Faut toujours voir le verre à moitié plein

30 septembre, 2008

En écoutant les infos ce matin sur le rejet du plan Paulson par le congrès américain, je me suis fait la réflexion sur le fait que cela aurait peut-être un point positif en terme d’aléa moral : rendre à l’avenir plus crédible le fait que les pouvoirs publics ne sauveront pas systématiquement la mise à ceux qui ont pris des risques inconsidérés. Les tergiversations politiciennes (parce qu’il ne s’agit que de ça, les députés républicains craignant pour leur réélection…) ont au moins le mérite de montrer que l’Etat ne sera pas toujours automatiquement là pour renflouer les caisses et donc de fournir une incitation à mieux évaluer les risques. Bon, après avoir bu mon café, je me suis finalement remis à voir le verre complétement vide : de toutes façons, le plan va être adopté prochainement et tout ce qu’on aura gagné c’est l’aggravation d’une situation déjà vraiment pas terrible.

Sinon, je me joint à Optimum et Pierre Maura et leur étonnement de voir surgir le spectre d’un “nouveau Bretton Woods”. Enfin, ça ne m’étonne pas tant que ça en fait. Quand un homme politique n’a pas d’idée, il joue sur les symboles (si tant est que Bretton Woods soit un symbole). De ce point de vue, comme le dit Markss dans les commentaires sur le billet d’Optimum, après la mode des Grenelles, il faut s’attendre à avoir celle des Bretton Woods. J’ai quand même envie de redire ce que j’ai dit il y a quelques jours, si par Bretton Woods on entend un retour à un contrôle des mouvements de capitaux (parce que si c’est seulement revenir à un système de taux de change fixe – ce qu’était d’abord Bretton Woods – je ne vois pas le rapport avec la choucroute), il faut quand même souligner deux choses : 1) techniquement, ce ne sera peut-être pas facile et 2) cela revient à se priver des bienfaits d’un système financier libéralisé, bienfaits que l’on oubli trop souvent de mettre en avant, tout comme les méfaits d’une réglementation trop tatillonne. Pour paraphraser le titre du bouquin de William Nordhaus sur le changement climatique (voir l’intéressante discussion à ce sujet ici, HT : Stéphane d’Econoclaste), c’est une “question d’équilibre” (“a question of balance”) : vouloir tout contrôler pour remédier à l’instabilité c’est bien (si tant est que cela est possible), mais ça a un coût d’opportunité. Quand on aura tout contrôlé et que les crédits se feront à des taux démesurés, faudra pas se plaindre… 


A new blog

30 septembre, 2008

Un nouveau blog vient d’apparaitre : The Growth Blog, manifestement issu du rapport sur la croissance commandé par la Banque Mondiale et que j’avais évoqué ici. Comme on peut le voir, le billet introductif est écrit par nul autre que le Prix Nobel Michael Spence, président de la dite commission. On peut voir aussi que Paul Romer figure dans les “guest bloggers”. Je ne doute pas qu’il y aura des choses intéressantes à lire par là. J’attend aussi de voir la critique que va en faire William Easterly, qui est connu pour ne pas aimer les “experts” ! A suivre en tout cas.


700 milliard de dollars… et 75 000 suppressions d’emploi

30 septembre, 2008

Si CH. ne se lance pas (vendez, vendez!!) (note de C.H. : je l’ai fait entre-temps), la miss des villes va tenter le pari risqué d’une analyse de la situation économique actuelle (la miss des villes a reçu des consignes au boulot, elle doit garder le sourire, elle essaie de faire de même hors de ses heures de bureau, elle utilise donc des termes positifs).

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Vendez, vendez !!

29 septembre, 2008

Si vous avez des actions en bourse, je vous conseille de les vendre rapidement. Ca va dégringoler demain…


Les dangers d’un trop plein de réglementation

29 septembre, 2008

Sur Freakonomics, un bon billet d’Erik Hurst qui explique clairement qu’une réglementation trop tatillone peut avoir des effets néfastes sur l’économie en rendant l’accès au crédit plus difficile :

“Any sensible proposal must give equal weight to both the costs and benefits of financial innovation. Unfortunately, politicians tend to emphasize only the cost side of the ledger in times of crisis. We must remember that, too often, financial regulation hurts the good banks more than the bad, and the needy borrowers more than the less needy“.

