergies renouvelables est qu’elles sont inépuisables, contrairement au pétrole. Or, pourquoi le prix du baril baisse-t-il ? Parce que la demande elle-même baisse. Les écolos devraient donc être content : un pétrole pas cher est le signe d’une demande en déclin. Bon d’accord, je suis un peu de mauvaise foi puisque l’argument écologiste est de dire que le pétrole est une énergie polluante et que plus tôt il sera épuisé (et donc très cher), mieux il sera. Sauf que c’est là un argument du tout ou rien qui oublie que le problème environnemental est une question de calcul coûts/avantages : qu’on le veuille ou non, nos économies ont encore besoin du pétrole. L’avantage des mécanismes de marché c’est que, aidés par des mécanismes de taxes ou de droits à polluer, ils vont opérer ce calcul coût/avantages bien mieux que n’importe quel planificateur, écologiste ou non d’ailleurs. Si jamais les individus redeviennent trop friands de pétrole, les prix remonteront et la rentabilité des énergies renouvelables avec.

Quant au dernier argument, à vrai dire je suis sceptique. Là encore, au cours des périodes avec un baril à 40 dollars, je ne me souviens pas avoir entendu que le faible afflux des capitaux en provenance des pays du Moyen-Orient était un problème pour l’économie mondiale. Je trouve la thèse du “pétrole pas cher c’est pas bien” assez hypocrite. Elle fait comme si un baril à plus de 100$ avait été la norme historique alors qu’en fait nous sommes actuellement dans une situation plutôt “normale” par rapport aux tendances passées. Que des acteurs soient perdant avec cette baisse (les compagnies pétrolières, les pays du Moyen-Orient) c’est une évidence, mais de la à dire que c’est “mauvais” pour l’économie dans son ensemble, c’est exagéré.

En revanche, la baisse rapide du prix du pétrole, si elle n’est pas un problème en elle-même, est bien un signe inquiétant car elle traduit le ralentissement économique mondial et fait planer le spectre de la déflation. Mais c’est un autre problème. 


La Chute… financière

23 novembre, 2008

Etes-vous nominaliste ou réaliste ? Guns’n Roses et la querelle des Universaux

23 novembre, 2008

Hier 22 novembre était un grand jour puisque sortait le nouvel album du groupe de rock mythique du début des années 1990, Guns’n Roses. GnR n’avait sorti d’album depuis plus de 15 ans. Intitulé Chinese Democracy, ce disque est annoncé comme celui ayant coûté le plus cher à produire de l’histoire de l’industrie musicale, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait qu’il est en préparation depuis 1996 et que la sortie a été repoussé si souvent que plus personne ne croyait qu’il sortirait un jour.

Le débat brûlant chez les fans de GnR est de savoir si ce nouvel album peut être considéré comme un album authentique des Guns. En effet, du line-up initial de la fin des années 80, il ne subsiste plus que le chanteur, Axl Rose, tandis que tous les autres membres, y compris le célèbre guitariste Slash, sont partis et ont été remplacé. En fait, ce débat apparemment sans intérêt est d’une profondeur philosophique insoupçonnée, car il est réminiscent de la célèbre “Querelle des Universaux” qui a opposé plusieurs philosophes au Moyen âge. Le débat portait sur la question de savoir si les Universaux avaient une existence réelle ou bien étaient seulement une convention de langage. Les Universaux sont des types ou des relations qui transcendent les individus et qui sont invariables dans le temps et l’espace. Par exemple, l’Humanité. Les nominalistes, emmenés notamment par Guillaume d’Occam, considéraient que les Universaux n’avaient pas d’existence propre mais qu’ils étaient juste des concepts créés par les hommes pour des besoins sémantiques. Face à eux, on trouvait les réalistes et notamment John Duns Scot défendant un réalisme ontologique postulant la réalité des universaux. Si vous vous demandez d’où le grand débat individualisme/holisme méthodologique tire son origine, regardez donc du côté de cette querelle. Bon, là où je veux en venir c’est que si vous considérez que GnR existe toujours bien que la quasi totalité du groupe ait changé, c’est que vous êtes plutôt réaliste. Dans le cas contraire, vous avez une tendance nominaliste.