J’aurais peut être dû moi-même présenter les choses sous cet angle aux lecteurs de Rue89, ça serait peut-être mieux passé…

En tout cas, ce texte semble aller dans le sens d’un article paru en février dans le Quaterly Journal of Economics et que met en avant Etienne Wasmer. Moins de réglementation, c’est peut-être un peu plus d’instabilité, mais c’est aussi plus de croissance sur le long terme. A méditer.

Sinon, Lawrence Summers explique que le plan de sauvetage Paulson pourrait quand même s’avérer en bout de course profitable pour le contribuable américain.


La réciprocité dans l’échange : de Mauss à Akerlof en passant par Polanyi

29 septembre, 2008

Suite ici de l’essai de réflexion sur les questions d’encastrement, d’idée de justice et de réciprocité que j’ai commencé à développer ici et . J’aimerai aborder plus spécifiquement dans ce billet l’idée de l’existence d’une forme de réciprocité au sein même de l’échange marchand. Si l’on définit l’échange marchand comme le fait pour deux individus de s’échanger des biens ou des services à un prix monétaire librement négocié, il peut sembler incongru de penser qu’il y a de la réciprocité. En effet, Karl Polanyi a dans ses travaux identifié trois formes d’intégration structurant les interactions économiques : la réciprocité, la redistribution et l’échange (marchand).

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La crise financière actuelle prouve que l’économie n’est pas une science

27 septembre, 2008

C’est la thèse “brillament” (ironie detected) défendue par ce texte (trouvé via Comprendre) d’un certain Robert Skidelski. En gros, c’est la (méchante) théorie néoclassique qui est responsable de la crise financière, par contre la gentille théorie keynésienne elle a permis d’avoir une période dorée où tout le monde il était content. Il y en a décidemment qui ont trop regardé certaines séries japonaises, connues pour leur manichéisme à deux francs (“je suis le méchant, et je vais tuer la gentille ah ah ah ! ”).

Bon, sérieusement, pas la peine de lire le texte, il n’en vaut pas la peine selon moi. Je veux juste dire que se servir de cette crise pour essayer d’expliquer que l’économie n’est pas une science mais une simple histoire d’idéologie est particulièrement minable. Le texte ne donne aucun argument pour étayer cette thèse. Est-ce que c’est parce que la théorie économique n’a pas permis de prédire la crise ? Il faudrait déjà prouver que le but d’une science est de prédire. De plus, plusieurs économistes avaient senties l’orage venir. Est-ce parce que selon la théorie économique une telle crise est impossible ? Pour certaines théories spécifiques peut être, mais les outils de l’analyse économique permettent sans problème de comprendre la crise actuelle. Cela vient peut-être du fait que l’auteur assimile économie et théorie néoclassique. Problème, c’est une sorte d’anachronisme. Sur la fin, on devine que ce serait peut-être parce que les économistes “sont des esclaves intellectuels au service des gens de pouvoir“. Ben voyons… Plus fondamentalement, ce que semble finalement reprocher l’auteur à la théorie économique, c’est de ne pas avoir des hypothèses suffisament générales pour être valable en tout temps et en tout lieu. C’est peut-être vrai, mais en quoi cela remet-il en cause le caractère scientifique de l’économie ?

Bref, y’en a marre de ces idéologues de pacotille qui veulent nier toute scientificité à l’économie alors qu’ils touchent pas une bille en épistémologie (ou qui refuse d’aller sur ce terrain) et qui se servent de trucs qui n’ont rien à voir avec cela pour arriver à leurs fins. J’ai par conséquent trouvé le deuxième lauréat de mon Prix de la Chèvre Economique.

Applaudissements au vainqueur.

p.s. : je propose maintenant de renier le statut de science à la sociologie au prétexte qu’elle n’a pas pu prévenir les émeutes en banlieues en 2005. Et puis à la chimie aussi, parce que les armes chimiques c’est dégueulasse, il faut bien le dire. Puis tient, la physique tant qu’on y est…


Dans la série “les limites de la planification” : l’immigration choisie

27 septembre, 2008

Très bon billet de Tim Harford au sujet de la liste des professions autorisées à l’immigration publiée récemment au Royaume-Uni. Vu que la France veut mettre en place une “immigration choisie”, ce qui est raconté est totalement transposable au cas hexagonal.

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The Dark Bailout

27 septembre, 2008

Via Greg Mankiw :


Faut-il confier le pouvoir politique à des économistes ? Non !

26 septembre, 2008

On le sait, les dirigeants politiques ne brillent généralement pas par leur expertise économique. En France, on est particulièrement mal servie avec la ribambelle d’hommes et femmes politiques sortant de l’ENA, cette machine à former des élites, où l’on explique que l’économie c’est comme une grosse machine et où il suffit d’actionner les bons leviers pour avoir les effets escomptés (ah, le keynésianisme hydraulique…). Notre président n’aime pas la théorie, nos ministres de l’économie sont soit avocat, soit ancien patron d’un des fleurons de l’économie française… enfin bref, rien de réjouissant. Aux Etats-Unis, c’est à peine mieux, puisque John McCain a confessé ne pas connaitre grand chose en économie. C’est un peu mieux du côté d’Obama, avouons le. Bon, de toute façon, personne et surtout pas les politiques n’aiment les économistes, ces gens austères qui viennent sans cesse leur rappeler que non, on ne peut pas faire n’importe quoi sans que cela ait des répercussions.

Mais que se passerait-il si on mettait un économiste aux commandes ? Manifestement, il ne faut pas en attendre de miracle, si l’on en croit ce papier (trouvé via Economix) auquel je ne peux malheureusement accéder qu’à l’abstract, et qui indique qu’un dirigeant “économiquement compétent” n’a pas tendance à mettre en oeuvre de meilleures politiques économiques. Cela est somme toute cohérent avec ce que raconte Bryan Caplan dans son bouquin provocateur : les électeurs sont irrationnels et les politiques, dont l’objectif est de se faire élire, sont donc incités à satisfaire aux demandes irrationnelles. Le problème ne serait donc pas les compétences mais le processus politique. Un économiste voulant rendre service à la communauté se retrouverai donc contraint de vendre son âme au diable. Embêtant. Finalement, le mieux que puisse peut-être faire un économiste c’est de répéter à l’envie les erreurs, volontaires ou non, commises par nos dirigeants. Et puis d’ouvrir un blog, le futur média le plus influent au monde et là où se situe déjà la vraie expertise  ;-)

 

Edit : un sympathique lecteur m’a envoyé l’article en entier. Si ça intéresse quelqu’un…


Je n’ai pas regardé Sarkozy hier soir…

26 septembre, 2008

… et je ne l’ai même pas écouté. Et j’ai bien eu raison si j’en crois ce que je lis dans la presse ce matin, tant ce qui a été raconté était prévisible. La solution, c’est donc un retour de l’Etat. Il s’agit de mettre fin à “l’idée de la toute puissance du marché“, une idée “folle”. Il faut même être plus ambitieux : il faut “refonder le capitalisme“, voire préparer un second Bretton Woods. Et le sauveur, le messie, c’est l’Etat : “Il faut bien que l’Etat intervienne, qu’il impose des règles, qu’il investisse, qu’il prenne des participations, pourvu qu’il sache se retirer quand son intervention n’est plus nécessaire” .

Tout le monde (enfin presque) avait envie d’entendre ça. En bon homme politique (de talent, il faut le dire) qu’il est, Nicolas Sarkozy a été dans le sens du vent. Mais tout ça sonne creux… L’idée de la toute puissance du marché ? Il existe déjà une réglementation abondante, régulièrement renforcée, qui est censée empêcher ce qui arrive actuellement. Refonder le capitalisme ? Faire intervenir l’Etat ? Admettons, mais selon quelle(s) modalité(s)? Le Président propose de “contrôler les agences de notation” et faire en sorte qu’« aucun fonds ne soit en mesure d’échapper au contrôle d’une autorité de régulation ». Moi je veux bien. Mais la vérité, c’est que c’est impossible à faire. En la matière, il n’y a pas de juste milieu : ou bien on libéralise les mouvements de capitaux, et il faut se résoudre à l’idée qu’aucune réglementation ne pourra jamais contrôler totalement la masse gigantesque d’informations et d’agents qui circulent et agissent, ou bien on fait effectivement un retour en arrière jusque Bretton Woods. Mais alors, il faut bien en comprendre les implications : si on a libéralisé les mouvements de capitaux, ce n’est pas par idéologie (pas seulement), c’est aussi parce que le système antérieur ne tenait plus. Et de toute façon, une telle mesure nécessiterait un plan de coordination mondiale. Si, actuellement, tous les politiciens sont solidaires dans la condamnation du méchant “capitalisme financier” et dans la pratique du manichéisme de base le plus pathétique, gageons que d’ici quelques mois, toutes ces “belles” intentions seront oubliées.