Bien, maintenant que j’ai réussi à introduire un prétexte philosophique justifiant que je parle de hard-rock sur un blog d’économie, je peux dire que je suis plus qu’agréablement surpris par ce nouvel album. Axl Rose a réussi le tour de force de proposer un style moderne, sans aucune forme de réchauffé de rock des heighties, tout en laissant l’empreinte GnR. La plupart des titres sont vraiment très bons, même si au global je pense que l’on est légèrement en dessous des albums de la première heure. Pour le plaisir des oreilles, voici le single éponyme de l’album :

Et un autre titre, ici en live lors de la tournée 2006-7, qui apparait dans l’album sous un autre titre :

Cela dit, rien n’arrive au niveau de ce qui reste mon morceau favori, “Civil War” (note : heureusement pour le chanteur Axl Rose que le ridicule vestimentaire ne tue pas !) :


Crise économique et trappe à liquidité

22 novembre, 2008

Je vais déroger à mes (bonnes [?!]) habitudes et parler un peu de macroéconomie. Ce n’est pas vraiment mon domaine mais je suis sûr que si je dis des bêtises ma collègue blogueuse, beaucoup plus portée sur la chose macroéconomique que moi, saura me corriger… Après la crise financière vient inévitablement la crise économique et se pose actuellement la question, en particulier aux Etats-Unis, des mesures à prendre pour atténuer le choc. Comme d’habitude, la blogosphère économique américaine produit quelques analyses intéressantes, notamment concernant la question de savoir si l’économie américaine est ou non en situation de trappe à liquidité.

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Réflexions économiques autour du Beaujolais

21 novembre, 2008

Le Beaujolais nouveau est arrivé. Il parait que ça se fête. Je me suis toujours demandé pourquoi, tant le Beaujolais est quand même plutôt bas de gamme. Celui que j’ai bu hier était même carrément mauvais. Selon moi, cette tradition du beaujolais vient encore rappeler l’importance des institutions pour comprendre les phénomènes économiques : un “accident historique” issu du lobbying des syndicats viticoles au début des années 1950 a fait émerger une régularité de comportement, une sorte de convention sociale. Depuis, les gens “fêtent” systématiquement la nouvelle cuvée de ce vin alors même que tout le monde s’accorde pour dire (en tout cas dans mon entourage) qu’il n’est pas particulièrement bon. Encore une histoire de mimétisme et de conformisme.

Il m’est d’avis que lorsque l’on s’attaque aux questions de goûts, de culture et de mode, ces éléments là sont encore plus prégnants. Et on peut même dresser un parallèle avec les marchés financiers : en fait, de la même manière que sur les marchés financiers il est difficile d’évaluer la valeur intrinsèque d’un produit, en matière de culture la plupart des individus n’ont pas les compétences pour juger de la qualité du bien qu’il consomme. En fait, c’est même pire : la valeur d’un actif financier ou d’un produit culturel est en fait largement fonction des anticipations de chacun sur l’évaluation des autres. On valorise davantage un produit culturel par conformisme (ça fait “bien” d’aimer l’art moderne) que pour le produit en lui-même. Résultat, il se produit occasionnellement des phénomènes “aberrants” : crise financière ou célébration annuelle du Beaujolais.

P.S. : non ce billet n’a pas été rédigé sous l’emprise de l’alcool et encore moins du Beaujolais. Toutes mes excuses aux amateurs de Beaujolais pour ce billet bourré de jugements de valeur. Mais, comme on dit, degustibus non est disputandum.


En vrac

21 novembre, 2008

Plusieurs choses intéressantes ce matin qui méritent d’être discutées.