Mais les hommes politiques ne sont pas naïfs : pourquoi Sarkozy nous parle-t-il de la rémunération des grands patrons et de leurs parachutes dorés ? Je pense qu’il sait très bien que cela n’a rien à voir avec le sujet. Mais ça détourne l’attention sur un thème qui est largement fédérateur et enclin aux élans populistes. L’opposition n’est cependant pas mieux lotie. Quand j’entend ce matin certains à gauche qui nous ressortent cette bonne vieille idée de la taxation des transactions financières, comme si taxer à 0,1% les transactions financières allait changer quelque chose… c’est beau la politique, hein ?

Moi, pour ma part, je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire. Mon côté évolutionniste me dit que de toute façon il y a “dépendance du sentier” et que l’on ne pourra pas changer du jour au lendemain un système qui s’est construit sur plusieurs décennies. Quoiqu’on fasse aujourd’hui, des difficultés similaires se représenteront probablement dans l’avenir, sous une forme un peu différente. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas tirer des leçons de la situation actuelle, mais dire “nous allons moraliser le capitalisme” ou “on va tout contrôler” n’a aucun sens. Mais c’est tellement plus vendeur politiquement. 


Les liens du matin (21)

25 septembre, 2008

* “White Swans painted Black” – Overcoming Bias.

* “Which world are we in ?” – Free Exchange.

* “Financial rescue models : solutions past and present” – Financial Times.

* Trois réflexions sur le plan Paulson – Economist’s Forum, Financial Times.

* “Faillite de la faillite bancaire ?” – Jacques Delpla, Les Echos.


Keynes, la confiance et le Chapitre 12 de la Théorie générale

24 septembre, 2008

Je suis moins fan de John Maynard Keynes que ma collègue co-blogueuse. Le fait que je ne sois pas non plus un grand fan de macroéconomie y est certainement pour beaucoup. Toutefois, il y a au moins un morceau de la Théorie Générale qui a franchi avec succès les décennies et que j’aime bien, c’est le chapitre 12, celui où Keynes aborde les comportements mimétiques sur les marchés financiers et souligne le rôle des conventions. Via Economist’s View, on peut justement lire un extrait de ce chapitre 12 où Keynes souligne l’importance de la confiance sur les marchés financiers. On voit également que Keynes fait du crédit, lorsqu’il se restreint, l’une des causes majeures de crise, et fait de sa restoration une condition nécessaire, mais non suffisante, pour rétablir la situation.

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L’utopie Keynésienne n’a pas résisté au long terme… dommage

24 septembre, 2008

S’il y a un texte que la Miss des villes apprécie, c’est les « perspectives économiques pour nos petits enfants » (vous pouvez le trouver dans un recueil d’articles de Keynes, (2002), La pauvreté dans l’Abondance, Gallimard, pp. 103-119). Atteindre la félicité économique, c’est un objectif qui la fait rêver… Et la miss des villes aurait très bien pu être la (arrière) petite fille de Keynes.

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Bono as an economist

24 septembre, 2008

Ce matin, je viens de découvrir que Bono, le chanteur de U2, avait un blog dédié en compagnie de l’économiste Jeffrey Sachs sur le site du Financial Times. Sans surprise, on y parle de développement et d’aide aux pays pauvres. J’ai parcouru rapidement les billets, et il y a une chose qui m’a choqué : il est quasiment exclusivement question du montant des aides en part du PIB que les pays riches versent aux pays pauvres.

Cela n’a rien d’étonnant, connaissant les positions de Sachs en faveur de la doctrine du “Big Push”. Bono, quant à lui, est dans son rôle. Sa personnalité est un argument de poids pour pousser les gouvernements à consentir à augmenter leur aide, histoire de ne pas perdre la face devant l’opinion publique. Mais il est quand même dommage qu’un blog où il est question de développement économique s’entête à se focaliser sur la question du montant des aides alors que l’on sait que les aides financières n’ont quasiment aucune efficacité dans la mesure où les pays qui les reçoivent n’ont pas les institutions adéquates pour en faire bon usage. Les travaux de William Easterly, entre autre, le montre bien. Au-delà du voile des bons sentiments, il est nécessaire de se poser les bonnes questions : comment mettre fin à la corruption, comment trouver et mettre en place les bonnes incitations, comment définir et garantir les droits de propriété. Dommage que Bono et Sachs ne se les posent pas…