On en sait un peu plus depuis hier sur le fameux “fonds souverain” à la française. En fait, il ne s’agit pas d’un authentique fonds souverain : doté de seulement 6 milliards d’euros de cash, il aura pour vocation de prendre “des participations dans des PME « qui portent la croissance française » ou pour « sécuriser le capital d’entreprises stratégiques » menacées d’OPA hostiles par la chute des cours boursiers”, selon N. Sarkozy. Il s’agit d’un nouvel avatar du patriotisme économique à la française… dont le fondement n’est pas tant économique qu’émotionnel. Ce fond souverain est quand même fondé sur un préjugé : les capitaux étrangers seraient “dangereux” et il faudrait protéger les “secteurs stratégiques” des investissements étrangers prédateurs. Il s’agit là essentiellement d’une vue de l’esprit car, comme le rappelle cet éditorial équilibré des Echos, aucune étude n’a objectivement montré l’existence d’effets néfastes en terme d’emploi  ou d’investissement liés à la détention par des propriétaires étrangers de parts dans les entreprises françaises. Sur un plan purement économique, l’idée même d’un “fonds souverain défensif” n’est en fait qu’une forme dégénérée de politique industrielle et se trouve de fait confrontée aux mêmes limites : l’Etat est-il le mieux placé pour décider d’une allocation optimale des ressources en repérant les secteurs clés ? Le risque est plutôt de voir ce fonds servir de béquille de soutien à des secteurs en difficulté mais disposant d’un pouvoir d’influence auprès des pouvoirs publics. Dani Rodrik ne voit quant à lui ce genre de fonds non pas tant comme une forme de protectionnisme mais comme la réaction naturelle à des marchés financiers hypertrophiés. Réaction naturelle peut-être, mais réaction optimale probablement pas.

Dani Rodrik toujours fait écho à cette étude de la Commision pour la croissance et le développement qui remarque que les pays en voie de développement ce sont engagés de manière insistante dans le processus d’intégration financière alors même qu’aucune étude n’a formellement démontré l’effet bénéfique d’une telle intégration. L’étude suggère que l’ouverture financière est une conséquence du développement économique plutôt qu’une cause. Rodrik suggère plutôt que l’ouverture financière pratiquée par les pays en développement est le produit d’une croyance et d’un comportement conventionnel.

Cet article sur Vox vient rappeler qu’il est important de ne pas diaboliser le marché, la globalisation et les marchés financiers. Ce sont des instruments qui appellent toutefois à des formes de régulation publique. La thèse de l’auteur est intéressante : la crise financière est bien liée à une défaillance des gouvernements, mais pas une défaillance résultant d’un trop plein de réglementation, mais plutôt de l’inaction.

Enfin, ce billet de Chris Dillow est troublant et tend à indiquer que l’hypothèse d’anticipations rationnelles n’est peut être pas aussi irréaliste que ça. On y voit que les consommateurs semblent se comporter comme s’ils anticipaient l’évolution future de l’économie. Par exemple, pendant la période de la bulle immobilière où l’appréciation des actifs rendait les ménages plus riches, la consommation n’a pas véritablement augmenté. A l’inverse, on constate aujourd’hui que la crise ne semble pas affecter tant que ça les comportements des consommateurs. En fait, les consommateurs semblent anticiper les retournements économiques. Les consommateurs seraient-ils donc plus rationnels (ou clairvoyants) que les gouvernements et les banques ? En tout cas, en l’état actuel des choses, cela suggère également qu’un plan de relance centré sur la demande ne serait peut être pas si efficace. Conclusion à prendre avec des pincettes puisque, avec la montée du chômage, un choc sur la demande est quasiment inévitable.


Economie et évolution : évolution socio-culturelle versus évolution biologique

20 novembre, 2008

It is not the strongest of the species that survives, nor the most intelligent that survives. It is the one that is the most adaptable to change.

Charles Darwin

Cinquième et dernier billet de la série Economie et évolution. J’aborde ici un point majeur et auquel les précédents billets ont soigneusement pris le soin d’éviter : peut-on comparer l’évolution économique, culturelle et sociale et l’évolution biologique ? Est-ce que cela a un sens de faire une analogie avec l’évolution biologique pour comprendre les phénomènes économiques ? Si non, comment conceptualiser l’évolution économique ? Je le dis tout de suite, ici, je vais essayer de défendre un point de vue controversé et qui est loin de faire l’unanimité : le darwinisme universel, encore appelé darwinisme généralisé. Non pas que je sois totalement convaincu par cette perspective, mais elle me parait potentiellement intéressante. Lisez la suite de cette entrée »